Finian Cunningham soutient que les puissances occidentales ont longtemps pratiqué le changement de régime clandestin et la manipulation des médias comme instruments d’un impérialisme continu. Il retrace une continuité depuis l’Iran de 1953 et le Guatemala de 1954 jusqu’aux interventions contemporaines, montrant comment les services de renseignement — notamment la CIA — ont systématiquement coopté et recruté des journalistes et des dirigeants pour fabriquer le consentement. Cunningham met en évidence la complicité des médias qui recadrent les soulèvements pour les faire correspondre aux objectifs géopolitiques : une couverture complaisante pour les régimes clients et la diabolisation des gouvernements gênants. Il relie ce contrôle de l’information à une politique de classes plus large, observant que les ressources détournées vers les interventions étrangères aggravent les inégalités domestiques et affaiblissent les travailleurs. Tout en reconnaissant l’émergence des médias alternatifs et le scepticisme public croissant, Cunningham met en garde contre une intensification de la censure et de la répression à mesure que le système impérial cherche à se protéger. Il conclut que ce qui a
Article
## Introduction et *Killing Democracy*
La conversation met au jour une thèse simple mais dérangeante : depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Occident — et en particulier les États‑Unis — a systématiquement corroberé la démocratie qu’il prétendait défendre. Le livre Killing Democracy offre un calibrage historique et médiatique de ce constat, en reliant opérations clandestines, stratégie de renseignement et manipulation des récits publics. L’enjeu n’est pas seulement de redresser un pan d’histoire mal racontée, mais de comprendre comment le pouvoir transforme l’information en instrument de politique étrangère et de domination. Ce diagnostic jette une lumière crue sur la manière dont les démocraties libérales peuvent, en pratique, devenir des manufactures de désordre politique à l’étranger.
L’argument central exposé dans l’échange est que le changement de régime n’est pas un accident de politique mais une stratégie assumée, prolongement moderne d’un impérialisme qui a troqué la conquête ouverte contre des moyens plus raffinés et secrets. Au cœur de cette stratégie se trouvent les médias : non seulement comme vecteurs d’information, mais comme partenaires actifs d’un appareil d’État qui orchestre narrations et perceptions pour rendre acceptables — voire souhaitables — des interventions illégitimes. Comprendre cette imbrication est indispensable pour repenser la responsabilité civique et la liberté de la presse à l’ère des opérations secrètes.
## Contrôle des médias occidentaux par la CIA
L’un des fils rouges de l’échange est l’existence, dès la création de la CIA en 1947, d’une politique explicite visant à « rallier » les principaux médias. Plutôt qu’une simple collusion occasionnelle, il s’agissait d’une stratégie structurée : recrutement de journalistes, relations personnelles entre dirigeants d’organes et responsables du renseignement, financements discrets et coordination narrative. Des figures du renseignement, comme Frank Wisner, sont décrites comme architectes d’une opération qui a cherché à domestiquer l’opinion publique en contrôlant les canaux d’information.
Cette capture médiatique ne se limite pas à quelques cas isolés : la bascule de la couverture sur Mohammad Mossadegh en Iran, passée d’un soutien initial à une campagne de dénigrement presque instantanée, est un exemple paradigmatique. Le retournement simultané de grands titres et hebdomadaires montre l’existence d’une coordination qui dépasse le simple biais éditorial. Là où la presse devrait interroger, vérifier et résister, elle a souvent internalisé une posture « patriotique » qui l’a rendue complice — volontairement ou par conformisme — d’opérations d’État visant à défaire des gouvernements élus.
Le phénomène s’insère dans une culture professionnelle où relations personnelles, réseaux sociaux et anciens liens militaires tissent une communauté de vues. Les dirigeants de médias et les hommes d’État fréquentaient les mêmes cercles, partageaient des dîners et des confidences ; la frontière entre enquête indépendante et service public d’influence devient alors poreuse. La conséquence est lourde : la fabrique de l’opinion publique s’est retrouvée institutionnalisée au service d’intérêts stratégiques, souvent invisibles pour les citoyens.
