Micheline Calmy-Rey soutient que la neutralité suisse demeure un atout précieux mais subit des tensions conceptuelles et pratiques dans un ordre international modifié. S’appuyant sur son expérience de 2003 pendant la guerre en Irak, elle distingue les règles juridiques étroites de la neutralité (conventions de La Haye) et une neutralité politique plus large qui doit être crédible en temps de paix. Elle soutient que les sanctions ne font pas partie de la neutralité classique mais découlent de l’appartenance à l’ONU ; la Suisse s’est longtemps alignée sur les mesures de l’ONU ou de l’UE pour éviter de devenir une voie d’allègement des sanctions. Calmy-Rey critique l’application incohérente — usage sélectif à l’égard de l’Iran, d’Israël ou de la Russie — qui compromet la crédibilité, et met en garde contre l’initiative proposée sur la neutralité qui confond les sanctions avec des obligations constitutionnelles, risque de restreindre la marge de manœuvre gouvernementale et pourrait créer des malentendus diplomatiques en cas de rejet catégorique. Elle appelle à repenser la neutralité pour tenir compte des conflits civils et hybrides, à clarifier les règles sur les exportations d’armes e
Article
## Introduction et présentation de Micheline Calmy-Rey
La neutralité suisse redevient un enjeu public majeur au moment où le pays se prépare à voter sur une initiative qui prétend en redéfinir les contours constitutionnels. L’entretien récent avec Micheline Calmy-Rey — ancienne conseillère fédérale et deux fois présidente de la Confédération — met en lumière la tension centrale : préserver la crédibilité historique d’une neutralité profitable à l’État suisse tout en adaptant cette doctrine à des réalités internationales profondément transformées. La discussion n’est pas un plaidoyer pour un conservatisme ritualisé mais une réflexion tournée vers la compatibilité entre droit international, obligations découlant de l’adhésion aux Nations unies et impératifs de politique étrangère. Ce calibrage délicat explique pourquoi la question dépasse le simple débat juridique : il s’agit d’un dilemme stratégique aux implications diplomatiques et économiques concrètes.
## L’expérience de la neutralité pendant la guerre en Irak
L’application opérationnelle de la neutralité a rarement été théorique. Le récit de la pratique suisse lors de la guerre en Irak en 2003 illustre à quel point les choix administratifs et politiques se multiplient dès qu’un État tente d’appliquer la neutralité au sens du droit international. Comme l’a rappelé Micheline Calmy-Rey, la première difficulté consiste à qualifier le conflit : la neutralité classique — telle que dessinée par les conventions de La Haye de 1907 — ne s’applique qu’aux conflits interétatiques. La multiplication des guerres civiles et des opérations internationales depuis un siècle a donc créé un fossé entre le cadre juridique historicisé et la réalité contemporaine. En outre, la neutralité impose des obligations concrètes mais limitées : défense du territoire, interdiction du survol et du transit des forces belligérantes, et contrôle des exportations militaires. Toutefois, la mise en œuvre exige des décisions politiques fines — arrêtées par le gouvernement et, idéalement, approuvées par l’Assemblée fédérale — et des procédures administratives précises pour gérer les conséquences pratiques (survols, transit, exportations). L’expérience de 2003 montre que la neutralité n’est pas un état passif mais une série d’actes, souvent difficiles à articuler en temps réel.
## Ukraine, sanctions et rôle des Nations Unies
La guerre en Ukraine et la réaction européenne qui l’a suivie ont mis en lumière une mutation : les sanctions économiques sont devenues un instrument fréquent de réponse aux violations du droit international. Calmy-Rey insiste sur un point crucial : les sanctions, contrairement aux règles de la neutralité classique, trouvent leur légitimité moderne dans la Charte des Nations unies. L’appartenance de la Suisse à l’ONU a dès lors introduit une nouvelle logique : l’Assemblée générale et, lorsque possible, le Conseil de sécurité peuvent qualifier des violations et recommander ou décider de mesures coercitives. La Suisse a, depuis son adhésion à l’ONU, jugé compatibles ces mesures avec sa neutralité. L’initiative en discussion réserve, elle aussi, les sanctions décidées par l’ONU, mais cherche à inscrire dans la Constitution des limitations ou garanties supplémentaires quant à la prise de mesures nationales. Le problème clé n’est pas seulement juridique : il est aussi politique. L’absence d’un vote unanime au Conseil de sécurité — due aux vetos — a souvent déplacé l’action vers l’Assemblée générale ou vers des coalitions d’États, ce qui complique la réponse de pays attachés à une neutralité stricte mais liés à la diplomatie multilatérale.
