Les nouveaux plans de l’OTAN pour détruire la Russie | Prof. Jeffrey Sachs
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Jeffrey Sachs soutient que le conflit en Ukraine est fondamentalement une guerre par procuration menée de longue date par les États‑Unis visant à préserver la primauté américaine par l’expansion de l’OTAN. Retracer la continuité des politiques depuis les années 1990 (et antérieures) lui permet d’affirmer que les dirigeants occidentaux ont abandonné des engagements post‑Guerre froide envers la Russie, provoquant la confrontation plutôt que le partenariat. Sachs critique les responsables politiques qui ont privilégié la domination géostratégique — citant Brzezinski, Kissinger et les néoconservateurs — au détriment d’une sécurité coopérative, et attribue le coup d’État de 2014 et la guerre qui a suivi à cet état d’esprit à somme nulle. Il met en garde que la campagne est imprenable sans risquer une escalade, imposant des coûts économiques sévères à l’Europe et consolidant un consensus élitaire selon lequel une politique étrangère militarisée protège la richesse et l’influence globale. Comme voie vers la paix, Sachs propose la neutralité ukrainienne, l’arrêt de l’élargissement de l’OTAN et le retrait des États‑Unis des guerres interventionnistes, tout en reconnaissant les obstacles pol
Article
## Jeffrey Sachs sur la guerre par procuration en Ukraine
La conversation restitue une assertion simple et radicale : la guerre en Ukraine n’est pas un épisode isolé, mais la manifestation d’un long conflit par procuration entre les États-Unis et la Russie, qui trouve ses racines au moins dans les années 1990, voire plus tôt. L’ensemble de l’échange souligne que la dynamique qui a conduit au conflit actuel est moins l’expression d’une “agression russe” soudaine qu’un processus de provocation, d’expansion et de déni de sécurité perçue, où l’OTAN et la politique étrangère américaine jouent un rôle central. Cette grille de lecture replace la tragédie ukrainienne dans une séquence historique plus large : promesses non tenues après la chute de l’URSS, choix stratégiques visant la primauté américaine et la marginalisation de la Russie.
Le point de départ est retentissant : la politique occidentale depuis 1991 s’est orientée vers l’expansion du système euro-atlantique au prix d’un affaiblissement volontaire de la perspective de sécurité russe. L’idée que l’Ukraine aurait pu rester non alignée, neutre, ou intégrée à un cadre de sécurité inclusif n’a pas reçu la priorité requise. Le fil rouge de la conversation insiste sur la continuité — non une rupture — entre les années de l’après-guerre froide et la séquence qui mène à 2014, puis à l’escalade post-2022. C’est une lecture qui impose de repenser les catégories de “victime” et “agresseur” à l’échelle stratégique, sans pour autant exonérer des responsabilités locales.
## Expansion de l’OTAN et primauté des États-Unis
L’un des arguments les plus marquants est celui de la promesse non tenue faite à Moscou — réelle ou perçue — que l’OTAN ne s’élargirait pas vers l’Est. Au centre du récit : une décision politique américaine (avec l’adhésion européenne) qui a transformé l’élargissement en instrument de pouvoir plutôt qu’en vecteur de sécurité collective. La conversation rappelle que, dès les années 1990, des voix influentes avaient plaidé pour une stratégie d’intégration plutôt que d’isolement de la Russie, mais qu’un courant puissant a opté pour la consolidation d’un ordre unipolaire.
L’élargissement n’est pas présenté ici comme une simple succession d’adhésions techniques, mais comme une composante d’une stratégie de primauté : placer des structures politiques et militaires aux frontières de la Russie pour limiter son autonomie stratégique. Ce choix, loin d’être neutre, a été analysé par certains penseurs — cités pendant l’échange — comme un acte qui provoquait inévitablement une réaction. L’argument central est que la politique d’expansion visait moins à renforcer la stabilité européenne qu’à garantir la domination américaine en Eurasie.
## De la paix de la guerre froide à la confrontation
La transition des années 1980-90, souvent célébrée comme une opportunité de paix et de coopération, est présentée ici comme une bifurcation manquée. Au moment où Gorbatchev, Eltsine et d’autres cherchaient à ancrer la Russie dans un système de relations pacifiques, une option alternative a été choisie : consolider la position occidentale, instrumenter l’intégration européenne et militaire, et ignorer les inquiétudes russes. Les conséquences ont été progressives mais profondes : de la défiance à la polarisation, de la coopération à la confrontation.
