Le Dr Warwick Powell soutient que le récent sommet États-Unis–Chine a davantage fonctionné comme un rapprochement de pure forme que comme un tournant substantiel de politique. Il soutient que la visite brève et faiblement préparée visait à réinitialiser le rapport interpersonnel et à créer une atmosphère propice à de futures discussions techniques, plutôt qu’à résoudre des différends stratégiques. La grande délégation d’hommes d’affaires — Apple, Tesla, Nvidia et des institutions financières — signale des motifs et des pressions commerciaux influençant l’engagement américain, mais des contraintes institutionnelles à Washington limitent les changements rapides de politique. Powell interprète l’invocation par Xi du « piège de Thucydide » non pas comme du fatalisme mais comme un appel à ranimer l’art de l’État et à gérer l’enchevêtrement, offrant aux États-Unis une invitation à rejoindre un ordre multipolaire sans renoncer à la primauté. Le conflit en Iran et les limites révélées dans la projection de puissance américaine renforcent la confiance chinoise que la primauté coercitive décline, faisant de la prépondérance économique et d’une diplomatie pragmatique des éléments centraux. Po
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## La délégation d’affaires américaine : Apple, Tesla, la tech et la finance
La présence massive de chefs d’entreprise américains au sommet n’était pas un simple effet d’affichage : elle révélait une stratégie économique autant que diplomatique. La délégation américaine — dominée par des acteurs comme Apple et Tesla, des entreprises technologiques ambitieuses et des groupes financiers — témoignait d’un double impératif. D’une part, il s’agissait de sécuriser des parts de marché dans un État chinois où la demande reste énorme et où les chaînes d’approvisionnement sont profondément intégrées. D’autre part, il s’agissait de défendre les intérêts d’un modèle économique américain qui dépend fortement du rôle mondial du dollar et de l’accès aux marchés émergents.
L’analyse conjointe de la composition de cette délégation et du déroulé du sommet montre une tension centrale : les entreprises veulent ouvrir ou réouvrir des canaux commerciaux, tandis que l’appareil d’État américain demeure hanté par des logiques de sécurité nationale et des réflexes institutionnels qui limitent la marge de manœuvre commerciale. Apple et Tesla incarnent ce paradoxe — profondément imbriquées dans l’écosystème chinois, elles sont à la fois vulnérables aux disruptions géopolitiques et indispensables pour maintenir des relations économiques stables. Les firmes du secteur financier, elles, regardent la Chine non seulement comme un marché de biens mais comme un espace où le recyclage des dollars et le rôle des institutions bancaires pourraient se redéployer.
Ce que la délégation a cherché à obtenir était clair : la réduction des barrières, l’assurance d’un accès commercial fiable et la possibilité de normaliser des relations économiques qui, stratégiquement, dépassent la simple logique bilatérale. Mais l’existence d’acteurs privés à la table accentue une réalité moins confortable pour Washington : la diplomatie commerciale ne maîtrise pas à elle seule les contraintes de la puissance politique.
## Pas de drame, pas de retombées : le sommet s’est-il réellement bien déroulé ?
L’issue du sommet a souvent été décrite comme un « non-événement » — une rencontre polie, sans éclat et sans rupture majeure. Sur la forme, c’est incontestable : cérémonies rangées, déclarations lisses, échanges cordiaux. Mais l’absence de drame public ne doit pas être confondue avec un succès diplomatique profond. L’essentiel s’est joué dans l’art de rétablir un climat relationnel plutôt que de conclure des accords substantiels.
La mécanique du sommet a produit deux effets distincts. Premier effet positif : l’apaisement temporaire des tensions, utile pour empêcher des escalades accidentelles et pour permettre des discussions techniques ultérieures. Deuxième effet plus préoccupant : l’évitement des questions cruciales. Les grandes lignes — Iran, architecture stratégique globale, IA, sécurité des chaînes d’approvisionnement — ont été évoquées à haut niveau mais sans feuille de route claire. Le résultat ressemble donc à un statu quo diplomatique repolissé : l’atmosphère est moins abrasive, mais les impasses stratégiques demeurent.
