Jacques Baud soutient que la politique occidentale récente traduit une crise à la fois stratégique et morale, illustrée par sa propre sanction extrajudiciaire de l’UE qu’il interprète comme une répression politique et un signe d’excès systémique et de surconformité institutionnelle. Il soutient que le régime de sanctions contourne la procédure judiciaire et étouffe la dissidence à travers l’Europe. Sur le plan géopolitique, Baud interprète la confrontation États-Unis–Israël–Iran comme entrant dans une phase dangereuse et imprévisible, alimentée par des erreurs de calcul et l’exigence de résultats rapides et coercitifs. Il affirme que les réponses militaires de l’Iran et son soutien régional ont révélé les limites de la crédibilité militaire occidentale et israélienne, érodant les récits de dissuasion. De manière plus générale, Baud diagnostique un passage paradigmatique d’une rivalité système contre système de la guerre froide à une confrontation civilisationnelle ou culturelle : les politiques viseraient désormais des peuples et des identités plutôt que des systèmes politiques. Cela engendre une russophobie et une « haine » centrée sur l’Iran plutôt qu’une concurrence raisonnée, s
Article
## Introduction
La conversation filmée avec le colonel Jacques Baud dévoile un diagnostic sévère : l’ordre occidental est confronté à une série de ruptures structurelles qui fragilisent sa légitimité et sa capacité d’action. L’enchaînement — décisions politiques extrajudiciaires, sur‑conformité des institutions financières, limites militaires révélées au Moyen‑Orient, et la bascule d’une logique bipolaire vers un affrontement plus vaste de visions du monde — dessine un paysage où l’hégémonie ne tient plus pour acquise. Plutôt que d’être une analyse ponctuelle, l’échange restitue une dynamique systémique : les instruments de pouvoir traditionnel — sanctions, alliances militaires, leadership diplomatique — se heurtent à des réalités nouvelles et à des réactions inattendues des États ciblés et des acteurs émergents.
## Sanctions de l’UE et bataille juridique
La mise sur liste d’un citoyen européen par une décision politique de l’Union européenne illustre une transformation inquiétante du recours aux sanctions : elles s’appliquent désormais hors du cadre judiciaire classique. Dans le récit du colonel Baud, le mécanisme apparaît doublement problématique. D’une part, la personne visée ne dispose pas des garanties procédurales habituelles : l’acte est politique, l’appel est rendu hasardeux, et la contestation se trouve contrainte d’emprunter la voie judiciaire pour s’attaquer à une décision qui n’est pas née d’un tribunal. D’autre part, la réaction en chaîne provoquée par la peur des sanctions secondaires — banques gelant des comptes, entreprises rompant des contrats par excès de précaution — montre que la portée réelle de ces mesures dépasse le strict champ légal. Les institutions privées peuvent alors exercer une censure économique sans contrôle démocratique effectif, au prétexte de protection contre des risques réglementaires.
Cette dynamique illustre un effet pervers : la sur‑conformité institutionnelle se substitue au droit. Quand des établissements financiers suisses, pourtant soumis à des cadres nationaux qui contestent l’application extraterritoriale de ces mesures, prennent des décisions punitives contre un client, cela révèle le pouvoir de fait des régimes de sanctions. La dimension politique de ces décisions les expose aussi au risque d’arbitraire : l’outil devient instrument de gouvernance par la peur — non seulement pour punir, mais pour dissuader toute voix discordante. L’enjeu juridique dépasse le cas individuel : il pose la question des équilibres entre sécurité internationale, liberté d’expression et protection des droits fondamentaux dans un espace transnational.
## Guerre Israël-Iran et limites occidentales
La séquence des hostilités entre Israël et l’Iran, et la réaction américaine, mettent en lumière des lacunes stratégiques lourdes. L’échange évoque un constat clair : la supériorité technologique et défensive, longtemps considérée comme un quasi‑dogme, s’est révélée insuffisante face à des capacités balistiques et asymétriques perfectionnées. Pour Israël, la trouvaille technologique du « invincible » s’effrite lorsque des systèmes supposés hermétiques se montrent poreux. Pour les États‑Unis, la multiplication des bases et des systèmes d’alerte avancée n’a pas empêché des frappes ou des percées qui minent la crédibilité de la protection américaine.
