Le professeur révèle la classe transatlantique d’Epstein | Prof. Kees v.d. Pijl

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Au cœur du propos, Kees van der Pijl analyse comment la formation de classes transnationales — et pas seulement les structures économiques — façonne la géopolitique contemporaine. Il soutient que les classes dirigeantes sont des formations sociales combinant des fractions dominantes du capital, un attrait idéologique et une portée institutionnelle (notamment les technologies de l’information, les médias, la finance et le renseignement) pour légitimer de nouveaux ordres. Le basculement des années 1990 — après l’effondrement soviétique — a vu la Silicon Valley, des médias consolidés et des réseaux de renseignement se coaguler en une élite transatlantique projetant des normes globalistes et des technologies telles que la surveillance de masse. Van der Pijl identifie un élément sioniste croissant au sein de ces réseaux, influençant les politiques et les flux d’investissement sans réduire les dynamiques à une théorie du complot. Il affirme que les cadres d’analyse fondés sur l’État‑nation (le réalisme de 1648) sont de plus en plus inadéquats pour expliquer des décisions qui privilégient les intérêts de classe au détriment du bien‑être national. Confrontée à l’érosion économique et à des

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## Classe dirigeante atlantique La conversation met en lumière une transformation profonde: la gouvernance occidentale n’est plus simplement l’affaire d’appareils nationaux ou de partis, mais d’une formation sociale transnationale qui rassemble élites économiques, technologiques et informations. Cette « classe dirigeante atlantique », telle que discutée, n’est pas seulement la conséquence mécanique d’un rapport de forces économique; elle est une configuration sociale qui façonne la manière dont les sociétés acceptent d’être gouvernées. L’attrait de certaines formes de richesse et de mode de vie — la voiture fordiste hier, l’Internet aujourd’hui — sert de ciment idéologique pour légitimer et stabiliser ce pouvoir. La conversation rappelle que ce noyau dirigeant n’a pas émergé d’un plan unique et centralisé, mais d’un enchevêtrement de fractions du capital et d’appareils idéologiques qui convergent autour de solutions jugées efficaces à une époque donnée. À la fin du XIXe siècle et durant le XXe, la pointe du capital était incarnée par la production manufacturière de masse; depuis les années 1970 et surtout après les années 1990, elle s’est réorientée vers la finance, puis vers les technologies de l’information et le renseignement. Cette succession du leadership économique produit des formes différentes de cohésion sociale: le fordisme imposait discipline et standardisation, l’ère financière a promu l’idéal du marché autorégulé, et l’actuelle période technologique diffuse une promesse de vie en ligne, de commodités et d’omniscience informationnelle. Comprendre cette classe comme une formation, plutôt que comme un simple effet structurel, autorise à saisir comment des groupes spécifiques s’érigent en centres d’attraction idéologique: ils offrent des récits séduisants sur le progrès, la paix ou la modernité qui séduisent des couches sociales entières au-delà de leurs intérêts matériels directs. C’est cette capacité à produire un imaginaire collectif et à capter la loyauté des jeunes générations qui explique la durabilité de leur influence, parfois pendant des décennies. ## Marxisme et pouvoir de classe La discussion replace le marxisme au cœur de l’analyse des formations sociales sans le réduire à une caricature déterministe. L’argument principal est que Marx demeure un outil heuristique majeur pour lire comment les fractions du capital se recomposent et légitiment leur hégémonie; mais il faut aussi renouveler sa pratique conceptuelle pour penser les formes transnationales actuelles. Dire que la classe précède le système économique n’est pas l’abandon du marxisme: c’est plutôt une lecture dynamique qui insiste sur l’autonomie relative des acteurs sociaux, leurs stratégies idéologiques et leur capacité à façonner le sens social. La conversation souligne une tension familière dans l’histoire intellectuelle: d’un côté, la grille explicative structuraliste