## Les incohérences de la politique suisse de neutralité
Un thème récurrent de l’échange est l’incohérence perçue de la pratique suisse. Parfois la neutralité est invoquée pour justifier l’abstention, parfois elle est modulée pour permettre des mesures économiques ciblées, et d’autres fois elle semble appliquée de manière sélective. Micheline Calmy-Rey pointe la confusion qui naît quand l’action publique manque de constance : appliquer la neutralité aux États-Unis dans le cas d’un conflit avec l’Iran, tout en restant silencieux face à d’autres violations, affaiblit la crédibilité suisse. La neutralité n’existe que si elle est reconnue et comprise par la communauté internationale ; une neutralité fluctuante risque d’être perçue comme opportuniste ou incohérente. Ce constat appelle à une plus grande clarté stratégique — non pas pour figer la neutralité dans le formalisme, mais pour définir des règles d’interprétation fiables qui permettent à la Suisse de défendre ses intérêts sans sacrifier sa réputation. L’absence de cohérence crée aussi des marges d’exploitation, tant économiques que politiques, susceptibles d’éroder le capital moral que la neutralité procure.
## Ce que changerait l’initiative sur la neutralité
L’initiative soumise au vote propose d’inscrire un principe de neutralité renforcée dans la Constitution. Mais, comme Calmy-Rey le souligne, le texte amalgame des objets distincts : il traite de neutralité traditionnelle et mêle explicitement la question des sanctions, alors que celles-ci relèvent d’une logique onusienne et internationale différente. Inscrire des règles constitutionnelles qui limitent la capacité de la Suisse à s’aligner sur des sanctions adoptées par des partenaires ou sur des mesures destinées à empêcher le contournement des régimes de sanctions de voisins modifierait la marge de manœuvre diplomatique du pays. Dans la pratique, toutefois, l’initiative ne bouleverserait peut-être pas énormément les comportements immédiats — car la Suisse applique déjà nombre des mécanismes évoqués — mais elle introduirait une contrainte supplémentaire, potentiellement rigide, sur la capacité du gouvernement à coopérer en matière d’interopérabilité militaire, d’échange d’informations ou d’alignement économique ponctuel. Ainsi, le changement principal n’est pas tant procédural que symbolique : l’initiative modifierait l’architecture normative du geste suisse, en limitant certains champs d’action et en complexifiant la communication extérieure.
## Le risque politique et diplomatique d’un « non »
L’argument paradoxal développé dans la conversation est le suivant : un rejet massif de l’initiative pourrait avoir des conséquences diplomatiques inattendues. Calmy-Rey met en garde contre l’effet d’image qu’un « non » tonitruant produirait à l’étranger. Si la Suisse vote contre une initiative intitulée « neutralité », comment convaincre les partenaires que la neutralité demeure bien vivante et effective ? Le danger est double : d’un côté, une acceptation de l’initiative pourrait figer la neutralité dans une lecture restrictive et rétrograde ; de l’autre, un rejet clair mais mal expliqué risquerait d’être interprété comme un désaveu de la neutralité même, affaiblissant la position de la Suisse dans la diplomatie multilatérale. La question de la communication publique et internationale est donc centrale. Calmy-Rey regrette le calendrier et la rhétorique qui ont entouré le lancement de l’initiative, estimant que l’UDC a sous-estimé la dimension diplomatique du débat. Pour que la neutralité continue de protéger les intérêts suisses, sa lecture doit rester compréhensible aux autres États ; autrement, la Suisse perdrait la reconnaissance sur laquelle repose cet avantage stratégique.
