Un changement irrésistible va balayer l’hégémonie raciste occidentale

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Chandran Nair soutient que la géopolitique contemporaine puise ses racines dans cinq siècles de colonialisme européen, les puissances occidentales actuelles — en particulier les États‑Unis et leurs alliés européens — cherchant à préserver des privilèges accumulés en façonnant les institutions, les récits et les leviers économiques. Il présente les tensions actuelles comme un conflit entre un petit « Occident politique » et les 85 % du monde anciennement colonisés, en mettant l’accent sur la façon dont la colonialité perdure dans la finance, l’éducation et les mentalités d’élite. Selon Nair, Gaza constitue un moment révélateur : sa violence met à nu l’hypocrisie occidentale, ravive les logiques de colonisation par les colons et révèle les limites de la responsabilité mondiale. La déférence de l’Europe vis‑à‑vis des États‑Unis et sa réarmement reflètent une vassalisation renouvelée plutôt qu’un leadership moral. Bien que de nombreuses élites du Sud global demeurent psychologiquement alignées sur les institutions occidentales, Nair observe un tournant décisif : une conscience décolonisée croissante, des politiques étrangères plus indépendantes et des revendications pour une géopolitiq

Article

## Quelle est votre approche de la géopolitique ? La conversation pose la géopolitique moins comme une simple cartographie des intérêts stratégiques que comme l’héritage vivant d’un demi‑millénaire d’empires. L’éclairage offert tout au long de l’échange réinscrit les grandes rivalités actuelles dans la continuité du colonialisme européen : les structures économiques, les institutions et les récits culturels qui ont porté la domination occidentale n’ont pas disparu ; elles se sont transformées et continuent de modeler les relations internationales. Plutôt que de s’intéresser aux manœuvres des dirigeants isolés, la perspective privilégiée dans la discussion examine comment la préservation des privilèges accumulés — économiques, militaires, symboliques — demeure le moteur essentiel de la politique mondiale. L’approche proposée met l’accent sur l’équité et le développement concret des sociétés anciennement colonisées. La géopolitique devient alors l’étude des frictions qui naissent quand des puissances émergentes cherchent à exercer leurs droits de souveraineté et de développement face à des acteurs qui veulent retenir des avantages acquis. Il s’agit d’un regard centré sur la manière dont ces tensions freinent l’essor de puissances démographiquement majeures — Indonésie, Inde, Afrique — et sur les institutions globales qui légitiment encore des rapports de force inégaux. La géopolitique, dans cette optique, n’est pas neutre : elle est l’arène où se rejoue la lutte pour transformer un ordre hérité en un ordre plus juste. Enfin, la conversation insiste sur la décolonisation des esprits comme clé d’analyse. Au‑delà des cartes et des traités, la manière dont les élites et les sociétés se perçoivent et se racontent — l’adhésion aux récits occidentaux de « progrès » et d’« ordre libéral » — conditionne la possibilité même d’un rééquilibrage. L’effort intellectuel proposé consiste à démonter l’idée que 15 % du monde doivent dicter à 85 % leur manière d’être et d’agir sur la scène mondiale. ## Comment le Sud global résiste‑t‑il à « l’Occident politique » ? L’échange souligne une résistance croissante et de plus en plus explicite du Sud global face à ce que Chandran Nair appelle « l’Occident politique » : ce collectif de nations qui, par leur histoire coloniale et leur puissance actuelle, exercent une influence coordonnée. Cette résistance ne se limite pas à des postures symboliques ; elle s’exprime par des choix économiques, diplomatiques et stratégiques qui contredisent les narratives occidentales — achats d’énergie, partenariats alternatifs, refus d’alignement automatique. Le Sud global refuse d’être réduit au rôle d’objet de politique étrangère et revendique la capacité de tracer sa propre trajectoire. Sur le plan pratique, cette résistance prend la forme d’une diversification des alliances. Les pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine investissent davantage dans des partenariats