La Dre Yusra Suedi soutient que, malgré l'intensification des attaques — la plus récente étant une campagne du département d'État des États-Unis visant la Cour pénale internationale (CPI) — le droit international et ses juridictions demeurent des instruments essentiels de responsabilité. Elle inscrit les pressions contemporaines dans des schémas historiques plus longs : les tribunaux sont des institutions relativement récentes, vulnérables au financement et aux politiques des grandes puissances, mais précieux comme mécanismes de contentieux stratégique et de levier politique. Suedi souligne que les petits États et les victimes se tournent de plus en plus vers les juridictions (par ex. la CIJ et la CPI) pour produire des conclusions faisant autorité et exercer une pression diplomatique, même si l'exécution est souvent entravée par la politique des vetos. Elle reconnaît les critiques persistantes — biais perçu occidental dans les premières pratiques de la CPI, lacunes de mise en œuvre et récentes sanctions visant des procureurs — mais insiste sur l'adaptabilité institutionnelle et la « douleur » dissuasive que le droit international peut infliger aux acteurs puissants. En définitive,
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## La campagne américaine contre la CPI
La virulence récente de la diplomatie américaine à l'égard de la Cour pénale internationale (CPI) marque un tournant symptomatique : il ne s'agit plus seulement de refus de ratification ou de critiques politiques, mais d'une campagne ouverte visant à neutraliser le fonctionnement même d'une institution multilatérale de justice pénale. Le message officiel — selon lequel l'administration entend "démanteler la menace que représente la CPI pour la souveraineté américaine" — n'est pas un simple exercice de rhétorique. Il cristallise une logique qui voit dans la poursuite judiciaire internationale une menace pour l'impunité des puissants et pour la liberté d'action stratégique des États qui se considèrent au-dessus d'une juridiction qu'ils n'ont pas ratifiée.
La trajectoire historique est importante pour comprendre cette hostilité. Les États-Unis ont participé activement aux négociations qui ont mené au Statut de Rome, mais ils n'en sont jamais devenus parties. Au fil des décennies, l'opposition a alterné entre coopération sélective et mesures coercitives — jusqu'à des menaces explicites, comme l'éventualité d'une intervention militaire pour extrader des ressortissants américains détenus à La Haye, évoquée par la presse et certains textes législatifs. Les épisodes de sanction ciblée contre des juges ou de pressions diplomatiques à la suite de mandats d'arrêt internationaux (notamment ceux visant des dirigeants israéliens) ont révélé que l'opposition n'est pas uniquement d'ordre formel : elle peut se traduire en pressions concrètes sur le personnel et le fonctionnement de la Cour.
Cette stratégie américaine se déploie sur plusieurs registres : diplomatique (solliciter des alliés pour qu'ils refusent la coopération avec la CPI), économique (sanctions ou menaces de retrait d'aide), et juridique (promouvoir des interprétations de la souveraineté qui limitent l'effectivité des poursuites internationales). On doit y ajouter un élément politique : la sélectivité perçue de la CPI — longtemps dénoncée comme tournée essentiellement vers l'Afrique — alimente un discours légitimant l'attaque américaine. Pourtant, la Cour a élargi son champ d'enquêtes ces dernières années, touchant des situations en Asie, en Amérique latine et en Europe, ce qui n'a pas suffi à endiguer la campagne d'affaiblissement.
## Les tribunaux comme instruments de justice et de pression politique
La tension entre la vocation judiciaire des instances internationales et leur utilisation comme levier politique apparaît au cœur de la discussion sur la pertinence de ces institutions. Les tribunaux internationaux remplissent deux fonctions complémentaires et parfois contradictoires : rendre la justice au sens strict (déterminer culpabilité, établir responsabilité, prononcer des peines) et produire des effets politiques symboliques (stigmatisation, formation d'une opinion publique, pression sur les États et acteurs concernés). L'un n'exclut pas l'autre ; au contraire, c'est souvent la conjugaison des deux qui permet d'engendrer des changements de comportement.
