Au cœur de l’échange, Fethi soutient que la politique étrangère de l’Algérie repose sur la non‑alignement, la souveraineté, l’anti‑ingérence et l’autonomie stratégique — principes forgés par 132 ans de colonisation française et par la guerre d’indépendance féroce de 1954–1962. Il situe l’Algérie comme un précurseur de l’anti‑colonialisme dont l’héritage révolutionnaire éclaire le soutien à la Palestine et la résistance à l’ingérence extérieure. Les Accords d’Évian et la réaction de l’OAS ont provoqué des départs massifs de Franco‑Algériens et ont limité le développement d’après‑indépendance, poussant l’Algérie vers un modèle politique centralisé. Fethi caractérise les relations franco‑algériennes actuelles comme une crise exceptionnellement aiguë, alimentée par la nostalgie française de l’empire, l’hostilité d’une partie des élites à la souveraineté algérienne, et par des influences concurrentes européennes et mondiales (Italie, Espagne, Chine, Israël). La langue, la politique diasporique et la concurrence économique apparaissent comme des instruments de dynamiques néo‑coloniales ; en revanche, il loue les engagements respectueux et gagnant‑gagnant, illustrés par l’Italie. Dans l’e
Article
## Introduction
L’échange avec le YouTuber algérien Fethi brosse un portrait net : l’Algérie, forgée par une histoire coloniale traumatique, s’affirme aujourd’hui comme un pilier d’un monde multipolaire et refuse de se laisser reconduire au rôle de dépendance vis-à-vis de Paris ou de Bruxelles. La conversation relie le passé et le présent — cent trente-deux années de domination, une guerre d’indépendance totalisante, des Accords d’Évian imparfaitement appliqués — pour expliquer pourquoi la diplomatie algérienne mise sur la neutralité, la souveraineté et la médiation. Au cœur du propos se trouve une tension durable entre mémoire non apaisée et volonté de jouer un rôle indépendant sur la scène internationale : ce n’est pas seulement une querelle bilatérale, mais un choix stratégique lié à une conscience historique et à une ambition régionale.
## Politique étrangère de l’Algérie et Europe
La politique extérieure algérienne se définit, selon l’angle développé dans la discussion, par trois piliers : non-alignement, souveraineté et rôle de médiateur. Ces éléments ne sont pas de simples slogans diplomatiques ; ils résultent d’une expérience historique qui a fait de l’indépendance une obsession protectrice. L’Algérie a façonné une posture qui évite les dépendances, refuse l’ingérence et se pose comme interlocuteur indépendant dans les crises internationales. Cette ligne a deux conséquences directes pour l’Europe. D’une part, Alger entretient des relations constructives avec plusieurs capitales européennes — Rome, Madrid, Berlin — sur la base d’intérêts énergétiques, migratoires et sécuritaires. D’autre part, la relation avec la France demeure structurellement différente : elle est marquée par un contentieux évoqué comme « relation d’amour et de haine », mais surtout par une rivalité historique où Paris ne parvient pas à décoloniser mentalement sa politique.
Fethi souligne que, dans la plupart des crises, l’étincelle provient de la France : un récit qui fait sens quand on observe la fréquence des incidents diplomatiques déclenchés par des discours, des décisions de politique intérieure française ou des revirements symboliques. Pour Alger, il ne s’agit pas d’animosité gratuite mais d’une exigence de respect réciproque et d’un refus du paternalisme. En termes pratiques, cela se traduit par des partenariats ciblés avec l’Europe et par des gestes d’indépendance stratégique qui peuvent irriter Paris — ce qui explique en partie la métaphore d’"une Europe pliée" face à certaines décisions algériennes.
## Domination coloniale et guerre d’indépendance
L’histoire coloniale de l’Algérie (1830–1962) n’est pas une simple statistique : c’est une violence systémique qui a remodelé la société, l’économie et la démographie. Le récit partagé dans la discussion rappelle que la colonisation de peuplement a visé l’expropriation, la marginalisation culturelle et parfois l’élimination directe de communautés locales. Les transformations démographiques sont parlantes : une croissance anormale et des pertes humaines massives qui rendent suspecte toute lecture simpliste des chiffres. La guerre d’indépendance, déclenchée en novembre 1954, est apparue comme l’aboutissement de décennies de résistances et d’un refus de la négation politique.
