José Ramos-Horta soutient que l’ordre mondial actuel se défait en raison des doubles standards occidentaux, de l’affaiblissement des institutions multilatérales et d’une élaboration des politiques qui alimente plutôt que résout les conflits. Il relie la crédibilité diminuée de l’Europe à son application inégale du droit international — mettant en évidence des poursuites sélectives devant la CPI et des réactions divergentes face aux atrocités — et soutient que les interventions des grandes puissances ont engendré des perturbations économiques et des risques de retombées pour le transport maritime et l’énergie. Sur l’Ukraine et l’Iran, il insiste sur le fait que les solutions nécessitent des concessions des principales parties, met en garde contre le fait que les campagnes militaires produisent une destruction mutuelle et critique l’escalade américano-israélienne contre l’Iran comme étant stratégiquement contre-productive et déstabilisante pour la région. Ramos-Horta défend des limites morales strictes en temps de guerre, rejetant les attaques contre les civils et condamnant les bombardements indiscriminés quelle qu’en soit la responsabilité. Il présente la posture régionale de l’Ira
Article
## Introduction
La conversation avec H.E. José Ramos-Horta révèle un diagnostic tranchant : le système multilatéral qui devait garantir la paix et appliquer le droit international est en péril, et l’effondrement moral et politique des puissances occidentales fragilise l’ordre mondial. Loin d’être une simple énumération de crises, l’échange dessine une trajectoire où la perte de crédibilité européenne et le paralysie des institutions internationales nourrissent des dynamiques régionales dangereuses — de l’Ukraine à Gaza, de l’Iran au détroit d’Ormuz — et où les États du Sud et de l’Asie repensent leurs alliances et leurs stratégies d’autonomie. Cette analyse reprend les principaux thèmes abordés, en mettant en relief ce que signifie, pour la diplomatie mondiale et pour des petits États comme le Timor-Leste, le basculement en cours.
## L’Europe et l’Asie dans un monde fracturé
La discussion met en lumière une séparation croissante entre un Occident aux hésitations et une Asie qui, pour l’heure, connaît des relative stabilité mais s’affirme autrement. En Asie du Sud-Est, les conflits restent majoritairement domestiques ou localisés — l’exemple du Myanmar a des conséquences régionales mais ne s’est pas transformé en guerre entre puissances. Pourtant, les tensions maritimes en mer de Chine méridionale et les flux commerciaux redessinés par la Chine indiquent que la stabilité asiatique est conditionnelle et fragile. Le rôle des puissances régionales change : elles cherchent des solutions pragmatiques à la fois pour leurs intérêts économiques et pour leur sécurité, sans reproduire automatiquement les schémas d’alignement du siècle dernier.
Dans ce contexte, le Timor-Leste illustre la posture d’un petit État qui privilégie la diplomatie et la paix. Loin des manœuvres des grandes puissances, il cherche à maintenir des relations équilibrées, à défendre le droit international de manière cohérente et à promouvoir la résolution pacifique des différends. Cette posture n’est pas naïve : elle tient compte des ruptures de crédibilité des garants traditionnels et de la nécessité pour les petites nations de préserver leur marge d’autonomie.
## L’Europe et l’effondrement de la crédibilité
Le cœur de l’argument avancé dans l’échange est simple et brutal : quand les puissances qui proclament le respect du droit international appliquent des standards différents selon les acteurs, elles minent l’ensemble du système. La conversation souligne l’irritation et la perte de confiance provoquées par la perception d’un deux poids deux mesures — par exemple, la réaction internationale face aux actes de certains États occidentaux comparée à la sévérité appliquée aux pays moins puissants. Lorsque des institutions comme la Cour pénale internationale poursuivent des dirigeants faibles sans pouvoir agir de la même façon contre alliés puissants, leur autorité est remise en question.
La conséquence n’est pas simplement normative : elle est pratique. La désaffection envers l’ordre juridique international favorise des logiques de puissance et d’anarchie, où la légitimité des interventions est de plus en plus contestée et où la diplomatie multilatérale peine à jouer son rôle de médiation. Pour l’Europe, cela signifie une crise d’image et d’efficacité : comment continuer à revendiquer un leadership moral alors que ses réponses aux tragédies internationales semblent sélectives?