## Propagande et médias alternatifs
Face à cette emprise, la conversation souligne la montée parallèle des médias alternatifs et la tentative, parfois réussie, de les cataloguer comme « propagande » quand ils remettent en cause la version dominante. La stratégie d’influence comprend aussi la stigmatisation des voix dissonantes, l’étiquetage et la marginalisation de sources indépendantes. Ainsi, les mêmes mécanismes qui ont permis l’infiltration des médias traditionnels servent aujourd’hui à disqualifier toute remise en question : s’il s’agit d’une source critique de la politique occidentale, elle est qualifiée de propagandiste.
Pourtant, une frange des médias alternatifs joue un rôle crucial en ramenant à la surface des histoires occultées — des coupures budgétaires aux opérations d’influence en passant par les archives déclassifiées. Leur existence force le débat démocratique et oblige les institutions à rendre des comptes, même si la réaction dominante consiste souvent à renforcer la filtration de l’information par des algorithmes, des chartes éditoriales et des mécanismes de vérification sélective qui ne sont pas toujours impartiaux.
La conversation invite à une prudence double : ne pas confondre tout média alternatif avec de la désinformation, mais reconnaître aussi que la pluralité informationnelle seule ne suffit pas. Il faut des enquêtes rigoureuses, des protections juridiques pour les lanceurs d’alerte et une culture journalistique qui réhabilite le rôle critique du reporter face au pouvoir, qu’il soit domestique ou étranger.
## Impérialisme d’hier et d’aujourd’hui
La continuité historique entre l’empire classique et les méthodes contemporaines est un thème récurrent. L’impérialisme n’a pas disparu ; il s’est transformé. Là où jadis l’occupation et la colonisation étaient visibles, les puissances modernes optent pour des opérations discrètes, des changements de régime, des guerres par procuration et des pressions économiques. Ces pratiques respectent la lettre des institutions internationales seulement en apparence, tout en violant leur esprit.
La conversation rappelle que la Charte des Nations unies, promue après la guerre comme garant de souveraineté, n’a pas empêché les États puissants de poursuivre des stratégies d’ingérence. Au contraire, la nécessité de contourner des règles formelles a stimulé l’innovation des opérations secrètes. Le résultat est un impérialisme furtif, mais tout aussi effectif, qui s’appuie sur des savoirs techniques — du renseignement à la manipulation médiatique — pour remodeler les équilibres régionaux et installer des régimes alignés sur des intérêts extérieurs.
L’analyse insiste également sur le rôle de la rhétorique. L’argument du « défenseur de la démocratie » sert de paravent moral pour des politiques qui visent à sécuriser des ressources, des alliances stratégiques ou des zones d’influence. Dénoncer cette rhétorique n’est pas un plaidoyer pour l’inaction, mais pour une clarté morale : si la promotion de la démocratie est sincère, elle doit se traduire par le respect de la souveraineté et la transparence, pas par la subversion.
## Dirigeants occidentaux et médias irlandais
L’échange porte aussi un regard particulier sur la relation entre dirigeants occidentaux et médias irlandais, et plus largement sur la manière dont les élites locales peuvent servir d’amplificateurs aux discours internationaux. Les ties entre cercles dirigeants et propriétaires de médias ne sont pas seulement anglo‑américains ; ils se retrouvent dans de nombreux pays où un petit nombre de familles ou d’intérêts contrôle de larges plateformes informationnelles.
Pour l’Irlande, comme pour d’autres démocraties libérales, le défi est double : préserver une presse indépendante face à la concentration de la propriété médiatique, et éviter que la scène nationale ne devienne le relais docile de politiques étrangères. La conversation suggère que les relations personnelles entre figures médiatiques et diplomatiques, même si elles relèvent d’une « convivialité » sociale, posent des problèmes de conflit d’intérêts lorsqu’elles se traduisent par des récits consensuels qui excluent l’auto‑critique.
Le cas irlandais met en relief l’importance de débattre publiquement des liens entre médias et pouvoir. Une démocratie saine nécessite des garde‑fous institutionnels — transparence sur les financements, règles de divulgation des conflits, soutien à un journalisme d’investigation indépendant — pour limiter l’effet corrosif des réseaux d’influence qui rendent la population captive d’un récit étranger à ses intérêts.