## Repenser la neutralité et la question des exportations d’armes
La question des exportations d’armes cristallise les tensions entre souveraineté économique, obligations juridiques et perception internationale. Dans un système où des voisins imposent des embargos, le maintien d’un commerce normal par la Suisse est perçu comme un avantage concurrentiel — et parfois comme une posture opportuniste. Calmy-Rey rappelle des épisodes où la position suisse face à des régimes controversés a suscité critiques et suspicion. Repenser la neutralité implique donc d’avoir une politique d’exportations cohérente, transparente
Transcript
Notre Plus Grand Dilemme | L’Ex-
Présidente Suisse, Micheline Calmy-Rey
Micheline Calmy-Rey, ancienne conseillère fédérale et deux fois présidente de la Confédération
suisse, analyse les fondements et les défis actuels de la neutralité suisse. À l’approche de la votation
sur l’initiative sur la neutralité, elle revient sur son expérience lors de la guerre en Irak, explique la
différence entre le droit de la neutralité et la politique de neutralité, et examine la question
controversée des sanctions internationales. L’entretien aborde également la guerre en Ukraine, le
rôle des Nations Unies, la coopération militaire avec les pays voisins, les exportations d’armes et les
incohérences perçues dans l’application de la neutralité. Micheline Calmy-Rey explique pourquoi elle s’
oppose à l’initiative tout en mettant en garde contre les conséquences politiques et diplomatiques
que pourrait avoir un rejet trop net. Pour découvrir le projet de Micheline Calmy-Rey et de ses
étudiants consacré à la politique extérieure suisse : https://zone-neutre.org Abonnez-vous à
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Introduction et présentation de Micheline Calmy-Rey 00:53 L’expérience de la neutralité pendant la
guerre en Irak 05:22 Ukraine, sanctions et rôle des Nations Unies 09:29 Les incohérences de la
politique suisse de neutralité 12:15 Ce que changerait l’initiative sur la neutralité 20:49 Le risque
politique et diplomatique d’un « non » 24:00 Repenser la neutralité et la question des exportations d’
armes 29:09 Faut-il définir la neutralité dans la Constitution ?
#Pascal
Bienvenue à Neutrality Studies. Aujourd'hui, nous avons une nouvelle fois le plaisir d'accueillir Mme
Micheline Calmy-Rey, ancienne conseillère fédérale et deux fois présidente de la Confédération
suisse. Mme Calmy-Rey, bienvenue. Merci, bonjour. Bonjour. Mme Calmy-Rey, vous avez écrit un
livre sur la neutralité il y a trois ans, je pense. Et puis, vous êtes aussi une des personnalités suisses
qui a certainement parlé de la neutralité beaucoup de fois. Et puis maintenant, le 27 septembre, en
fait, on va voter sur une initiative sur la neutralité et je voulais savoir vos pensées sur l'initiative, sur
la neutralité en général et comment vous voyez la neutralité, comment elle se déroule en Suisse
aujourd'hui, en 2026.
#Guest
J'ai non seulement écrit un livre sur la neutralité, mais j'ai pratiqué la neutralité lorsque j'ai été
conseillère fédérale. En 2003, quand une coalition emmenée par les États-Unis est entrée en Irak,
sans l'aval du Conseil de sécurité, la Suisse a appliqué le droit de la neutralité. Donc, c'est à ce
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moment-là que je me suis rendu compte combien c'était compliqué d'appliquer le droit de la
neutralité, combien ce n'était pas aussi évident que ça. Tout d'un coup, vous êtes confronté à une
multitude de décisions administratives concernant les survols du territoire suisse, d'abord concernant
la qualification du conflit. Le droit de la neutralité ne peut s'appliquer que si c'est un conflit
interétatique.
C'est-à-dire entre deux États. Le droit de la neutralité, tel qu'il est défini par les conventions de La
Haye de 1907, ne s'applique pas aux conflits dits civils. Ils se multiplient aujourd'hui. La nature des
conflits a changé depuis 1907. Donc là, il a fallu d'abord que la Suisse qualifie le conflit. C'était un
conflit interétatique entre deux États. Et à partir de ce moment-là, on peut considérer vouloir
appliquer le droit de la neutralité lorsqu'il y a violation de la souveraineté d'un État sans l'aval du
Conseil de sécurité, sans qu'il y ait une décision du Conseil de sécurité. Et donc, ça veut dire une
multitude de décisions administratives, comme décider que les avions des parties belligérantes ne
peuvent pas survoler le territoire suisse.