La lutte armée, organisée notamment autour du Front de Libération Nationale (FLN), a été à la fois rurale et urbaine, populaire et idéologiquement diverse — le FLN ayant choisi d’unificer les courants pour l’objectif commun de l’indépendance. Les épisodes comme la bataille d’Alger et la répression qui l’a accompagnée (tortures, exécutions, opérations policières) ont projeté le conflit sur la scène internationale et changé le rapport de forces moral à l’égard de la France. Au-delà des morts et des violences, la guerre a façonné une mémoire collective où souveraineté et dignité nationale occupent une place centrale, et où toute décision étrangère se mesure à l’aune de cette mémoire.
## Accords d’Évian et État post-1962
Les Accords d’Évian, souvent réduits au moment diplomatique de la fin officielle de la guerre, ont été suivis par une période tumultueuse qui a transformé profondément l’Algérie postcoloniale. L’explosion de l’OAS et la logique de la « valise ou le cercueil » ont conduit au départ massif des Pieds-Noirs et laissé l’Algérie sans une part substantielle de cadres techniques et administratifs. Le traumatisme du départ forcé de dizaines, voire centaines de milliers de personnes a eu des conséquences économiques et sociales durables : un déficit de compétences, des ruptures institutionnelles et une nécessaire construction d’un État à même de centraliser les pouvoirs pour éviter l’éclatement.
Cette centralisation, explique l’intervenant, a favorisé une organisation politique dominée par un parti unique dans les premières années, non par choix idéologique pur mais par nécessité de stabilité après une guerre d’anéantissement. L’exemple sud-africain est évoqué en miroir : les leçons tirées par Mandela et De Klerk montrent qu’une gestion différente de la transition pouvait limiter l’exode des élites et favoriser une transition plus inclusive. L’Algérie, elle, a donc connu une trajectoire qui a mêlé autorité forte, tentatives de planification étatique et une orientation parfois plus proche des modèles soviétiques ou chinois, au moins dans les perceptions internationales.
## Crise franco-algérienne actuelle
La période récente est marquée par une crise aiguë des relations entre la France et l’Algérie, que Fethi qualifie de la plus grave des cinq dernières décennies. Cette crise n’est pas uniquement diplomatique : elle est symptomatique de la difficulté française à accepter la pleine égalité et la souveraineté algériennes. Les tensions s’expriment par des gestes symboliques (discours, lois mémorielles), des décisions administratives et des ruptures de coopération ponctuelles. Pour Alger, ces incidents rappellent que la colonisation n’est pas un passé clos, mais une présence qui se manifeste dans les rapports de pouvoir et dans les représentations.
Un élément central de l’impasse est la façon dont la mémoire coloniale est mobilisée par la politique intérieure française, souvent au service de calculs électoraux ou identitaires, ce qui nourrit la défiance algérienne. La posture algérienne — exigeant respect et non-ingérence — prend alors la forme d’une politique de rupture sélective : maintien des relations utiles, coupures là où la dignité nationale est atteinte. Ces choix posent un défi pour l’Europe, surtout quand Paris attend d’être le pivot des relations euro-maghrébines. L’Algérie, au contraire, montre qu’elle peut établir des rapports bilatéraux autonomes avec d’autres États européens, affaiblissant ainsi la capacité française à définir seule l’agenda régional.
## Politique linguistique et identité
La question linguistique traverse la construction nationale algérienne et cristallise les enjeux d’identité. Après l’indépendance, la promotion de l’arabe et la revalorisation de la culture amazighe ont été des axes essentiels pour contrer la politique d’assimilation coloniale. Mais la réalité est complexe : le français demeure véhiculaire dans l’administration, l’enseignement supérieur et les échanges scientifiques. La tentative de rompre totalement avec l’héritage linguistique colonial s’est heurtée à des besoins pragmatiques — technologiques, économiques, universitaires — et à la diversité interne du pays.