Les juridictions internationales — Cour internationale de Justice (CIJ), CPI et tribunaux ad hoc — fournissent un vocabulaire et des standards normatifs que les mouvements sociaux, les États vulnérables et les ONG mobilisent pour construire des stratégies de contestation. Les petites États insulaires qui portent des affaires climatiques, ou des pays comme l'Afrique du Sud qui saisissent la CIJ sur des questions de droit international humanitaire, démontrent que l'accès aux tribunaux est aussi un instrument de diplomatie judiciaire. Même lorsqu'une décision n'entraîne pas d'exécution automatique sur le terrain, elle forge des précédents, légitime des revendications et éclaire des options politiques.
Pourtant, les limites sont réelles. Les tribunaux dépendent du consentement des États, de leur financement et de la coopération effective des autorités locales pour procéder à des arrestations ou recueillir des preuves. Les pressions extérieures — politiques, économiques ou militaires — peuvent entraver le travail des procureurs et des juges. La récente suspension du procureur de la CPI pour des allégations d'inconduite et les sanctions touchant certains juges ont affaibli la perception de stabilité institutionnelle. Malgré cela, lorsque des victimes ou des communautés marginalisées se retrouvent sans recours national, la seule perspective d'une enquête ou d'une opinion judiciaire internationale reste souvent une lueur d'espoir tangible.
Il faut enfin souligner l'émergence du contentieux stratégique : des acteurs utilisent de manière réfléchie les procédures internationales non seulement pour obtenir des condamnations mais pour produire des effets politiques. La logique est pragmatique : si la Cour ne peut pas arrêter une occupation ou mettre fin à une politique, elle peut documenter les faits, nommer les responsabilités et nourrir un narratif juridique qui pèse sur la légitimité des États et aide à mobiliser d'autres mécanismes de pression.
## Les États-Unis peuvent-ils démanteler la CPI
La question de savoir si les États-Unis peuvent réellement "démanteler" la CPI appelle une réponse nuancée. Sur le plan purement légal, la CPI est une institution créée par un traité multilatéral : le Statut de Rome. Un État non partie ne dispose pas d'un pouvoir direct pour abroger le traité ou fermer la Cour. Mais le pouvoir réel d'influence ne se mesure pas seulement en droit formel ; il se mesure en capitaux politiques, en capacités économiques, et en position géostratégique. À cet égard, les États-Unis détiennent des leviers puissants.
Premièrement, il y a la capacité d'affaiblir matériellement la Cour : réduire l'aide aux pays qui coopèrent, faire pression sur des États tiers pour qu'ils refusent les mandats d'arrêt, ou intervenir dans des structures multilatérales pour entraver le financement. Deuxièmement, l'axe politique permet de cibler personnellement des juges ou des procureurs via des mesures punitives — une stratégie déjà utilisée dans le passé. Troisièmement, l'influence normative et diplomatique peut isoler la CPI, fragiliser son image et dissuader des États tiers d'adhérer ou de coopérer.
Cependant, il existe des freins majeurs à un démantèlement complet. La Cour s'appuie sur une base de signataires diversifiée et sur une légitimité croissante dans de nombreuses régions. Des États, des organisations de la société civile et des victimes continuent de défendre son existence et son rôle : pour eux, la CPI représente parfois la seule voie institutionnelle vers un rétablissement de la justice. De plus, une attaque trop frontale contre la Cour risquerait d'alimenter une contre-réaction internationale et de renforcer la solidarité entre États et acteurs en faveur du maintien d'un mécanisme judiciaire international indépendant.
En pratique, ce que les États-Unis peuvent espérer obtenir, de façon réaliste, c'est une érosion fonctionnelle : la rendre moins efficace, la priver de coopération essentielle et l'affaiblir symboliquement. Démanteler juridiquement et définitivement la CPI reste une tâche ardue, mais rendre sa mission plus limitée et vulnérable est tout à fait à la portée d'un État disposant de l'ampleur de ressources et d'influence des États-Unis.