## Conclusion : vendre la guerre au public et repenser le rôle de la presse
La conversation contient un avertissement clair :
Transcript
La vérité révélée : les États-Unis, tueurs n°1
de la démocratie | Finian Cunningham
Un journaliste révèle ce que Washington a tenté de cacher pour toujours : les États-Unis sont le plus
grand fossoyeur de la démocratie au monde, avec un historique ininterrompu d’interventions
étrangères. Finian Cunningham discute du changement de régime, du contrôle des médias et de l’
impérialisme occidental avec Pascal Lottaz. Ils abordent l’Iran en 1953, l’influence de la CIA sur les
grands médias, la couverture de l’Ukraine, la censure, la politique de classe et le retour d’un
impérialisme assumé. Cunningham explique également pourquoi son livre *Killing Democracy*
soutient que la manipulation médiatique est au cœur du pouvoir occidental depuis la Seconde Guerre
mondiale. Liens : Strategic Culture Foundation : https://strategic-culture.su/ Finian Cunningham sur
RT : https://www.rt.com/op-ed/authors/Finian-Cunningham/ Sputnik International :
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com/donate Horodatage : 00:00:00 Introduction et *Killing Democracy* 00:04:03 Iran 1953 et récits
médiatiques 00:14:18 Contrôle des médias occidentaux par la CIA 00:21:08 Soulèvements, Ukraine
et couverture sélective 00:26:39 Propagande et médias alternatifs 00:30:37 Censure, liberté d’
expression et guerre des classes 00:36:08 Impérialisme d’hier et d’aujourd’hui 00:39:33 Vendre la
guerre au public 00:45:07 Dirigeants occidentaux et médias irlandais 00:53:27 Bulles médiatiques et
réflexions finales
#Pascal
Bienvenue à tous dans *Neutrality Studies*. Aujourd’hui, nous recevons l’écrivain et éditeur irlandais
Finian Cunningham, qui est aussi l’auteur du remarquable ouvrage *Killing Democracy : l’héritage
impérialiste occidental du changement de régime et de la manipulation des médias.* Finian,
bienvenue. Bienvenue à vous.
#Finian Cunningham
Merci, Pascal. Ravi d’être avec vous dans votre émission.
#Pascal
Ravi de vous avoir avec nous. Et merci beaucoup d’avoir écrit ce livre avec quelques-uns de vos
collègues. Je veux dire, il y a aussi d’autres auteurs qui y ont contribué. Vous avez vraiment construit
un argument solide pour confronter l’Occident quand il affirme : « Nous sommes là pour défendre la
démocratie », et pour rappeler toutes les fois où il a fait exactement le contraire. Quelle a été votre
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motivation pour écrire ce livre ? Et en le faisant, quelle est la chose la plus importante que vous en
avez tirée ?
#Finian Cunningham
Nous avons écrit *Killing Democracy* au cours de l’année dernière. Quatre autres collègues —
Daniel Kovalik, Jeremy Kuzmarov, Ron Ridenour et K.J. Noh — tous des journalistes, écrivains et
auteurs très respectés dans leurs domaines respectifs. Nous voulions donc examiner toute l’histoire
des opérations secrètes de changement de régime après la Seconde Guerre mondiale, après la
création de la Charte des Nations unies, qui interdisait complètement, de manière explicite, toute
violation de la souveraineté des pays étrangers. Et les signataires de la Charte de l’ONU s’y étaient
tous engagés. C’était un engagement public fort, clair, et très solennel envers ces principes. Mais
très vite, les puissances occidentales ont dû, par nécessité, inventer des formes plus discrètes de
violation de la Charte des Nations unies.