Sud‑Sud, développent des infrastructures financières alternatives et cherchent des solutions pour réduire la dépendance aux leviers traditionnels de l’Occident. Ce mouvement est alimenté par la conscience d’une histoire partagée de domination, mais aussi par des motifs pragmatiques : sécurité énergétique, souveraineté alimentaire, et désir de stabilité politique et économique. Enfin, la conversation met en lumière la dimension psychologique et culturelle de cette résistance. Les sociétés anciennement colonisées s’éveillent à la possibilité d’un récit alternatif où leur valeur n’est pas définie par l’Occident. Cet éveil se traduit par une confrontation accrue avec les récits paternalistes et par une demande de justice globale, économique et symbolique, qui remet en cause la légitimité morale et politique des interventions et sanctions unilatérales. ## Pourquoi les Européens comprennent‑ils mal leur passé colonial ? L’échange analyse le déni et la minimisation comme deux mécanismes centraux du malentendu européen sur son propre passé. Les discussions montrent que beaucoup d’Européens perçoivent le colonialisme comme une ère révolue, une parenthèse regrettable mais close, alors que les structures et les pratiques issues de ce passé continuent d’organiser les rapports de pouvoir internationaux. Ce décalage tient à la performativité d’une mémoire sélective : reconnaître pleinement la continuité coloniale impliquerait une responsabilité politique et matérielle difficile à assumer. Le texte met également en avant la subtile « colonisation douce » — systèmes éducatifs, langues, architectures financières — qui perpétue l’influence européenne sans l’apparat de l’occupation. Là où un regard critique verrait des mécanismes d’emprise, beaucoup voient des institutions neutres, voire bénéfiques. C’est précisément cette naturalisation qui brouille la compréhension du passé. La conversation insiste sur le fait que la compréhension du colonialisme comme simple « féodalité historique » masque le caractère structurel et persistant des inégalités qu’il a produites. Par ailleurs, l’épisode de Gaza est présenté comme un révélateur : il montre que la conscience européenne de ses crimes historiques est partielle et contextuelle. Au moment où des crimes graves ont été commis, la réaction politique et médiatique occidentale n’a pas suivi une logique de réparation ou d’exigence de justice universelle, ce qui illustre à quel point la mémoire européenne est conditionnée par des intérêts contemporains et par la défense des privilèges. ## Comment Gaza a levé le voile sur l’hypocrisie occidentale Dans la discussion, Gaza occupe la place d’un point de bascule révélateur. Le traitement politique et médiatique de la crise a, selon les intervenants, exposé l’incohérence entre les discours occidentaux sur les droits humains et les pratiques réelles quand les intérêts d’un allié sont en jeu. Ce moment a été perçu par de larges pans du monde comme une clarification : l’« ordre mondial libéral » n’est ni universel ni impartial, mais sélectif et protecteur des intérêts d’une minorité. Les effets de cette révélation sont multiples. D’abord, elle a déclenché un réveil moral chez des populations longtemps convaincues que l’Occident promouvait des valeurs universelles. Ensuite, elle a provoqué une prise de distance diplomatique chez des États qui refusent d’être enfermés dans une logique de loyauté automatique. Enfin, l’incapacité, ou le refus, de qualifier certaines actions de crimes graves a alimenté la demande d’un système de justice internationale moins politisé et plus équitable. L’échange évoque la potentielle conséquence judiciaire : la question d’une reddition de comptes comparable aux procès de Nuremberg est posée comme un marqueur de la volonté réelle de l’ordre international à sanctionner ses propres alliés quand ils violent les normes fondamentales. Si cela n’a pas lieu, la confiance globale dans les mécanismes multilatéraux en sera durablement érodée. ## L’ esprit du Sud global a‑t‑il été décolonisé ? La question de la décolonisation des esprits traverse toute la conversation. Le constat est ambivalent : d’un côté, il existe une prise de conscience accrue et un discours critique qui gagnent en influence ; de l’autre, des pratiques