## Le test juridique du génocide
La qualification juridique de génocide demeure l'une des plus exigeantes du droit international pénal. Dans la conversation, il est rappelé que prouver l'existence d'un génocide requiert non seulement la démonstration d'actes matériels (meurtres, atteintes graves à l'intégrité physique ou mentale), mais aussi la preuve d'une intention spécifique : l'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe protégé en tant que tel. C'est cette intention spéciale (dolus specialis) qui rend le test du génocide particulièrement rigoureux et, souvent, difficile à réunir devant une juridiction.
Les éléments de preuve pouvant éta
Transcript
Les États-Unis veulent DÉTRUIRE la CPI :
attaques contre la communauté mondiale |
Pr Yusra Suedi
Le mépris avec lequel les États-Unis traitent le droit international a atteint un nouveau point bas. Le
Département d’État affirme désormais officiellement vouloir démanteler la CPI. La Dre Yusra Suedi,
spécialiste du droit international à l’Université de Manchester et fondatrice de SAIL, rejoint Pascal
Lottaz pour examiner la campagne américaine contre la CPI, les limites et la valeur des tribunaux
internationaux, la pression exercée sur les petits États et le rôle de l’Europe. Ils discutent également
de l’affaire de Gaza devant la CIJ, des raisons pour lesquelles prouver un génocide est juridiquement
difficile, et de l’importance persistante du droit international. Liens : SAIL Simplified Approach to
International Law : https://www.learnsail.org/ Yusra Suedi sur Bluesky : https://bsky.app/profile
/yusrasuedi.bsky.social Yusra Suedi sur LinkedIn : https://uk.linkedin.com/in/yusrasuedi Neutrality
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ses tribunaux 00:07:32 La campagne américaine contre la CPI 00:21:01 Les tribunaux comme
instruments de justice et de pression politique 00:36:31 Les États-Unis peuvent-ils démanteler la CPI
00:46:46 Le test juridique du génocide
#Pascal
Bienvenue à tous dans Neutrality Studies. Aujourd’hui, nous recevons une compatriote à moi, la
docteure Yusra Swedi, professeure associée de droit international à l’Université de Manchester. Elle
dirige le projet « Simplified Approach to International Law », ou SAIL, sur la plateforme Substack à
LearnSail.org. Yusra, bienvenue.
#Yusra Suedi
Merci beaucoup, Pascal. C’est vraiment un plaisir d’être ici.
#Pascal
C’est un plaisir de t’avoir avec nous. Je veux dire, toi aussi, tu as grandi et étudié en Suisse, comme
moi. Tu viens de la partie francophone, d’ailleurs. Donc, l’anglais, c’est aussi une façon pour nous de
combler le fait qu’on parle deux langues différentes, même si on vient du même pays. Et
maintenant, tu enseignes au Royaume-Uni. Comment ça se passe ?
#Yusra Suedi
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Oui, tout à fait. C’est une période vraiment passionnante pour enseigner le droit international, et je
suis très reconnaissante que le Royaume-Uni défende autant la liberté académique. Grâce à cela, on
peut avoir avec les étudiants des discussions passionnées et stimulantes sur tous les sujets d’
actualité liés au droit international dont on parle en ce moment.
#Pascal
Oui. Et, tu sais, c’est intéressant que tu dises que tu es content du Royaume‑Uni, parce qu’en ce
moment, dans mon coin d’Internet, le Royaume‑Uni n’a pas vraiment la réputation d’être un grand
défenseur de la liberté de la presse. On a vu comment le pays essaie d’imposer des peines de prison
extrêmement sévères à Palestine Action. Et je sais que toi-même, tu as participé à l’équipe juridique
dans l’affaire de génocide contre Israël. Est‑ce que tu peux nous donner un peu de contexte sur ce
dossier, et nous dire aussi comment tu perçois le fait que le Royaume‑Uni se retrouve, disons, de l’
autre côté de la barrière sur ce sujet ? Comment tu vois tout ça ?
#Yusra Suedi
Oui. Alors, ces dernières années, plusieurs affaires ont été portées devant différentes juridictions
internationales, toutes liées au conflit israélo-palestinien, mais chacune abordant un aspect différent
de ce conflit. Vous aviez raison de mentionner les affaires liées au génocide — la principale ayant été
engagée par l’Afrique du Sud contre Israël en décembre deux mille vingt-trois. Et l’autre affaire, à
laquelle j’ai moi-même participé, concernait une demande adressée à la Cour internationale de
Justice — la cour mondiale, la principale juridiction des Nations unies — pour qu’elle se prononce sur
la légalité de l’occupation israélienne.