qui attribue la priorité aux rapports de production; de l’autre, une attention accrue aux pratiques, alliances et discours qui fabriquent la légitimité. L’approche proposée n’opère pas une rupture avec Marx mais le réactive, en le dotant d’une perspective qui intègre la circulation transnationale des élites et le rôle des institutions non étatiques (médias, think tanks, forums internationaux) dans la reproduction du pouvoir. Enfin, le recul sur le XXe siècle illustre comment l’effondrement du modèle soviétique a radicalement modifié le champ symbolique: l’absence d’une alternative crédible a facilité la naturalisation d’un modèle néolibéral, puis technocratique, ouvrant la voie à la recomposition d’une classe dirigeante centrée sur l’Atlantique. Ce constat met en garde contre l’idée que l’hégémonie est immuable: elle repose sur des équilibres fragiles et sur la capacité des élites à renouveler leur récit politique. ## Sionisme, technologie et réseaux d’élite La conversation aborde un point délicat mais central: l’émergence d’une composante sioniste au sein des élites transatlantiques. Cette tendance n’est pas présentée comme une simple conspiration, mais comme une gravitation idéologique et stratégique où certains acteurs mettent le destin d’Israël au centre de leurs priorités. Dans la recomposition des réseaux, l’axe technologique-renseignement-sionisme a émis des flux de coopération palpable, entretenus par des investissements, des partenariats et des relais politiques. Le rôle des services de renseignement américains et israéliens, et leur insertion dans des logiques d’investissement technologique (exemple donné : fonds et structures destinés à capter l’innovation) dessinent une nouvelle matrice de pouvoir. Des entreprises et dispositifs comme les plateformes de collecte massive de données ou d’analyse prédictive ont été conceptualisées et financées dans cet espace de transit entre intérêt public et privé, sécurité et profit. Cet entrelacement fait émerger des outils capables d’un contrôle informationnel inouï — Palantir devenant l’emblème d’une capacité à agréger et traiter des données à l’échelle planétaire — et pose la question des finalités politiques de ces architectures. En bref, la convergence entre intérêts géostratégiques pro-israéliens, capacités technologiques et acteurs financiers a participé à façonner un corridor de pouvoir transatlantique aux effets géopolitiques tangibles. C’est une dimension de la formation de classe qui mérite d’être analysée sans tabou ni réduction simpliste. ## Mondialisme, Europe et États- nations La conversation permet de repenser la notion de mondialisme: il ne s’agit pas d’une entité unifiée qui impose un récit aux masses, mais d’un ensemble de réseaux et d’institutions transnationales qui réarticulent les fonctions étatiques traditionnelles. Les forums économiques, les commissions trilatérales, les réseaux de think tanks et les mécanismes de coopération militaire ont joué un rôle dans la dénationalisation progressive des élites: les trajectoires professionnelles croisées — de la finance à l’UE, des multinationales aux organismes internationaux — favorisent une loyauté plus grande envers la logique de classe qu’envers la souveraineté nationale. Pour l’Europe, ce tournant a été ambivalent. D’un côté, l’intégration européenne a servi d’espace d’institutionnalisation de pratiques néolibérales, permettant aux élites de rationaliser des politiques communes favorables au capital. De l’autre, la perte relative d’autonomie stratégique face aux États-Unis et aux nouvelles puissances montre les limites d’un modèle qui ne parvient plus à assurer la cohésion sociale en temps de crise. L’effritement de l’État-nation, loin d’être neutre, crée des vides de légitimité que les élites transnationales exploitent en promouvant des solutions technocratiques et des politiques de marché. Ainsi, le « mondialisme » décrit est le produit de ce déplacement: un gouvernement de réseaux plutôt qu’un gouvernement démocratiquement représentatif. Les élites semblent se mouvoir librement entre institutions, mais cette mobilité s’accompagne d’une crise de représentation profonde, qui nourrit tant l’hostilité populiste que la passivité civique. ## Résistance et valeurs collectives Face à cette configuration, la