Au cœur de cet échange, Michael Brenner soutient que la politique étrangère et la politique intérieure américaines contemporaines sont des symptômes réciproques d’une transformation systémique plus profonde. Il affirme que les États-Unis ne fonctionnent plus comme la république constitutionnelle qu’ils étaient auparavant et que le comportement présidentiel — personnifié par la prise de décision narcissique et ad hoc de Donald Trump — engendre des choix de politique étrangère imprévisibles, souvent autocratiques, tout en abandonnant des engagements multilatéraux de longue date. Brenner présente les différences stylistiques apparentes entre les administrations comme des variations au sein d’une volonté persistante de préserver la prédominance américaine, désormais exprimée par des accords transactionnels et l’évitement d’obligations fixes plutôt que par une grande stratégie cohérente. Il relie la détérioration des élites — des tribunaux compromis, un comportement partisan du Congrès et des normes affaiblies — à une crédibilité mondiale en déclin, en notant la reconnaissance tardive par les alliés de l’imprévisibilité américaine. Concernant l’Ukraine et la Russie, Brenner considère qu
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## Aperçu
La conversation enregistrée décape l'idée que l'exceptionnalisme américain serait un trait immuable — elle montre plutôt une puissance en mutation, aux prises avec des tensions intérieures profondes et des réactions externes de plus en plus lucides. Le propos principal qui émerge est que les États‑Unis, bien que toujours dominants sur la scène mondiale, ne sont plus le même acteur stable qu'autrefois : leur politique étrangère est désormais façonnée par des dynamiques internes inédites, et par une personnalité politique au sommet dont les traits psychologiques modifient la conduite du pays à l'étranger. Cette réalité impose aux partenaires et adversaires de Washington de revoir leurs hypothèses sur la fiabilité et la continuité de l'engagement américain.
## Lien entre la politique intérieure des États-Unis et sa politique étrangère
La discussion met en lumière un fait souvent sous‑estimé : les crises et transformations internes des États‑Unis se reflètent directement dans leur comportement extérieur. Le constat formulé par le Prof. Michael Brenner est sans détour : la turbulence politique qui traverse aujourd'hui la société américaine atteint des niveaux proches de la révolution et ébranle les institutions républicaines. Ce n'est pas un simple état de désaccord partisan ; c'est une transformation qui redéfinit la manière dont les décisions sont prises, qui les prend et pourquoi.
Plutôt que d'assister à un retour à l'isolationnisme, l'analyse souligne que les États‑Unis continuent d'exercer une présence globale active. La nouveauté tient à la logique interne qui gouverne cette projection de puissance : un exécutif fortement personnalisé, une propension à rompre avec les engagements formels et une préférence pour des formes d'intervention flexibles et opportunistes. Cette dynamique traduit une continuité stratégique — la volonté de préserver la prédominance américaine — mais changée dans son style et ses méthodes.
La psychologie du leadership joue ici un rôle central. Selon Brenner, le caractère du président en place — décrit comme narcissique et aversif à tout engagement contraignant — produit une politique étrangère qui refuse les liens solides, privilégie la mobilité et entretient l'imprévisibilité. Les partenaires étrangers font ainsi face non seulement à des actions ponctuelles, mais à une posture systémique : Washington demeure omniprésent, mais difficile à prévoir et à contraindre par des accords durables.
## Discussion sur les bases militaires américaines
La conversation aborde ensuite la myriade de bases militaires que les États‑Unis maintiennent à travers le monde et pose une question cruciale : pourquoi une puissance qui se déclare parfois "moins engagée" insiste‑t‑elle sur la protection d'une infrastructure militaire globale ? Le débat révèle une contradiction apparente mais logique dans la stratégie américaine contemporaine. Les bases sont à la fois un instrument de contrôle et un paradoxe politique : protéger ces implantations justifie souvent davantage de présence militaire au lieu de réduire l'empreinte.
Un autre angle invoqué par les intervenants consiste à comparer la posture américaine à celle d'États neutres ou non interventionnistes. Le contraste est frappant : des pays qui évitent l'envoi de troupes sauvent des vies et limitent les risques, tandis que l'empilement de bases et d'engagements expose les soldats à des représailles et justifie de nouvelles opérations. La discussion fait ressortir que le récit dominant aux États‑Unis légitime cette infrastructure comme nécessaire à la sécurité collective, alors que la logique inverse — moins de bases, moins d'exposition — reste marginale.