Il convient aussi de noter l’écart de perception entre les partenaires. Là où les Américains ont rapporté certains points de discussion, les communiqués chinois n’ont parfois pas repris ces formulations. Cette asymétrie de comptes rendus traduit soit une divergence réelle sur le contenu des échanges, soit une utilisation politique différente de la communication publique post-sommet. Dans tous les cas, l’absence de retombées tangibles signifie que les conflits structurels entre Pékin et Washington continuent de reposer sur des dynamiques non résolues.
## Nvidia, les semi-conducteurs et les limites de la puissance technologique américaine
La présence du PDG de Nvidia au voyage souligne combien la technologie — et plus précisément les semi-conducteurs — reste au cœur du face-à-face sino-américain. Les restrictions américaines sur l’exportation de puces avancées mettent en évidence une contradiction : vouloir conserver un avantage technologique tout en dépendant d’un marché chinois essentiel. Le cas du G200, approuvé mais non vendu, est révélateur des blocages institutionnels et des incertitudes sur les marchés.
Au-delà de Nvidia, la question est plus large : les restrictions technologiques peuvent ralentir la diffusion d’innovations sensibles, mais elles ne suppriment pas la capacité d’autres acteurs à rattraper leur retard ou à développer des alternatives. La technologie comme instrument de puissance a des limites pratiques — chaînes d’approvisionnement globales, transferts de compétences, et capacités industrielles locales. De plus, l’effort américain pour contenir la Chine technologique se heurte à des coûts économiques et politiques internes, créant des tensions entre intérêts industriels privés et priorités de sécurité publique.
Ainsi, la technology gatekeeping américaine apparaît de moins en moins absolu. Bloquer l’accès à certaines technologies ne signifie pas contrôler totalement leur trajectoire globale. Paradoxalement, cette stratégie peut accélérer l’autonomie technologique de concurrents disposant des ressources et de la volonté politique nécessaires pour investir massivement dans la recherche et la production.
## L’invitation de la Chine à un monde multipolaire
Un des éléments conceptuels les plus forts du sommet fut la proposition chinoise d’un « nouveau modèle » de relation internationale : sortir du schéma du piège de Thucydide et construire une stabilité stratégique constructive. C’était, formulée de la sorte, une invitation claire à réimaginer l’ordre mondial en termes moins hiérarchiques et plus pluralistes. La formulation vise à légitimer une multipolarité dans laquelle la puissance mondiale n’est plus l’apanage exclusif d’un État.
L’enjeu pour la Chine n’est pas simplement idéologique. En invitant les États-Unis à participer à un ordre multipolaire, Pékin cherche à normaliser une réalité déjà effective : l’existence d’espaces d’influence alternatifs et des partenaires régionaux disposés à diversifier leurs alignements. Cette invitation est aussi pragmatique : elle tente de créer un cadre normatif où la concurrence est gérée sans confrontation frontale, et où la coopération sectorielle (commerce, climat, santé) peut continuer même en présence de désaccords politiques.
Pour Washington, accepter l’idée d’un monde multipolaire signifierait une conversion symbolique et stratégique difficile. Renoncer ou relativiser la primauté n’implique pas une perte de puissance immédiate, mais un ajustement de posture — moins impérial, plus accommodant sur la coexistence de centres de pouvoir. Le sommet a montré que les approches divergent encore : la Chine structure son offre diplomatique, tandis que les États-Unis oscillent entre défense d’avantages acquis et tentatives d’adaptation.
## Les bases militaires américaines et l’architecture vacillante de la primauté
Les discussions et analyses autour du sommet ne peuvent ignorer le pilier militaire de la primauté américaine : ses bases et ses alliances. La longévité de la projection de puissance américaine repose sur un réseau de présences militaires et de partenariats régionaux. Mais la rencontre a mis en lumière la fragilité relative de cette architecture face à des réalités nouvelles : rivalités multipolaires, coûts d’opérations lointaines et usure politique domestique.