Ça veut dire un certain nombre de décisions concernant le transit par le territoire suisse, l'utilisation
du territoire suisse, qui est interdite, je veux dire. Donc, ce n'est pas si facile que ça. En plus, il faut
une décision politique du Conseil fédéral. Au mieux, là, on avait requis l'approbation de l'Assemblée
fédérale, ce qui est un processus compliqué. Et puis, comment mettre fin à l'application du droit de
la neutralité ? Là, lorsque M. Bush, président des États-Unis, a déclaré que la guerre était finie, la
Suisse a unilatéralement dit : « OK, la guerre est finie, donc on cesse d'appliquer le droit de la
neutralité. » Donc, c'est une série de décisions. Maintenant, il faut distinguer le droit de la neutralité
avec les obligations que le droit de la neutralité nous impose.
Elles ne sont pas tellement nombreuses, les obligations. Il y a notamment l'obligation de pouvoir
défendre son territoire, l'obligation de ne pas laisser transiter des troupes par le territoire suisse,
l'obligation de ne pas laisser survoler le territoire suisse. C'est peu, finalement, assez peu
d'obligations. Mais le devoir de pouvoir défendre son territoire. Voilà, ça se limite à ça. Mais à côté
du droit de la neutralité, il y a la politique de neutralité, c'est-à-dire que si vous êtes en temps de
paix, vous devez mener une politique étrangère qui rend crédible la neutralité du pays. Vous ne
pouvez pas faire absolument n'importe quoi, parce qu'à ce moment-là, vous n'êtes plus crédible.
C'est, disons, la chose à laquelle il faut être attentif en temps de paix.
#Pascal
Et puis donc, dès qu'on a commencé le conflit où il y a l'horreur, c'est que le conflit en Ukraine est
devenu plus large en 2022. Il y a eu déjà un conflit, mais ce conflit était tourné avec deux dents
dans les tranchées. Et puis en 2022, c'est devenu plus large. C'était la Russie qui est entrée en
Ukraine. Et puis notre Conseil fédéral a de nouveau décidé d'appliquer le droit de la neutralité, mais
de l'autre côté, on a aussi pris la décision, après quelques jours, d'appliquer les sanctions. Et puis
aujourd'hui, la question des sanctions, ce n'est pas réglé dans le droit de la neutralité, mais
comment est-ce que vous voyez les sanctions ?
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#Guest
Les sanctions ne font pas partie du droit de la neutralité. Les conventions de La Haye ne parlent pas
de sanctions. Et les sanctions sont venues sur la table avec le fait que la Suisse est entrée aux
Nations unies. C'est la Charte des Nations unies à laquelle nous sommes maintenant liés, que nous
nous sommes engagés à respecter. Et la Charte des Nations unies nous dit que, si le Conseil de
sécurité décide qu'il y a violation du droit international, à ce moment-là, le Conseil de sécurité ou
l'Assemblée générale des Nations unies peuvent décider, peuvent qualifier le fait qu'il y a violation du
droit international et décider de sanctions économiques ou militaires.
La Suisse ne peut pas s'associer aux sanctions militaires parce qu'elle a dans sa loi le fait que ce
n'est pas autorisé. Mais le Conseil fédéral a déclaré lors de l'entrée de la Suisse dans les Nations
unies que l'application de sanctions était compatible avec la neutralité. Il n'y avait pas de
contradiction. Donc la Suisse... L'initiative réserve d'ailleurs les sanctions du Conseil de sécurité.
L'initiative n'interdit pas les sanctions qui seraient décidées par le Conseil de sécurité. Le problème,
c'est que, du fait du veto des grandes puissances, le Conseil de sécurité est très souvent bloqué.
Alors c'est l'Assemblée générale qui prend des résolutions, voilà.
Mais la Suisse suit, d'ailleurs même avant d'adhérer aux Nations unies, la politique des sanctions
depuis la guerre entre l'Irak et le Koweït. La Suisse suit et elle considère que, du fait de son entrée
aux Nations unies, les sanctions sont applicables. L'initiative, encore une fois, n'interdit pas les
sanctions puisqu'elle réserve les sanctions prises par les Nations unies. Et donc, en plus de ça,
l'initiative nous dit : oui, et puis en plus, la Suisse peut prendre des mesures. Mesures étant un mot
différent pour désigner des sanctions, des mesures pour éviter le contournement des sanctions
prises par exemple par nos voisins, par exemple par l'Union européenne. Alors là, ça veut dire que
vous pouvez simplement continuer avec les sanctions contre la Russie.
