L’Europe au bord du gouffre… sans même s’en rendre compte | Dr Gabriele Krone-Schmalz

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La Dre Gabriele Krone‑Schmalz soutient que l’Europe méconnaît sa position géopolitique en privilégiant le posture morale et le symbolisme militaire au détriment d’analyses mesurées et de la diplomatie. Elle affirme que, bien que l’invasion russe de l’Ukraine soit à juste titre condamnée, les dirigeants et les médias européens négligent les réalités locales et les intérêts exprimés par la Russie, sapant ainsi les perspectives d’un accord négocié de paix. Krone‑Schmalz critique la stigmatisation du dialogue — en qualifiant les interlocuteurs de « Putin‑Versteher » — et avertit qu’un cadrage excluant affaiblit le débat démocratique. Elle situe des causes plus profondes dans l’eurocentrisme, un sentiment de supériorité morale et une incapacité à prendre en compte un monde multipolaire où les BRICS et d’autres acteurs ont accru leur influence. L’effondrement de liens pragmatiques tels que Nord Stream illustre, selon elle, la perte d’autonomie stratégique de l’Europe, et la déférence de l’UE à l’égard des griefs historiques des nouveaux États membres fausse la politique. En définitive, Krone‑Schmalz appelle à renouer avec l’humilité, à s’engager avec différents systèmes politiques et à d

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## Europe au bord du gouffre : aveuglement diplomatique et moralisation du conflit La discussion enregistrée avec la Dre Gabriele Krone‑Schmalz met en lumière une réalité inquiétante : l’Europe marche au bord d’un précipice géopolitique tout en fermant les yeux sur les seules voies qui peuvent la ramener à la stabilité — la diplomatie et l’analyse réaliste des intérêts. L’échange insiste sur un clivage croissant entre une posture morale et idéologique dominante, qui refuse tout compromis, et la nécessité pratique de négocier pour arrêter les morts et stabiliser le continent. Ce n’est pas un plaidoyer pour l’impunité, mais un appel à la lucidité : refuser d’écouter ou de comprendre l’adversaire transforme les principes en dogmes incapables de résoudre les crises. ## De l’émotion à la politique : quand la morale remplace l’analyse La conversation souligne combien la réaction européenne a souvent été guidée par l’indignation et la morale plutôt que par une lecture froide des rapports de force. L’émotion est humaine et compréhensible face à la guerre; elle devient problématique quand elle commande la politique. La Dre Krone‑Schmalz le répète : la compétence essentielle de la politique, c’est la diplomatie. Or, présenter la situation uniquement en termes moraux — qui est coupable, qui est juste — empêche de nommer et d’arbitrer les intérêts en jeu. Sans cette mise à plat, on est condamné à répéter les analyses partielles et à agir au jour le jour, souvent de façon contre‑productive. Ce glissement vers une politique de symboles produit des décisions coûteuses et mal réfléchies. Les arguments purement moraux conduisent à des choix qui satisfont l’opinion publique mais creusent la vulnérabilité économique et stratégique, parfois au détriment des citoyens que l’on prétend défendre. La conversation met en garde : quand « le bon côté » se croit automatiquement légitimé, le débat démocratique s’affaiblit et la capacité d’adaptation de la société s’érode. ## Comprendre n’est pas approuver : le tabou du « Putin‑Versteher » Un des éléments les plus saillants évoqués dans l’échange est la stigmatisation croissante de la posture consistant à essayer de comprendre la logique russe. En Allemagne existe un mot devenu quasi‑insulte — « Putin‑Versteher » — pour décrire celui qui chercherait à saisir les motifs de la Russie. La Dre Krone‑Schmalz refuse cette réduction sémantique : comprendre n’est pas pardonner ni justifier. Comprendre, c’est d’abord collecter les éléments factuels nécessaires pour élaborer une politique efficace. Transformer l’effort d’analyse en marqueur moral négatif produit deux effets délétères : il exclut des voix critiques utiles au débat public et il empêche l’émergence de solutions pragmatiques. L’exclusion des nuances renforce la polarisation intérieure et éloigne l’Europe des instruments de la négociation. Pour la Dre Krone‑Schmalz, la