L’idée de primauté, observée par Warwick Powell, n’est plus lisible comme une évidence historique. D’un point de vue stratégique, la question est désormais de savoir si ce réseau de bases et d’alliances permet encore de façonner un ordre susceptible d’imposer des choix à d’autres grandes puissances. À mesure que des acteurs régionaux — Chine, Inde, États pivots en Eurasie ou au Moyen-Orient — accroissent leur autonomie stratégique, la valeur relative des bases et postes traditionnels s’érode. Cela ne signifie pas une disparition instantan
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Mettre fin à l’hégémonie américaine en un
seul sommet | Dr Warwick Powell
Le sommet États-Unis–Chine a été l’un des plus grands non-événements de l’année. Cela en dit long
sur l’état de l’hégémonie américaine après la guerre ratée contre l’Iran. Aujourd’hui, je discute avec
le Dr Warwick Powell, professeur associé à l’Université du Queensland, de cette très attendue
rencontre entre superpuissances. YouTube de Warwick : https://www.youtube.com/channel
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Soutenez-nous sur Substack : https://pascallottaz.substack.com Notre boutique :
https://neutralitystudies-shop.fourthwall.com 00:00:00 La visite de Trump en Chine et la frustration
de Pékin 00:02:33 La délégation d’affaires américaine : Apple, Tesla, la tech et la finance 00:05:20 L’
Iran, le détroit d’Hormuz et ce que les États-Unis affirment avoir abordé 00:09:50 Pas de drame, pas
de retombées : le sommet s’est-il réellement bien déroulé ? 00:11:09 Xi, Trump et le piège de
Thucydide 00:14:54 Nvidia, les semi-conducteurs et les limites de la puissance technologique
américaine 00:19:12 La fin de la primauté américaine ? 00:21:35 L’invitation de la Chine à un monde
multipolaire 00:32:51 Comment le Japon, l’Australie et la région interpréteront la rencontre 00:35:55
Les bases militaires américaines et l’architecture vacillante de la primauté 00:45:17 Taïwan, la «
perte de la Chine » et la guerre froide inachevée de l’Amérique 00:53:27 Le nouveau livre de
Warwick Powell et réflexions finales
#Pascal
Bienvenue à tous dans *Neutrality Studies*. Aujourd’hui encore, je suis avec mon ami et collègue, le
docteur Warwick Powell, professeur à l’université du Queensland. Warwick, ravi de te retrouver. —
Ravi d’être là, Pascal. Alors, on a eu cette visite de Donald Trump en Chine. Elle était d’abord prévue
pour le mois dernier, mais comme Donald Trump n’a pas gagné sa guerre contre l’Iran, il l’a
repoussée. Et puis, tout à coup, on a annoncé qu’elle aurait lieu cette semaine. Il a donc passé deux
semaines en Chine. Qu’est-ce que tu penses de cette visite, et comment, selon toi, ça s’est passé ?
#Warwick Powell
D’abord, je pense que c’était une visite très courte, et qu’il y a eu peu de préparation en amont. Une
partie des retours que j’ai reçus du côté chinois exprimait, en fait, une certaine frustration. Ils
avaient le sentiment que les États-Unis ne se concentraient pas vraiment sur les sujets qu’un
sommet de ce type pourrait normalement chercher à aborder. En partie parce que les États-Unis
sont profondément impliqués dans des guerres ailleurs, ce qui mobilise beaucoup d’énergie et d’
attention. Donc oui, je crois qu’il y avait une certaine frustration, liée au fait que beaucoup de
questions n’allaient pas bénéficier du niveau de préparation qu’on pourrait normalement attendre.
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Et du coup, ce sommet est devenu un événement assez restreint, avec pour objectif principal, je
pense, de rétablir d’abord un certain climat de confiance. L’idée, c’était de créer une atmosphère, si
on veut, qui puisse ensuite favoriser des discussions plus approfondies sur tout un ensemble de
sujets. C’était aussi l’occasion pour l’administration américaine, et pour certains de ses principaux
responsables, de rencontrer pour la première fois leurs homologues du côté chinois. Donc, d’une
certaine manière, c’était un sommet pour renouer le contact, plutôt qu’un sommet vraiment centré
sur les grandes questions de fond.
Et donc, la deuxième chose assez intéressante à propos de cet événement, c’était, bien sûr, la très
importante délégation d’hommes d’affaires qui accompagnait le président Trump. Contrairement à
une grande équipe de fonctionnaires et de personnes impliquées dans les différents dossiers. Ce qui
est intéressant, c’est que si on regarde la liste des chefs d’entreprise présents pendant ces deux
jours, on peut les classer, je dirais, en trois grandes catégories… ou peut-être trois et demie. La
première catégorie, c’est celle de quelques entreprises déjà profondément intégrées dans l’
écosystème chinois, et qui dépendent énormément, en réalité, des chaînes d’approvisionnement
industrielles chinoises. Et je parle, bien sûr, d’Apple et de Tesla.