## Ukraine, Iran et choc énergétique mondial
La conversation relie directement les conflits militaires à des perturbations économiques globales, en particulier dans l’énergie et le commerce maritime. La guerre en Ukraine et les tensions avec l’Iran ont provoqué des chocs qui se répercutent sur les prix du pétrole, les routes maritimes et les économies européennes. Les sanctions, les ruptures d’approvisionnement, et la volatilité des marchés mettent à l’épreuve la résilience des économies dépendantes des importations énergétiques.
Par ailleurs, les récents mouvements — navires payant des passages en monnaies non occidentales, corridors terrestres alternatifs — montrent que la domination des voies de transport et des systèmes de paiement peut être contestée. L’émergence d’itinéraires hors de contrôle occidental ou l’essor d’un commerce facilité par des puissances non occidentales ne sont pas de simples anecdotes : ils annoncent une recomposition de la gouvernance économique mondiale. La sécurité énergétique devient ainsi un enjeu stratégique majeur qui redessine les priorités géopolitiques des États, y compris de ceux traditionnellement alignés sur l’Occident.
## Iran, guerre régionale et dissuasion
L’échange propose une lecture nuancée de la situation iranienne : d’un côté, la critique d’une politique régionale ambitieuse et interventionniste ; de l’autre, la mise en cause des choix occidentaux qui ont embrasé la région. L’idée centrale est qu’une politique d’intervention militaire contre l’Iran conduirait, comme l’expérience afghane, à une impasse coûteuse et à un retrait humiliant. L’Iran, pour sa part, cherche à consolider une position d’influence régionale qui répond à des sentiments anti-coloniaux et à des conflits territoriaux et identitaires plus larges.
Le risque, exposé durant la discussion, est de voir la région basculer dans une logique de confrontation prolongée où les attaques sur des infrastructures maritimes ou sur des bases étrangères deviennent des instruments de pression. Si la liberté de navigation est remise en cause — que ce soit dans le détroit d’Ormuz ou ailleurs —, alors se dessine un précédent dangereux : la militarisation des voies maritimes et la normalisation d’une coercition qui échappe aux cadres juridiques internationaux. Pour les petits États et pour le commerce mondial, les coûts seraient énormes.
## Combattants de la liberté, terrorisme et Gaza
La conversation aborde aussi la délicate distinction entre combattants de la liberté et terrorisme. Lorsque des mouvements armés se réclament de la lutte anti-coloniale, leurs actes peuvent être perçus différemment selon les perspectives. La tragédie de Gaza, évoquée longuement, pose la question des limites morales en temps de guerre : à quel point la communauté internationale peut-elle rester silencieuse face à des pertes massives de civils et à des destructions qui frôlent le crime de masse?
La discussion critique l’inaction et les doubles standards : la légitimation sélective de la violence politique ou militaire selon l’origine et l’appartenance idéologique des acteurs crée une colère diffuse et alimente les récits de justice asymétrique. En outre, la stigmatisation systématique d’un État ou d’un peuple comme exportateur de terrorisme — lorsque les preuves manquent — alimente la polarisation et entrave toute démarche de résolution. Dans ce paysage, les réactions émotionnelles et les approches militarisées l’emportent souvent sur la recherche patientes de solutions politiques.
## Prix Nobel de la paix et autorité morale
Le débat sur la signification du Prix Nobel de la paix et, plus largement, sur l’autorité morale des responsables internationaux, traverse la conversation. Quand des personnalités ou des institutions obtiennent une reconnaissance pour la paix tandis que le monde pratique une politique d’exception, la valeur symbolique de ces prix est mise en question. L’échange montre que la légitimité morale ne suffit pas : elle doit être accompagnée d’une cohérence d’action. Les contradictions — entre paroles et actes, entre promesses de neutralité juridique et actions diplomatiques partisanes — fragilisent le pouvoir d’interpellation morale.
Pour des dirigeants comme José Ramos-Horta, dont la trajectoire personnelle mêle lutte pour l’indépendance et engagement pour la paix, la crédibilité repose sur la constance. Ainsi, la remise en cause des institutions morales pousse à réévaluer les mécanismes de légitimation internationale et à défendre une diplomatie fondée sur la constance du droit, pas sur l’opportunisme.
## Diplom
Transcript
Le président du Timor-Leste DÉVOILE l’
hypocrisie et la chute de l’Occident | José
Ramos-Horta
Le président José Ramos-Horta du Timor-Leste rejoint Felix Marquardt pour discuter de la perte de
crédibilité de l’Europe en matière de droit international, des guerres en Ukraine et à Gaza, de la crise
iranienne, de l’effondrement de l’autorité de l’ONU, des risques liés à l’énergie et au transport
maritime, des limites morales en temps de guerre, des combattants de la liberté et du terrorisme, du
prix Nobel de la paix, ainsi que de l’approche du Timor-Leste en matière de diplomatie et de paix.
Liens : Président José Ramos-Horta (officiel) : https://presidenciarepublica.tl/ Président José Ramos-
Horta (personnel) : https://ramoshorta.com/ Black Elephant Experience :
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com/s/academic) Produits dérivés : https://neutralitystudies-shop.fourthwall.com Don :
https://neutralitystudies.com/donate Horodatage : 00:00:00 Introduction 00:00:43 L’Europe et l’Asie
dans un monde fracturé 00:06:27 L’Europe et l’effondrement de la crédibilité 00:11:46 Ukraine, Iran
et choc énergétique mondial 00:16:01 Iran, guerre régionale et dissuasion 00:25:20 Combattants de
la liberté, terrorisme et Gaza 00:34:46 Prix Nobel de la paix et autorité morale 00:37:24 Diplomatie
et paix au Timor-Leste
#Pascal
Bienvenue à tous. Ce soir, on a un épisode vraiment spécial pour vous, parce que pour la première
fois ici, dans *Neutrality Studies*, on reçoit un président en exercice. Mon collègue, Félix Markhardt,
a interviewé le président José Ramos-Horta, le chef d’État du pays d’Asie du Sud-Est, le Timor-Leste.
Voici l’entretien.
#Felix Marquardt
Je suis Félix Markhardt, et vous écoutez le Black Elephant Experience. Aujourd’hui, nous avons l’
immense honneur et le grand privilège d’accueillir le président du Timor-Oriental, José Ramos-Horta.
#José Ramos-Horta
Bienvenue, Monsieur le Président. Merci.
#Felix Marquardt
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Il y a deux ans, la dernière fois qu’on s’est rencontrés à Lisbonne, c’était quelques mois après le sept
octobre. À ce moment-là, j’avais parlé de ce que j’appelais la dérive, cette tendance que je voyais
depuis l’Europe, une dérive vers l’irrélevance européenne. Et aujourd’hui, deux ans plus tard, je suis
très curieux d’avoir votre point de vue sur la situation, surtout vue depuis l’Asie du Sud-Est.
#José Ramos-Horta
Eh bien, en Asie du Sud-Est, nous sommes évidemment relativement en paix. Il y a le conflit au
Myanmar, mais c’est un conflit interne, une guerre civile, on pourrait dire. Ce n’est pas un conflit qui
implique d’autres pays. Ce n’est pas un conflit qui s’est étendu au-delà de ses frontières. Il reste
contenu là-bas. Bien sûr, cela a beaucoup de conséquences — le Myanmar est aujourd’hui l’un des
plus grands, peut-être le plus grand exportateur de drogues, ou peut-être le deuxième — avec une
criminalité organisée très présente, mais tout cela reste à l’intérieur de leurs frontières. Nous avons
aussi des tensions en mer de Chine méridionale. Ces tensions augmentent avec les activités de
certains pays, mais malgré tout, on ne peut pas dire que ce soit une menace régionale ou mondiale.
Et bien sûr, il y a ensuite la situation en Afghanistan, cette guerre sans fin. Et puis, en Asie de l’
Ouest, au Moyen-Orient, au Yémen, en Afrique du Nord, avec des répercussions partout… la guerre
sans fin en Ukraine, déjà depuis quatre ans. Ce que je dirais, c’est que si on commence la discussion
en disant que le Conseil de sécurité, en particulier les cinq membres permanents, sont les principaux
garants de la paix et de la sécurité dans le monde, alors il faut se rappeler qu’ils ont été investis de
cette responsabilité par le reste de la communauté internationale. En tant que membres
permanents, ils ont un immense prestige, mais aussi une immense responsabilité : d’abord, prévenir
les conflits. Et si, malgré tout, des conflits éclatent — car on ne peut pas toujours les éviter —, alors
la prochaine étape, c’est de chercher à les résoudre, à les faire cesser par la médiation.