Fethi évoque ainsi une dualité : le rejet symbolique du français comme langue d’oppression et la reconnaissance de son utilité dans certains domaines. La politique linguistique algérienne se situe donc entre volonté de réparation culturelle et nécessités de compétitivité internationale. En outre, la langue est un marqueur pour la diaspora et pour la diplomatie : maîtriser plusieurs idiomes permet à l’Algérie de dialoguer à la fois avec le monde arabe, l’Europe et les espaces africains, tout en préservant une identité nationale fondée
Transcript
Macron en colère ! L’Algérie fait plier l’
Europe | Fethi
La révolution multipolaire se poursuit. Elle a commencé il y a des décennies et prend aujourd’hui de l’
ampleur. Aujourd’hui, nous allons nous pencher sur l’un des premiers leaders du mouvement
anticolonial. Je m’entretiens avec le YouTuber algérien Fethi de @JazairHope au sujet du rôle de son
pays dans la lutte contre l’oppression coloniale et pour un monde multipolaire. Nous abordons la
politique étrangère de l’Algérie, l’héritage de la colonisation française, la guerre d’indépendance et la
longue crise avec la France. Liens : Jazair Hope : https://jazairhope.org Chaîne YouTube Jazair Hope
: https://www.youtube.com/@JazairHope Neutrality Studies sur Substack : https://pascallottaz.
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Politique étrangère de l’Algérie et Europe 00:05:20 Domination coloniale et guerre d’indépendance
00:17:23 Accords d’Évian et État post-1962 00:22:01 Crise franco-algérienne actuelle 00:28:25
Politique linguistique et identité 00:37:43 Politique de la diaspora et réparation 00:43:27 Jazair Hope
et projet historique
#Pascal
Bienvenue à tous dans Neutrality Studies. Je m’appelle Pascal Lottaz, et aujourd’hui, j’ai le plaisir d’
accueillir pour la première fois un YouTuber algérien, Feti, de la chaîne francophone Jazir Hope.
Bienvenue, Feti.
#Fethi
Merci beaucoup, Pascal, de m’avoir invité. C’est vraiment un plaisir d’être sur votre plateforme.
Écoutez, pour moi, votre plateforme est l’une des plus importantes de ces dernières années, parce
qu’elle réunit l’élite du monde entier — et pas n’importe quelle élite. Je parle de celle qui cherche
vraiment à faire avancer positivement notre monde. Donc, je suis très heureux d’être avec vous.
#Pascal
Merci beaucoup pour ça. Et je dois dire que j’étais déjà venu sur votre plateforme, j’avais fait de
mon mieux en français. Et maintenant, on fait cette interview en anglais, parce qu’on s’est dit qu’on
voulait justement parler un peu de l’Algérie. Je n’ai encore jamais abordé ce sujet dans cette
émission. Et puisque vous êtes sur place, et que vous parlez aussi d’espoir, de la manière de
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construire quelque chose de positif, je me suis dit qu’il fallait vraiment qu’on en parle. Alors, où en
est l’Algérie aujourd’hui dans sa relation avec l’Europe, avec la France ? D’où vient cette relation ? Et
selon vous, vers quoi se dirige-t-elle ?
#Fethi
Écoutez, commençons d’abord par rappeler quels sont les grands piliers de la politique étrangère de l’
Algérie. En quelques mots, l’Algérie fonde sa politique extérieure sur le non-alignement, c’est-à-dire
éviter les anciens blocs et préserver son autonomie stratégique. Elle repose aussi sur la
souveraineté, avec un accent très, très fort sur ce principe. Donc, non-ingérence dans les affaires
intérieures, et cela fonctionne dans les deux sens. L’Algérie évite elle-même d’intervenir dans les
affaires internes d’autres pays. Elle est aussi très stricte sur le refus de toute intervention. L’Algérie
rejette toute implication militaire étrangère, que ce soit de sa part ou lorsqu’elle voit d’autres pays s’
impliquer militairement ailleurs. Enfin, elle se positionne comme un médiateur, à la fois régional et
international.
Il y a de nombreux exemples de ce type d’intermédiation, qu’on pourra évoquer plus tard. Si on
prend cela comme toile de fond de la politique étrangère actuelle de l’Algérie, et qu’on regarde l’
histoire, tout découle principalement des cent trente-deux années de colonisation par la France. Cela
représente cinq ou six générations de colonisation. Après l’indépendance, c’est devenu une partie
intégrante de l’identité des Algériens : nous protégeons notre souveraineté, et nous respectons aussi
celle des autres. Si on observe les dernières décennies, la relation avec l’Europe a deux dimensions.