mentales héritées de la période coloniale persistent profondément, notamment parmi certaines élites. La décolonisation totale des mentalités n’est donc pas encore achevée. Beaucoup d’anciennes élites colonisées continuent d’adhérer à des standards et à des modèles importés, parfois au détriment d’un développement autonome. Pour autant, la dynamique récente — marquée par l’affirmation diplomatique, économique et symbolique du Sud — suggère que l’esprit collectif évolue. L’accès à des modèles alternatifs de réussite, la diversification des partenariats et l’expérimentation locale renforcent l’idée que la modernité n’est plus un monopole occidental. Le processus reste inégal et hétérogène : certaines sociétés avancent vite, d’autres demeurent prisonnières d’une capture

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Un changement irrésistible va balayer l’ hégémonie raciste occidentale Le monde s’est-il enfin réveillé face à l’hypocrisie occidentale ? Comment comprendre les dynamiques de pouvoir qui ont façonné notre monde depuis 500 ans ? Que se passe-t-il maintenant que le voile de « l’ordre mondial libéral » a été levé pour les 85 % de la population vivant en dehors de l’Occident ? Pour explorer ces questions, je reçois Chandran Nair, homme d’affaires et chercheur malaisien. Il est le fondateur du Global Institute for Tomorrow, un groupe de réflexion indépendant basé à Hong Kong et à Kuala Lumpur. Au cours de notre conversation, nous explorons les racines profondes du colonialisme et du racisme dans la géopolitique actuelle, en analysant comment les événements à Gaza sont devenus un moment de clarification pour le monde. Nous abordons également la transformation de l’ordre économique mondial, la subordination de l’Europe aux États- Unis et le mythe de la démondialisation. Liens : Global Institute for Tomorrow (GIFT) : https://global- inst.com/ LinkedIn de Nair : https://hk.linkedin.com/in/chandran-nair-57184418a Compte X (Twitter) de Nair : https://x.com/cnomics Substack Neutrality Studies : https://pascallottaz.substack.com Boutique Goods Store : https://neutralitystudies-shop.fourthwall.com Chapitres : 00:00:00 Aperçu et introduction 00:01:16 Quelle est votre approche de la géopolitique ? 00:06:11 Comment le Sud global résiste-t-il à « l’Occident politique » ? 00:13:08 Pourquoi les Européens comprennent-ils mal leur passé colonial ? 00:21:49 Comment Gaza a levé le voile sur l’hypocrisie occidentale 00:32:03 L’ esprit du Sud global a-t-il été décolonisé ? 00:37:43 La perspective du Sud global sur le conflit Russie-Occident 00:51:04 La meilleure grille de lecture pour comprendre le nouvel ordre mondial 01: 03:58 Où trouver les travaux de Chandran et annonce de son nouveau livre #Chandran Nair Tu as dit que ça commençait à changer. J’irais même jusqu’à dire que cela a complètement changé. Donc, s’il y a — malheureusement — un petit côté positif, c’est que le monde s’est réveillé face à l’ hypocrisie, à la complaisance que nous, anciens colonisés, avions accordée à l’Occident. Ce sentiment de : « D’accord, nous sommes dans une nouvelle ère, postcoloniale, nous travaillons tous ensemble, nous comprenons votre programme libéral, vous allez collaborer avec nous. » Oui, vous avez fait la guerre ici et là, mais vous nous disiez que c’était pour répandre la démocratie, la liberté, et ainsi de suite. Oui, nous y avons cru. Je pense que c’est clair maintenant. Et comme je l’ai dit, s’il y a un aspect positif à tout cela, c’est que le monde s’est réveillé. #Pascal Bonjour à tous. Ici Pascal Lottaz de *Neutrality Studies*, et aujourd’hui, je parle avec Chandran Nair, un homme d’affaires et chercheur malaisien. Il est le fondateur du *Global Institute for Tomorrow*, -- 1 of 21 -- un groupe de réflexion indépendant basé à Hong Kong et à Kuala Lumpur. Chandran, bienvenue sur la chaîne. #Chandran Nair Merci, Pascal. C’est un plaisir d’être avec vous. #Pascal C’est un plaisir de vous avoir ici, car vous figurez sur plusieurs de mes listes de diffusion, ou bien vos analyses me parviennent par différents canaux. Je pensais que nous pourrions commencer par parler un peu de votre approche de la géopolitique, puisque vous travaillez réellement dans ce domaine, n’ est-ce pas ? À un niveau professionnel, vous avez