Ce constat a des conséquences politiques immédiates. Les alliés reconsidèrent la valeur des garanties de Washington ; les publics voient disparaître l’illusion d’une protection automatique ; les ennemis potentiels perçoivent une fenêtre d’opportunité pour développer des tactiques hybrides et asymétriques. Le colonel Baud souligne également le rôle des attentes irréalistes des décideurs — y compris la propension à vouloir des résultats rapides — qui favorisent des logiques d’escalade plutôt que des stratégies patientes de résolution. Là où une négociation durable exige du temps et de la nuance, le recours à la pression militaire et au chantage diplomatique produit des effets incertains, souvent contre‑productifs.
## Logique de la guerre froide vs affrontement civilisationnel
Une des observations centrales de la discussion est la transition d’une logique de guerre froide — confrontation idéologique et bipôle structuré — vers un affrontement qui prend la forme d’un clash de civilisations ou, plus précisément, d’un choc entre modèles de mondialisation et visions du monde. Ce n’est pas que les anciennes rivalités aient disparu, mais les enjeux ont migré : il ne s’agit plus seulement de contenir une idéologie rivale, mais de contrer des projets politiques, économiques et culturels concurrents qui proposent des façons distinctes d’organiser la coopération internationale.
Ce basculement a trois implications majeures. Premièrement, les instruments classiques (blocus, sanctions ciblées, dominance militaire) perdent leur efficacité isolée ; ils doivent être intégrés dans une stratégie plus large de légitimation et d’offre politique. Deuxièmement, la polarisation se nourrit moins d’idéologie doctrinale que de perceptions de légitimité et de respect mutuel : les pays du Sud et les acteurs multipolaires revendiquent d’être traités comme des partenaires plutôt que comme des vassaux. Troisièmement, l’affrontement prend une dimension civilisationnelle dès lors que des narratifs concurrents — sur la souveraineté, le développement, la mémoire historique — deviennent centraux. L’Occident, en s’arc‑boutant sur des modes d’action hérités, risque d’apparaître comme un vestige impérial plutôt que comme un leader adaptatif.
## Russophobie, Iran et angles morts occidentaux 00:42: 58 Victoire, mort et guerre asymétrique
Le tribunal médiatique et politique de l’Occident manifeste des angles morts marqués. La russophobie — entendue ici comme la réduction de la Russie à un rôle de seul « agresseur » sans appréhension des perceptions russes de menace et d’intérêts — ferme la porte à des réponses tactiques et stratégiques nuancées. De la même manière, la lecture du comportement iranien comme purement agressif occulte la rationalité stratégique d’un État qui a construit ses capacités en réponse à des décennies de pressions et d’isolement. L’échange rappelle que la fabrication d’ennemis monolithiques simplifie l’analyse mais exacerbe l’escalade.
Dans ce contexte, la notion de victoire mérite d’être reconsidérée. Les conflits contemporains n’offrent pas d’absolu triomphal ; ils imposent plutôt des compromis, des coûts indéterminés et des formes de mort symbolique — perte de crédibilité, d’influence ou d’autonomie. L’efficacité de l’adversaire n’est plus seulement mesurée par la conquête territoriale, mais par sa capacité à imposer une nouvelle norme, à infliger un coût stratégique et à mobiliser des alliances alternatives. La guerre asymétrique devient dès lors un levier pour des acteurs qui savent qu’ils ne peuvent pas vaincre par la force conventionnelle, mais peuvent infliger des pertes politiques et psychologiques disproportionnées.
Relativiser le concept de victoire oblige aussi à accepter l’idée que la coercition économique et militaire a des limites. Elle peut punir, isoler et affaiblir, mais elle a du mal à remodeler durablement les préférences des populations ou à empêcher des alliances convergentes entre puissances non occidentales. Les stratégies de containment sans offre crédible d’intégration ou de coopération aboutissent ainsi à des effets inverses : montée de solidarités alternatives, renforcement des blocs régionaux et fragmentation des normes internationales.