Nous avions ensuite un certain nombre d’entreprises dans le domaine des technologies et de l’
information, que ce soit dans le secteur du matériel ou ailleurs, qui, à un certain niveau, aimeraient
vraiment pouvoir s’implanter profondément sur le marché chinois, mais qui, pour différentes raisons,
ont été limitées dans leur capacité à accéder à un marché aussi vaste. Nous avions aussi pas mal de
représentants du secteur américain des services financiers, ce que j’ai trouvé intéressant, parce que l’
un des grands sujets qui se dessinent, en toile de fond, touche en réalité au cœur même du modèle
économique américain, à son modèle global, et, dans ce contexte, au rôle du dollar des États-Unis et
à la volonté d’autres pays et de leurs banques centrales de le recycler.
Des dollars américains, d’une certaine manière. Et je suis sûr que ces sociétés de services financiers
tenaient absolument à s’assurer qu’elles auraient une chance de profiter des opportunités offertes
par un secteur financier chinois en pleine expansion et en voie de maturité. Il ne fait aucun doute
que c’est l’un des domaines de croissance en Chine, et ces entreprises aimeraient vraiment en avoir
une part. Et la dernière partie concernait en fait des gens de l’industrie agroalimentaire, qui
cherchaient eux aussi, sans surprise, à accéder à ce marché. Donc, dans l’ensemble, le fait qu’il n’y
ait eu aucun couac de la part de qui que ce soit, on peut dire que c’est un résultat positif. Mais sur
les grandes questions, qu’il s’agisse des relations bilatérales, de l’architecture mondiale, de l’
intelligence artificielle ou encore de la guerre en Iran, et cetera, je ne pense pas qu’il y ait eu
beaucoup de progrès.
#Pascal
Est-ce que vous savez s’ils en ont parlé, d’une façon ou d’une autre ? Parce que, d’un côté, la
semaine dernière, on a vu le ministre iranien des Affaires étrangères, Araghchi, se rendre à Pékin,
et, je crois, rencontrer son homologue Wang Yi. On a aussi vu les Iraniens aller voir les Russes. Et
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bientôt, les Russes, avec Vladimir Poutine, vont eux aussi rencontrer Xi à Pékin. En ce moment, tout
le monde semble aller en Chine. Pourquoi ? Est-ce qu’on sait si les Chinois et les Américains ont
parlé de l’Iran, d’une manière ou d’une autre ?
#Warwick Powell
Eh bien, d’après la publication ou le compte rendu du président Trump, ou de la Maison-Blanche sur
les réseaux sociaux, la question de l’Iran a bien été abordée, surtout autour de deux points… enfin,
trois, en quelque sorte. D’abord, il y a eu un accord entre les Américains et les Chinois sur le fait que
cette guerre doit cesser. Ensuite, le détroit d’Ormuz doit rester ouvert à la navigation. Et
troisièmement, l’Iran ne doit plus devenir une puissance nucléaire. Mais quand on lit les documents
chinois, je ne crois pas… enfin, je n’ai vu aucune mention de ces trois points.
#Pascal
Donc, euh… et ça, j’en ai pas vu la moindre mention.
#Warwick Powell
Non. D’accord.
#Pascal
Donc, c’est uniquement du côté américain qu’on affirme avoir discuté de tout ça, et que ces trois
points seraient en accord avec leurs homologues.
#Warwick Powell
Et, vous savez, peut-être que ces sujets ont été abordés, peut-être pas. Mais en tout cas, ils ne
semblent pas avoir occupé une place très importante dans les priorités chinoises, parmi les questions
qu’ils ont traitées. L’autre point, je pense, c’est que, concernant la question de l’Asie de l’Ouest, de l’
Iran et du détroit d’Ormuz, pendant que le président Trump était à Pékin, des informations ont
indiqué qu’environ trente navires étaient sortis du détroit d’Ormuz en direction de la Chine,
transportant du pétrole. Donc, d’une certaine manière, même si le souvenir du président Trump sur
les discussions est exact, et que la question de garder le détroit ouvert à la navigation faisait l’objet d’
un consensus général, je pense que, du point de vue chinois, la position est plutôt : eh bien, pour
nous, le détroit est ouvert à la navigation. Et voilà, c’est comme ça.