démocratie meurt moins de menaces extérieures que de ce qui la ronge de l’intérieur — le refus du débat et la liquidation des positions minoritaires comme « désinformation ». ## Les intérêts ignorés : pourquoi les 28 points et la négociation sont révélateurs L’échange revient à plusieurs reprises sur le moment politique que représentent les pourparlers entre les États‑Unis et la Russie — souvent présentés sous la forme de listes de points. Là encore, la surprise et l’indignation européennes sont perçues comme déplacées : pendant presque quatre ans, l’UE et l’Allemagne n’ont pas construit leurs propres plans de paix ; ce sont d’autres acteurs — Chine, Brésil, pays africains — qui ont tenté des initiatives. La conséquence est simple et dure : si l’on ne met pas les intérêts de toutes les parties sur la table dès le départ, les solutions qui émergent ne peuvent être crédibles et durables. La Dre Krone‑Schmalz montre que le fait d’accuser exclusivement la Russie d’imposer sa volonté masque une vérité matérielle : les lignes de front existent, les soldats sont là où ils sont. Ignorer ce fait imposé par la force, au nom d’une pureté morale, c’est refuser de bâtir un compromis réellement applicable. L’enjeu est donc de distinguer deux niveaux : la condamnation du recours à la force, et la recherche pragmatique d’un règlement qui reconnaisse les nouvelles réalités tout en minimisant les injustices et en garantissant des compensations et garanties. ## Nord Stream, énergie et symbole d’un choix stratégique manqué Le cas de Nord Stream illustre la dérive évoquée dans la conversation : un projet qui, historiquement, était au cœur d’une stratégie énergétique européenne pragmatique, est devenu un symbole de rupture idéologique. La Dre Krone‑Schmalz rappelle que ce chantier était soutenu par l’UE et répondait à des besoins concrets. Ce qui surprend et inquiète, c’est l’affaiblissement de la capacité allemande à défendre ses intérêts économiques face à des pressions internationales, et la gestion molle d’un épisode — le sabotage — qui aurait dû appeler à des réponses politiques et médiatiques vigoureuses. Abandonner une ressource bon marché et accessible pour des raisons symboliques, puis la racheter à un coût beaucoup plus élevé via des circuits détournés, relève d’une logique d’auto‑sabotage. Ce choix illustre la contradiction entre posture morale et responsabilité gouvernementale : quel est le niveau de morale le plus élevé ? Celui qui protège le bien‑être des populations par des choix pragmatiques, ou celui qui sacrifie l’efficacité au nom d’un principe abstrait ? La discussion appelle à réévaluer les priorités de la politique européenne dans une époque de tensions. ## La démocratie européenne en péril : exclusion, polarisation, appauvrissement du débat Un fil rouge du dialogue est l’alerte sur la santé des démocraties européennes. L’élimination progressive des voix qui ne se conforment pas à la ligne dominante, l’usage d’étiquettes disqualifiantes et la réduction du débat à une logique manichéenne fragilisent le système démocratique. La Dre Krone‑Schmalz craint que ce poison interne ne soit plus dangereux que les menaces extérieures annoncées. Lorsque la conviction d’être « du bon côté » dispense d’argumenter, les mécanismes de contrôle, de contrepoids et d’apprentissage se détraquent. Les institutions perdent en robustesse intellectuelle ; l’espace public se blinde. À terme, cette dynamique risque d’affaiblir la capacité de l’Europe à formuler et à défendre des politiques cohérentes, y compris sur la scène internationale, où la crédibilité repose aussi sur la cohérence entre moyens, objectifs et acceptabilité intérieure. ## Un chemin nécessaire : revenir à la diplomatie, au réalisme et à l’éducation du débat La conclusion implicite de l’échange est équilibrée mais ferme : il est temps de remettre la diplomatie au centre. Cela suppose de reconnaître les faits matériels du terrain, d’écouter sans mépris ceux qui posent d’autres diagnostics, et d’évaluer les intérêts de toutes les parties — y compris ceux de la Russie — sans pour autant renoncer à condamner des violations du droit international. La négociation ne signifie pas amnistie automatique ; elle exige de la créativité, des garanties, des mécanismes de sécurité