Il est aussi observé que la présence de forces américaines suscite une perception de menace quand elle est déployée ailleurs : une seule base étrangère chinoise, par exemple, provoque davantage de critiques que des centaines d'installations américaines disséminées. Ce double standard alimente le ressentiment international et complique les efforts pour construire des arrangements de sécurité qui reposeraient sur la confiance mutuelle plutôt que sur la domination matérielle.
## L'influence d'Israël sur la politique intérieure américaine
La discussion revient sur la continuité des liens entre les États‑Unis et Israël, et sur les implications internes de ce partenariat. Les intervenants mettent l'accent sur le soutien inconditionnel de Washington à certaines politiques d'Israël au Moyen‑Orient, y compris des opérations qui ont des conséquences humanitaires graves. Cette continuité transcende les administrations et montre comment des alliances idéologiques et politiques peuvent s'imbriquer avec des intérêts stratégiques.
Le lien entre la politique étrangère américaine et les dynamiques intérieures n'est pas neutre : les coalitions d'intérêts, les réseaux de lobbying et les sensibilités électorales façonnent les réponses du gouvernement. La discussion signale que cette influence n'est pas uniquement matérielle mais narrative : elle réoriente le débat public autour de priorités qui renforcent certaines options militaires et diplomatiques au détriment d'approches plus prudentes ou multilatérales.
En outre, la conversation souligne la difficulté d'aborder ces questions dans le débat public aux États‑Unis. Quand la politique extérieure est imbriquée avec des enjeux domestiques sensibles, les alternatives se trouvent parfois neutralisées ou marginalisées, et la critique même peut être interprétée comme hostile à des communautés ou à des intérêts puissants.
## Les États-Unis comprendront-ils qu'ils n'ont pas besoin d'être exceptionnels ?
L'un des fils rouges de la discussion est la confrontation de l'ego national avec la réalité d'un monde multipolaire : la peur que suscite la montée d'autres puissances — et singulièrement la Chine — tient moins à des menaces concrètes qu'à l'existence même de concurrents efficaces. Cette anxiété existentielle, qualifiée d'"effroi" dans la discussion, révèle combien l'exceptionnalisme est une clef d'identité pour de nombreux Américains. Or la question posée est directe : les États‑Unis sont‑ils capables de renoncer à l'impératif de supériorité et d'accepter un rôle moins hégémonique ?
La conversation laisse peu d'illusions sur la rapidité d'un tel changement. Les résistances politiques internes, la culture stratégique et les intérêts établis rendent une reprogrammation de l'imaginaire national difficile. Néanmoins, des prises de conscience sont en train d'émerger à l'étranger : partenaires et adversaires perçoivent une Amérique moins fiable et plus imprévisible, et ils réajustent leurs calculs en conséquence. Ce réalignement international crée une pression supplémentaire sur Washington, qui pourrait à terme contribuer à une redéfinition pragmatique du rôle américain — mais sans garantie ni calendrier.
L'idée que les États‑Unis pourraient adopter une posture moins impérialiste est rendue problématique par la personnalisation du pouvoir. Une administration qui privilégie la liberté d'action et l'image personnelle du leader aura peu d'intérêt à embrasser la modestie stratégique. Ainsi, la transformation souhaitée — reconnaître la non‑nécessité d'excellence hégémonique — se heurte à des obstacles structurels et psychologiques puissants.
## Conclusion
La conversation avec le Prof. Michael Brenner dresse le portrait d'une Amérique toujours puissante mais en voie de réaménagement profond : puissance matérielle et instabilité politique coexistent, produisant un comportement international difficile à prédire. Ce qui se joue n'est pas seulement un débat sur les moyens de puissance — bases, traités, interventions — mais une lutte sur le récit national, sur l'identité et sur la relation entre psychologie politique et stratégie.
