Bidzina Giorgobiani préconise une neutralité pragmatique et multivectorielle pour la Géorgie, fondée sur les enseignements de trois décennies de dépendance externe et de conflits. Il soutient que la position géopolitique exposée de la Géorgie, entre la Russie, la Turquie, l’Iran, l’UE, les États‑Unis et la Chine, rend un alignement sans compromis risqué et inefficace, citant la guerre de 2008 et l’occupation continue de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud. Selon Giorgobiani, la neutralité réduirait les perceptions de menace, créerait un espace pour une réintégration négociée des régions sécessionnistes et permettrait de diversifier les liens économiques — libre‑échange avec l’UE, approfondissement des relations avec la Turquie et l’Azerbaïdjan, et engagement avec la Chine — sans les contraintes d’une adhésion pleine à l’UE ou à l’OTAN. Il rejette les accusations de « pro‑russe » comme de la propagande, qualifiant la position de son parti de pro‑géorgienne. Giorgobiani propose de poursuivre la neutralité par la mobilisation politique et le débat public plutôt que par un abrogation constitutionnelle immédiate, en mettant l’accent sur des lois pratiques (par exemple, les règles de trans
Article
## À propos de Bidzina Giorgobiani
La trajectoire personnelle et politique présentée dans l’échange offre un prisme utile pour comprendre la proposition de neutralité pour la Géorgie. Bidzina Giorgobiani est une figure dont le récit traverse l’indépendance, l’exil et le retour — signataire de la déclaration d’indépendance de 1991, parlementaire de la première heure, et plusieurs fois résident en Allemagne pendant des périodes de rupture politique. Ces éléments biographiques ne sont pas de simples anecdotes : ils structurent une expérience politique fondée sur l’apprentissage des échecs et des fragilités d’un État périphérique dans un environnement de puissances rivales. Le parti qu’il a contribué à fonder, Géorgie Unie et Neutre, est né de cette somme de leçons et d’une volonté d’offrir une voie nationale qui cherche d’abord à préserver l’existence et la souveraineté du pays, par-delà les alignements idéologiques importés.
L’organisation du parti, sa transformation d’ONG en formation politique et son maillage régional témoignent d’une stratégie de construction institutionnelle réfléchie. En visant les élections législatives de 2028, les promoteurs de la neutralité ne revendiquent pas un gadget rhétorique mais une plateforme à inscrire dans la compétition politique du pays. Cela rend la discussion sur la neutralité moins théorique et plus immédiatement politique : il s’agit de conférer une légitimité démocratique à une orientation internationale qui, selon ses promoteurs, serait la seule compatible avec la survie d’un État géographiquement exposé.
## Pourquoi la Géorgie devrait devenir neutre
La proposition centrale qui émerge du dialogue est simple et pragmatique : la neutralité pour la Géorgie est d’abord un choix de sécurité et de viabilité. L’argument repose sur une observation géographique et historique : petit État coincé entre la Russie, la Turquie, l’Iran et des intérêts lointains (UE, États-Unis, Chine), la Géorgie a subi les conséquences aigües d’une dépendance vis-à-vis d’alliés extérieurs qui n’ont pas, en situation de crise, transformé leur rhétorique en protection efficace. Les guerres de 1990–2008, les conflits en Abkhazie et à Tskhinvali, et l’isolement politique ressentis par les dirigeants géorgiens à ces moments cruciaux nourrissent l’idée que l’alignement automatique sur un bloc n’a pas permis de défendre les territoires ni d’assurer la sécurité des citoyens.
La neutralité est présentée comme une politique de réduction des risques ; non pas un rejet des relations internationales, mais une discipline stratégique : renoncer à l’adhésion aux alliances militaires électriques et aux politiques d’exclusion qui attisent la menace potentielle. Dans la logique exposée, une Géorgie neutre pourrait développer des coopérations économiques multivectorielles, devenir un pont de transit entre l’Asie et l’Europe, et offrir aux populations séparatistes un horizon moins crispé par la logique de confrontation. La neutralité est donc posée comme un choix d’efficacité nationale plutôt que comme une posture idéologique.