Mais ensuite, quand on regarde les membres permanents du Conseil de sécurité, au moins trois d’
entre eux sont directement impliqués en Ukraine, par exemple. Et je ne porte aucun jugement de
valeur là-dessus, je dis simplement qu’ils sont impliqués. La Russie est l’agresseur dans l’invasion de l’
Ukraine. La Russie peut avancer toutes sortes d’arguments, et ça, on le sait tous. Tout cela remonte
à la fin de la guerre froide, quand le Pacte de Varsovie a été dissous. L’OTAN, non seulement ne s’
est pas dissoute, mais s’est très vite étendue vers les frontières de la Russie. Et puis, le dirigeant pro-
russe en Ukraine a été renversé, avec une ingérence directe de certains pays occidentaux dans l’
alimentation des troubles.
Et puis, quand on a en Ukraine un régime perçu par la Russie comme clairement pro-OTAN et anti-
russe, Moscou s’inquiète forcément de la base navale en Crimée. La première action de la Russie a
donc été d’envahir la Crimée, pour empêcher qu’elle ne soit annexée par l’OTAN, en même temps
que l’Ukraine rejoindrait l’Alliance. Et puis, peut-être que les Palestiniens, voyant que leur sort
risquait d’être scellé par les États-Unis, Israël et certains alliés d’Israël, ont compris qu’un nouveau
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coup fatal allait leur être porté. C’est dans ce contexte que le Hamas a mené l’attaque du sept
octobre. La suite, on la connaît : l’une des guerres les plus tragiques et les plus catastrophiques de
notre mémoire récente.
La dévastation de Gaza, le massacre de dizaines de milliers d’innocents — des enfants, des femmes
—, les bombardements massifs sur Gaza, les hôpitaux, les universités, les maisons, les usines, les
hôtels, tout est détruit, on le voit bien. Et puis, incapables de résoudre le conflit à Gaza, les États-
Unis et Israël n’y parviennent pas. Israël n’a pas gagné la guerre contre les Palestiniens, ni à Gaza ni
en Cisjordanie, et lance maintenant une guerre contre l’Iran pour l’empêcher d’acquérir l’arme
nucléaire, alors que l’Iran affirme ne pas en avoir l’intention et qu’il n’existe aucune preuve qu’il en
possède. Voilà où nous en sommes. Quelle situation catastrophique. Et les États-Unis sont presque
complètement mis à l’écart.
#Pascal
Petite pause rapide, parce que j’ai été récemment banni de YouTube. Même si je suis de retour, ça
peut très bien se reproduire à tout moment. Alors, pensez à vous abonner, non seulement ici, mais
aussi à ma newsletter sur Substack. C’est pascallottaz.substack.com. Le lien est dans la description
juste en dessous. Et maintenant, on reprend la vidéo.
#Felix Marquardt
Oui, tout à fait. Et je pense que la plupart des gens diraient que non seulement le droit international
est complètement mis de côté, mais que la crédibilité de ceux qui se sont présentés comme ses
garants, ou comme les défenseurs les plus acharnés du droit international — c’est-à-dire les pays
occidentaux, et en particulier l’Europe —, cette crédibilité-là, elle s’est effondrée. Ils n’ont
absolument rien dit sur le génocide à Gaza. Rien non plus sur la dernière intervention en deux mille
vingt-cinq en Iran. Rien sur l’enlèvement de Maduro. Et soudain, ils se sont réveillés, et ils ont
recommencé à parler de droit international… quand Donald Trump a commencé à parler du
Groenland. Alors franchement, est-ce que les Européens peuvent encore continuer à parler de droit
international ?
#José Ramos-Horta
Je dois dire que l’Union européenne, la France, les conflits en Ukraine, le conflit à Gaza, et l’attaque
contre l’Iran mettent en lumière les deux poids, deux mesures qui sapent la crédibilité de tout le
monde. Quand on applique des standards différents face à des usages similaires de la force, avec
des conséquences proches du génocide, l’Occident applaudit quand la Cour pénale internationale
inculpe Poutine, mais réagit violemment quand la CPI met en accusation le Premier ministre
Netanyahou. Alors, la conclusion, c’est qu’au fond, le droit international, la CPI, la CIJ, tout ça ne s’
applique qu’aux pays les plus faibles. La CPI n’a jamais eu de difficulté à inculper des dirigeants
africains.