D’un côté, il faut regarder spécifiquement la France, et de l’autre, le reste de l’Europe. Nous
entretenons d’excellentes relations avec presque tous les pays européens.
On peut citer l’Italie, on peut citer l’Allemagne, on peut citer d’autres pays, même si les relations
économiques et politiques y sont moins intenses. Mais on peut aussi citer l’Espagne. Il y a eu des
hauts et des bas dans la relation avec l’Espagne, mais en ce moment, elle est très bonne. Et puis, à
part ça, la relation avec la France est souvent décrite comme une relation d’amour et de haine, ce
que je n’aime pas, mais c’est vrai que c’est une relation très tendue. Il y a eu quelques bonnes
périodes, beaucoup de mauvaises, et récemment, ces cinq dernières années, je pense qu’on traverse
la crise la plus aiguë de cette relation.
On peut entrer dans les détails, mais j’aimerais d’abord évoquer une analyse faite par quelqu’un qui s’
est spécialisé dans la relation entre l’Algérie et la France, à savoir le très, très, très connu Benjamin
Stora. Il a résumé cette relation en disant que, dans quatre-vingts pour cent des cas — et on peut se
référer à son étude — quatre-vingts pour cent des crises entre l’Algérie et la France sont
déclenchées par quelque chose qui a commencé en France. Et, de mon point de vue, ce que les
Français — pas le peuple français, mais le gouvernement français — n’ont pas compris, ou ne
parviennent pas à comprendre, c’est qu’ils n’ont toujours pas digéré l’indépendance de l’Algérie. Ils
continuent à traiter l’Algérie comme s’il y avait un directeur et un subordonné. Il faut qu’ils soient le
patron.
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#Pascal
Pouvez-vous nous rappeler brièvement l’histoire de la guerre d’indépendance de l’Algérie, qui a été
longue et sanglante ? Si je ne me trompe pas, plusieurs millions de personnes sont mortes pendant
cette guerre dans les années cinquante et soixante. Mais pouvez-vous me donner les dates et les
événements les plus importants jusqu’à l’indépendance ?
#Fethi
Oui, bien sûr. La colonisation a commencé en mille huit cent trente, et l’indépendance en mille neuf
cent soixante-deux. Donc, ça fait cent trente-deux ans de colonisation.
#Fethi
Entre-temps, il y a eu beaucoup, vraiment beaucoup de petites résistances à la guerre, d’accord,
tout au long de ces cent trente-deux années. La grande guerre, elle, a commencé en mille neuf cent
cinquante-quatre, et elle a duré sept ans. Pendant cette guerre, il y a eu un million et demi de morts
du côté algérien. Mais ce qui est intéressant, Pascal, et ce qu’on sait assez peu, c’est qu’il y a eu en
réalité beaucoup, beaucoup plus de morts, plusieurs millions, si on regarde toute la période. Et pour
illustrer ça, si on prend par exemple le taux de natalité de pays comme le Maroc ou l’Égypte, qui
sont dans la même région…
Si on prend la population de l’Algérie en mille huit cent trente-deux, au début de la colonisation, et
qu’on applique le taux de natalité de l’époque, on voit que la population était d’environ trois à quatre
millions d’habitants. Au moment de l’indépendance, elle était de huit millions. Si on applique le taux
de natalité du Maroc ou de l’Égypte, la population aurait dû se situer entre dix-huit et vingt-cinq
millions. Donc, pour des pays de la même région, quelque chose de différent s’est passé en Algérie.
Et c’est pour ça que l’Algérie faisait partie des pays considérés comme candidats au grand
remplacement, bien avant la Palestine.
#Pascal
Oui, parce que les Français ont commencé à s’y installer, non ? Je veux dire, il y avait des quartiers
entiers de colons blancs, des zones entières en Algérie, même si c’était géré différemment de l’
Afrique du Sud. Est-ce que vous pouvez expliquer en quoi consistait l’apartheid en Algérie, et
comment les Français administraient leur colonie ? Comment s’y prenaient-ils, surtout si on compare
à ce système d’apartheid dans le Sud ?
