René Roca et Hans Bieri plaident pour l’ancrage constitutionnel de la neutralité armée perpétuelle de la Suisse dans un contexte d’alignement croissant avec l’UE et l’OTAN. Ils soutiennent que depuis les années 1990 la Suisse a progressivement abandonné la neutralité vécue — aboutissant, selon eux, au suivi des sanctions occidentales après l’invasion russe de 2022 — et qu’une initiative populaire vise maintenant à définir clairement la neutralité en quatre articles constitutionnels : neutralité armée perpétuelle, interdiction d’adhérer à des alliances militaires, interdiction des sanctions non militaires unilatérales (sauf les mandats du Conseil de sécurité de l’ONU) et devoir formel de médiation. Ils rejettent la présentation de l’initiative comme une manœuvre partisane ou pro‑russe, en soulignant son soutien inter‑idéologique et le rôle humanitaire de la Suisse (p. ex. la crédibilité du CICR). Les opposants font valoir que la flexibilité est nécessaire face à des actes d’agression aigus et que le détail des politiques doit rester du ressort du gouvernement et du Parlement. Roca et Bieri présentent l’initiative comme une restauration de la clarté juridique, une protection de l’ide
Article
La discussion met en lumière un moment charnière : une Suisse qui, à travers la mobilisation populaire, cherche à redéfinir et à verrouiller constitutionnellement sa neutralité alors que l’Europe se trouve à nouveau sous tension. Ce débat n’est pas une querelle locale de politique intérieure ; il touche à la crédibilité internationale du pays, à sa capacité de médiation et à la manière dont une démocratie directe réagit lorsque son gouvernement apparaît « flexible » face aux pressions extérieures. Ce qui émerge de cet échange, c’est une volonté de clarté et de limites précises — contre l’ambiguïté politique et les glissements qui, selon les participants, ont affaibli la neutralité suisse depuis la fin de la guerre froide.
## Contexte historique et signification de la neutralité
La neutralité suisse n’est pas un simple label diplomatique mais un pilier identitaire tissé dans l’histoire du pays. La conversation rappelle que, bien que la Constitution mentionne la neutralité, l’idée selon laquelle elle doit être activement préservée et portée par l’État n’a pas toujours été concrètement encadrée. Depuis les années 1990, la tendance au rapprochement vers l’Union européenne et vers des coopérations de sécurité a, selon l’échange, affaibli la pratique de la neutralité. Ce glissement soulève la question centrale : qu’entend-on aujourd’hui par neutralité ? Est-ce un état statique — une posture d’isolement — ou un engagement actif, armé et orienté vers la médiation et la prévention des conflits ? La conversation fait valoir que la neutralité a historiquement permis à la Suisse de jouer un rôle distinct, non pas en tant qu’alliée ou vassale, mais comme plate-forme de confiance capable de s’adresser à toutes les parties.
## Le contenu de l’initiative : clarifier par constitutionnalisation
Le cœur du débat porte sur une initiative populaire visant à inscrire une définition plus contraignante de la neutralité dans la Constitution. L’initiative se compose de quatre volets : reconnaître la neutralité comme état permanent armé, interdire l’adhésion à des alliances militaires, prohiber les sanctions unilatérales (sauf mandat explicite du Conseil de sécurité de l’ONU) et consacrer une obligation de jouer un rôle actif de médiation. La conversation insiste sur le fait que cette formulation n’est pas un retour à une neutralité anecdote, mais un projet de ré-ancrage : empêcher par la loi des glissements opportunistes et offrir aux partenaires étrangers une lecture claire de ce que la Suisse fera — et ne fera pas — dans des crises internationales. La présence d’une telle clarté constitutionnelle, avancent les intervenants, renforce la prévisibilité et la confiance, deux ressources diplomatiques précieuses.
## Sanctions, alliances et les marges de manœuvre du gouvernement
Un des points les plus vifs de l’échange concerne la pratique des sanctions et la latitude du gouvernement pour les adopter. La conversation reproche au Conseil fédéral d’avoir appliqué, sous pressions diverses, des mesures coercitives alignées sur celles de blocs étrangers, ce qui placerait la Suisse dans une logique de coalition plutôt que de neutralité. L’initiative vise à interdire ces sanctions unilatérales — sauf décision explicite de l’ONU — et à proscrire l’adhésion à alliances militaires, afin d’éviter une glissade progressive vers des engagements équivalents à ceux de membres de coalitions. Cet encadrement constitutionnel est présenté comme un garde-fou contre la flexibilité politique perçue comme bricolage : changer d’attitude selon le rapport de forces ou l’intérêt économique du moment affaiblirait à long terme la position suisse.