## Leadership occidental et impasse stratégique 00:
Le fil conducteur de l’analyse converge vers une critique du leadership occidental : affaibli, myope et parfois prisonnier de ses propres mécanismes bureaucratiques. La gouvernance par la peur — via des décisions politiques extrajudiciaires et des sanctions aux effets hors contrôle — illustre une perte de maîtrise démocratique. Quand les institutions publiques délèguent à des acteurs pr
Transcript
Défaite stratégique : l’Iran et la Russie font
vaciller l’hégémonie occidentale | Baud
La bataille civilisationnelle fait rage, et l’Occident est en train de perdre lourdement. Je suis aujourd’
hui rejoint par l’ancien officier du renseignement suisse et analyste militaire, le colonel Jacques
Baud, pour une discussion sur les sanctions de l’UE, la guerre Israël-Iran, le passage de la logique de
la guerre froide au conflit civilisationnel, ainsi que sur la crise plus profonde du leadership et de la
stratégie occidentale. Liens : Livres de Jacques Baud sur Amazon : https://www.amazon.com/stores
/author/B001K7ETPE/allbooks Neutrality Studies sur Substack : https://pascallottaz.substack.com
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bataille juridique 00:15:06 Guerre Israël-Iran et limites occidentales 00:22:17 Logique de la guerre
froide vs affrontement civilisationnel 00:31:16 Russophobie, Iran et angles morts occidentaux 00:42:
58 Victoire, mort et guerre asymétrique 00:47:52 Leadership occidental et impasse stratégique 00:
58:03 Livres et conclusion
#Pascal
Bienvenue à tous dans *Neutrality Studies*. Je m’appelle Pascal Lottaz, et je suis à nouveau
accompagné aujourd’hui de mon compatriote, le colonel Jacques Beau. Jacques, ravi de te retrouver.
#Jacques Baud
Bonjour. Merci beaucoup de m’avoir à nouveau invité dans votre émission. Bonjour à toutes et à
tous.
#Pascal
Je vous remercie beaucoup d’avoir accepté de nous parler à nouveau, parce que vous êtes, bien sûr,
l’un des rares citoyens européens à être sanctionné par l’Union européenne. Pour ceux qui ne le
sauraient pas, Jacques Beau a été inscrit sur la liste des sanctions liées à la Russie en décembre
dernier, je crois que c’était le quinze décembre, si je me souviens bien. Vous avez donc passé un
Noël particulièrement désagréable sous sanctions. Vous n’avez plus accès à votre compte bancaire,
ni à la moindre possibilité de signer des contrats, ou même de quitter le pays. Vous êtes installé en
Belgique. Nous sommes aujourd’hui lundi, le vingt avril, et cela fait maintenant plus de quatre mois
que vous vivez sous sanctions. Alors, qu’est-ce qui s’est passé pour vous depuis tout ce temps ?
#Jacques Baud
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Eh bien, en attendant, nous avons déposé une demande pour être retirés de la liste des sanctions.
Nous l’avons fait début mars. Nous n’avons toujours pas reçu de réponse. Donc, nous avons saisi la
Cour de justice de l’Union européenne, en rappelant que la décision de m’inscrire sur la liste des
sanctions n’était pas une décision judiciaire, mais une décision politique. Cela veut dire qu’il n’existe
pas de procédure d’appel normale, comme dans un cadre judiciaire classique. Nous contestons donc
une décision politique par des moyens juridiques. C’est quelque chose d’assez particulier, parce que
la décision de me placer sous sanctions était extrajudiciaire, ce qui signifie que je n’ai absolument
enfreint aucune loi.
Je n’ai enfreint aucun règlement, où que ce soit. J’ai simplement exercé mon droit à m’exprimer. Et
les sanctions n’ont été décidées ni par un juge, ni par un tribunal, en réalité. Donc maintenant, on
doit contester une décision politique par une procédure judiciaire, et c’est ce qu’on fait. Je ne sais
pas exactement où en est le dossier, parce qu’il est actuellement examiné par la Cour de justice de l’
Union européenne. En attendant, à la demande de mes avocats, j’ai obtenu ce qu’ils appellent une
exemption humanitaire, qui me permet un accès limité à mon compte bancaire en Europe. Comme je
vis en Belgique, ça me permet d’acheter de la nourriture et les produits de première nécessité.