L’échange rappelle aussi la diversité des opinions à l’époque : de George Kennan à Jack Matlock, des voix prudentes ont mis en garde contre l’expansion, tandis que d’autres, plus interventionnistes ou réalistes au sens de la primauté, ont plaidé pour une posture proactive. Ce clivage éclaircit pourquoi l’histoire a pris la tournure qu’on connaît : les choix institutionnels et doctrinaux pris dans les années 1990 ont cristallisé une architecture de sécurité dont la logique s’est retournée contre la possibilité d’un accommodement durable.
## La stratégie américaine de domination mondiale
Au cœur de la discussion se trouve une lecture géopolitique nette : certains éléments de l’élite stratégique américaine ont poursuivi, après la guerre froide, un projet de domination globale — un “Grand Échiquier” — visant à maintenir une supériorité en Eurasie. Cette stratégie n’est pas uniquement militaire ; elle est politique, économique et symbolique. L’expansion de l’OTAN, la volonté d’intégrer des pays dans un périphérique pro-occidental, la politique de sanctions, tout cela s’inscrit dans une logique de contrôle des espaces d’influence.
La conversation critique vivement cette ambition : non seulement elle est coûteuse — pour l’Europe autant que pour l’Ukraine — mais elle est dangereuse, car elle met en jeu des équilibres qui, s’ils sont poussés trop loin, peuvent conduire à des escalades incontrôlables. L’idée selon laquelle “les puissants peuvent tout se permettre” revient comme une critique morale et stratégique de l’arrogance de la prédominance. La conséquence directe est que l’obsession de la primauté a enfermé les acteurs dans une logique binaire : alignement ou exclusion, confrontation ou capitulation.
## Les États-Unis peuvent-ils choisir la coexistence ?
L’échange interroge la possibilité, pour les États-Unis, d’une politique alternative : accepter un ordre multipolaire ou au moins un espace de coexistence stratégique avec la Russie et d’autres puissances. La possibilité d’un changement de cap est au centre de la réflexion normative. Historiquement, la coexistence et le Concert des puissances ont permis de limiter les conflits majeurs ; la question posée est de savoir si une relecture de la politique étrangère américaine, fondée sur la reconnaissance des intérêts réciproques, est encore politiquement envisageable.
Les intervenants pointent des obstacles sérieux : les intérêts des élites, les bureaucraties militaires, les récits domestiques d’hégémonie, et une culture stratégique qui a internalisé l’impératif de “leader mondial”. Mais la discussion laisse aussi entrevoir des leviers possibles : le retour à des doctrines de sécurité inclusive, l’arrêt des promesses expansionnistes, et la reconnaissance explicite des zones de neutralité. L’option de la coexistence requiert un changement de mentalité et de pratiques : accepter des compromis sur l’ambition de contrôle global et privilégier la gestion des risques et la stabilité.
## Les guerres peuvent-elles être arrêtées ?
Face à l’atrocité de la guerre en Ukraine et au risque d’escalade nucléaire évoqué dans la discussion, la question pratique s’impose : comment mettre fin aux hostilités ? La conversation avance des propositions concrètes : remettre sur la table la neutralité de l’Ukraine, geler toute nouvelle expansion de l’OTAN, et cesser les opérations et interventions visant à affaiblir de fait un État rivé à la sphère russe. Ces mesures sont proposées non comme des capitulations morales mais comme des moyens pragmatiques pour réduire les risques et sauver des vies.
L’interlocuteur principal évoque aussi la nécessité d’un dialogue réel entre puissances, incluant le respect des garanties de sécurité et des arrangements institutionnels qui évitent la répétition des erreurs passées. Arrêter la guerre implique des concessions douloureuses et un réalignement des priorités : réduire l’obsession de primauté, accepter des sphères d’influence partagées, et redéfinir la sécurité en termes de coexistence plutôt que de domination. Enfin, la dimension européenne est cruciale : sans un leadership européen autonome et réfléchi, l’architecture de sécurité sera sans cesse dépendante des choix étasuniens.
