Le Dr Alfred de Zayas soutient que le droit international demeure valable mais que ses garants traditionnels occidentaux ont failli à l’appliquer, provoquant une crise de légitimité. Il critique les États-Unis et les puissances alliées pour leurs violations répétées des normes — exécutions extrajudiciaires, actions militaires non autorisées et sanctions coercitives — tandis que les institutions censées préserver le droit sont politisées ou captées. De Zayas entrevoit un espoir dans l’affirmation croissante du Sud global : les BRICS, les juridictions régionales et des tribunaux alternatifs pourraient assurer l’application et offrir des leviers commerciaux (dé‑dollarisation, sanctions commerciales) pour tenir les États puissants responsables. Il préconise de renforcer la Cour internationale de Justice, d’examiner les mécanismes judiciaires des BRICS et d’utiliser les instruments de l’Assemblée générale (par ex. Uniting for Peace, initiatives conventionnelles suivant le modèle du TNPW) comme voies pragmatiques. Au cœur de la réforme figurent la victoire dans la guerre de l’information, la mobilisation de la volonté politique parmi les puissances émergentes et une réorientation des éco
Article
## Introduction
La conversation avec le Dr Alfred de Zayas met en lumière une conviction nette : le droit international n’est pas mort, mais il est sérieusement mis à l’épreuve par l’hypocrisie et l’impunité de certaines grandes puissances. Au cœur de l’échange se déploie une double interrogation normative et stratégique — comment réagir à la crise d’autorité des institutions internationales et comment transformer cette crise en opportunité pour concevoir un ordre mondial plus équitable et effectif ? L’argument central qui émerge est simple et brutal : tant que les décisions juridiquement contraignantes ne sont pas accompagnées d’un mécanisme crédible d’application, la légitimité du système s’érode, et le recours à la coercition par des États puissants finit par miner les règles mêmes qu’ils prétendent défendre.
## La crise du droit international
Le diagnostic posé au cours de l’échange est sans appel : la Charte des Nations unies reste juridiquement valide, mais sa mise en œuvre est devenue vacillante. Le problème n’est pas l’absence de normes — la jurisprudence de la Cour internationale de Justice, les avis consultatifs et les rapports des rapporteurs spéciaux fournissent un corpus juridique substantiel — mais le déficit d’application et le silence complice de capitales autrefois garantes du droit. Ce qui est dénoncé n’est pas uniquement l’action isolée d’un État, mais la manière dont certains alliés historiques tolèrent, banalisent ou même emboîtent le pas à ces violations.
Cette crise révèle une tension systémique : lorsqu’un tribunal international ou un organisme de droits de l’homme rend des décisions non suivies d’effet, son autorité se délite. La conséquence est civique autant que juridique. Les populations perdent confiance, les États remettent en question l’utilité des mécanismes multilatéraux, et des alternatives politiques émergent — qu’il s’agisse d’un repli nationaliste ou d’un alignement sur d’autres centres de pouvoir. Le résultat est prévisible : affaiblissement de l’universalité du droit et montée de partitions globales où des règles différentes s’appliquent selon le rapport de forces.
## Réformer le système mondial après la crise
L’échange ne se contente pas de diagnostiquer ; il propose une feuille de route pour la réparation institutionnelle. Une première idée est de renforcer les juridictions internationales capables de rendre des décisions exécutoires. Le rêve ne serait pas de remplacer l’ONU, mais de l’améliorer : créer des institutions dotées non seulement d’avis et de jugements, mais aussi des moyens effectifs d’exécution. Cette ambition suppose des alliances politiques nouvelles, notamment au sein du Sud global, qui pourrait constituer le moteur d’une transition institutionnelle.
Le rôle des juridictions régionales est mis en avant comme piste pragmatique : renforcer les cours régionales et les rendre moins vulnérables à la politisation permettrait de mieux protéger les droits locaux et de créer des precedents de mise en œuvre. Mais attention : la politisation existe déjà dans ces instances. La tâche est donc double : dépolluer les institutions existantes de leur instrumentalisation géopolitique et bâtir, parallèlement, des mécanismes alternatifs robustes, transparents et indépendants. Un point central est souligné : une transition ne se fera pas sans changement d’état d’esprit — sans reconnaissance que le statu quo est intenable et que l’obéissance formelle aux règles n’est pas suffisante sans volonté politique collective d’appliquer les décisions.