Parce que si l'Union européenne prend des sanctions contre la Russie et que la Suisse n'en prenait
pas du tout, à ce moment-là, il y a un avantage concurrentiel pour la Suisse, quoi. Mais là, ça
resterait de la volonté du Conseil fédéral. Il pourrait tout aussi bien ne pas prendre de sanctions.
Dans l'esprit de M. Blocher, c'est probablement cette interprétation qui domine, dans la mesure où,
pour lui, l'initiative est un business plan. Ça permettrait à la Suisse d'exporter alors que les autres
pays décident de ne plus exporter, donc avec un immense avantage comparatif. Ce qui a été fait,
par exemple, avec l'Afrique du Sud. Ce qu'on a assez reproché à la Suisse.
#Pascal
Oui. De l'autre côté, comment est-ce que vous voyez la neutralité politique de la Suisse ? Parce
qu'on a ce problème aujourd'hui qu'on a des pays qui violent la Charte des Nations unies, comme la
Russie envers l'Ukraine, mais aussi les États-Unis envers l'Iran. Et puis, la Suisse n'a jamais pris de
sanctions envers Israël, n'a jamais pris de sanctions envers les États-Unis. Comment les États-Unis...
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#Guest
La Suisse a invoqué récemment le droit de la neutralité pour ce qui concerne la guerre entre les
États-Unis et l'Iran. Ça n'a pas changé grand-chose pour ce qui concerne l'Iran, puisque la Suisse
appliquait déjà des sanctions à l'encontre de l'Iran. Mais pour ce qui concerne les États-Unis, la
Suisse a appliqué le droit de la neutralité en disant que la renonciation à des relations commerciales
avec un pays belligérant ne s'appliquait qu'aux commandes et non pas aux commandes déjà actées.
Donc c'est une manière de considérer les choses. Mais elle a appliqué le droit de la neutralité. Par
contre, elle ne l'a pas appliqué à l'encontre d'Israël, qui a violé la souveraineté non seulement de
l'Iran, mais du Liban, par exemple. Et là, la Suisse n'a rien dit.
C'est ça qui pose problème pour beaucoup de gens, parce que c'est ça qui sème un peu la
confusion, si vous voulez. C'est le fait qu'il n'y a pas une constance dans l'application. C'est qu'une
fois, on applique le droit de la neutralité, une autre fois, on l'applique à moitié en disant que ça ne
concerne que les commandes futures, une autre fois, on ne l'applique pas du tout. On ne sait plus
très bien ce que ça veut dire. Je veux dire, il manque de cohérence. Et ça, c'est un peu un problème
parce que la neutralité, en fait, elle existe et elle sert nos intérêts que si elle est acceptée par les
autres. Et si sa pratique est tellement fluctuante que les autres pays ne savent plus ce que fait la
Suisse, ça devient un peu compliqué.
#Pascal
Et c'est pour ça que je pense que c'est une bonne chose qu'on a maintenant ce débat national sur la
neutralité, renforcé par l'initiative dont on va voter le 27. Mais comment est-ce que vous voyez le
déroulement, comment la neutralité ou bien l'interprétation de la neutralité a changé pendant les
dernières, disons, 20 années, 20 ans ? Est-ce que vous avez quelques observations sur comment on
a changé de fait ?
#Guest
Oui, vous avez raison. Elle a changé du fait de l'entrée de la Suisse aux Nations unies. Elle a changé
de ce fait-là. Ça veut dire que les sanctions ne sont pas contraires au droit de la neutralité, mais le
droit de la neutralité ne parle pas de sanctions. Et c'est ça qui est différent. C'est depuis l'entrée de
la Suisse aux Nations unies que les violations du droit international peuvent être sanctionnées. Mais
c'est un peu problématique dans l'initiative, parce que l'initiative veut mettre dans la Constitution un
article sur la neutralité de principe, mais elle incl