## Pro-russe ou résolument pro-géorgien ?
Une des critiques récurrentes adressées aux partisans de la neutralité consiste à affirmer qu’il s’agit d’un euphémisme pour un virage pro-russe. Dans la conversation, cette accusation est rejetée avec force : la neutralité revendiquée est définie comme « pro-géorgienne » — un positionnement pragmatique et indépendant, tourné vers l’intérêt national plus que vers une loyauté à un tiers. L’argument central est que la neutralité ne signifie pas hostilité à l’Occident ni renoncement aux coopérations avec l’Union européenne ou la Turquie ; elle sera orientée vers un équilibre des relations internationales.
Le débat sur l’ingérence occidentale complique cependant cette posture. Des événements récents, évoqués au cours de l’échange, montrent une fracture entre Bruxelles et le gouvernement géorgien perçu comme refusant certaines attentes européennes — notamment en matière de sanctions unilatérales contre la Russie — et d’un financement d’organisations civiles accusé d’alimenter des troubles. En réponse, les promotrices et promoteurs de la neutralité revendiquent des mesures de transparence (comme l’adoption d’une loi s’inspirant du FARA), et dénoncent ce qu’ils perçoivent comme une instrumentalisation des ONG et des mouvements de rue. Dans ce registre, la neutralité se veut une ligne de défense contre toutes formes d’ingérence extérieure, qu’elles émanent de l’Est ou de l’Ouest.
## Abkhazie, Ossétie du Sud et réunification
La question des territoires séparatistes est au cœur de la démonstration : comment récupérer Abkhazie et Tskhinvali si l’on choisit l’union avec une puissance ou l’adhésion à une alliance militaire ? L’analyse développée dans la conversation est nette : l’intégration à l’OTAN ou une posture de confrontation ouverte avec la Russie rendrait, selon cette logique, la restitution de ces territoires irréaliste. La neutralité devient alors une stratégie de reconquête par la coopération plutôt que par la pression militaire.
Le scénario proposé combine des éléments économiques et politiques : créer un « corridor central » dans le Caucase du Sud, développer des interactions économiques avec toutes les parties — y compris la Russie et les régions séparatistes — et construire progressivement des institutions et des formes de vie commune. Cela implique de travailler avec les acteurs locaux pour offrir des avantages tangibles à la population des régions séparatistes, en montrant que la coopération et l’intégration économique apportent plus que l’isolement ou la dépendance à une puissance extérieure. Ce n’est pas une naïveté : les promoteurs reconnaissent la difficulté d’obtenir la restitution sans concessions et sans négociations complexes, mais ils soutiennent que la neutralité ouvre au moins la possibilité d’un dialogue réduit de la logique du tout ou rien.
## Relations avec la Turquie, l’Union européenne et la politique multivectorielle
Un autre point fort de l’échange porte sur les relations régionales et européennes. La Géorgie entretient déjà des liens stratégiques forts avec la Turquie et l’Azerbaïdjan — notamment dans le domaine des infrastructures énergétiques et des transports. Ces connexions sont présentées comme des leviers naturels pour une politique étrangère multivectorielle : la Géorgie peut et doit rester un carrefour, profitant des flux de gaz, de chemins de fer et d’échanges commerciaux pour attirer des intérêts variés sans se lier exclusivement à un bloc.
La critique adressée à l’Union européenne dans la discussion est double : d’un côté, la bureaucratie bruxelloise semble, selon l’argument, marginaliser la Géorgie et parfois soutenir des acteurs locaux antagonistes au gouvernement ; de l’autre, l’UE demanderait des pas politiques symboliquement lourds, tels que l’adoption de sanctions anti-russes, qui mettraient la Géorgie dans une posture de rupture dangereuse avec ses voisins immédiats. La stratégie neutre envisagée cherche à maintenir des partenariats économiques étroits avec l’Europe et la Turquie, tout en refusant d’être instrumentalisée dans des politiques de confrontation.
## Libre-échange et coopération économique multivectorielle
L’aspect économique n’est pas secondaire : la neutralité est pensée comme un vecteur de développement. En promouvant des corridors commerciaux, en tirant parti des oléoducs et des gazoducs qui traversent le territoire, et en facilitant le transit entre Asie et Europe, la Géorgie pourrait diversifier ses partenaires et renforcer son autonomie financière. L’idée est claire : en tissant des réseaux d’intérêts économiques partagés, l’État augmente le coût pour toute puissance qui envisagerait de punir ou d’isoler la Géorgie, et il amplifie les gains mutuels qui favorisent la stabilité.