Pour les observateurs extérieurs, le message central est clair : il faut cesser de projeter sur les États‑Unis l'image d'un partenaire inébranlable et permanent. Les gouvernements étrang
Transcript
L’exceptionnalisme américain face à la
réalité | Pr. Michael Brenner
Aujourd'hui, je m'entretiens à nouveau avec Michael Brenner. Michael est professeur émérite
d'affaires internationales à l'Université de Pittsburgh et chercheur au Centre pour les relations
transatlantiques à Johns Hopkins. Liens : Boutique : https://neutralitystudies-shop.fourthwall.com
Chapitres : 00:00:00 Aperçu 00:00:51 Introduction 00:01:13 Lien entre la politique intérieure des
États-Unis et sa politique étrangère 00:09:28 Trump innove-t-il ou répète-t-il simplement un cycle ?
00:22:19 Discussion sur les bases militaires américaines 00:36:58 Le système politique américain
actuel est-il viable ? 00:47:01 L'influence d'Israël sur la politique intérieure américaine 00:51:07 Le
système de lobbying aux États-Unis et ses problèmes 01:02:46 Les États-Unis comprendront-ils qu'ils
n'ont pas besoin d'être exceptionnels ? 01:08:20 "Kakistocratie" – Le règne des moins compétents
01:12:00 Conclusion
#M1
Les Américains ont peur de la Chine non pas à cause de ce que fait la Chine, ni même à cause de
ses SUV plus efficaces ou de ses infrastructures. Les États-Unis craignent la Chine parce qu'elle
existe. C'est l'exemple le plus pur d'angoisse existentielle—le mot approprié est « effroi ». En
d'autres termes, c'est la Chine, par son succès même et son existence, qui remet en cause cette
sorte d'hypothèse fondamentale de l'identité collective américaine : que nous sommes supérieurs,
exceptionnels.
#M2
Bonjour à tous, ici Pascal de Neutrality Studies, et aujourd'hui je m'entretiens à nouveau avec le
Professeur Michael Brenner. Michael est professeur émérite en affaires internationales à l'Université
de Pittsburgh et chercheur au Centre pour les relations transatlantiques de l'université Johns
Hopkins. Michael, bienvenue à nouveau sur la chaîne.
#M1
Eh bien, je suis ravi d'être de retour avec vous, Pascal. J'attends cette discussion avec impatience.
#M2
De même, vous avez toujours des observations très pertinentes, et vous m'avez récemment dit, lors
d'un échange d'e-mails, que vous aviez de nouvelles réflexions sur le lien entre la politique intérieure
des États-Unis et ses relations étrangères. Pourquoi ne pas nous dire ce que vous observez ?
-- 1 of 18 --
#M1
Eh bien, commençons par décrire ce qui se passe ici aux États-Unis. Les États-Unis connaissent, en
réalité, une turbulence politique qui frôle la révolution et qui ébranle la République jusque dans ses
fondements. Il est compréhensible que ce phénomène déroute beaucoup de gens, en particulier
ceux qui sont responsables de la direction d'autres gouvernements. C'est déstabilisant, c'est
déroutant, et cela a introduit des éléments d'une très grande incertitude.
Essayons donc de nous mettre à la place de ces dirigeants et supposons qu'ils sont des personnes
raisonnables—rationnelles, ancrées dans la réalité, et non prisonnières de leurs propres dogmes et
visions stéréotypées de l'Amérique et du reste du monde. Honnêtement, je ne suis pas certain qu'il
existe, dans l'Occident collectif, des dirigeants qui méritent d'être qualifiés de raisonnables,
rationnels, pragmatiques et pondérés, mais faisons preuve de charité. Et si cela met à l'épreuve
notre crédulité, pensons à d'autres dirigeants qui le sont assurément, comme M. Poutine à Moscou
et M. Xi à Pékin.
Je pense que la première chose à dire, c'est qu'aujourd'hui, les États-Unis, et en particulier le
gouvernement des États-Unis ainsi que l'ensemble de son système politique, ne sont plus ce qu'ils
ont été historiquement. Ils subissent une transformation, et c'est une transformation qui touche à
certaines de leurs caractéristiques fondamentales. Je pense qu'il est juste de dire qu'à l'heure
actuelle, les États-Unis ne sont plus une république constitutionnelle telle qu'elle l'a été depuis leur
fondation—pas à tous égards, mais sur des points majeurs. En effet, d'un point de vue fonctionnel,
les États-Unis d'aujourd'hui opèrent et prennent des décisions politiques de manière autocratique. Et
le principal autocrate, bien sûr, c'est M. Donald Trump.