C’est pour ça que j’ai un accès limité à mon compte bancaire. En Suisse, normalement, le pays n’
adopte pas ce type de sanctions, parce que c’est une sanction contre ma liberté d’opinion et ma
liberté d’expression. Donc, la Suisse n’a pas adopté ce paquet de sanctions. Mais la banque suisse,
et des institutions comme Swisscard, par exemple pour American Express, ont tout simplement
résilié mon contrat, alors que je devrais normalement avoir un accès complet à mes comptes. Ma
banque a aussi gelé mon compte en Suisse, et il a été partiellement rétabli grâce à l’intervention de
mon avocat, parce que ce n’était pas une décision du gouvernement suisse.
On voit bien que la situation, parce que ces institutions financières ont peur des sanctions
secondaires et des éventuelles répercussions, eh bien, elles imposent leurs propres sanctions, si on
peut dire. Et ça, c’est extrêmement inquiétant, parce que ça veut dire, par exemple, que Swisscard
ne respecte pas vraiment la liberté d’expression. On peut dire clairement qu’ils me condamnent
unilatéralement, alors que je n’ai enfreint aucune loi, aucun règlement, ni aucun des contrats que j’
avais avec eux pour ma carte de crédit, par exemple. Au contraire, j’étais même un très bon client.
Donc, tout cela montre que cette question des sanctions est en réalité bien plus perverse qu’on ne le
pense.
Et en Europe, non, je vis plus ou moins normalement. Je ne peux pas voyager. Je suis toujours
interdit de me rendre dans mon pays. Je ne peux pas retourner en Suisse, mon propre pays. Je suis
toujours Suisse. Je n’ai pas la nationalité belge, je suis uniquement Suisse. Et si je m’évadais, ce qui
serait sans doute techniquement possible, je ne pourrais pas revenir chez moi, dans mon vrai chez-
moi, mon appartement, ou ce genre de choses. Voilà la situation. Donc, je suis plus ou moins en
prison. Je suis en quelque sorte assigné à résidence, si vous voulez, en Belgique. C’est comme ça qu’
on peut le dire. Et encore une fois, je n’ai pas le droit d’utiliser de carte de crédit ni quoi que ce soit
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de ce genre, donc mes moyens de vivre sont très limités. Mais mes besoins essentiels sont couverts.
Voilà la situation.
#Pascal
C’est quand même très triste. Vous savez, ce que vous décrivez, on appelle ça la sur‑conformité. Et c’
est l’une des conséquences non intentionnelles, parce qu’on sait très bien que les sanctions poussent
les institutions à en faire trop, y compris celles qui sont en Suisse. Mais comme elles veulent
travailler avec l’Union européenne, qu’elles ont besoin de travailler avec l’Union européenne, eh bien
voilà. Il y a des accords d’échange, des partenariats, tout ça. Aucune banque suisse ne peut
fonctionner sans être aussi présente à l’intérieur de l’Union européenne.
À cause de ça, ils choisissent la voie la plus sûre : ils ferment tous vos comptes, tout ce que vous
avez, juste pour être certains de rester du bon côté. Leur service juridique leur dira, par précaution,
qu’il vaut mieux faire ça plutôt que de prendre le moindre risque à l’avenir. Et c’est exactement ce
qui est arrivé à beaucoup de gens sous sanctions, y compris avec les sanctions contre l’Iran, ou d’
autres pays sanctionnés. La sur‑conformité fait tout simplement partie du lot. Et c’est…
#Jacques Baud
Vous avez raison, même si c’est une sur-surconformité, dans le sens où, dans mon cas, je ne parle
pas des sanctions contre l’Iran. Mais en ce qui me concerne, quand la Suisse a protesté contre l’
Union européenne le neuf janvier, elle a déposé une protestation, une démarche diplomatique en
fait, auprès de l’Union européenne, pour contester les sanctions prises contre moi. D’abord à cause
du manque de procédure régulière, et ensuite parce que cela portait atteinte à ma liberté d’
expression. Et dans ce contexte, la banque suisse et les cartes suisses d’American Express
enfreignent même la décision suisse. Il faut le dire clairement. C’est extrêmement préoccupant de
voir ces institutions agir sans aucune base légale. Elles ont même saisi certains de mes avoirs. Je ne
veux pas entrer dans les détails, mais cela a aussi annulé les crédits que j’avais chez eux.