L’autre point que les Américains ont soulevé, c’est non seulement que le passage restait ouvert à la
circulation, mais aussi qu’il n’y aurait pas de péage. Je suis sûr que la Chine préférerait, elle aussi, qu’
il n’y ait pas de péage. Mais ça, ce serait dans des conditions idéales. Et pour l’instant, les conditions
ne le sont pas. Les pétroliers circulent, les Chinois coordonnent avec les Iraniens, et, disons, des
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paiements sont faits si nécessaire… peut-être que certains ne le sont pas. Donc, à mon avis, du
point de vue chinois, ils ont une approche beaucoup plus pragmatique de tout ça. Pas parce qu’ils
voudraient, d’une manière ou d’une autre, installer un poste de péage dans le détroit d’Ormuz, mais
simplement parce qu’ils comprennent que ce sont les Américains qui ont provoqué cette épreuve de
force. Ils l’ont perdue, et aujourd’hui, tant qu’aucun nouvel accord n’est trouvé, l’Iran peut utiliser l’
arme du détroit d’Ormuz.
#Pascal
Oui, et, tu sais, il n’y a pas vraiment de raison de penser que l’Iran devrait appliquer les mêmes
règles à tout le monde. Je veux dire, le poste de péage peut très bien laisser passer les Chinois
gratuitement, non ? Et faire payer les autres. Et si tu es du bon côté de l’Iran, comme la Chine l’est,
eh bien, tu as sans doute plus de chances d’obtenir un tarif réduit… ou même la gratuité. Le point, c’
est un peu que les États-Unis essaient de présenter ça comme une défense des “principes du droit
international”, tu vois ? Mais ça ne tient pas. Personne n’est au-dessus des lois… sauf l’hégémon,
bien sûr. Mais toute cette affaire m’a semblé assez… plate, en fait. Il n’y a pas eu de drame. J’ai
vraiment eu l’impression qu’il n’y a pas eu de retombées, pas de tension. Et en réalité, l’Amérique, la
délégation américaine, a eu l’air de bien se comporter, non ? Et elle a même suivi tout ce que la
partie chinoise avait préparé. Ou bien, est-ce que tu as entendu parler de quelque chose qui aurait
complètement dérapé ?
#Warwick Powell
Non, justement, c’est ça que je veux dire. Sur le plan des formalités, du comportement, de la
manière dont tout s’est déroulé, tout a été très fluide. En clair, il n’y a pas eu, disons, d’éclats
publics, ni de tensions apparentes, ni de voix qui se sont élevées. Et peut-être que, en partie, c’est
parce que les questions de fond n’ont pas vraiment été mises sur la table. Les sujets ont été abordés
d’une manière assez générale, à un niveau très élevé. On l’a d’ailleurs bien vu dans les images des
déclarations d’ouverture officielles des deux présidents. Le président Xi Jinping a exprimé un
ensemble précis de préoccupations et de points de vue sur ces questions, à la fois dans le cadre des
relations bilatérales, mais aussi sur la façon dont ces relations comptent à l’échelle mondiale.
Et il a présenté tout cela en faisant référence à la question du « piège de Thucydide ». Il a posé, en
quelque sorte, quelques questions rhétoriques : sommes-nous capables de dépasser ce qu’on
appelle le piège de Thucydide ? Et, par conséquent, pouvons-nous inventer un nouveau modèle de
relations entre États ? Il a ensuite, en réalité, répondu à cette question en proposant l’idée d’une
stabilité stratégique constructive. C’était une idée à laquelle le président Trump avait également
souscrit. Je dirais que la proposition centrale ici, c’est que le président Xi Jinping cherchait à redéfinir
la nature de la relation bilatérale en dehors du cadre du piège de Thucydide. Il a essayé de dépasser
le dualisme qu’on y associe souvent, les implications de type jeu à somme nulle, pour créer un
espace où puisse s’exercer, en somme, l’art de la diplomatie.
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C’est ce qu’il a essayé de faire. De l’autre côté, le président Trump s’est beaucoup plus conce