et des compensations. Parallèlement, la conversation appelle à un travail pédagogique : déconstruire les vieux clichés sur la Russie dans les programmes scolaires et médiatiques, réhabiliter la capacité d’expliquer sans stigmatiser, et former des citoyens capables d’un débat informé. Les dirigeants européens doivent aussi retrouver la capacité de défendre leurs intérêts matériels — énergétiques, économiques, sécuritaires — sans sacrifier la cohérence au prix de symboles coûteux. ## Vers une Europe plus crédible : pragmatisme, débat et intérêt commun L’intuition directrice que propose la Dre Krone‑Schmalz, telle qu’elle émerge de l’échange, est simple : pour éviter le pire, l’Europe doit cesser d’agir comme une communauté d’indignation et redevenir une communauté d’intérêt. Cela implique de

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L’Europe au bord du gouffre… sans même s’ en rendre compte | Dr Gabriele Krone- Schmalz Alors que les États-Unis et la Russie négocient la paix, l’Allemagne et toute l’Europe réclament davantage de violence armée pour imposer leur vision de la “justice”. Pourtant, l’Europe ne dispose ni des armes ni de la puissance économique nécessaires pour y parvenir, même de loin. Que se passe-t-il donc avec l’Allemagne et l’Europe ? Pour mieux comprendre la situation géopolitique du continent, je reçois aujourd’hui Dr Gabriele Krone-Schmalz, autrice de nombreux essais, dont *Le respect, c’est autre chose : réflexions sur notre pays divisé* et *Âge glaciaire : comment la Russie est diabolisée et pourquoi c’est si dangereux*. #Dr. Lottaz Alors que les États-Unis et la Russie négocient la paix, l’Allemagne et toute l’Europe recourent à davantage de violence armée pour imposer leur vision de la justice. Pourtant, l’Europe ne dispose ni des armes ni de la puissance économique nécessaires pour y parvenir, même de loin. Que se passe-t- il donc avec l’Allemagne et l’Europe ? Pour mieux comprendre la situation géopolitique du continent, j’ ai aujourd’hui avec moi la Dre Gabriele Krone-Schmalz – autrice de nombreux essais, dont *Le respect, c’est autre chose : réflexions sur notre pays divisé* et *Âge glaciaire : comment la Russie est diabolisée et pourquoi c’est si dangereux*. Bienvenue, Gabriele ! #Dr. Krone-Schmalz Merci, bonjour. #Dr. Lottaz Je te remercie. Pouvons-nous commencer par ton analyse de ce qui se passe autour de nous en ce moment ? Nous sommes donc en plein milieu de ces négociations entre les États-Unis et la Russie, qui semblent préparer 28 points – ou 19, peu importe –, cherchant ainsi à trouver une issue diplomatique à la guerre. Et les Européens, qui essaient de s’impliquer, mais qui s’indignent aussi du fait qu’on tente ici de créer des faits accomplis sur le continent en passant par-dessus leurs têtes. Peux-tu nous aider à situer un peu tout cela ? #Dr. Krone-Schmalz -- 1 of 16 -- Oui, en Europe, donc dans l’UE et aussi en Allemagne, on s’indigne assez fortement – ce que je ne comprends pas vraiment, puisque nous avons eu presque quatre ans pour agir nous-mêmes, pour élaborer nos propres plans de paix. Et tout ce qui est venu au cours des quatre dernières années est venu de Chine, du Brésil, de pays africains – mais pas de Bruxelles, de Paris ou de Berlin, ni d’ ailleurs. Et maintenant, s’étonner que l’on tente d’avancer vers la paix par-dessus nos têtes – il n’y a en réalité pas de quoi s’étonner. J’ai l’impression que beaucoup des actions, ou plutôt des inactions, des Européens, selon la manière dont on les décrit, sont aussi liées au fait qu’ils essaient de trouver comment sortir de cette situation sans perdre la face. Car c’est tout de même assez difficile de redresser la situation. Ce que je ne comprends pas – ce que je considère, je le dis, comme irresponsable –, c’est que ces débuts, qui existent maintenant, et si Trump a commencé cela, d’accord, Trump est Trump, mais s’il a lancé ce mouvement, alors cela a au moins un avantage : à savoir que l’on commence à comprendre que cette guerre ne peut être terminée que par des moyens diplomatiques et non militaires. À quoi cela pourrait-il ressembler militairement ? Cette perte de contact avec la réalité, qui se manifeste dans les déclarations politiques de l’Allemagne et aussi de l’UE, me laisse vraiment sans voix. #Dr. Lottaz