également une activité de conseil et vous collaborez avec des clients qui ont besoin de comprendre ce qui se passe réellement — et qui ne s’ intéressent pas beaucoup au cadrage médiatique général, lequel, surtout en Occident en ce moment, atteint un niveau insensé. Pourriez-vous donc nous donner un aperçu de la manière dont vous abordez la géopolitique ? #Chandran Nair Mon intérêt pour la géopolitique, comme tu l’as appelé, s’inscrit dans une perspective d’équité et de développement. Ma compréhension, pour faire simple, est que la géopolitique actuelle est façonnée par les empires du passé — les puissances impérialistes d’autrefois et les puissances hégémoniques d’ aujourd’hui, comme les États‑Unis et d’autres — qui tentent de s’accrocher à leurs privilèges, essentiellement accumulés au cours des 500 dernières années de colonisation européenne. Je veux dire, il faut se rappeler que l’Europe a essentiellement colonisé l’Amérique du Nord, qui est devenue les États‑Unis et le Canada, puis l’Australie, la Nouvelle‑Zélande, et ainsi de suite. Et la géopolitique actuelle, comme on peut le constater, est, pour le dire crûment, une tension entre une petite partie du monde appelée le soi‑disant Occident. Ce n’est pas un terme que j’ai inventé. Il a été inventé par les médias occidentaux, vous savez, chaque fois qu’ils veulent dire : « Oh mon Dieu, nous devons nous méfier de ces autres. » Mais ces « autres » représentent en réalité 85 % du monde. Nous avons donc aujourd’hui une tension entre les empires coloniaux hégémoniques du passé qui tentent de conserver leur pouvoir. C’est ainsi que je le vois. Ce qui m’intéresse, c’est la manière dont ces tensions géopolitiques — que je définis comme le désir de préserver un pouvoir ancien — influencent et provoquent des guerres, déstabilisent de nombreux pays et les empêchent de prospérer. Les tarifs douaniers sont une forme de guerre, presque le dernier recours des Américains pour, en somme, déstabiliser le monde et conserver ce qu’ils considèrent comme leur droit : « L’Amérique d’abord. » Voilà comment je le perçois. -- 2 of 21 -- Je m’intéresse donc davantage à la manière dont l’Indonésie — avec une population de 280 millions d’habitants, peut-être 350 millions d’ici cinquante ans — va se développer. Et comment la géopolitique que j’ai décrite va-t-elle freiner ce développement ? Ce dont nous avons besoin, c’est d’ une géopolitique qui ne l’entrave pas. Comment l’Inde, avec la plus grande population du monde sur un territoire qui représente un tiers de la taille de la Chine, et confrontée au changement climatique et à des menaces existentielles, va-t-elle naviguer dans cet avenir ? Si les États-Unis disent maintenant : « Eh bien, vous n’êtes pas les gentils », ou si l’Europe dit : « Vous achetez de l’énergie russe, donc nous devons vous imposer ceci », comment cela fonctionne-t-il ? Et comment l’Afrique — qui possède les terres arables les plus vastes du monde — va-t-elle se développer et devenir un grenier alimentaire, d’abord pour elle-même, et se libérer des chaînes des institutions coloniales et autres, qui continuent d’imposer tant de contraintes aux nations africaines et à leur développement ? Et enfin, je m’intéresse à la géopolitique à partir du livre — du point de vue de la décolonisation des esprits de ceux qui ont été colonisés. J’ai écrit un livre à ce sujet, sur la décolonisation des esprits des élites de notre région du monde, qui sont totalement désorientées parce qu’elles ont été élevées dans la croyance qu’il existe un ordre mondial, et que cet ordre mondial est simplement fondé sur l’ Occident. Je pense qu’elles sont en retard sur leur temps. Nous ne disons pas qu’il faut remplacer ou évincer l’Occident, mais plutôt créer un ordre géopolitique fondé sur l’équité — où 15 % du monde ne dictent pas aux 85 % restants, qui ne sont pas parfaits d’ailleurs, à quoi le monde devrait ressembler. #Pascal C’est un cadrage très bon et très utile. Il est également intéressant que vous disiez que la géopolitique est, en gros, ce que fait l’Occident pour freiner le développement des autres, et qu’il faut savoir comment s’y orienter. Vous savez, Richard Sakwa — le professeur Sakwa — n’utilise pas le terme « Occident collectif », mais il parle d’« Occident politique » pour décrire le groupe de pays qui collaborent généralement au moins depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la plupart même avant cela. Et ce sont, bien sûr, tous d’anciennes puissances coloniales — la plupart d’une manière ou d’une autre, principales ou secondaires. La Suisse, une entreprise coloniale tertiaire. Mais comment voyez-vous l’évolution actuelle ? Parce que la géopolitique peut aussi être comprise comme la manière dont la planète, dont la politique mondiale, évolue. Et nous avons observé des changements assez fondamentaux dans la façon dont le Sud global est désormais capable de dire : « Non, les gars, simplement non. » #Chandran Nair Oui, alors ce qui se passe — et si l’on regarde particulièrement la montée de l’actuelle administration américaine —, je n’aime pas nommer le dirigeant de cette administration, car cela ne ferait que donner de l’oxygène à son nom. Mais il faut comprendre que la nature presque d’extrême droite, voire presque fasciste, de l’actuelle administration américaine n’est pas arrivée au pouvoir par un -- 3 of 21 -- coup d’État militaire. Ces gens sont arrivés au pouvoir parce qu’un grand nombre d’Américains les y ont placés. Ils se sentent enhardis parce qu’ils détiennent une grande part du pouvoir. Mais ce qui est intéressant — et toi, en tant qu’Européen basé au Japon, tu le comprendras —, c’est de voir comment l’équilibre est en train de changer dans la nature de l’allégeance européenne envers les Américains, n’est-ce pas ? Donc, pour une grande partie du monde — le reste du monde — je pense pouvoir parler du point de vue de l’Asie. Nous avons tous été colonisés. Quatre-vingt-quinze pour cent de l’Asie ont été colonisés, sauf peut-être la Thaïlande, n’est-ce pas ? D’une manière ou d’une autre. Et le Bhoutan. Et le Bhoutan. Donc nous comprenons cela. Beaucoup d’entre nous restent encore subordonnés, la majorité, car la capture de l’esprit s’enracine profondément après quatre siècles. Mais nous avons commencé à comprendre que l’Europe avait réalisé que l’empire était terminé, et qu’elle devait devenir un acteur à part entière. Je pense qu’elle a mal calculé en se contentant de rejoindre les Américains pour s’opposer à la Chine. Mais ce mouvement contre la Chine relevait en réalité d’une peur économique — pour la première fois en quatre cents ans. Une civilisation non caucasienne s’est tournée vers l’Occident et a dit : « Bonjour, je suis là. » Et ensuite, ils ont utilisé ce que je considère comme de la xénophobie, du racisme, et ainsi de suite. Et soyons honnêtes, la colonisation portait aussi sur la question raciale. Je décris cela dans mon livre sur le démantèlement du privilège blanc mondial — il s’agit de pouvoir économique. C’est d’ailleurs ce qu’était l’apartheid en Afrique du Sud. Nous pensions que les Européens avaient compris, mais dès qu’ils ont trouvé un allié dans le membre le plus important de ce groupe de colonies européennes — les États-Unis, qui sont devenus si puissants à la fois économiquement et militairement — ils ont dit : « Hé, voici les ennemis. Nous pouvons encore conserver notre pouvoir. » Et ils ont suivi les Américains. Qu’il s’agisse des guerres au Moyen-Orient ou des sanctions contre tel ou tel pays, ils restent tous soudés. Alors, si l’on regarde le reste du monde — que ce soit l’Afrique ou l’Amérique latine — on entend : « Hé, puis-je le dire ? Ces nations blanches s’unissent toujours. » Qu’est-ce qui les rassemble ? C’est une question de tribu. Et quelle est cette tribu ? Tu vois, quel est le lien ? C’est la colonisation : « Nous sommes supérieurs. Nous contrôlons les ressources du monde. » C’est de cela que je parlais — de ce qu’est la colonisation. Et donc, ils ne peuvent pas permettre que ce privilège soit érodé d’une quelconque manière. C’est profondément ancré dans leur psyché. Et puis, il y a d’ autres raisons qui leur permettent de le justifier moralement — tu sais, les païens, les peuples primitifs. « Nous devons leur apporter la religion et la civilisation. » Donc, l’Europe, à mon avis — vous savez, beaucoup de gens ici pensent que l’Europe, avec ses longues traditions civilisationnelles et tout le reste, se transformerait. Mais ce n’a pas été le cas. Et je conclurai en disant qu’il suffit de regarder comment