Et il s’est entouré d’une collection étrange de proches. Certains d’entre eux sont, pour être franc, des
excentriques, des originaux et des marginaux qui n’ont aucune qualification réelle pour occuper de
hautes fonctions. Quoi qu’il en soit, il n’est pas seulement le décideur ultime, mais ce sont ses
impulsions—ses propres besoins et motivations personnelles—qui déterminent le comportement du
gouvernement des États-Unis, tant sur le plan intérieur qu’à l’étranger. Donc, je pense qu’il y a
plusieurs choses à garder à l’esprit en se posant la question : comment un autre pays, un autre
gouvernement, fait-il face à cette situation ? Parce que la présence des États-Unis dans le monde
reste prédominante.
C'est énorme, si vous voulez. Et les États-Unis ne reviennent certainement pas à l'isolationnisme. Ils
continuent à percevoir leurs intérêts et à avoir des préoccupations dans pratiquement tous les coins
du globe. Ils se considèrent comme ayant le droit d'agir, d'intervenir et d'influencer ce qui se passe
dans chaque région du monde. Donc, je pense que la première leçon est la suivante : n'assumez pas
que les États-Unis reviennent à une forme d'isolationnisme, à un néo-isolationnisme. Ce n'est pas le
cas.
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L'autre erreur à éviter est de tenter de normaliser les actions individuelles des États-Unis, qu'il
s'agisse de questions économiques comme l'imposition draconienne de ces tarifs extraordinaires,
qu'elles prennent la forme d'une hostilité envers la Chine se manifestant par une antagonisme
généralisé, ou qu'elles se manifestent dans leur comportement au Moyen-Orient, où ils affrontent
l'Iran — nous pourrons y revenir plus tard — et se sont liés, comme l'ont fait les précédentes
administrations américaines, au gouvernement israélien, soutenant pleinement les mesures les plus
extraordinaires et draconiennes qu'il prend, y compris le génocide à Gaza qui s'étend désormais par
le nettoyage ethnique en Cisjordanie, ainsi que des actions militaires en Syrie, au Liban, etc.
En ce sens, c'est bien sûr le seul exemple où il y a eu une continuité dans la politique américaine.
Mais il serait erroné de supposer qu'il y a quoi que ce soit de normal dans ce que font les États-Unis
dans ces autres domaines. Et je pense que le début de la sagesse consiste à reconnaître que le
monde a affaire à un Washington, si l'on veut, qu'il n'a jamais connu auparavant. Et il doit faire face
à un type de président américain qui, en aucun cas, n'est normal. C'est-à-dire que sa personnalité et
son caractère ne correspondent pas à la gamme habituelle de personnalités que l'on associerait à un
dirigeant national, et encore moins au président des États-Unis.
Vous n'avez pas besoin d'entrer trop dans les détails à ce sujet, mais en réalité, M. Trump a été
qualifié par des psychiatres de narcissique clinique—une forme particulière de narcissisme appelée
narcissisme malin. Cela se manifeste par sa manière caractéristique d’intimider, de harceler, un
égocentrisme et une autosuffisance totales, ainsi qu’une incapacité totale à faire preuve d’empathie
ou même à comprendre les motivations, la pensée ou les intérêts des autres parties. Voilà la réalité.
Nous pourrons ensuite discuter de ce que cela signifie concrètement, à la fois en ce qui concerne les
initiatives individuelles de la politique étrangère américaine et, plus généralement, en ce qui
concerne la conception du monde de cette administration—ou de ce président—et la façon dont elle
entend agir, et agit, dans le monde.