Je pense qu’il faut en parler. D’où cela vient-il, et comment se fait-il qu’en ce moment, dans les médias européens – surtout dans les médias germanophones – on lise sans cesse qu’il ne faut pas laisser Poutine gagner, que les Russes ne doivent pas s’en tirer ? Et personne n’écrit sur ce qui se passe réellement sur le champ de bataille. Le champ de bataille n’a vraiment pas bonne allure pour les Ukrainiens, pour les Européens. Et on ne peut pas l’arrêter. C’est comme si l’on disait : un rouleau compresseur fonce sur nous – mais il ne doit pas foncer sur nous. Et s’il continue d’avancer, alors… Moi, je dis simplement : cela ne devrait pas être. D’où vient ce rapport si étrange ? #Dr. Krone-Schmalz Je pense que le problème vient du fait que l’on remplace sans cesse – ou souvent – l’analyse objective par la morale et par l’idéologie. Ce que je comprends tout à fait. Lorsqu’on se trouve au cœur du désastre d’une guerre, que l’on s’y rende en tant qu’homme politique ou que l’on en rende compte comme journaliste, on est en colère, indigné, on ne peut pas se défendre contre des sentiments comme la vengeance ou d’autres émotions semblables. Je trouve cela tout à fait compréhensible et humain – et si c’était autrement, ce serait inquiétant. Mais ces catégories ne doivent pas devenir des catégories journalistiques ou politiques, car alors on ne verrait pas la fin du processus. Il faut, à mon sens, être capable – surtout en tant qu’homme politique, puisque la compétence essentielle de la politique est la diplomatie et non la guerre, mais aussi en tant que journaliste – il faut être capable d’abstraction et d’analyse, de dégager les intérêts en jeu. -- 2 of 16 -- Et si l’on considère que seuls ses propres intérêts sont légitimes et que l’on écarte tous les autres comme illégitimes, si l’on refuse simplement de l’admettre, si l’on n’écoute pas et que l’on construit un cadre dans lequel on fait tout entrer pour que cela corresponde à sa propre idéologie, alors il ne peut pas y avoir de coexistence pacifique. Il est temps de mettre les intérêts sur la table. Le fait qu’ après ces 28 points, dont il ne reste que quelques-uns – mais on ne sait pas exactement lesquels –, l’ impression se soit imposée que la Russie s’était imposée point par point, tient au fait que l’on n’avait absolument pas pris en compte les intérêts de la Russie auparavant. #Dr. Lottaz Mais la discussion en Europe est également intéressante : on dit que les Russes s’imposent, qu’il ne faut pas les laisser s’imposer, que ces territoires ne doivent pas être cédés. Mais cela n’a rien à voir avec l’endroit où se trouvent aujourd’hui les soldats. Le fait que la Russie ait mené militairement cette bataille au cours des trois dernières années et demie est tout simplement passé sous silence et dissimulé derrière ces conceptions morales. Et bien qu’elles soient tout à fait légitimes – dire qu’un pays ne doit pas en attaquer un autre, que l’interdiction de la violence s’applique, tout cela est vrai – , cela ne change rien au fait brut et évident que les soldats se trouvent là où ils se trouvent. #Dr. Krone-Schmalz C’est bien là tout le problème. Il faut le répéter sans cesse pour qu’on ne vous le reproche pas. Bien sûr, l’attaque russe contre l’Ukraine était contraire au droit international – c’est absolument évident. Bien sûr, en tant qu’être civilisé, on ressent le besoin que ceux qui ont déclenché une telle guerre ne s’en sortent pas impunément. Tout cela est juste. Mais si l’on analyse la situation avec lucidité – quelle est donc l’alternative, bon sang ? En sortir, épargner la souffrance à ceux qui se trouvent au front et non dans des bureaux bien chauffés, faire cesser les morts. Et cela ne peut se faire qu’en cherchant à engager la conversation, le dialogue et un équilibre des intérêts avec ceux qui, pour une raison ou une autre, détiennent actuellement le rapport de force. Voyons maintenant les choses de l’autre côté : cela ne sert à rien de se rejeter mutuellement la faute. Je le sais aussi. Néanmoins, si l’on veut façonner l’avenir, il faut analyser le présent et le reconnaître tel qu’il est. Et cela implique également de connaître le passé, c’est-à-dire le développement qui y a conduit. Je ne sais même plus si c’était Montesquieu ou quelqu’un