## Neutralité et médiation : une stratégie diplomatique active
Au-delà de la simple abstention, la discussion met en avant la neutralité comme outil actif de résolution des conflits. L’initiative entend inscrire l’obligation de « bons offices » au niveau constitutionnel, faisant valoir que la neutralité mûrement comprise permet d’accéder aux deux rives d’un différend et d’offrir des facilités de négociation que des acteurs alignés ne peuvent offrir. L’échange prend soin de replacer cette idée dans la critique des médiations contemporaines : lorsque des pays aux intérêts confessionnels ou régionaux tentent de jouer les facilitateurs, la partialité est difficile à éviter. Selon la conversation, la Suisse a une tradition et une expérience uniques — parfois négligées — qui pourraient être relancées si la neutralité était clarifiée et défendue publiquement et juridiquement.
## Narrations et perception : neutralité face aux récits dominants
Le débat n’est pas uniquement juridique ou stratégique ; il est aussi narratif. Ce qui est pointé, c’est la domination de récits explicatifs qui simplifient un conflit en un acte unique — l’agression d’un « méchant » contre un « innocent » — et qui n’admettent pas la complexité historique des processus de violence internationale. La conversation critique cette réduction et insiste pour que la neutralité permette de rompre avec la « colonisation du monde vécu », c’est-à-dire avec l’imposition d’une seule grille interprétative par les puissances dominantes. En ce sens, la neutralité constitutionnalisée serait un moyen d’inscrire un cadre conceptuel alternatif dans la manière dont la Suisse participe au débat international : pas d’angélisme, mais une posture analytique et pragmatique visant à comprendre les causes profondes et à travailler pour des solutions durables.
## Enjeux politiques internes : mobilisation citoyenne et lignes partisanes
Politiquement, la conversation souligne que l’initiative s’est construite au-delà des clivages traditionnels : le comité qui l’a portée prétend dépasser les camps et chercher un large ralliement, y compris à gauche. Néanmoins, la manœuvre de ranger l’initiative dans la case « droite » ou « pro-Poutine » est dénoncée comme une stratégie visant à stigmatiser et à dissuader le soutien. Le processus de démocratie directe rend visible ce conflit entre élites et base : là où le gouvernement et une partie du Parlement prônent une gestion flexible, une fraction significative de la population réclame des bornes claires. La conversation rappelle aussi que la victoire éventuelle à la votation ne signera pas la fin de la bataille : l’application et le contrôle de la mise en œuvre constitutionnelle nécessiteront une vigilance continue.
## Enjeux externes : crédibilité, médiation et posture européenne
Face aux partenaires internationaux, la Suisse a intérêt à présenter une position compréhensible et stable. L’échange avance que des ambiguïtés répétées nuisent à la réputation de neutralité et restreignent la capacité du pays à offrir ses services de médiation. À l’échelle européenne, l’initiative pose aussi la question du rôle d’un État neutre entouré de membres d’alliances militaires : la comparaison est faite avec la Suède et la Finlande, dont l’orientation vers l’OTAN a transformé leur posture stratégique. La conversation avertit que la dilution de la neutralité suisse finirait par la rendre indisponible comme instrument de déescalade et de pont diplomatique dans les crises régionales et mondiales.