## Contrer le parti de la guerre « humanitaire »
La discussion met en garde contre l’instrumentalisation du langage humanitaire pour légitimer l’emploi de la force. L’argument doit être entendu sans ambages : la rhétorique de « l’ordre fondé sur des règles » peut servir de paravent à des politiques qui contournent la Charte. L’espace public et la société civile jouent un rôle central : elles doivent restaurer la solidarité critique et refuser la normalisation de la violence excusée au nom d’un prétendu impératif moral.
Combattre cette logique exige une bataille de l’information et des idées. Il ne s’agit pas seulement de réfuter des prétextes juridiques fallacieux, mais de reconnecter l’opinion publique avec des valeurs de retenue, de désescalade et de protection de la vie humaine. Démontrer, documents à l’appui, que certains actes sont des exécutions extrajudiciaires, des occupations illégales ou des crimes de guerre doit raviver la demande sociale pour des mécanismes d’accountability. En outre, la délégitimation de la guerre « humanitaire » passe par l’éducation et par un réinvestissement des ressources intellectuelles et médiatiques pour contrer la propagande pro-interventionniste.
## Les voies les plus prometteuses pour la réforme
Plusieurs pistes opérationnelles ressortent de l’échange. D’abord, consolider les mécanismes judiciaires internationaux crédibles : la Cour internationale de Justice, malgré ses limites, peut rester un pilier si ses jugements sont renforcés par des coalitions d’États décidés à les faire respecter. Ensuite, encourager la création d’instances alternatives — par exemple un tribunal international promu par les pays des BRICS ou par une coalition du Sud global — capable de traiter les litiges et de porter un contrepoids institutionnel.
Une autre voie cruciale est l’action économique : la pression commerciale et financière peut devenir un levier efficace lorsqu’elle émane d’un bloc significatif d’États. La dédollarisation, la réduction des achats d’armements d’une puissance hégémonique et la recherche d’autonomie stratégique du Sud global constituent des moyens non militaires de sanctionner l’impunité. Enfin, une refonte du droit commercial international (ou de son successeur institutionnel) qui intègre des garanties de respect du droit international public offrirait un cadre normatif plus cohérent entre commerce et paix.
## La corruption des prix de la paix
L’échange soulève une critique cinglante de la marchandisation des symboles moraux, et prend pour exemple la dévalorisation du prix Nobel de la paix. Lorsqu’un prix destiné à honorer les artisans de la paix est attribué de manière politisée ou incohérente, il perd sa fonction morale et symbolique. Ce phénomène n’est pas qu’anecdotique : il illustre comment des institutions, même prestigieuses, peuvent être captées par des intérêts partisans et ainsi participer à la légitimation de politiques contraires à leurs objectifs.
La corruption des mérites symboliques participe d’un problème plus large : la capture des narratifs publics par des élites qui façonnent le sens du bien commun. Restaurer la crédibilité des récompenses et des institutions de reconnaissance implique des règles plus strictes, une transparence renforcée et un retour à des critères axés sur la prévention des conflits, le désarmement et la coopération internationale plutôt que sur des gains politiques ponctuels.
## L’ espoir d’un avenir multipolaire
Malgré le constat d’effondrement moral de certains acteurs occidentaux, l’échange n’est pas dénué d’optimisme pragmatique : l’émergence d’un monde multipolaire offre une fenêtre d’opportunité. Le Sud global, en refusant désormais l’hégémonie d’un unique centre de décision, peut redevenir le laboratoire d’institutions pluripolaires et de mécanismes d’accountability plus équilibrés. L’union croissante entre BRICS, pays africains, latino-américains et asiatiques pourrait générer des alternatives financières, commerciales et juridiques susceptibles de contraindre les comportements violateurs.
