Le professeur Gerhard Mangott soutient que le débat européen contemporain sur la Russie est étroitement encadré, polarisé et de moins en moins tolérant à l’égard des perspectives académiques dissidentes. S’appuyant sur près de quarante années de recherches sur l’espace post‑soviétique, il décrit des campagnes en ligne ciblées visant à le discréditer en tant que « apologiste de Poutine », à marginaliser sa participation aux conférences et à exercer des pressions sur les médias pour exclure sa voix. Mangott affirme que comprendre les perceptions et la prise de décision russes est une tâche scientifique fondamentale distincte de la justification des actes de Moscou ; pourtant, dans le climat actuel, explication et approbation sont confondues. Il critique la migration de nombreux universitaires vers des rôles d’activistes — plaidant en faveur de livraisons d’armes spécifiques ou de positions politiques déterminées — ce qui, met‑il en garde, compromet la neutralité scientifique et facilite la monopolisation du discours qui légitime certaines politiques gouvernementales. Mangott appelle à des analyses rigoureuses fondées sur des scénarios qui tiennent compte des réalités géopolitiques (n
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## Encadrer la controverse : comprendre ce qui est en jeu
La discussion met en lumière un phénomène plus large que la simple attaque contre une personne : c’est la dégradation des conditions de la parole scientifique en Europe lorsqu’il s’agit des rapports avec la Russie. Le point central qui émerge de l’échange est simple et lourd de conséquences : une partie importante du débat public et académique tend à confondre compréhension et approbation, à exclure les voix qui cherchent à analyser plutôt qu’à condamner, et à transformer le désaccord en mise au ban personnel. Cette dynamique n’est pas seulement une affaire d’espace médiatique ; elle façonne les carrières universitaires, la production de connaissances et, à terme, la capacité des sociétés européennes à formuler des politiques étrangères réalistes et durables.
## La campagne de mise au silence et ses modalités
La conversation décrit des attaques coordonnées et des campagnes de dénigrement qui visent à exclure des chercheurs du champ du débat. Ces attaques prennent la forme de harcèlement en ligne, de comptes anonymes ou automatisés, et de pressions exercées sur des médias et des organisateurs de conférences pour refuser la parole aux personnes ciblées. Le mécanisme est saisissant : l’objectif n’est plus de contester des arguments par la raison, mais de délégitimer la personne en la présentant comme malhonnête, voire comme complice d’un adversaire étranger. De façon symptomatique, des éléments insignifiants — une photographie du Kremlin sur une page personnelle, par exemple — sont montés en preuve d’un « service » rendu à Moscou.
Ce mode opératoire repose sur deux leviers complémentaires. D’abord, la personnalisation : attaquer l’intégrité d’un chercheur efface la possibilité d’un débat sur ses analyses. Ensuite, la viralité : en mobilisant des brigades en ligne, la campagne amplifie rapidement une image simplifiée et stigmatisante. Dans ce contexte, la défense juridique est souvent illusoire, surtout lorsque l’attaque vient d’acteurs anonymes ou semi-anonymes. La conséquence pratique est immédiate : perte d’invitations, exclusions de tables rondes, isolement professionnel.
## La polarisation du discours scientifique et l’érosion de l’objectivité
La discussion fait apparaître une transformation intellectuelle : une large part de la communauté académique germanophone spécialisée sur la Russie a, selon l’argument avancé, basculé d’une posture d’analyste vers une posture d’activiste. Ce basculement ne concerne pas seulement l’opinion personnelle mais le rôle même de la science politique dans l’espace public. