La Suisse combat le génocide avec l'art à Zurich | Geri Müller

Watch this video on YouTube

Geri Müller soutient que le Palestine Arts Film Festival de Zurich utilise le cinéma pour corriger des idées reçues largement répandues en Suisse sur les Palestiniens et pour humaniser leurs expériences dans le contexte des violences de 2023–2026. S’appuyant sur des enquêtes montrant une faible connaissance du public, Müller explique l’origine du festival (première édition en 2019), sa tenue annuelle et le programme 2026 composé de 16 longs et courts métrages retraçant des continuités historiques — de la prospérité à l’époque ottomane/du mandat et de la résistance de 1936 à la vie quotidienne contemporaine sous occupation et aux violences de masse en cours. Les films mettent en avant la résilience (sumud), les réalités sociales genrées et des critiques politico-juridiques — soulignant les défaillances du droit international et des institutions. Müller situe ce travail culturel dans un contexte politique suisse contesté, notant l’ambivalence de l’État, des cadres médiatiques qui privilégient les récits de victimisation israéliens et un contrecoup intérieur contre l’activisme pro-palestinien. Il présente le festival comme une pédagogie expérientielle : favoriser l’empathie, mettre en

Article

La conversation autour du Palestine Arts Film Festival met en lumière une conviction simple mais puissante : l’art et le cinéma ne sont pas de simples divertissements, ils sont des outils politiques et émotionnels capables de remodeler les perceptions, de dévoiler des histoires effacées et d’offrir une autre forme de vérité face à la violence et à l’impunité. En racontant la genèse du festival, sa programmation et son ambition, l’échange avec Geri Müller illustre comment la culture peut se substituer à des discours qui réduisent des populations entières à des clichés, et comment, dans un contexte de violence systémique et de crimes de guerre, la représentation artistique devient une forme de résistance et de mémoire. ## Contexte et enjeu : la représentation comme champ de bataille Le point de départ de la discussion est éclairant : une enquête menée par Geri Müller en Suisse a révélé une compréhension limitée, souvent stéréotypée, des Palestiniens parmi la population sondée. Ces lacunes cognitives ne sont pas innocentes. Elles structurent la manière dont les médias, les décideurs et le grand public lisent les événements sur le terrain et légitiment, par omission ou simplification, des politiques de dépossession et de violence. Le festival se positionne précisément contre cette économie de l’ignorance. En montrant des œuvres palestiniennes — narratives, documentaires, courts métrages — il cherche à déplacer le centre de gravité de la discussion : du récit simplificateur vers la complexité des vies vécues, des histoires familiales et des trajectoires politiques. Cette visée est d’autant plus urgente que le cadre international paraît fracturé. L’évocation d’un droit international mis à mal, de « Nations désunies », et d’un cessez-le-feu qui ressemble trop souvent à une formule justifiant une asymétrie létale, donne au festival un rôle qui dépasse la simple promotion culturelle. Il devient un outil de pédagogie civique et d’imagination politique — une tentative de faire comprendre que ce qui est présenté comme un fait divers militaire s’inscrit dans des logiques historiques, économiques et juridiques bien antérieures aux événements médiatisés. ## Naissance et stratégie du festival : convertir la curiosité en empathie L’origine du Palestine Arts Film Festival, telle que racontée dans la conversation, est pragmatique et stratégique. Face à une population qui évoque des images folkloriques ou des clichés colonialistes dès qu’on prononce « Palestine », l’initiative a choisi le cinéma, medium à la fois émotionnel et accessible, comme vecteur principal. La logique est simple : un film peut briser un récit tout fait plus efficacement qu’un exposé politique. Des scènes de vie, des dialogues, des décisions intimes — une femme qui demande le divorce, un enfant qui pleure sa colombe — offrent des points d’entrée émotionnels qui ont le pouvoir de déranger les stéréotypes. La programmation annuelle, maintenue depuis 2019 malgré une interruption pandémique, est pensée pour maximiser cet impact. En privilégiant les courts métrages, format dans lequel les cinéastes palestiniens excellent, le festival mise sur la capacité de condenser des univers complexes en vingt minutes. Les courts ne sont pas des hors-d’œuvre : ils sont des dispositifs concentrés d’expérience sociale et d’analyse politique. À Zurich, les projections provoquent des surprises et des remises en question, comme lorsque des spectateurs découvrent que les rapports de genre en Palestine ne se réduisent pas aux clichés dominants. ## Déconstruire les stéréotypes par l’image : histoire, économie et mémoire Au-delà des récits individuels, la sélection du festival inclut aussi des œuvres qui resituent la Palestine dans des temporalités longues. Montrer des films comme « Palestine trente-six » ou « All That’s Left of You » permet de rappeler que la dépossession et l’occupation ne sont pas des violences nées d’un hasard ou d’une épiphanie brutale, mais de processus coloniels et administratifs anciens. Cette mise en perspective historique est essentielle pour contrer l’image d’une terre « vide » d’avant la colonisation, mythe récurrent qui sert à justifier l’appropriation. La conversation rappelle aussi une autre dimension trop facilement oubliée : l’économie et la modernité préexistantes en Palestine. Les images d’un port actif à Jaffa, d’exportations massives d’oranges, de cinémas et d’universités renversent la narrativité coloniale qui présente la région comme arriérée ou marginale. Rendre visibles ces réalités économiques et culturelles, c’est remettre en jeu la légitimité de récits qui naturalisent la dépossession. Le cinéma fonctionne ici comme archive vivante : il restitue des traces et des continuités culturelles que la politique officielle tend à effacer. ## Témoignages, résilience et sumud : cinéma comme pédagogie du cœur L’un des aspects les plus marquants de la conversation est l’accent mis sur la résilience — le sumud — comme catégorie explicative et morale. Montrer des films qui racontent la persistance quotidienne face à l’occupation permet non seulement d’illustrer des formes de résistance non armée, mais aussi de rendre hommage à la dignité des vies que la violence tente d’anéantir. Le récit de la colombe perdue, de la cage dynamitée, est à la fois trivial et symbolique : il restitue l’absurdité et la cruauté d’une situation où des objets du quotidien deviennent des motifs de contrôle, de douleur et de perte. Ce type de narration touche ce que la simple exposition factuelle n’atteint pas : le « cœur » des spectateurs. En cela, le festival n’est pas antithétique à l’analyse politique ; il la complète. Après la projection, les séances de questions-réponses offrent un espace où l’émotion peut rencontrer l’analyse, où la surprise induite par une image peut devenir le point de départ d’un apprentissage sur le droit international, l’histoire coloniale et les stratégies de résistance. Le cinéma devient ainsi une pédagogie pratique : il façonne des sujets politiques plus informés et, potentiellement, plus engagés. ## Le festival face au contexte géopolitique : opportunité et pression La guerre, les massacres et l’effondrement des cadres juridiques n’ont pas seulement intensifié l’intérêt pour la Palestine ; ils ont aussi transformé la réception des œuvres présentées. La profusion de courts clips sur les réseaux rend les émotions volatiles, et souvent, la complexité se perd. Dans ce paysage saturé d’images, les films du festival offrent une autre modalité de voir : ils ralentissent, contextualisent, humanisent. Cela explique la hausse de la demande observée par les organisateurs à l’approche de l’édition 2026. Mais cette visibilité accrue s’accompagne de pressions. Dans un climat national où le récit dominant tend à essentialiser la vulnérabilité israélienne et à gommer les réalités coloniales du sionisme, le festival prend des risques politiques. Il questionne la neutralité culturelle au sens où il rompt l’équivalent d’un consensus médiatique favorisant une version de l’histoire. Pour Geri Müller, cette tension est assumée : l’objectif n’est pas de polariser gratuitement mais d’offrir des outils pour comprendre. Pourtant, agir ainsi dans un espace public européen, où les émotions ont été instrumentalisées, demande du courage — et une stratégie pour préserver la liberté artistique face aux attaques et à la censure informelle. ## Culture, droit et avenir : art comme levier de transformation La conversation met en lumière une hypothèse ambitieuse : la culture peut contribuer à reconstruire une conscience juridique et morale. Les films ne remplaceront pas les enquêtes juridiques, les sanctions internationales ou les changements de politique; ils peuvent cependant préparer le terrain social. Une population informée et émue est plus à même de soutenir des actions juridiques et politiques qui visent à la justice et à la réparation. À cet égard, le festival fonctionne comme un chantier civil où se faç

Transcript

La Suisse combat le génocide avec l'art à Zurich | Geri Müller Le Palestine Arts Film Festival est un signal fort contre le génocide israélo-occidental de la population indigène de Palestine. Il se tient une nouvelle fois à Zurich, du 10 au 16 septembre 2026. Aujourd’ hui, je discute du festival avec son directeur et cofondateur, l’ancien homme politique suisse (et conseiller national), Geri Müller. Liens : Page d’accueil du Palestine Arts Film Festival : https://www. palestine-arts.ch/ Nos liens : Substack : https://pascallottaz.substack.com Merch : https://neutralitystudies.com/shop Don : https://neutralitystudies.com/donate #Pascal Bon retour sur Neutrality Studies. Aujourd’hui, de nouveau en allemand, car je m’entretiens avec mon compatriote Geri Müller, ancien homme politique suisse et parlementaire, qui a siégé au Conseil national, au Parlement suisse, de deux mille trois à deux mille quinze. Cher Geri, bienvenue. #Guest Merci beaucoup, cher Pascal. Je suis très heureux d’échanger avec toi, même au sein de la Suisse. #Pascal Même à l’intérieur de la Suisse. Et aujourd’hui, nous voulons parler de ton activité actuelle. Tu es en effet l’un des directeurs du Palestine Arts Film Festival, dans le cadre duquel vous projetez des films d’art palestiniens. Cette année, le festival aura lieu du dix au seize septembre. Nous enregistrons aujourd’hui, le premier septembre, donc ça commence dans moins de deux semaines. Geri, raconte- nous un peu ce festival : comment il est né, combien de fois vous l’avez déjà organisé, et pourquoi. #Guest Quand on m’a proposé de devenir président de la Société Suisse-Palestine, nous avons organisé un atelier. Nous formions en fait un groupe tout nouveau. La première chose que j’ai faite, c’est un sondage en Suisse : « Vous connaissez la Palestine ? Vous connaissez les Palestiniens ? » « Euh, non, pas vraiment. Enfin oui, Yasser Arafat. D’accord, mais il est mort depuis longtemps, tout ça. » Et puis : « Que font les Palestiniens, en fait ? » Eh bien, ils gardent des moutons, ils vivent dans des tentes, et ainsi de suite. J’ai vraiment été choqué. J’ai fait ce sondage de Saint-Gall jusqu’à Genève. Je dirais qu’environ vingt pour cent des personnes avaient une idée, mais sans parler de moutons. -- 1 of 14 -- Oui, ils font surtout de l’agriculture, et ainsi de suite. Mais ils n’avaient absolument aucune idée claire de ce que sont les Palestiniens. C’était quand ? C’était en deux mille dix-huit. Et j’ai interrogé environ mille huit cents personnes, des femmes, des hommes. Je dirais, à partir de dix-huit ans jusqu’à… on ne sait pas exactement, peut-être soixante-dix ans, non ? Et quand j’en ai fait part à l’ Association Suisse-Palestine, j’ai dit : il faut vraiment qu’on change quelque chose. Ces gens, ces Suisses, ont une vision extrêmement problématique. Bien sûr, en Suisse aussi, nous avons des bergers, dans les montagnes. Et bien sûr, il faut parfois dormir sous une tente quand on est quelque part, Dieu sait où, dans les montagnes. Donc, il n’y avait aucune idée de ce que les gens faisaient là-bas. Et puis nous nous sommes dit qu’il fallait changer ça, d’une manière ou d’une autre. Comme j’étais moi-même ancien cinéaste, je me suis dit que les films touchent davantage les gens que de simplement expliquer ou raconter. « Viens par ici, je vais te raconter ce qui se passe là-bas »... C’était clair pour moi que ça ne marcherait pas. Alors, en deux mille dix-huit, je suis allé en Palestine et j’ai découvert le Film Lab. J’étais déjà allé en Palestine auparavant, je connais très bien le pays. Ils nous ont alors proposé des films, et cetera. C’ est ainsi que nous avons organisé le premier festival de cinéma, en deux mille dix-neuf, à Zurich, au Kosmos. Et c’était incroyable de voir combien de personnes sont venues. Nous avons dû refuser des gens. Les pompiers n’autorisent qu’un certain nombre de places assises. On ne peut pas simplement rester debout, et ainsi de suite. Et les gens étaient complètement perplexes. Il y avait un film dans lequel une femme voulait divorcer de son mari. Un film captivant de Najwa Najjar. Après le film, une femme a dit : « Attendez, ce n’est pas vrai, ça n’existe pas. Une Palestinienne ne peut sûrement pas demander le divorce. » J’ai alors demandé à la réalisatrice à quelle fréquence cela arrivait. Dans plus de soixante pour cent des cas, ce sont les femmes qui demandent le divorce. En même temps, une femme qui avait travaillé au département des affaires sociales de Zurich s’est levée et a dit : « En Suisse, c’est l’inverse. » Alors, ce récit tout fait a été brisé, tout simplement, avec un film. On pensait que toutes les femmes étaient opprimées en Palestine et que, en Suisse, toutes les femmes étaient libres. Nous avons entretenu ces récits-là pour montrer une chose : il faut vraiment comprendre la réalité, et non pas se fier aux idées que les gens se font. C’est seulement comme ça qu’on peut aller à leur rencontre. Autrement dit, avec le festival de cinéma, nous avons essayé de provoquer quelque chose qui change un peu les mentalités. Et cela continue de se produire, encore aujourd’hui. Nous recevons tellement de retours : « Mon Dieu, je ne savais pas du tout ce qui se passait là-bas, à quoi cela ressemblait », et ainsi de suite. #Pascal Et depuis, vous avez organisé le festival du film chaque année, y compris en deux mille vingt et deux mille vingt et un, jusqu’à aujourd’hui ? Ou bien est-ce qu’il n’a lieu que certaines années ? -- 2 of 14 -- #Guest Cela arrive chaque année. Nous avons eu une petite interruption, pendant la pandémie. Là, nous avons perdu une année. Mais sinon, nous sommes là tous les ans, oui. #Pascal Et vous allez projeter combien de films ? Comment est-ce que c’est organisé ? Donc, du dix au seize septembre, ça fait une semaine. Racontez-nous un peu : à quoi faut-il s’attendre ? Qu’est-ce que les gens pourront voir cette année ? #Guest Il y a seize films. Enfin, deux d’entre eux sont des collections de courts métrages. Le court métrage est un art dans lequel les Palestiniens excellent vraiment : raconter un sujet très complexe en vingt minutes. Et ces courts métrages sont souvent sous-estimés. Oui, c’est un peu comme un film commencé, mais de plus en plus de gens viennent voir ces deux blocs, parce qu’on y découvre quatre ou cinq films très courts, qui donnent un aperçu incroyablement profond de ce qui préoccupe les Palestiniennes et les Palestiniens. C’est pour ça que nous avons de nouveau créé ces deux sections. Sinon, nous avons aussi des films qui sont déjà passés dans certaines salles de cinéma. Nous les avons aussi remis à l’affiche, surtout des films qui ont été récompensés, comme par exemple « All That’s Left of You ». Il est à nouveau plutôt bien reçu. Mais il y a aussi « Happy Holiday », un film qui plonge très profondément dans les familles, dans la manière dont elles fonctionnent en Palestine, avec le génocide en cours. Ce sont des films qui permettent de mieux comprendre ces personnes, telles qu’elles sont vraiment. Il ne s’agit pas de montrer le plus de sang possible, ni tous ces meurtres. Ce n’est pas l’idée. L’idée, c’est la réflexion. Et avec « Palestine trente-six », c’est aussi un film qui montre qu’il y avait déjà un problème, en mille neuf cent trente-six, avec l’occupation britannique. Et on peut dire que les sionistes ont appris quelque chose des Anglais, et qu’ils ont poursuivi dans cette voie. C’est encore une projection où je me suis rendu compte que les gens n’avaient aucun repère. On disait toujours qu’avant, il n’y avait rien. « Avant, il n’y avait rien », c’est le titre d’un film. Donc c’était une terre vide, et ils n’attendaient qu’à être colonisés, d’une manière ou d’une autre. Alors que le Levant, de la Syrie jusqu’à l’Égypte, était un haut lieu d’activité. J’ai toujours dit que c’était un peu comme Singapour aujourd’hui. Ce qui y était traité circulait dans les deux sens, d’est en ouest, mais aussi les… Si tu penses aux villes, à Jaffa par exemple : Jaffa était le grand port, parce que l’eau est très profonde devant Jaffa. On pouvait y aller en bateau. Cinq millions de caisses d’oranges exportées de Palestine. Cinq millions de caisses, chaque année. La Palestine avait le premier cinéma, l’Alhambra. D’accord ? Ça n’existait pas dans d’autres pays. Et il y avait une photographe, une dame âgée, qui m’a dit un jour : « Tu savais que la plupart des photos prises avant mille neuf cents l’ont été au Levant ? » -- 3 of 14 -- Il y avait donc des Européens qui voulaient aller dans ce pays enchanté, et ils y prenaient des photographies. Ils ont davantage photographié la Palestine que leur propre pays. Il y avait aussi ce désir de trouver un pays tout aussi oriental, très particulier, enfin voilà. Les premiers films ont aussi été tournés en Palestine. Ou alors, nous qui sommes si fiers du premier train en Suisse, de Baden à Zurich, en mille huit cent quarante-sept. Waouh, quels types géniaux, n'est-ce pas ? Dix ans plus tard, le train allait de Jaffa à Jérusalem, avec huit cents mètres de dénivelé. Alors qu'entre Baden et Zurich, vous avez environ dix mètres de dénivelé. Alors, c’était comme ça : là-bas, on pouvait apprendre des choses. Les gens étaient très bien organisés. Il y avait des hôpitaux, il y avait des universités dans toute cette région. Ce n’était pas un territoire perdu où les gens ne savaient pas ce qui s’y passait. C’était un mélange de juives et de juifs, de musulmans et de groupes chrétiens. Ils vivaient et travaillaient ensemble. Et ce n’était pas un conflit. On dit toujours que c’était l’époque où l’on produisait le plus, justement grâce à cette coopération. Les uns pouvaient faire certaines choses mieux que les autres, et inversement. C’était une période très, très forte. #Pascal C’était un État multiethnique, dans une configuration politique totalement différente. En deux mille vingt-six, nous sommes au cœur — tu l’as dit — au cœur d’un génocide, où l’on continue de tuer, surtout à Gaza, en ce moment même. Nos journaux rapportent que nous avons désormais un cessez- le-feu fragile. Or, un cessez-le-feu signifie normalement que l’armée israélienne tue sans être elle- même tuée. Cela représente donc chaque jour entre cinq et dix personnes. En ce moment, en Occident, on appelle cela un cessez-le-feu : quand le camp le plus faible meurt. Quand, bien sûr, un soldat meurt du côté israélien, on dit alors que le cessez-le-feu ne tiendra peut- être plus. Mais c’est malheureusement l’environnement de propagande dans lequel nous nous trouvons en ce moment. Et Geri, je dois malheureusement déjà bifurquer vers le sujet politique. Depuis deux mille vingt-trois, depuis le sept octobre, qui semble avoir changé le monde entier... Même s’il faut le dire : pour les Palestiniens, la souffrance était déjà terrible avant, et elle est devenue encore pire maintenant. Comment votre festival est-il perçu aujourd’hui ? Est-ce que la situation géopolitique générale a aussi eu des répercussions sur votre festival ? #Guest Oui, je peux le dire : oui, les gens sont très, très intéressés par ce qui va revenir maintenant. Et précisément dans le cadre de ce que tu viens de dire : qu’est-ce qui se passe vraiment là-bas, en ce moment ? Il y a des millions de petites vidéos, des vidéos sur les réseaux sociaux et tout ça. Mais ça ne donne pas non plus une image claire. Beaucoup me disent : « J’ai arrêté de regarder ces trucs. Je ne comprends plus ce qui s’y passe. » C’est clair. Et c’est pour ça qu’on a dit : maintenant, il faut proposer des films qui apportent vraiment quelque chose aux gens qui les regardent. -- 4 of 14 -- Et quand nous avons repris contact, juste avant les vacances d’été, pour annoncer que nous organisions à nouveau un festival de films, il y a eu beaucoup de demandes : « Quels sont ces films ? Est-ce que vous allez aussi parler d’aujourd’hui ? » Et ainsi de suite. Mais nous avons dit : oui, ce seront des films réalisés par des Palestiniens et des Palestiniennes, et qu