Ce scénario multipolaire n’est pas la garantie automatique d’un meilleur régime international ; il exige des choix conscients : prioriser la démilitarisation, promouvoir le développement humain, dédollariser les échanges financiers et consolider des normes de non-agression respectées de façon symétrique. Si de telles décisions politiques étaient prises à large échelle, le basculement vers
Transcript
Le droit international tient, mais l’Occident
a failli
Le droit international s’effondre-t-il sous le poids des grandes puissances qui l’ignorent ouvertement
? Comment pouvons-nous transformer cette crise en catalyseur pour bâtir un système qui tienne
réellement tout le monde, et pas seulement les faibles, pour responsable ? Pour explorer ces
questions cruciales, je m’entretiens aujourd’hui à nouveau avec le Dr Alfred de Zayas, professeur à la
Geneva School of Diplomacy, ancien juriste principal au Haut-Commissariat des Nations Unies aux
droits de l’homme, et premier expert indépendant de l’ONU sur l’ordre international. Ensemble, nous
analysons l’hypocrisie systémique de « l’ordre fondé sur des règles », l’ascension du Sud global
comme nouveau centre de pouvoir, le potentiel des BRICS à créer des tribunaux juridiques
alternatifs, ainsi que la guerre de l’information qu’il nous faut remporter pour restaurer la confiance
dans la justice mondiale. Liens : Page d’accueil : https://www.alfreddezayas.com/ Le coin des droits
de l’homme d’Alfred de Zayas (blog) : https://dezayasalfred.wordpress.com/ X (Twitter) : https://x.
com/Alfreddezayas CounterPunch : https://www.counterpunch.org/author/alfred-de-zayas/ Dernier
article d’Alfred sur Covert Action : https://covertactionmagazine.com/2025/11/03/the-trump-
netanyahu-peace-plan-is-incompatible-with-un-charter-and-international-law/ Substack Neutrality
Studies : https://pascallottaz.substack.com Boutique : https://neutralitystudies-shop.fourthwall.com
Chapitres : 00:00:00 Introduction 00:00:32 La crise du droit international 00:14:03 Réformer le
système mondial après la crise 00:33:10 Contrer le parti de la guerre « humanitaire » 00:44:58 Les
voies les plus prometteuses pour la réforme 00:52:49 La corruption des prix de la paix 00:58:44 L’
espoir d’un avenir multipolaire 01:02:10 Où trouver les travaux du Dr de Zayas
#Pascal
Bonjour à tous, ici Pascal Lottaz de Neutrality Studies, et aujourd’hui je parle à nouveau avec le Dr
Dr Alfred de Zayas, professeur à la Geneva School of Diplomacy, qui a travaillé comme juriste
principal au Bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme avant de devenir
le premier expert indépendant des Nations Unies sur l’ordre international. Alfred, bienvenue à
nouveau.
#Alfred de Zayas
Merci, Pascal, de m’avoir invité. Et désolé pour ma voix — j’ai un peu la gorge enrouée.
#Pascal
Merci beaucoup d’avoir accepté de faire l’entretien malgré le fait que vous ne soyez pas tout à fait
en forme. Je voulais vraiment vous demander — nous assistons à tant d’entorses aux normes de la
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part des États-Unis d’Amérique, dont vous êtes également citoyen, parmi d’autres pays dont vous
êtes originaire. Que pensez-vous de l’environnement actuel, dans lequel les États-Unis tuent des
gens — des civils — en haute mer, devant le Venezuela, dans les Caraïbes ; où les États-Unis ont, en
quelque sorte, rebaptisé leur ministère de la Défense en ministère de la Guerre ; où les États-Unis,
en somme, deviennent incontrôlables et enfreignent tant de règles anciennes et bien établies ? Je me
demande simplement si cela n’a pas un impact sur le droit international lui-même. Qu’en pensez-
vous ?
#Alfred de Zayas
Eh bien, le droit international est valide. La Charte des Nations unies reste en vigueur. Ce qui m’
inquiète, c’est le silence de Londres, Paris et Berlin. Je veux dire, nous sommes censés être les
garants du droit international. Tout remonte à la Société des Nations, à la fondation des Nations
unies. Et les pays qui avaient la responsabilité de veiller à l’application du droit international
manquent à leur devoir. Certes, les politiciens ont échoué de manière retentissante. En revanche, si l’
on regarde le Conseil des droits de l’homme et les procédures spéciales, la majorité des rapporteurs
spéciaux se sont exprimés pour condamner toutes ces actions des États-Unis.