#Pascal
Petite pause rapide, parce que j’ai été récemment banni de YouTube. Même si je suis de retour, ça
peut très bien se reproduire à tout moment. Donc, s’il vous plaît, pensez à vous abonner, non
seulement ici, mais aussi à ma liste de diffusion sur Substack. C’est pascallottaz.substack.com. Le
lien est dans la description juste en dessous. Et maintenant, on reprend la vidéo. Non, c’est une
situation vraiment problématique. En fait, si je ne me trompe pas, en Suisse, on a, sinon une loi, du
moins une réglementation qui interdit aux institutions suisses d’appliquer des sanctions étrangères
sur le territoire suisse. Mais je ne suis pas totalement sûr, il faudrait que je vérifie ça. Donc ce n’est
pas seulement contraire à la décision du Conseil fédéral ou du gouvernement, c’est même, en partie,
illégal selon le droit suisse. Mais le problème, pour ces institutions, c’est que leurs juristes, leurs
conseillers internes, évaluent les risques et se disent : « Oh non, qu’est-ce qu’on fait maintenant ? »
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Mieux vaut annuler le contrat, parce qu’ils ne sont pas obligés d’en avoir un avec vous. Mais
évidemment, c’est tout un sac de nœuds. Et le fait que vous soyez exposé à ça, c’est bien sûr une
partie du plan : vous compliquer la vie au maximum. Mais est-ce que l’Union européenne vous a déjà
parlé, en vous disant ce qu’elle voudrait que vous fassiez pour qu’ils lèvent les sanctions ? Parce qu’
officiellement, les sanctions ne sont pas une punition, n’est-ce pas ? Ce sont des mesures éducatives,
censées vous apprendre à corriger votre comportement illégal. Il y a donc un comportement illégal
que vous auriez, et qu’ils ne veulent plus voir, alors ils vous apprennent à ne plus faire ce qu’ils n’
aiment pas. Est-ce qu’ils vous ont déjà clairement expliqué ce que vous devriez faire pour être retiré
de la liste ?
#Jacques Baud
Non, je n’ai reçu aucune communication officielle, ni de la Suisse, ni de l’Union européenne, ni du
gouvernement belge. Je n’ai jamais rien reçu d’écrit, aucun message, aucun appel. Enfin, de la
Suisse, oui, j’ai eu deux ou trois coups de fil. Mais du reste — l’Union européenne, le gouvernement
belge — absolument rien. Il n’y a que cette autorisation pour les besoins essentiels, cette exemption
dont j’ai parlé tout à l’heure. Mais ça, c’est le résultat de la demande de mes avocats, et c’est à eux
qu’on s’est adressé. Moi, personnellement, on ne m’a jamais contacté, d’aucune manière. Voilà.
#Pascal
C’est une situation très dystopique, parce que ce qui vous arrive peut, bien sûr, potentiellement
arriver à n’importe qui, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de l’Union européenne. À n’importe
qui. Personne n’est à l’abri, parce que le Conseil européen, celui qui a adopté les sanctions, a le droit
légal d’imposer ça à qui il veut, selon son bon plaisir. Et franchement… ça ne devrait pas être
possible dans une société démocratique. Mais malheureusement, ça l’est.
#Jacques Baud
Eh bien, voilà. Et vous savez, aujourd’hui on parle de la Russie, ou de choses comme ça. Mais
demain, ce sera peut-être la Palestine, ou tout autre sujet. C’est ça que les gens doivent
comprendre. Parce que beaucoup disent : « Ah, il est pro-russe. » Alors que, d’ailleurs, je n’ai jamais
dit que j’étais pro-russe. C’est un point très important. Je n’ai jamais exprimé, d’aucune manière,
que j’étais pro-russe ou pro-ukrainien, d’ailleurs. Je revendique une position neutre dans ce conflit,
dans la tradition suisse, si vous voulez. Mais au-delà de ça, vous savez, aujourd’hui on dit : « Bon,
être pro-russe, ce n’est pas très populaire. »
Mais demain, ça pourrait concerner tout autre chose. C’est ça que les gens ne réalisent pas. Et
comme vous l’avez justement dit, à l’avenir, n’importe qui pourrait être sanctionné en interne. Ce n’
est pas considéré comme une punition. Du coup, ils peuvent contourner tout cadre juridique,
puisque c’est une décision politique. Et c’est pour ça qu’on appelle ça « extrajudiciaire »