## Vers le vote : stratégies, défis et perspectives
La votation annoncée pour l’automne devient un test de la capacité d’un mouvement populaire à remodeler la politique étrangère. L’échange insiste sur la nécessité d’un large front transversal pour neutraliser la stigmatisation politique et convaincre l’électorat que la neutralité n’est pas une posture de complaisance envers un État agresseur, mais une stratégie de prévention et de résolution. Les défis sont multiples : déconstruire les récits manichéens, expliquer le contenu technique de l’initiative (notamment la portée de l’interdiction des sanctions), et répondre aux critiques qui craignent que la Suisse se place en retrait face à des impératifs moraux internationaux. En parallèle, le débat devra aussi envisager les conséquences pratiques : quels mécanisme
Transcript
L’UE sous le choc : la Suisse défend sa
neutralité ! | R. Roca & H. Bieri
Alors que toute l’Europe est assise dans l’antichambre de la guerre — sauf l’Ukraine, déjà dans la
salle d’abattage — une petite nation alpine résiste. La population suisse exige de son gouvernement,
inféodé à l’UE et à l’OTAN, un référendum sur la neutralité. Fidèles à leur meilleure tradition de
démocratie directe, les Suissesses et les Suisses ont réussi, contre la volonté de leurs élites au
gouvernement et au parlement, à imposer un référendum qui décidera de l’avenir de leur neutralité.
Rien de moins que le cœur de l’identité suisse n’est en jeu. Le pays doit-il redevenir véritablement
neutre — y compris par l’abolition des régimes de sanctions — ou la république alpine doit-elle
poursuivre sa voie pro-OTAN pour, comme la Suède et la Finlande, finir par trouver sa place sur le
front de l’Est au sein de l’alliance militaire la plus violente de tous les temps ? Des questions, encore
des questions. Hans Bieri et l’historien René Roca apportent des éclaircissements. Plus d’arguments
en faveur de l’initiative pour la neutralité : SwissNeutarlityNow.ch Suivez-nous et soutenez-nous sur
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#Pascal
Bienvenue à nouveau sur Neutrality Studies. Aujourd’hui, on parle à nouveau en allemand, parce que
j’ai avec moi deux compatriotes suisses. D’un côté, l’historien docteur R. Roca, directeur de l’Institut
de recherche sur la démocratie directe. Et de l’autre, H. Bieri, architecte et urbaniste diplômé,
directeur de l’Association suisse de l’industrie et de l’agriculture. Tous deux sont membres du comité
de l’Initiative pour la neutralité, qui sera soumise au vote en Suisse dans quelques mois. C’est de
cela qu’on va parler aujourd’hui. René, Hans, bienvenue.
#Hans
Merci, et merci aussi pour l’invitation.
#Pascal
Merci d’avoir pris le temps pour cette discussion. Nous allons parler de l’initiative sur la neutralité, et
aussi des raisons pour lesquelles vous vous engagez personnellement en sa faveur. Commençons
peut-être, pour nos spectateurs à l’étranger, par une question simple : René, qu’est-ce que l’initiative
sur la neutralité ? Peux-tu nous donner en quelques mots un aperçu de ce que c’est, et nous dire où
en est le processus aujourd’hui, en ce trente mars deux mille vingt-six ?
#Rene
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Oui, avec plaisir. En fait, la neutralité suisse est inscrite dans la Constitution, mais de manière assez
faible. Elle dit simplement que le Conseil fédéral et le Parlement doivent préserver et soutenir la
neutralité, mais pas grand-chose de plus. Depuis une trentaine d’années, donc depuis la fin de la
guerre froide, à partir des années quatre-vingt-dix, cette neutralité a été largement affaiblie en
Suisse. Cela veut dire que le pays s’est de plus en plus rapproché de l’Union européenne et de l’
OTAN. Et du coup, la neutralité n’est plus vraiment vécue, ni appliquée dans la politique. C’est pour
cette raison que nous avons décidé – Hans Bieri fait aussi partie de ce comité – de vouloir ancrer la
neutralité de façon plus concrète dans la Constitution. Nous voulons la définir plus précisément. Et c’
est ce que nous avons essayé de faire avec le texte de cette initiative, qui doit devenir un nouvel
article constitutionnel dans la Constitution fédérale suisse.
#Pascal
Exactement. Et cette initiative, que vous avez lancée, elle est en cours depuis deux mille vingt-deux,
deux mille vingt-trois. Hans, où en est-on aujourd’hui, à la fin mars deux mille vingt-six, dans tout ce
processus ? Si j’ai bien compris, ce vote devrait probablement être soumis au peuple suisse d’ici la
fin de l’année. C’est bien ça ?
#Hans
Oui, probablement à l’automne, l’initiative sera soumise au vote. Une contre-proposition, qui avait
été discutée au Parlement, n’a pas abouti. C’est pourquoi le vote aura sans doute lieu cet automne.