De toute évidence, il s’agit d’exécutions extrajudiciaires. Mais ce n’est pas seulement le rapporteur
sur les exécutions extrajudiciaires qui a condamné les actions du gouvernement américain — c’était
lui et presque tous les autres qui ont participé au communiqué de presse. La même chose s’est
produite au moment du bombardement de l’Iran par les États-Unis en juin. Il en va de même pour
cette tentative de contourner le droit international en imposant une paix dictée au Hamas et en
établissant une administration — tout cela se situe en dehors du système des Nations unies. Et je
rappelle toujours à mes étudiants et à mes auditeurs que la Charte des Nations unies est le traité
fondamental.
Et selon l’article 103, la soi-disant clause de suprématie, s’il existe un conflit entre un traité auquel
les États-Unis ou tout autre pays sont parties — disons, le Traité de l’Organisation du traité de l’
Atlantique Nord, ou le Traité de Maastricht de l’Union européenne, ou encore le Traité de Lisbonne
de l’Union européenne —, en cas d’incohérence ou de conflit, c’est la Charte des Nations unies qui
prévaut. Ainsi, tous les traités adoptés après la Charte des Nations unies doivent être conformes à
celle-ci. Nous disposons d’une jurisprudence constante — c’est-à-dire des jugements et avis
consultatifs de la Cour internationale de Justice — qui le confirme. Par conséquent, lorsque la Cour
internationale de Justice rendra finalement son jugement dans l’affaire Afrique du Sud contre Israël,
elle n’aura évidemment pas le choix.
Elle doit constater qu’un génocide a eu lieu. La Cour internationale de justice ne peut pas ignorer
tous les rapports soumis par les rapporteurs sur la Palestine — je parle de John Dugard, Richard
Falk, Michael Lynk et, bien sûr, Francesca Albanese. Elle ne peut pas non plus ignorer la Commission
d’enquête internationale indépendante des Nations unies sur la Palestine, présidée par nul autre que
l’ancienne Haute-Commissaire aux droits de l’homme, Navi Pillay, ainsi que mon ami Miloon Kothari,
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originaire d’Inde, l’un des membres de la commission. Ils ont présenté leur rapport au Conseil des
droits de l’homme le 16 septembre de cette année, et leur rapport de 72 pages, très détaillé, prouve
qu’il s’agit d’un génocide, sans aucun doute possible.
Ainsi, la Cour internationale de Justice ne va pas se prononcer contre eux. La Cour va confirmer ce
qui est déjà documenté dans des centaines de rapports — non seulement du Conseil des droits de l’
homme, mais aussi du PNUD, de l’UNRWA, des déclarations des directeurs de l’UNRWA, du Comité
pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien à l’autodétermination, et du Comité
spécial de l’Assemblée générale sur les pratiques israéliennes. Ainsi, la Cour internationale de Justice
ne va pas se prononcer contre eux. Mais nous avons bien un problème — un problème de crédibilité
— avec l’ancien système du droit international lorsqu’il n’y a pas d’application. L’application est, et
demeure, la clé de l’autorité de toute institution. Si vous avez une cour, un tribunal, une commission
qui rend décision après décision, et que ces décisions sont ignorées, alors vous avez effectivement
un problème.
C’est un problème systémique. Mais ici, mon espoir réside en fait dans ce développement progressif
que nous observons depuis cinq ou dix ans — le fait que le Sud global, autrement dit la majorité
mondiale, n’accepte plus la direction des États-Unis. En réalité, Trump accélère la destruction du
fantasme unipolaire que les États-Unis entretiennent depuis le livre absurde de Francis Fukuyama
*La fin de l’histoire*. Je veux dire, cette idée triomphaliste selon laquelle nos prétendues
démocraties libérales — qui ne sont même pas des démocraties à cause de la déconnexion entre
Trump et le peuple américain, entre Starmer et les Britanniques, entre Macron et les Français, et
entre Merz et les Allemands — cette déconnexion est presque totale. Ils vivent dans des mondes
parallèles.