#Fethi
Eh bien, ça a été vraiment, vraiment, vraiment très difficile. Comme vous l’avez dit, il y a eu une
colonisation de peuplement. Il y a eu l’extermination des populations locales par plusieurs moyens : l’
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expropriation des bonnes terres, mais aussi l’élimination directe de tribus entières dans différentes
régions d’Algérie. C’est ce qui explique la croissance anormale de la population entre le début de la
colonisation et l’indépendance. Vous avez évoqué l’apartheid. Pendant l’apartheid, on a vu une
approche assez similaire. Ce qui a changé, c’est qu’après l’indépendance, la voie suivie par la
politique algérienne et celle suivie par la politique sud-africaine ont été très différentes. En réalité,
Mandela et De Klerk se sont inspirés de ce qui n’avait pas fonctionné dans l’indépendance algérienne
pour construire la politique de l’Afrique du Sud après l’apartheid. Pour revenir à la colonisation de l’
Algérie par la France, l’intention était clairement de remplacer la culture, d’effacer la religion, de
remplacer la population. C’était donc bien une volonté explicite de colonisation de peuplement.
#Pascal
Et donc, la guerre, vous disiez, de cinquante-quatre jusqu’à soixante et un ou soixante-deux…
comment tout ça s’est déroulé ? Je veux dire, comment le mouvement de résistance a-t-il commencé
au départ, et comment les Algériens ont-ils réussi à vaincre les Français ? Et là, on parle de la France
d’après la Seconde Guerre mondiale. On parle d’un membre du Conseil de sécurité des Nations
unies, la France, qui tenait encore une possession coloniale. Et ce n’était pas juste une colonie, vous
voyez, pas comme Porto Rico pour les États-Unis, qui est plutôt un territoire : l’Algérie faisait partie
intégrante de la France. En fait, c’est assez comparable à ça, une partie intégrante de l’État français,
n’est-ce pas ? C’est d’ailleurs pour cette raison que le territoire algérien était compté dans celui de la
Communauté européenne du charbon et de l’acier, l’ancêtre de ce qu’on appelle aujourd’hui l’Union
européenne. C’était, comme l’a dit un autre chercheur, Peo Hansen, ce qu’il appelait l’« Eurafrique » :
la partie de l’Europe que les Européens possédaient. Alors, comment ce mouvement pour se
débarrasser des Français s’est-il finalement organisé ?
#Fethi
Oui. Écoutez, comme on l’a dit, l’Algérie était considérée comme un département français. Il y a
cette phrase — je ne sais plus de qui elle vient — enfin bref, elle était enseignée dans les écoles en
France. On disait que la France est un très grand pays traversé par un fleuve qu’on appelle la
Méditerranée. Oui, bien sûr. Alors, vous imaginez ce que cela veut dire. Comme je l’ai dit, il y a eu
de nombreux mouvements de résistance tout au long de cette période. Mais je dirais que ce qui a
conduit à la guerre de mille neuf cent cinquante-quatre, la guerre de sept ans, c’est une succession d’
événements. L’un d’eux remonte aux années quarante, quand il y a eu des élections générales où la
France a essayé d’intégrer quelques autochtones au Parlement. Ces élections ont été complètement
truquées, de façon à ce que les habitants locaux n’aient pas accès au Parlement.
En parallèle, il y avait un dirigeant appelé Messali Hadj. C’est lui qui a parlé le premier de l’
indépendance de l’Algérie. Il dirigeait un mouvement appelé l’Étoile Nord-Africaine, qui rassemblait
des Algériens, des Marocains et des Tunisiens. C’est donc lui qui, le premier, a évoqué l’idée d’une
Algérie indépendante. Il a créé ce mouvement, qui, dans les années quarante, a commencé à attirer
l’attention sur la scène politique intérieure. Mais il y a eu des conflits entre Messali Hadj et son
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équipe principale. L’épisode de la fraude électorale a alors servi d’argument à ses proches pour lui
dire que la négociation avec la France ne mènerait à rien, et que la seule voie vers l’indépendance, c’
était la lutte armée. Ce groupe a fini par faire entendre sa position auprès des principaux décideurs
de l’époque, et ils ont décidé de déclar