#Pascal
Exactement, et tout ça repose sur notre tradition suisse de démocratie directe. En tant que citoyens,
nous pouvons aussi proposer des modifications de la Constitution. Et ce ne sont pas de simples
propositions : s’il y a assez de signatures, la question doit être soumise au peuple. À ce stade, on va
citer René : comment ça s’est passé, le soutien que vous avez reçu pendant la collecte de
signatures ? Parce qu’il faut quand même rassembler plus de cent mille signatures.
#Rene
Oui, ça n’a pas été si simple, parce que l’idée de ce nouvel article constitutionnel est née peu après
le début de la guerre en Ukraine. Au départ, la Suisse n’avait pas repris les sanctions de l’Union
européenne. Et puis, quelques jours plus tard, sous la pression des États-Unis, sous la pression des
grandes banques, la Suisse a finalement adopté ces sanctions. Et là, on s’est dit : non, ça ne va pas
du tout. Avec ces sanctions, la Suisse devient partie prenante du conflit. Elle est entraînée dans cette
guerre et, en réalité, elle ne peut plus vraiment remplir son rôle de pays neutre.
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C’est pour cette raison qu’on a finalement décidé de le faire. On a passé des mois à se battre pour
rédiger un texte d’initiative. C’est un groupe de travail qui dépasse les clivages partisans. Aujourd’
hui, cette initiative est sans cesse rangée dans le camp de la droite. Ce n’est pas vrai, mais c’est
évidemment une manœuvre politique de la part de ses opposants. Ils espèrent qu’en la mettant
dans une case — en disant qu’elle est de droite, qu’elle est conservatrice —, cela influencera les
électeurs et les poussera à la rejeter. Pendant la collecte des signatures, on a donc essayé de lui
donner un soutien aussi large que possible, et c’était volontaire. Parce que si on n’arrive pas à rallier
aussi des milieux de gauche à cette initiative, on ne gagnera pas le vote final.
Ça veut dire que le travail pour le vote a déjà commencé au moment de la collecte des signatures. Et
heureusement, ça a marché. Ensuite, il y a eu un appel des partis de gauche et des Verts pour
soutenir l’initiative. Il y a eu plusieurs démarches, et je suis encore aujourd’hui très heureux de voir
qu’elle est de plus en plus soutenue aussi par la gauche, qui le dit maintenant publiquement. Comme
l’a dit H. Bieri, le vote aura probablement lieu cet automne. Il est essentiel qu’on réussisse à rallier
un cercle aussi large que possible, pour pouvoir ensuite gagner cette votation. C’est une question
vitale pour la Suisse.
#Pascal
Exactement. Et comme tu l’as dit, Hans, il n’y a pas de contre-proposition. Ça veut dire que le peuple
suisse sera simplement appelé à se prononcer : voulez-vous accepter l’initiative sur la neutralité, oui
ou non ? Si on répond oui, qu’est-ce qu’il y a exactement dans cette initiative ? Elle contient quatre
paragraphes, quatre sections. Hans, est-ce que tu pourrais peut-être nous dire en quelques mots
quel est le cœur de cette initiative ?
#Hans
Alors, ce qui est important, c’est la notion de neutralité. On a en ce moment un débat qui dit, en
gros : celui qui reste neutre dans une situation de conflit soutient, d’une certaine manière, l’
agresseur. Et ça, évidemment, provoque des discussions, des critiques, des critiques plus générales
sur la neutralité. Certains disent qu’en cas de conflit aigu, on ne peut pas être neutre. Ce débat
politique est en cours. Et il faut y répondre, le clarifier, en disant : on ne peut pas se limiter à une
photo instantanée d’un conflit. Il faut être prêt à regarder le processus du conflit dans son ensemble.
Et c’est une discussion qui n’est pas simple. Politiquement, cela a suscité des critiques, certains
reprochant à l’initiative de prendre parti, par exemple pour la Russie, dans le conflit actuel en
Ukraine. Ce sont évidemment des débats difficiles, qu’il faut clarifier. Et pour cela, il faut revenir à l’
initiative sur la neutralité, qui définit ce concept de manière à ne pas prendre parti, à ne pas
conclure d’alliances, et à se comporter, en cas de conflit, de façon à se défendre contre toute
agression, sans pour autant adhérer à des alliances.