Ce volet comporte des implications internes : une politique de neutralité efficace nécessite des institutions capables de garantir la transparenc
Transcript
La Géorgie bat les néocons | Bidzina
Giorgobiani
La Géorgie veut la neutralité ! C’est la leçon tirée de décennies de dépendance directe et indirecte
vis-à-vis de l’étranger. Quiconque se trouve dans une position géopolitique intermédiaire ne peut se
protéger qu’en ne prenant part à AUCUN des camps rivaux. Aujourd’hui, je m’entretiens avec le
politicien géorgien Bidzina Giorgobiani, qui a récemment fondé avec ses compagnons un parti ayant
fait de la neutralité son mot d’ordre. Nous allons discuter aujourd’hui de ce que cela signifie et de l’
article constitutionnel relatif à l’OTAN. Soutenez-nous : Substack : https://pascallottaz.substack.com
TimeStamps 00:00 À propos de Bidzina Giorgobiani 03:50 Pourquoi la Géorgie devrait devenir neutre
07:57 Pro-russe ou résolument pro-géorgien ? 16:56 Abkhazie, Ossétie du Sud et réunification 26:17
Relations avec la Turquie et l’Union européenne 31:08 Libre-échange et politique étrangère
multivectorielle 41:03 OTAN, UE et neutralité dans la Constitution
#Pascal
Bienvenue à nouveau sur Neutrality Studies. Aujourd’hui, on parle en allemand, parce que je discute
avec un collègue géorgien qui a passé de nombreuses années en Allemagne et qui préfère donc s’
exprimer en allemand. J’ai avec moi Monsieur Bidzina Giorgobiani. Je m’excuse si je prononce mal
ton nom. Bidzina est l’un des fondateurs du parti politique United Neutral Georgia, ou en français,
Géorgie Unie et Neutre. Cher Bidzina, bienvenue.
#Guest
Bonjour Pascal, je suis ravi d’être là.
#Pascal
Je suis ravi de t’avoir avec nous. On s’est aussi rencontrés récemment en Géorgie. Tu travailles, avec
tes camarades, à la création d’un parti politique. Pour l’instant, il n’est pas représenté au Parlement,
mais vous visez à obtenir des sièges lors des élections législatives de l’an prochain. Et vous portez
une vision très particulière pour la Géorgie, qui m’intéresse beaucoup dans le cadre des études sur la
neutralité. Mais avant de parler de la vision de politique étrangère de ton parti – ou de votre parti –,
dis-nous peut-être brièvement : pourquoi parles-tu si bien allemand, quel est ton rôle au sein du
parti, et pourquoi ta signature figure-t-elle sur la déclaration d’indépendance de la Géorgie ?
#Guest
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Oui, je suis signataire. Ma signature figure sur la déclaration d’indépendance, comme je l’ai dit. C’
était le neuf avril mille neuf cent quatre-vingt-onze, quand la Géorgie a proclamé son indépendance,
à l’époque du premier Parlement. J’étais membre de ce premier Parlement géorgien, oui. Après le
coup d’État, j’ai vécu à Berlin entre mille neuf cent quatre-vingt-quinze et deux mille quatre. Ensuite,
je suis retourné en Géorgie pendant environ sept mois, puis a commencé, disons, ma deuxième
période d’exil, de nouveau à Berlin. C’était entre deux mille cinq et deux mille treize.
#Pascal
Je suis en Géorgie depuis mai deux mille treize.
#Guest
Avec mes amis et les personnes qui soutiennent la neutralité, nous avons fondé un parti. Au début,
on a créé une association, un mouvement sous forme d’ONG. Puis, en décembre deux mille vingt-
cinq, nous avons lancé le parti. Comme je l’ai déjà dit, il s’appelle Géorgie Neutre Unie. Et moi, je
suis le secrétaire politique de ce parti. Nous avons déjà annoncé que nous participerons aux
élections législatives de deux mille vingt-huit. Nous nous préparons activement. Nous sommes déjà
présents dans tout le pays, avec neuf représentations régionales créées jusqu’à présent. Et ce
samedi, nous allons inaugurer une nouvelle antenne en Géorgie occidentale. Bref, nous nous
préparons sérieusement… je veux dire, pour les élections parlementaires.