Je veux dire, ces puissances étaient des puissances impérialistes. Elles n’ont pas cessé de l’être
simplement parce qu’elles avaient signé un document très noble et proclamé la démocratie et le
droit international. Elles ont donc, par nécessité, dû inventer une manière discrète de poursuivre
leurs affaires — une forme d’impérialisme furtif. Et c’est ça qui a ouvert toute une ère d’opérations
secrètes pour atteindre leurs objectifs impérialistes, c’est-à-dire le contrôle d’autres pays. Ce que
nous avons découvert, et je pense que c’est ce que nous avons apporté d’une manière nouvelle, c’
est à quel point les médias ont été largement impliqués dans cette entreprise. L’histoire des
opérations de changement de régime a d’ailleurs été bien documentée par des gens comme William
Blum, feu William Blum.
Tu sais, il y a beaucoup d’autres auteurs — Stephen Kinzer, David Vine, et bien d’autres encore. Ce
qu’on voulait examiner en particulier, Pascal, c’était le rôle des médias dans tout ça. Les médias ont
été essentiels pour mener ce travail, pour mettre en place cette nouvelle politique d’opérations de
changement de régime. Et dans les premières années après la création de la CIA, en mille neuf cent
quarante-sept, leur toute première priorité — ce qu’ils appelaient l’opération secrète prioritaire — c’
était de prendre le contrôle systématique des médias, aux États-Unis et en Europe. Ce contrôle
devait ensuite permettre et faciliter toutes les autres opérations secrètes de changement de régime.
Donc, le contrôle des médias est absolument fondamental, absolument vital pour l’ensemble de cette
entreprise de changement de régime.
#Pascal
On commence avec le cas d’Allende au Chili, et la façon dont Kissinger n’avait, en gros, aucun, mais
alors aucun respect pour la volonté démocratique d’un pays entier d’Amérique du Sud. Et ça, c’est
juste un exemple parmi beaucoup d’autres, parmi tous ces cas où un dirigeant élu
démocratiquement a été renversé. Le premier, sans doute dans l’histoire moderne de la CIA, celui où
le MI6 a un peu passé le relais à la CIA, c’était bien sûr l’Iran, en cinquante-trois. Mais alors, qu’est-
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ce que tu as découvert sur ce que ces gens disaient, justement, à propos du fait qu’ils renversaient
des gouvernements élus démocratiquement ? Parce que, enfin, c’est exactement le contraire de ce
qu’ils prétendaient défendre pendant toute la guerre froide. Cinquante-trois ou soixante-quatorze,
peu importe, ils ont toujours insisté sur le fait qu’ils étaient là pour défendre la liberté, non ? Alors
comment est-ce qu’ils justifient ça, pour eux-mêmes ? Et comment les médias, d’habitude, arrivent à
blanchir tout ce système ?
#Finian Cunningham
Oui. Enfin, je veux dire, ils n’ont jamais reconnu la première opération de changement de régime.
Comme tu l’as rappelé, Pascal, c’était en mille neuf cent cinquante-trois, en Iran. À ce moment-là,
les États-Unis et la Grande-Bretagne ont décidé que le Premier ministre élu, Mohammad Mossadegh,
devait partir, à cause de sa politique de nationalisation de l’industrie pétrolière. Cette politique privait
la Grande-Bretagne des énormes profits qu’elle tirait, depuis l’époque coloniale, des champs
pétrolifères persans. Donc, ils ont décidé que Mossadegh devait être renversé. Tout ça s’est fait de
manière très secrète. Ils ne l’ont reconnu que plusieurs décennies plus tard. Aujourd’hui, on sait que
la CIA et le MI6 ont participé au renversement du gouvernement de Mossadegh. Et cette
reconnaissance n’est venue que bien des années après.
À l’époque, tout ça se faisait de manière très secrète, et, vous savez, sans jamais être dit
ouvertement. Mais pour justifier une certaine forme d’ingérence en Iran, afin de déstabiliser le
gouvernement, les médias ont joué un rôle très important, essentiel même, pour rendre cette
politique possible. Donc, vous voyez, la CIA et les Britanniques ont infiltré l’Iran avec des millions de
dollars, des sommes énormes pour l’époque, en mille neuf cent cinquante-trois, juste avant le coup d’
État. Ils ont encouragé différents acteurs du pays à semer le chaos, à perturber l’ordre social. Et, en
fait, soixante-treize ans plus tard, avec les troubles du début de cette année, on voit exactement la
même formule : provoquer, manipuler des agents et divers intermédiaires pour créer le désordre
social dans le pays.