## Où suivre Jeffrey Sachs
La conversation mentionne plusieurs pistes pour approfondir la pensée et les analyses présentées. Les travaux et prises de position de Jeffrey Sachs sont accessibles via ses publications et contributions régulières à des médias et plateformes indépendantes, notamment son site personnel et des tribunes qu’il signe habituellement pour des journaux et ONG. Il publie aussi des analyses sur des plateformes de
Transcript
Les nouveaux plans de l’OTAN pour détruire
la Russie | Prof. Jeffrey Sachs
L’Occident est en train de perdre lourdement la guerre en Ukraine. Mais cela ne signifie pas que les
fous de l’OTAN soient prêts à renoncer à leurs projets de domination totale du monde. Au contraire,
certains d’entre eux ne font que commencer. Le professeur Jeffrey Sachs rejoint Pascal Lottaz pour
soutenir que la guerre en Ukraine est un conflit par procuration de longue date entre les États-Unis
et la Russie. Il aborde l’expansion de l’OTAN, la politique menée après la guerre froide, la puissance
des États-Unis et les intérêts des élites, les coûts économiques pour l’Europe et les risques d’
escalade. Sachs expose également ce qu’il considère comme une voie vers la paix : la neutralité de l’
Ukraine, l’arrêt de toute nouvelle expansion de l’OTAN et la fin des guerres menées par les États-
Unis. Liens : Jeffrey D. Sachs : https://www.jeffsachs.org Common Dreams : https://www.
commondreams.org/author/jeffrey-d-sachs Substack de Neutrality Studies : https://pascallottaz.
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Expansion de l’OTAN et primauté des États-Unis 00:13:01 De la paix de la guerre froide à la
confrontation 00:21:22 La stratégie américaine de domination mondiale 00:23:51 Les États-Unis
peuvent-ils choisir la coexistence ? 00:30:38 Les guerres peuvent-elles être arrêtées ? 00:36:02 Où
suivre Jeffrey Sachs
#Pascal
Bienvenue à tous sur Neutrality Studies. Aujourd’hui, un épisode spécial avec l’incontournable
docteur Jeffrey Sachs.
#Jeffrey Sachs
Professeur Jeffrey Sachs, bienvenue. Pascal, c’est un plaisir d’être avec vous. Merci beaucoup.
#Pascal
Merci beaucoup d’avoir accepté cet entretien. Nous voulons parler d’un article que vous avez écrit il
y a quelques semaines et publié sur votre site, Common Dreams. Vous l’avez intitulé : « L’Ukraine, la
guerre par procuration durable de l’Amérique contre la Russie. » On oublie facilement que nous en
sommes maintenant, vous savez, à quatre ans et demi de cette guerre par procuration. Et quand je
parle de guerre par procuration ici, en Suisse, où je me trouve actuellement, les gens me disent
encore : « Mais Pascal, c’est un discours russe. »
#Jeffrey Sachs
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Comment comprendre cette guerre par procuration, quatre ans et demi après son début ? D’abord,
je pense qu’on peut légitimement dire qu’il s’agit d’une guerre par procuration qui dure depuis au
moins douze ans, depuis le coup d’État qui a renversé le président ukrainien en février deux mille
quatorze. On peut aussi soutenir qu’il s’agit d’une guerre par procuration qui dure, sous une forme
ou une autre, depuis trente-cinq ans, depuis mille neuf cent quatre-vingt-onze, depuis la fin de l’
Union soviétique. Car lorsque l’Union soviétique s’est effondrée, la cible suivante de l’Amérique était
que la Russie s’effondre elle aussi. Et on pourrait dire que cette guerre par procuration dure peut-
être depuis quatre-vingt-un ans, depuis mille neuf cent quarante-cinq. Car à la fin de la Seconde
Guerre mondiale, les stratèges américains et britanniques estimaient que la bataille suivante
consistait à faire tomber l’Union soviétique. Donc, d’une certaine manière, je pense qu’il existe une
longue continuité dans la politique américaine.