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Et c’est ça, le cœur de l’initiative pour la neutralité. Et en principe, ça devrait être clair. Le problème
commence là où, dans le débat, on ne sait plus très bien ce que signifie vraiment une position
neutre. Être neutre, ce n’est pas se retirer du conflit, ni détourner le regard, comme on le reproche
souvent à cette initiative. C’est au contraire un processus d’éclaircissement. Cela veut dire qu’on
commence à comprendre le conflit, ses causes, son évolution. Et à partir de là, le quatrième point, c’
est que la personne neutre, depuis cette position, est justement capable de soutenir des solutions
entre les parties en conflit.
#Pascal
Merci. René, tu pourrais peut-être expliquer rapidement les quatre parties, de quoi il s’agit
exactement ?
#Rene
Bon, le premier point est très simple, mais c’est important de le dire aujourd’hui. La Suisse est
neutre de façon permanente, et elle est armée dans sa neutralité permanente. Ça, c’est le premier
point. Ensuite, comme Hans Bieri l’a expliqué, le deuxième point dit, en gros, qu’adhérer à une
alliance militaire est interdit, ce n’est pas possible. Et dans le troisième point, qui est aussi très
important, on trouve l’interdiction des sanctions. Cela veut dire que les mesures de contrainte non
militaires sont interdites, sauf si l’ONU en décide autrement. Malheureusement, il y a cette exception
dans la Charte des Nations unies, qui permet au Conseil de sécurité de décider : maintenant, c’est la
guerre, maintenant on fait la guerre.
Pour moi, un bon exemple, c’est mille neuf cent quatre-vingt-onze, pendant la guerre du Golfe. À l’
époque, c’est le Conseil de sécurité qui avait pris la décision. La Suisse, d’ailleurs, avait soutenu ces
sanctions, alors même qu’elle n’était pas encore membre de l’ONU. C’est donc un point essentiel : l’
interdiction des sanctions unilatérales. Et puis, dans le quatrième paragraphe, nous voulions
vraiment inscrire noir sur blanc l’obligation pour la Suisse de jouer un rôle de médiation. En tant que
pays neutre, elle doit pouvoir être en contact avec les deux parties, avec toutes les parties d’un
conflit, mener le dialogue et chercher à faciliter la médiation. La Suisse a souvent joué ce rôle dans
son histoire, elle a beaucoup d’expérience en la matière — ce qu’on appelle ses « bons offices ». Et c’
est justement cela qu’il faut renforcer aujourd’hui.
Parce qu’on le voit bien, prenons la guerre en Iran comme exemple : maintenant, c’est le Pakistan
qui joue les médiateurs. Alors oui, le Pakistan est un pays voisin de l’Iran, mais il est lui-même
impliqué dans un conflit avec l’Afghanistan. Donc pourquoi est-ce que le Pakistan ou la Turquie s’en
mêlent ? Ils ont clairement une toute autre agenda. La Suisse, elle, a toujours essayé de faire les
choses autrement, sans miser sur la politique de puissance, mais vraiment en cherchant à mettre fin
au conflit. Et ces quatre sections, justement, c’est ce que le contre-projet direct dont parlait Hans
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Bieri voulait modifier. On voulait supprimer les sections deux et trois, c’est-à-dire l’interdiction d’
adhérer à des alliances militaires et l’interdiction des sanctions. Et maintenant, c’est bien, cette
initiative arrive en votation avec ces quatre sections intactes.
#Pascal
Exactement. En ce moment, la Suisse se débat avec la question de savoir comment définir sa
neutralité. Et il faut aussi dire que les opposants à l’initiative sur la neutralité affirment qu’on ne peut
pas dicter au Conseil fédéral, donc à notre gouvernement, ni à notre Parlement, ce que doit être la
définition de la neutralité. Où irions-nous, si on commençait à inscrire dans la Constitution les
définitions de nos concepts de politique étrangère ? Mais justement, c’est exactement ça – et je le
dis clairement, je fais partie des partisans – c’est bien de cela qu’il s’agit. Nous voulons une définition
inscrite dans la Constitution, pour pouvoir aussi la montrer à l’