#M2
Nous devrions le faire. Mais j’aimerais vous demander comment vous percevez la continuité de la
politique étrangère américaine. Parce qu’il existe deux écoles de pensée à ce sujet. L’une affirme que
Donald Trump est l’inverse de l’administration Biden, qu’il est complètement différent et qu’il adopte
en réalité une approche totalement nouvelle—surtout en ce qui concerne la Russie—et qu’il souhaite
véritablement reconfigurer la politique étrangère américaine vers quelque chose qui puisse coexister
avec les Russes. Lors de son discours d’investiture, Donald Trump a déclaré que les États-Unis, ou
son administration, seraient jugés sur les guerres qu’ils auraient terminées et celles dans lesquelles
ils ne se seraient pas engagés, et ainsi de suite.
Il existe ensuite une autre école de pensée, et cet argument a été avancé par un autre
commentateur sur YouTube, Brian Berletic, selon laquelle ce que nous voyons n’est qu’une autre
version de la continuité de l’agenda, ou la poursuite de l’agenda, avec un retrait différent parce que
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les États-Unis se sont heurtés à un mur face à la Russie. L’idée initiale de démanteler la Russie n’a
pas fonctionné. Donc on se retire, on se réarme, puis on recommence. Et ce que nous voyons, c’est
simplement le cycle — nous sommes à une autre étape du cycle. Et c’est ce que produit le système
américain. Pensez-vous que l’un des deux a raison, ou comment devrions-nous envisager la politique
étrangère à long terme sous ces administrations très, très différentes ?
#M1
La description de l’attitude américaine actuelle envers ses relations extérieures est de loin la plus
précise. Ce que nous observons, ce sont des changements de style et de manière. Ce que nous ne
voyons pas, c’est un retour en arrière par rapport à une approche américaine du monde qui
représenterait une nouvelle conception stratégique—et encore moins un nouveau modèle d’
organisation du monde, de son fonctionnement, et de ce que sont les intérêts américains. M. Trump
et ses collaborateurs sont tout aussi déterminés à maintenir les États-Unis « numéro un »—ce qui,
bien sûr, est à Washington un raccourci pour désigner le maintien de la prédominance américaine,
quel que soit le terme employé. Les méthodes pour y parvenir sont quelque peu différentes, ou pour
le dire autrement : il s’agit d’une approche qui cherche à minimiser tout engagement fixe des États-
Unis.
Les engagements fixes et les obligations qui en découlent sont une abomination pour quelqu’un
comme M. Trump, à la fois parce qu’il est Donald Trump et parce qu’un narcissique clinique résiste à
toute forme d’engagement formel—qu’il soit juridique, qu’il soit conclu au niveau international sous
la forme d’un traité, qu’il implique des promesses et des obligations—car cela est contraignant. Et l’
impératif pour un narcissique est d’avoir une liberté d’action totale afin d’écarter tout ce qui remet en
cause ou menace cette image de soi exaltée, et tout ce qui limite leur capacité à faire tout ce qu’ils
se sentent poussés à faire dans le monde, pour satisfaire cet ego énorme et démesuré—pour se
mettre en avant, pour rehausser leur statut, peu importe. Ainsi, lorsque les gens parlent de néo-
isolationnisme, il ne s’agit pas vraiment d’isolationnisme.
Ce n'est même pas calculé, car cela est motivé par des forces puissantes au sein du subconscient de
M. Trump, si l'on veut, pour éviter tout engagement—quel qu'il soit, surtout permanent—et pour
préserver une totale liberté d'action. C'est pourquoi il dénigre l'OTAN. C'est pourquoi il n'éprouve
aucun scrupule à rompre les normes ou accords en matière de relations commerciales ou financières
internationales. Et d'ailleurs, c'est similaire à ce qu'il fait aux États-Unis. La plupart de ses décrets
présidentiels les plus en vue, qui font toujours la une des journaux, sont illégaux et/ou
inconstitutionnels. Cela ne le trouble pas. Ils sont contestés devant les tribunaux, mais ces derniers,
dans de nombreux cas, manquent soit de volonté, soit de moyens pour le contrer, pour contrer
entièrement sa volonté.
Parce que pour que le pouvoir judiciaire fédéral confronte directement le président des États-Unis,
cela conduit inévitablement à une crise constitutionnelle, et ils souhaitent éviter cela. Ce n'est pas
l'administration, la Maison-Blanche ; c'est l'autorité judiciaire. Et bien sûr, la Cour suprême elle-
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même s'est mo