Bien sûr, comme vous le dites, cette approche va complètement à l’encontre du récit dominant selon
lequel nous menons une action défensive contre l’agression russe. Mais c’est assez ridicule, car la
Russie était faible après les années quatre-vingt-dix. La Russie voulait un partenariat avec l’Europe
et les États-Unis. La Russie voulait même entrer dans l’OTAN, si l’on se souvient du début des
années deux mille. Ce n’est pas une guerre d’agression menée par la Russie. C’est le résultat
tragique d’une mentalité, avant tout aux États-Unis et en Grande-Bretagne, puis désormais aussi en
Europe continentale, qui a rejoint tardivement, en quelque sorte, cette mentalité selon laquelle les
États-Unis devraient diriger le monde. Et que, pour y parvenir, ils devraient faire entrer dans le camp
américain tous les territoires qu’ils veulent dans le monde.
Et l’Ukraine représentait un enjeu majeur pour les stratèges américains, dans leur quête de victoire,
de contrôle, de primauté ou d’hégémonie, quel que soit le terme qu’on préfère employer. Et ils ont
été très explicites à ce sujet dès les années 1990. Le débat a commencé dès la chute de l’Union
soviétique, en décembre 1991. Quelle devait être la politique des États-Unis ? Devait-elle consister à
nouer une relation d’amitié avec la Russie et les États qui lui ont succédé ? Devait-elle viser à créer
un cadre de sécurité inclusive, comme le réclamaient ardemment le président Gorbatchev et le
président Eltsine ? Ou devait-elle étendre le système militaire américain ? Et nous savons que, dès
1992, la décision avait été prise, dans les faits : l’OTAN allait s’élargir. Ce fut une décision lourde de
conséquences. Une décision totalement contraire à ce qui avait été promis au président Gorbatchev
et au président Eltsine en 1990 et 1991, lorsque les conditions de la réunification allemande ont
changé.
#Jeffrey Sachs
étaient en cours de négociation. Et le président des États-Unis, son secrétaire d’État, le chancelier
allemand et son ministre des Affaires étrangères ont tous dit au président Gorbatchev, en termes
parfaitement clairs : « L’OTAN ne s’élargira pas. » Mais dès que l’Union soviétique s’est effondrée,
les Américains comme les Allemands ont dit : « Nous avons les mains libres. Nos engagements ne
signifient rien. » Pourtant, même si la Russie était l’État continuateur de l’Union soviétique, les
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traités comptaient. Les promesses qui avaient été faites, comme vous l’avez si bien souligné, qu’il s’
agisse de promesses verbales ou écrites, ont été constamment réaffirmées. Elles ont servi de
fondement aux mesures prises par l’Allemagne. C’est sur elles que reposait l’unification qui a rendu
possible la réunification allemande. L’Union soviétique, puis la Russie, se sont fiées à ces promesses.
Ils ont été abandonnés. Et l’idée s’est imposée que l’Amérique et ses alliés européens devaient
étendre leur influence politique et leur présence militaire comme ils l’entendaient. Et dès le milieu
des années 1990, on savait que la décision était d’élargir l’OTAN, au moins jusqu’à l’Ukraine et à la
Géorgie. Car cela avait déjà été décidé et expliqué dans un article très clair de Zbigniew Brzezinski,
en 1997 : l’avenir de l’OTAN serait d’intégrer l’Ukraine entre 2005 et 2010. Et il a exposé tout cela
dans son livre, Le Grand Échiquier, en 1997. Le sous-titre de ce livre est « La primauté américaine
en Eurasie », ou je paraphrase, mais c’est essentiellement cela : comment les États-Unis seraient la
puissance dominante, la puissance hégémonique en Eurasie au cours des décennies à venir.
Et la réponse, c’était que les États-Unis devaient, au fond, faire de la Russie un acteur faible dans le
système, soumis aux intérêts américains et européens. Et que l’élargissement de l’OTAN et de l’
organisation politique de l’Union européenne serait le moyen d’y parvenir. La Russie résisterait, mais
Brzezinski a analysé la situation et a dit que la Russie ne pouvait pas vraiment résister si l’Occident
faisait pression. Elle n’avait nulle part où aller. Elle ne s’allierait jamais avec la Chine, écrivait-il. Elle
ne s’allierait pas avec l’Iran, écrivait-il. Elle n’aurait d’autre choix que de céder aux exigences
américaines. Et donc ce jeu, parce que c’en était un, le Grand Jeu du XIXe siècle, rejoué comme le
Grand Jeu de la fin du XXe siècle et du début du XXIe siècle, c’était la primauté américaine, assurée
par des bases militaires dans toutes les régions du monde, et, sur le théâtre européen, par l’
élargissement de l’OTAN.