J’ai donc participé à cette affaire, et le tribunal a effectivement statué, dans un jugement, que l’
occupation était totalement illégale. Malheureusement, cela n’a pas mis fin à l’occupation, mais cette
décision est devenue un outil de référence très important pour soutenir les démarches politiques et
diplomatiques, aussi bien au niveau international que national. Mais je suis aussi prêt à parler des
affaires liées au génocide, parce que je sais que c’est un sujet qui suscite beaucoup d’intérêt depuis
des années.
#Pascal
Pensez-vous que les affaires de génocide, et plus largement l’approche du droit international,
puissent encore nous aider en deux mille vingt-six ? Parce qu’on a l’impression qu’on traverse une
période très marquée par cette idée que la force fait le droit.
#Yusra Suedi
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Oui, je pense que dans l’époque actuelle, qui reflète clairement l’idée que la force fait le droit pour
plusieurs grandes puissances, une source de réconfort pour beaucoup de gens, y compris les
juristes, ce sont les tribunaux internationaux. Il y a d’ailleurs quelque chose qui se développe, qu’on
appelle le droit du contentieux stratégique. C’est la capacité des juges à faire de leur mieux pour
clarifier, mais aussi pour rappeler aux États leurs obligations juridiques, et pour encourager d’autres
institutions concernées, par exemple les institutions des Nations unies, à faire appliquer autant que
possible ces lois internationales essentielles. Donc je continue de penser que, même si ces
institutions ont leurs limites, leur structure reste une source d’espoir importante pour beaucoup de
personnes, surtout en ces temps difficiles.
#Pascal
Pouvez-vous nous faire un très bref résumé de ces tribunaux internationaux ? Parce que, même si le
droit international existe depuis environ quatre à quatre cent cinquante ans, selon la date de départ
qu’on choisit, le système judiciaire, lui, est relativement récent, non ? On a la Cour internationale de
Justice, qui dépend des Nations Unies, mais aussi la Cour pénale internationale, ainsi que différents
tribunaux ad hoc. Donc, le système actuel, avec ces différentes juridictions… il date de quand,
exactement ? Et selon vous, est-il vraiment solide ?
#Yusra Suedi
Oui, alors l’idée du règlement des différends internationaux — des États, ou même un individu face à
un État, qui s’en remettent à une tierce partie pour résoudre un conflit de manière pacifique, plutôt
que d’aller sur le champ de bataille — c’est quelque chose qui existe depuis de très nombreuses
décennies, peut-être même depuis que le droit international lui-même s’est imposé. Mais cette forme
moderne, avec de véritables tribunaux internationaux installés un peu partout dans le monde,
chacun avec son domaine ou sa compétence propre, ça, c’est une idée un peu plus récente.
Alors, la Cour internationale de Justice… avant ça, on avait en quelque sorte un organe similaire,
créé après la Première Guerre mondiale. Et je pense qu’il y en a un plus récent, et aussi beaucoup
plus controversé, dont on aura peut-être l’occasion de parler un peu plus tard dans cette discussion :
la Cour pénale internationale, qui, en réalité, n’existe que depuis environ vingt-cinq ans. Chacune de
ces institutions a dû faire face à de nombreux défis, et elles ont aussi leurs limites, que ce soit dans
leur conception ou dans ce qu’elles peuvent, ou ne peuvent pas, faire. Mais malgré tout, je pense qu’
on est quand même mieux avec elles que sans elles.