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#Felix Marquardt
Exactement.
#José Ramos-Horta
Il n’y a eu aucune difficulté à inculper Milosevic et d’autres responsables de l’ex-Yougoslavie vaincue.
Mais soudain, ça devient une crise majeure, vraiment majeure, quand c’est un allié de l’Occident qui
est inculpé. Du coup, tout l’édifice de sécurité est discrédité et fragilisé. Cela mine la crédibilité du
Conseil de sécurité en tant que système collectif multilatéral, et ça mine aussi la crédibilité de l’
Europe. Parce qu’évidemment, comment les dirigeants européens peuvent-ils donner des leçons sur
les droits humains et la démocratie ailleurs ? Et puis, on a une présidente de l’Assemblée générale de
l’ONU qui, quand elle était ministre des Affaires étrangères d’un pays européen, l’Allemagne, s’est
donné beaucoup de mal pour justifier le bombardement d’écoles à Gaza.
Elle a dit ça. Puis elle est devenue présidente de l’Assemblée générale. Voilà où nous en sommes.
Mais en plus, à cause de toute cette crise, de ces conflits, il y a eu d’énormes conséquences
économiques… Les économies européennes sont anémiques. L’économie américaine est en ruine à
cause du déficit colossal et, bien sûr, de l’aide publique au développement. Pour l’administration du
président Trump, c’est, comment dire, totalement contraire à sa philosophie. Donc, l’USAID a été
supprimée. Les engagements des États-Unis avec de très nombreux pays ont pris fin. Les guerres
ont provoqué d’immenses perturbations dans le monde, sur le plan du commerce et bien d’autres
encore. L’Europe elle-même traverse une période de tension économique et financière.
L’aide publique au développement a été réduite partout dans le monde, par les donateurs bilatéraux,
par l’Union européenne, partout. Ils l’ont coupée de manière significative. Cela ne veut pas dire que
cette aide était toujours bien gérée, ni qu’elle profitait vraiment aux populations. On se retrouve
donc dans une situation où des centaines de millions de personnes sont touchées par une guerre
menée ailleurs, en Europe, en Iran. Des gens ont perdu leur emploi, la classe moyenne a perdu le
sien, les prix du pétrole ont explosé. Et tout cela a un impact sur le transport maritime, sur le
blocage du détroit d’Ormuz, sur les effets des conflits, qu’on connaît bien. Bref, une situation très
dangereuse.
#Felix Marquardt
Y a-t-il une chance de trouver une solution ?
#José Ramos-Horta
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Je ne vois pas comment. La solution à la guerre entre l’Ukraine et la Russie appartient aux deux
pays, aux dirigeants des deux. Ils doivent comprendre que cette guerre peut durer encore
longtemps, sans victoire d’un côté ni de l’autre — une destruction mutuelle, comme on le voit depuis
quatre ans. Et comme dans toute situation de conflit, il faut faire des concessions, des deux côtés.
#Felix Marquardt
Les États-Unis viennent tout juste de confier entièrement la gestion de cette guerre à l’Europe. Ils
essaient de s’en retirer complètement, tout en encourageant les Européens à poursuivre le conflit.
Pendant ce temps, un pétrolier japonais a traversé le détroit d’Ormuz après avoir payé les droits de
passage en yuans chinois. Il n’y a pas si longtemps, rien que l’idée de ça aurait été totalement
impensable. Vous êtes à la tête d’un État producteur de pétrole et de gaz. Comment voyez-vous
cette évolution, cette nouvelle discussion qui s’installe entre l’Iran et les BRICS en général, et la
Chine en particulier ?
#José Ramos-Horta
Les pays qui ont déclenché cette guerre avec l’Iran — c’est-à-dire les États-Unis et Israël, et dans le
cas presque typique d’Israël — ont sous-estimé l’adversaire, se sont surestimés eux-mêmes, et ont
entraîné les États-Unis dans la guerre en Iran. A