#Pascal
Comment toi, ou vous, ton groupe, en êtes-vous arrivés à vouloir défendre un modèle de Géorgie
neutre ? Je veux dire, la Géorgie a traversé énormément de choses ces trente dernières années. En
mille neuf cent quatre-vingt-onze, tu avais, je crois, vingt-cinq ans, c’est ce que tu as dit, et tu as
connu la Géorgie encore comme partie de l’Union soviétique — tu y es né, tu y as grandi. Puis sont
venues ces années très mouvementées, qui ont apporté d’un côté plus de possibilités
démocratiques, mais qui, de l’autre, ont aussi poussé des gens comme toi à l’exil, sous différents
gouvernements. Alors, pourquoi cette cause te tient-elle aujourd’hui autant à cœur ? Pourquoi veux-
tu que la Géorgie reste en dehors de ces jeux de grandes puissances ?
#Guest
Fort de notre expérience au fil des décennies et de toute la période d’indépendance de la Géorgie –
de notre grande expérience, donc – nous sommes des responsables politiques qui ont tiré les leçons
de leurs erreurs. Malheureusement, nous avons commis de graves erreurs, qui ont suscité beaucoup
d’espoirs chez nos partenaires occidentaux. Le drame qui s’est joué en Géorgie en deux mille huit, et
auparavant dans les régions d’Abkhazie et de Tskhinvali, a montré une chose : dans ces conflits, la
Géorgie était seule, sans aucune aide venue de l’étranger. Il ne s’agit pas seulement d’aide militaire,
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mais aussi de soutien politique. Oui, les médias occidentaux et certaines organisations
internationales ont apporté leur appui, mais cela n’a pas suffi pour un petit pays situé aux portes de l’
Europe, dans une situation très complexe, entre la Russie, la Turquie et l’Iran – avec, en plus, des
intérêts de la part de l’Union européenne, des États-Unis d’Amérique et de la Chine.
Alors, la situation est d’un côté très bonne sur le plan de la coopération économique. Mais de l’autre,
elle est aussi dangereuse, parce que chaque grand acteur politique veut avoir ici son influence, et
chacun a ses propres intérêts. C’est pour cette raison, après de longues réflexions et beaucoup d’
expérience, comme je l’ai déjà dit, que nous avons finalement élaboré ce concept : la neutralité. Et
pour le Caucase du Sud, la neutralité est, pour le développement économique et politique durable et
à long terme de la Géorgie, le meilleur concept et la meilleure base politique pour l’avenir du pays.
#Pascal
Il y a des gens qui vous reprochent que ce mot d’ordre de neutralité ne serve en réalité qu’à
masquer des sentiments anti-occidentaux. Ils disent que, pour ton parti, mais aussi pour le parti
actuellement au pouvoir, l’objectif principal serait de se rapprocher de la Russie. Qu’est-ce que tu
réponds à ça ? En gros, l’accusation, c’est : vous êtes contre l’Europe, vous êtes contre l’Occident.
Comment tu réagis à ce genre de critique ?
#Guest
Et je dis aussi qu’il existe de la propagande orientée vers la Russie.
#Pascal
Oui, que vous êtes pro-russes. Exactement, la propagande qui dit que vous êtes pro-russes.
#Guest
Comment tu réponds à ça ? C’est donc de la pure propagande. C’est une idée fausse, qui vient de
quelqu’un qui n’est pas vraiment impliqué, mais qui se base sur des informations venues de je ne
sais où. On a lu qu’on serait prorusse ou anti-occidental. En réalité, on est pro-géorgien. On est
tournés à la fois vers l’Ouest, vers l’Est, et ainsi de suite. C’est ça, pour nous, la vraie question. Le
concept de neutralité, ça ne veut pas dire qu’on suit un dogme ou quoi que ce soit de ce genre. D’
ailleurs, dans notre Constitution, à l’article soixante-dix-huit, il est écrit que chaque autorité
géorgienne doit tout faire pour favoriser l’intégration nord-atlantique et pro-occidentale du pays.
Mais en pratique, c’est presque impossible, parce que la Géorgie n’a pas de frontière directe avec l’
Union européenne, déjà pour commencer.
Deuxièmement, la Géorgie se trouve, comme je l’ai déjà expliqué, entre l’Asie et l’Asie du Nord. Le
Proche-Orient, les pays du Proche-Orient – la Turquie, l’Iran, la Russie, l’Azerbaïdjan, l’Arménie – et
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la Géorgie n’a pas de frontière directe avec l’Union européenne. Une intégration complète et totale
dans l’Union européenne est donc pratiquement impossible. Alors, oui, il y a la mer, la mer Noire,
cette frontière dont nos politiciens pro-occidentaux disent qu’elle nous relie à l’Union européenne…
mais en réalité, c’est la mer, rien d’autre. L’Union européenne a aussi des frontières maritimes avec
le Japon et avec d’autres continents. Nous, nous sommes un parti qui évalue la situation
géographique de façon réaliste. Nous n’allons pas à l’encontre de la géographie, tout simplement.