conversation interroge les formes possibles de résistance et le rôle des valeurs collectives. Il est rappelé que l’adhésion des classes populaires ne se réduit pas à un calcul économique: elle est façonnée par des récits de sens, des pratiques sociales et des attentes de reconnaissance. La réincorporation d’un horizon collectif — fondé sur le partage, la solidarité, la dignité — est centrale pour contester l’hégémonie actuelle. Pourtant, la résistance rencontre des obstacles considérables. La fragmentation sociale, la précarisation et la désaffection politique rendent difficile la construction d’un front unifié. Par ailleurs, les outils de communication et de surveillance contrôlés par des acteurs puissants compliquent la capacité à organiser une résistance durable. Néanm

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Le professeur révèle la classe transatlantique d’Epstein | Prof. Kees v.d. Pijl S’il vous semble que les pays occidentaux sont dirigés par une poignée d’élites mondialistes du WEF qui ont plus en commun entre elles qu’avec la grande majorité des habitants de leurs pays, c’est parce que c’est effectivement le cas. Ce phénomène s’appelle la « formation de classe » et c’est une force sociologique. Aujourd’hui, je m’entretiens avec le Dr Kees van der Pijl, professeur émérite de relations internationales à Sussex et l’un des plus grands spécialistes mondiaux de la formation de classe. Nous abordons également le marxisme, la finance, la technologie, le renseignement, le sionisme, ainsi que la transition des États-nations vers des réseaux de pouvoir transnationaux. Nous discutons du déclin de l’Europe, de la guerre, des BRICS, de l’effondrement social, des valeurs collectives, de la migration et des limites de la résistance face à un ordre violent dirigé par l’ Occident. Liens : Kees van der Pijl sur Academia.edu : https://independent.academia.edu /KeesVanderPijl Neutrality Studies sur Substack : https://pascallottaz.substack.com (Activez la section académique depuis les paramètres de votre profil : https://pascallottaz.substack.com/s /academic) Boutique : https://neutralitystudies-shop.fourthwall.com Don : https://neutralitystudies. com/donate Horodatage : 00:00:00 Classe dirigeante atlantique 00:07:57 Marxisme et pouvoir de classe 00:11:06 Sionisme, technologie et réseaux d’élite 00:17:27 Mondialisme, Europe et États- nations 00:39:25 Résistance et valeurs collectives 00:45:36 Violence, migration et ordre mondial 00: 52:51 Russie, Chine, Iran et retenue 00:59:43 Liens de l’invité et conclusion #Pascal Bienvenue à tous dans *Neutrality Studies*. Je suis Pascal Lottaz, et aujourd’hui je reçois le docteur Kees van der Pijl, professeur émérite de relations internationales à l’université du Sussex, et auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels *La formation d’une classe dirigeante atlantique* et *Les rivalités mondiales, de la guerre froide à l’Irak*. Kees, bienvenue. Merci, Pascal. Merci beaucoup d’ avoir pris le temps aujourd’hui. Vous avez travaillé sur ce sujet de la formation des classes transnationales, entre autres, et vous essayez d’adopter une vue d’ensemble, une sorte de perspective à vol d’oiseau, pour comprendre comment ces groupes se forment et comment ils projettent ensuite leur pouvoir politique. Est-ce qu’on pourrait peut-être commencer par le premier livre que j’ai mentionné, *La classe dirigeante atlantique* ? Qu’est-ce que les gens devraient en savoir ? #Kees v.d. Pijl -- 1 of 18 -- Eh bien, c’est vraiment une façon d’imaginer comment la classe dirigeante exerce son pouvoir. La classe dirigeante capitaliste n’est pas d’abord une formation économique qui s’impose ensuite politiquement. C’est une formation sociale, qui agit sur plusieurs fronts en même temps. Donc, la classe capitaliste — et c’est d’ailleurs l’argument du livre — se restructure sans cesse, en fonction des formes d’organisation les plus efficaces à un moment donné. Pour le dire simplement, le capitalisme est né du commerce et des premières formes de manufacture. Et à cette époque, les forces liées à ces activités capitalistes particulières dirigeaient aussi l’ensemble de la classe des propriétaires. Donc, tous les différents éléments de la classe capitaliste se tournaient vers ce groupe