d’autre – il existe une belle expression selon laquelle ne sont pas seulement responsables ceux qui déclenchent une guerre, mais aussi ceux qui l’ont rendue inévitable. Comme je l’ai dit, il ne s’agit pas d’attribuer des fautes, mais simplement d’une analyse, afin de parvenir à une existence solide pour toutes les parties concernées à l’avenir. Chaque fois qu’il est tant question de garanties de sécurité et que ce débat fantomatique se déroule au sein de l’UE, selon lequel des troupes européennes, c’est-à-dire de l’OTAN, devraient garantir la sécurité – ce qui relève d’une perte de contact avec la réalité difficile à surpasser –, j’opposerais à -- 3 of 16 -- cela ceci : si une solution diplomatique voit le jour et parvient à un véritable équilibre des intérêts, alors la question des garanties de sécurité devient presque superflue, car plus personne n’aura intérêt à y changer quoi que ce soit. Je trouve donc que cet aspect est totalement négligé – et cela, venant précisément de pays si fiers de leur construction étatique, à juste titre, de leur civilisation et tout le reste –, que ce soit justement eux qui ne trouvent rien de mieux que de penser en termes de victoire et de défaite. Cela me déçoit profondément. #Dr. Lottaz Il y a aussi quelque chose, lorsque nous essayons d’accompagner cela intellectuellement – quelque chose de très illogique dans ces lignes d’argumentation. Quelque chose qui, pour moi, ne tient pas ensemble. Ces fameuses garanties de sécurité : l’idée que l’Europe s’obstine à penser qu’on ne peut pas soutenir la paix en Ukraine sans avoir des garanties de sécurité qui empêchent une nouvelle guerre d’éclater. Mais nous sommes déjà en guerre. C’est déjà une guerre. Comme on dit ? Mettre la charrue avant les bœufs. Ce devrait être l’inverse, et se formuler ainsi : comment mettons-nous fin à la mort et à la guerre, et comment établissons-nous ensuite un ordre de sécurité qui garantisse à nouveau la paix ? #Dr. Krone-Schmalz Il est également frappant de constater que l’on entend souvent cet argument : Poutine ne voudrait pas la paix, on ne pourrait pas lui parler. Ce qu’on passe alors subtilement sous silence, c’est que, du côté de l’Union européenne comme de l’Allemagne, le dialogue a aussi été empêché. Toute personne qui, après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, a simplement envisagé de s’asseoir avec Poutine pour discuter, a été très vite mise à l’écart politiquement. Il a fallu qu’une personnalité comme Donald Trump intervienne pour briser ce tabou. Ce sont donc ces affirmations, ces arguments utilisés, que je considère – oui, je le répète – comme irresponsables : prétendre que Poutine ne veut pas la paix. On manque aussi de nuances. Il est tout à fait clair que Poutine et la Russie peuvent actuellement prendre plus de temps, car, d’un point de vue militaire, ils sont simplement en meilleure position – ils peuvent donc se permettre d’attendre davantage que l’Ukraine. Autrement dit, il n’a pas besoin de se presser pour conclure la paix. Mais cela n’a rien à voir avec le fait que l’intérêt fondamental de la Russie pour la paix soit massif et bien réel. Ce qui m’étonne et m’irrite toujours, c’est qu’on ne fasse pas cette distinction dans l’argumentation. C’est un débat classique qui – s’il n’a pas lieu en politique – devrait au moins se tenir dans les médias. #Dr. Lottaz Quel est ton avis sur ce mot tabou en allemand ? Je dois le dire ici, car nous allons ensuite traduire cette conversation dans d’autres langues. Dans d’autres langues, on ne peut presque pas rendre cela, mais en allemand, il existe ce mot « Putin-Versteher ». Une personne qui comprend Vladimir Poutine – et c’est une insulte. On reproche ainsi à l’autre camp qu’un « Putin-Versteher » justifie les -- 4 of 16 -- actions de la Russie et les approuve en quelque sorte. Et le fait que nous ayons réussi à transformer le mot « comprendre » en quelque chose de négatif, c’est tout de même intéressant, non ? #Dr. Krone-Schmalz Exactement, mais cela correspond bien au cadrage général, si je puis dire. Être un « compréhensif envers la Russie » est déjà assez grave, mais être un « compréhensif envers Poutine » en est une version encore aggravée. Et je refuse encore aujourd’hui de participer à cette réinterprétation sémantique sel