Le politicien est donc impuissant. Nous sommes des Fortunaziens, nous sommes là où nous sommes.
Nous ne venons pas d’une autre ville, nous vivons ici depuis des millénaires. La culture géorgienne et
l’État géorgien sont très anciens. Cette culture a été un pont entre le monde chrétien et l’Asie. Et, au
fil de l’histoire, nous avons fait d’immenses efforts pour notre christianisme et pour notre culture. En
ce qui concerne les relations entre la Géorgie et l’Union européenne, nous travaillons bien sûr à une
coopération très étroite avec l’Europe. Mais depuis deux mille vingt-quatre, nous sommes très surpris
de ce que Bruxelles et cette bureaucratie bruxelloise font contre le gouvernement géorgien.
Ils financent pratiquement directement des troubles, et ils soutiennent ici, sur le plan politique et
financier, ces groupes extrémistes en Géorgie, pour organiser des émeutes et des révolutions dans
les rues. Ces partis sont financés et soutenus depuis Bruxelles et par d’anciennes administrations
américaines, par Blinken, Biden, et toute l’ambassadrice ici en Géorgie. Elle était pratiquement un
slogan contre l’État géorgien, et elle a donc mené cette révolution avec l’aide et le financement de l’
USAID, de la SIDA et d’autres fondations. Les extrémistes géorgiens, qui reçoivent cet argent venant
de l’Ouest, se retrouvent maintenant pratiquement impuissants, parce que la Géorgie a adopté une
loi — une traduction directe d’une loi américaine — la loi FARA, comme on l’appelle, traduite en
géorgien, et le Parlement l’a votée. Et tout de suite, les protestations sont venues de l’Ouest : “Ah, c’
est une loi russe.” Oui, exactement.
#Pascal
Juste pour situer un peu le contexte : le FARA, le Foreign Agents Registration Act, c’est-à-dire la loi
sur l’enregistrement des agents étrangers. En gros, ce sont des personnes ou des institutions qui
reçoivent un financement venu de l’étranger. Elles ne sont pas interdites, mais elles doivent se
déclarer. Et la Géorgie a fait la même chose, elle a mis en place une loi similaire. Elle a dit : toute
institution qui reçoit, je crois, plus de cinquante pour cent, ou peut-être quarante pour cent de ses
fonds de l’étranger, doit le déclarer, pour que l’État puisse montrer d’où vient l’argent. Donc, en
principe, c’est une loi sur la transparence. Mais pour ça, la Géorgie a été extrêmement critiquée par l’
Europe, par l’Union européenne, qui a dit que cette loi aurait un effet dissuasif, et qu’elle visait les
ONG, les droits humains, la liberté de la presse, et ainsi de suite.
#Guest
Oui, mais c’est étrange, presque tous les pays européens ont déjà une loi comme ça… Enfin, chaque
pays a déjà adopté ce genre de loi par lui-même…
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#Pascal
Une loi similaire. Oui, chaque pays a une loi de ce genre.
#Guest
Oui, encore plus strict et plus sévère que la loi géorgienne. Selon la loi géorgienne, comme je l’ai
déjà dit, elle est traduite mot pour mot en géorgien, avec chaque point et chaque virgule du texte
américain, celui de la loi FARA. Et cette loi est entrée en vigueur en deux mille vingt-cinq. À partir de
là, ces groupes extrémistes ont été pratiquement très limités dans leurs activités. Et leurs activités, c’
était, comme je l’ai dit, des émeutes et des affrontements de rue, directement. C’était à la fin de l’
automne deux mille vingt-quatre et au printemps deux mille vingt-cinq. À ce moment-là, il y a eu en
Géorgie de véritables affrontements de rue contre les forces de l’ordre, contre la police, et de
nombreux policiers et civils ont été blessés.
#Pascal
Alors, toi et ton parti, vous considérez ça comme une ingérence venant de l’étranger, de l’Union
européenne, en Géorgie. En même temps, la Géorgie a toujours ce problèm