#Pascal
Ce qui s’est passé en janvier en Iran, tu vois, quand il y a eu cette manifestation, et que l’Occident a
soutenu tout ça en installant les panneaux Starlink, en appuyant les groupes sur place et en
essayant de faire plonger l’économie… Et puis monsieur Scott Besant, tout fier de lui, qui s’en vantait
même — “Ha ha ha, c’est nous qui avons fait ça. Ha ha ha. Allez maintenant, peuple d’Iran,
renversez votre gouvernement.” C’est ce genre de mentalité, tu vois ?
#Finian Cunningham
Le Mossad et la CIA ont agi ouvertement, et Trump a même déclaré, il y a quelques semaines, qu’ils
avaient fait entrer des armes en Iran pour armer différents groupes. Donc, l’idée que c’était une
manifestation pacifique, en faveur de la démocratie… disons que ça a peut-être commencé comme
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une vraie protestation liée à la situation économique, mais ça a été très vite récupéré, et de manière
tout à fait délibérée, orchestrée par la CIA et le Mossad.
#Pascal
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#Finian Cunningham
Les médias occidentaux, pendant les récents troubles, ont présenté ça comme un soulèvement pro-
démocratie, en disant que le gouvernement iranien et les forces de sécurité réprimaient violemment,
en tuant. Vous savez, les médias occidentaux parlaient de trente, quarante mille manifestants. Mais
les chiffres iraniens, et des chercheurs indépendants l’ont confirmé, indiquent plutôt un bilan d’
environ trois mille morts. Et parmi ces trois mille, beaucoup étaient des policiers, abattus
violemment, avec des armes à feu. Des centaines de bâtiments ont été incendiés, des attaques par
le feu.
Les médias occidentaux, bien sûr, jouent ce rôle consistant à essayer de tout édulcorer, à présenter
la situation comme une sorte de répression impitoyable menée par le régime — ce régime
tyrannique, comme ils diraient. Ils jouent vraiment ce rôle, tout récemment encore, à propos de l’
Iran. Mais soixante-treize ans plus tôt, en mille neuf cent cinquante-deux, cinquante-trois, les médias
occidentaux faisaient déjà la même chose. Ils présentaient la situation en Iran d’une manière qui
servait les intérêts occidentaux — ceux de la CIA, du MI6 — pour renverser le gouvernement. Ils
décrivaient le gouvernement de Mossadegh comme ayant perdu le contrôle, et lui-même comme un
peu fou, presque dément.
On disait qu’il était dérangé, instable, qu’il perdait un peu le contrôle de la société. Et puis, on a
aussi présenté les choses comme si cela rendait l’Iran vulnérable à une domination soviétique, à une
infiltration ou même à une prise de contrôle par l’Union soviétique, ce qui était complètement faux.
Les médias ont donc joué un rôle absolument crucial pour installer le contexte qui permettrait toutes
sortes d’opérations secrètes, d’ingérences dans la société iranienne. Et les deux épisodes, celui de
mille neuf cent cinquante-trois et celui du début de cette année, deux mille vingt-six, se ressemblent
énormément — exactement le même mode opératoire médiatique, présentant les événements de
manière à servir la politique de changement de régime.
Je dois dire, Pascal, qu’il y a un point vraiment révélateur. Si on regarde la couverture médiatique de
l’Iran en mille neuf cent cinquante et un, cinquante-deux, les médias américains, à cette époque,
étaient en fait plutôt favorables à Mossadegh. On le présentait comme un nationaliste, avec une
revendication légitime de nationaliser l’industrie pétrolière. Et il y avait une sorte de… disons, quand
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il est venu aux Nations unies, en septembre ou octobre cinquante et un, les médias occidentaux,
américains en particulier, étaient vraiment bienveillants à son égard et soutenaient sa cause. Ils
étaient, en revanche, assez méprisants envers les Britanniques, cette ancienne puissance coloniale,
et leurs intentions. Ensuite,