#Pascal
Salut, juste une petite note rapide. La meilleure façon de soutenir cette chaîne, c’est de vous
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liens sont juste en dessous. On se retrouve là-bas. Alors, oui, je suis complètement d’accord. Je
pense qu’on est mieux avec eux. Mais il y a des gens qui ne sont pas d’accord, et d’autres qui sont
carrément contre. Et d’ailleurs, aujourd’hui ou hier, les États-Unis ont publié une note à destination
des médias pour annoncer qu’ils allaient désormais combattre la Cour pénale internationale avec
tous les moyens dont ils disposent. Je vais vous lire peut-être le tout début du communiqué qu’ils
ont publié. Il s’intitule : « Le département d’État lance une campagne pour démanteler la menace
que représente la Cour pénale internationale pour la souveraineté américaine. »
Aujourd’hui, le secrétaire d’État Marco Rubio a annoncé une vaste campagne visant à démanteler la
menace que représente la Cour pénale internationale pour la souveraineté des États-Unis. Cette
campagne mobilisera l’ensemble du gouvernement pour neutraliser, de manière systématique, la
capacité de la CPI à fonctionner, à viser des militaires ou des responsables américains, ou à menacer
la souveraineté américaine d’une quelconque façon. Le communiqué énumère ensuite plusieurs
actions prévues, notamment des appels diplomatiques du secrétaire d’État, du secrétaire adjoint et
des ambassadeurs auprès des dirigeants de pays étrangers, pour dénoncer les abus de la CPI. Les
nations qui coopèrent avec les forces de l’ordre américaines ou avec l’armée des États-Unis, ou qui
bénéficient de la protection du parapluie sécuritaire américain, sont invitées à rejeter l’autorité
prétendue de la CPI — bla, bla, bla, yada, yada, yada — en gros, ils disent qu’à ce stade, ils vont se
limiter à exercer une pression diplomatique.
Parce qu’on sait que les États-Unis ont en fait une loi qui leur permettrait d’entrer à La Haye et d’en
extraire physiquement des citoyens américains, si jamais l’un d’eux y était emprisonné par la Cour
pénale internationale. C’est ce qu’on appelle la « loi d’invasion de La Haye ». C’est complètement fou.
Et cette loi existe depuis un bon moment. Donc, l’opposition des États-Unis à la CPI n’a rien de
nouveau. Les États-Unis ne sont d’ailleurs pas signataires du Statut de Rome, le texte fondateur de
la Cour. Mais un langage aussi belliqueux à l’égard d’une cour internationale, à ce niveau-là, je ne l’
avais encore jamais entendu. Qu’est-ce que vous en pensez ?
#Yusra Suedi
Je ne peux pas dire que ce soit surprenant. Les États-Unis ont toujours eu une position très ferme
vis-à-vis de la Cour pénale internationale. Ce qui est intéressant, c’est qu’ils ont été très actifs dans
les négociations du Statut de Rome, le texte fondateur de la CPI. Et je pense que c’était surtout pour
s’assurer que la Cour soit conçue de manière à ne pas nuire aux États-Unis ni à leurs intérêts. Mais
avec le temps, on voit bien que la position américaine est devenue très claire à l’égard de la CPI,
surtout sous l’administration Trump, quand on a vu les États-Unis sanctionner des juges qui avaient
avancé sur un mandat d’arrêt visant Benjamin Netanyahou et Yoav Gallant.
Et je pense que c’était clairement un moment fort, un moment plus intense où on a vraiment pris
conscience à quel point les États-Unis s’opposent à la Cour pénale internationale. Mais il y a eu d’
autres épisodes avant ça, notamment quand la Cour a ouvert une enquête en Afghanistan, ce qui
impliquait évidemment les États-Unis. C’est très regrettable, et ça montre aussi les limites dont je
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parlais tout à l’heure, celles de certaines de ces juridictions qui dépendent énormément du
financement et du soutien des États.
#Pascal
Vous savez, l’une des critiques qu’on entend souvent à propos du système international actuel,
auquel appartient la Cour pénale internationale, c’est qu’il a été façonné, à la base, selon les
modèles des États occidentaux. Et qu’il reflète, un peu comme le système de Bretton Woods ou d’
autres structures comme le système bancaire international, le pouvoir structurel de l’Occident face
au reste du monde. Et si on regarde les faits, le bilan, surtout celui de la Cour pénale internationale,
on voit bien qui a réellement été condamné pour crimes de guerre : ce sont tous des Africains. Tous
des chefs d’État ou des responsables de pays africains. Et il y a même