#Pascal
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#Jeffrey Sachs
Bien sûr, les penseurs américains lucides savaient à quel point c’était dangereux. George Kennan a
dit que c’était la plus grande erreur de la politique étrangère américaine. William Burns, qui était
directeur de la CIA en deux mille neuf, a dit que c’était la plus rouge des lignes rouges pour la
Russie. Que l’idée d’une Ukraine membre de l’OTAN était un sujet névralgique, non seulement pour
Poutine ou pour un groupe particulier en Russie, mais pour toute la classe politique russe. Et Angela
Merkel savait que cette avancée de l’OTAN vers l’est équivalait à une déclaration de guerre à la
Russie. Eh bien, comme nous le savons, tout cela a culminé en février deux mille quatorze. Le simple
fait est que la population ukrainienne ne voulait pas rejoindre l’OTAN. Et son président, Viktor
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Ianoukovitch, avait remporté son élection, fin deux mille neuf et en deux mille dix, sur la base de la
neutralité, du non-alignement sur l’OTAN, et du maintien d’un équilibre entre la Russie et l’Europe,
ou entre la Russie et les États-Unis.
Et les États-Unis ne peuvent pas tolérer ce genre de neutralité. Leur état d’esprit, c’est : soit vous
êtes avec nous, soit vous êtes contre nous. Et Ianoukovitch était clairement contre nous. Il devait
partir. Les États-Unis ont donc contribué à attiser son renversement, qui a eu lieu le vingt-deux
février deux mille quatorze. Et nous sommes en guerre depuis lors, parce que dès que cela s’est
produit, l’est de l’Ukraine s’est séparé et a dit : « Ce n’est pas notre gouvernement à Kiev. C’est un
gouvernement issu d’un coup d’État. » La Russie a pris des mesures, décrites de diverses manières,
pour s’assurer que la Crimée ne tombe pas entre les mains de l’OTAN. Et la guerre a commencé. Et
selon moi, la politique étrangère américaine n’a pas changé. Elle consiste à continuer de, je cite, «
gagner cette guerre », ce qui est impossible.
Elle ne sera pas gagnée. Cela pourrait se terminer par une guerre nucléaire totale, mais cela ne peut
pas se terminer par une victoire de l’Occident sur la Russie, parce que la Russie n’acceptera pas un
tel résultat. Elle fera monter les enchères si nécessaire. En pratique, cette escalade ne sera
probablement pas nécessaire, parce qu’il semble que la Russie va vaincre l’Ukraine par ses seuls
moyens conventionnels. Mais, que Dieu nous en préserve, si cela devait un jour devenir une
question véritablement existentielle, la Russie devra soit subir une défaite, soit recourir aux armes
nucléaires. Il faut y réfléchir, parce qu’on nous a dit mille fois maintenant que l’escalade vers une
guerre nucléaire est probablement l’issue la plus probable, et en tout cas une issue tout à fait
possible.
Donc, toute cette guerre est une guerre par procuration. C’est une guerre par procuration pour la
primauté américaine. Elle est en train d’être perdue. Elle détruit l’Ukraine. Elle dure depuis une
douzaine d’années. La campagne, elle, dure depuis plus de trente ans. Et c’est l’État profond à l’
œuvre. C’est vraiment, vraiment regrettable. Et l’Europe, les dirigeants européens ont complètement
perdu la raison. Parce que tout ce que je viens de dire aurait été considéré comme normal il y a
vingt ans, pas comme controversé. Demandez au gouvernement allemand de l’époque. Demandez
au gouvernement français de l’époque. Demandez au gouvernement norvégien de l’époque. Ce que
je dis aurait tout à fait relevé du courant dominant. Oui, ne poussez pas la Russie. Pourquoi
pousseriez-vous la Russie ?
Pourquoi devons-nous étendre l’OTAN ? Cela revient à faire la guerre. Aujourd’hui, les responsables
politiques européens, pour de nombreuses raisons qui font débat, tiennent des propos totalement
dépourvus de vér