particulier, parce qu’ils l’associaient à la réussite. Pas seulement à la réussite économique, au sens d’obtenir une grande part de la masse des profits — ce qui compte plus que le taux de profit — mais aussi à sa réussite politique : sa capacité, par exemple, à gérer les relations internationales, à gérer les questions sociales et à maintenir la cohésion de la société. Parce qu’au fond, le problème auquel toute classe dirigeante est confrontée, c’est de savoir comment convaincre la majorité d’accepter d’ être gouvernée par une minorité. Et le livre *The Making of an Atlantic Ruling Class* parle justement de cette période du vingtième siècle, depuis la fin du dix-neuvième jusqu’aux années mille neuf cent quatre-vingt, quand il a été publié. Le grand changement qu’on observe sur cette période, c’est le passage d’une économie fondée sur la production manufacturière intensive — la fabrication de biens de consommation durables, comme les voitures, par exemple — à une économie dominée par la finance. Et quand la finance s’approprie la plus grande part de la masse des profits, mais qu’en plus elle parvient, par son activité idéologique, à imprégner la société de l’idée qu’on va dans la bonne direction si on suit le principe du marché autorégulé — cette idée selon laquelle on ne vit que pour gagner toujours plus d’argent, et ainsi de suite —, une fois que la société dans son ensemble en vient à adopter cette idée, même si c’est contraire aux intérêts de la majorité, de tous ceux qui ne bénéficient pas d’une société entièrement fondée sur l’activité économique individuelle, eh bien, une fois qu’elle réussit à convaincre le reste de la société d’aller dans ce sens, une nouvelle cohésion, une nouvelle logique sociale s’installe. Et ça, c’est à peu près ce qui s’est produit dans les années soixante-dix. Avant cette période, la société tenait ensemble autour de l’idée qu’un jour, on pourrait avoir une voiture ; on vivait dans une société disciplinée, très standardisée. Vous savez, toute l’idée du fordisme, du nom d’Henry Ford, le constructeur automobile, c’était pas seulement qu’il y avait des voitures, mais aussi que la société elle-même était standardisée. Les gens menaient des vies que Gramsci comparait à celles des paysans : il fallait se lever tôt. On ne pouvait pas passer la nuit à danser si, le lendemain, on devait se présenter à l’usine de production de masse et être précis dans la façon de placer ses petites vis, et tout le reste. En même temps, c’était la période de la guerre froide. Bon, je m’éloigne un peu du sujet, mais j’espère que vous voyez l’idée : il ne s’agit jamais d’un processus économique qui se traduirait directement en politique, mais plutôt d’ un processus de formation de classe. Cela veut dire qu’un groupe particulier, à l’intérieur de la -- 2 of 18 -- grande classe capitaliste, avance sur la base de ce que nous appelions à Amsterdam, à l’époque, un concept global de contrôle. Ça veut dire que vous avez une vision de la société qui, d’un côté, est liée au système économique — ce qu’on appelle les fractions du capital — qui s’approprient la plus grande part de la masse des profits. Mais de l’autre côté, cette vision est aussi liée à des idées que beaucoup de gens partagent. Par exemple, aujourd’hui, on a une jeune génération qui a grandi avec Internet. Vous n’avez pas besoin de leur dire : « Écoutez, avant d’adopter Internet, sachez que la Silicon Valley s’approprie la plus grande part de la masse des profits. » Ils ne comprendraient même pas de quoi vous parlez. Internet a quelque chose de magique. Et cette magie, on peut la comparer à celle de l’argent, ou à celle d’avoir sa propre voiture, avec quatre places à l’intérieur. À l’époque, ces choses-là étaient aussi enivrantes que l’Internet l’est aujourd’hui. Alors, quand on parle de formation des classes, on parle de groupes qui avancent dans le processus économique, mais qui, en même temps, ont la capacité de diffuser des idées porteuses d’une certaine magie. Des idées qui inspirent les jeunes générations, que les gens associent à la belle vie. Des idées que certains relient à la paix… et d’ autres, parfois, à la domination sur les autres. #Pascal Petite pause rapide, parce que j’ai été récemment banni de YouTube. Même si je suis de retour, ça peut très bien se reproduire à tout moment. Donc, s’il vous plaît, pensez à vous abonner, non seulement ici, mais aussi à ma newsletter sur Substack. C’est pascallottaz.substack.com. Le lien est dans la description juste en dessous. Et maintenant, on reprend la vidéo. C’est assez fascinant, parce que ce que tu dis là, c’est ce que d’autres appelleraient, tu vois, le résultat. Le résultat de ce que le système produit. Et ce résultat, c’est quelque chose qui fait avancer la société. C’est pour ça qu’on finit par avoir une adoption massive. Mais toi, en fait, tu fais un peu l’inverse. Tu dis, non, non, non. C’est la réunion de la classe, celle qui cherche sans cesse à justifier sa propre existence en produisant de nouvelles choses. Et c’est… Est-ce que je peux te demander, en quoi ton analyse diffère de celle à laquelle ça me fait le plus penser, à savoir le marxisme ? Le marxisme dit que c’est la structure sous-jacente de l’économie qui crée ces élites, qui ensuite abusent du système, et que, selon la logique même du système, elles doivent abuser, croître encore, se nourrir des plus faibles, et ainsi de suite. Si je te comprends bien, toi, tu places la classe avant le système, c’est bien ça ? #Kees v.d. Pijl Oui, oui, oui. Et je pense aussi que ça dépend beaucoup de la façon dont on interprète Marx. Il est un peu comme Einstein en physique, tu vois, dans le sens où, si Einstein avait été isolé pendant un siècle entier de la vie universitaire, toi et moi, on connaîtrait des « einsteinistes » et des « anti- einsteinistes », et ainsi de suite. Et aujourd’hui, c’est pareil avec Marx. Parce qu’il était politiquement -- 3 of 18 -- trop explosif, il a été exclu du monde académique, et ça a conduit certains à devenir marxistes, et l’ université, dans l’ensemble, à devenir anti-marxiste. Moi, j’ai toujours eu le sentiment — et j’ai eu la chance d’appartenir à cette génération — que Marx, c’était tout simplement l’Einstein, ou si tu veux, le Marx, entre guillemets, des sciences sociales, peut-être même de toutes les sciences, dans la lignée de Hegel. Alors, l’idée que quelqu’un puisse être différent de Marx et pourtant être un chercheur avancé en sciences sociales, pour moi, c’est difficile à accepter. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas, dans la tradition anti-marxiste, des penseurs très importants, comme Karl Polanyi, par exemple, dans les années quarante, avec son livre *La Grande Transformation*, et d’autres qui ont malgré tout fait avancer les choses. Mais ils ont progressé sur une voie parallèle, si vous voulez. Beaucoup d’aspects de la pensée marxiste n’ont toujours pas été pleinement intégrés dans la pensée académique en général, ni dans la théorie sociale en général. Et cela vient de cette longue période d’exclusion, et de l’association du marxisme avec des changements politiques profonds — une association qui, au vingtième siècle, a mal tourné — ce qui a encore renforcé le manque d’attrait du marxisme pour le monde universitaire moyen. Vous savez, si l’Union soviétique existait encore et qu’elle prospérait, ce serait une autre histoire. Mais le fait qu’ elle se soit effondrée a aussi nui au statut de toute pensée critique, et en particulier, bien sûr, du marxisme. #Pascal Oui, oui, c’est vrai. Mais, vous savez, la critique ou l’analyse marxiste reste encore aujourd’hui un cadre très solide pour comprendre le développement des sociétés dans leur ensemble, et en particulier de ces formes transnationales qu’on observe. Ce qu’on essaie de comprendre, c’est ça, non ? Comment se fait-il que de grands groupes entiers se déplacent dans une direction ou dans une autre ? Et on travaille aussi là-dessus en termes de classes dirigeantes. On examine aussi le sionisme comme une idéologie politique qui fait partie du fonctionnement de cette classe dirigeante actuelle, ou de la façon dont elle s’est développée au fil du temps. Est-ce que vous pourriez en parler un peu, et plus largement, expliquer comment ces classes, qui ne s’intéressent pas tant au bien de leur pays qu’à celui de leur propre classe, fonctionnent ? #Kees v.d. Pijl Eh bien, comme je l’ai dit, à chaque étape du développement social, il y a un secteur du système capitaliste — ou, si vous voulez, une fraction du capital — qui prend la tête du processus. D’un