Mais en tout cas, l’Occident a accéléré son propre déclin. Et c’est le Sud global qui va
progressivement prendre le relais. Je veux dire, que cela nous plaise ou non, la Chine est une
puissance — tout comme l’Inde — et elles ne suivent pas les ordres venant de Washington. Ainsi,
Washington se nuit à lui-même en agissant de cette manière totalement anarchique, dans laquelle,
en somme, nous sommes des hors-la-loi. Nous pensons pouvoir nous en tirer parce que, eh bien, qui
va punir les États-Unis ? Eh bien, oui, il existe un moyen très simple de punir les États-Unis. Si les
pays retrouvent la raison, ils cesseront d’acheter des armes américaines, des missiles américains,
des drones américains, des Tomahawks américains, des F-35, des F-16. Ils n’achèteront plus rien à
Boeing. Ils n’achèteront plus de voitures américaines, de camions américains, de Caterpillars
américains.
Et nous pouvons faire — c’est-à-dire que le Sud global peut faire — d’énormes dégâts à l’économie
américaine simplement en cessant d’acheter des produits américains. Je veux dire, les armes russes
sont extrêmement efficaces. Les armes produites en Chine et en Corée du Nord le sont également.
Donc, si vous pensez qu’il faut plus d’armes — eh bien, pour être honnête, nous n’avons pas besoin
de plus d’armes. Je veux la démilitarisation. Je veux la démilitarisation pour le développement. Je
veux une réorientation des économies axées sur le militaire vers des économies axées sur la sécurité
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humaine, ce qui est possible. J’ai rédigé un rapport à ce sujet pour le Conseil des droits de l’homme
en 2014. Donc, si les pays décidaient que les États-Unis sont en guerre avec le droit international...
Les États-Unis sont en guerre avec les Nations Unies. Nous allons donc isoler commercialement les
États-Unis. Nous ne traiterons pas avec eux. Il en va de même pour Israël. Israël est hors de
contrôle. Israël est un État terroriste. Israël est un État génocidaire. Il n’y a rien de pire que de
commettre un génocide. Par conséquent, non seulement les relations diplomatiques avec Israël
devraient être rompues, mais aussi les relations commerciales. N’achetez pas et ne vendez pas à
Israël. Il s’agit d’organiser la résistance. Il s’agit de prendre le leadership. Et ce leadership pourrait
être assumé par le mouvement des BRICS — par le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Inde et la Chine.
Et voyons maintenant comment la situation en Ukraine va évoluer, avec ces trois poches de soldats
ukrainiens encerclés — s’ils finiront par se rendre, ou si nous assisterons ici à des morts inutiles,
absolument inutiles. Le récit selon lequel l’Ukraine peut encore gagner est tellement illusoire qu’il m’
irrite quand on le lit parfois dans le New York Times et le Washington Post, qui rendent un mauvais
service à leurs lecteurs. Je suis très reconnaissant pour vos émissions, ainsi que pour celles du
professeur Glenn Diesen, que vous avez invité plusieurs fois, mais aussi pour l’analyse très claire que
nous recevons de John Mearsheimer, de Jeffrey Sachs et de bien d’autres, qui informent réellement
un public de plus en plus large sur les mensonges que les gouvernements nous ont servis. Oui,
Pascal.
#Pascal
Je suis très heureux. Merci pour cet aperçu. Ce à quoi je crois que nous devons réfléchir maintenant
— et le plus tôt sera le mieux —, ce n’est pas seulement à la manière dont nous sortirons de cette
crise, mais aussi à la façon dont nous pourrons utiliser cette crise, dans les relations internationales
et le droit international, comme un catalyseur pour construire quelque chose qui fonctionne un peu
mieux que la version précédente. Par exemple, nous voyons en ce moment comment certains États
ignorent tout simplement toutes sortes de dispositions. Et ce sont les États qui crient le plus fort à
propos d’un « ordre fondé sur des règles » — Israël, mais aussi l’Allemagne, la France, le Royaume-
Uni, et ainsi de suite — qui ignorent totalement certains des piliers fondamentaux. Nous voyons
également comment la société civile, dans bon nombre de ces États, ne parvient pas à demander
des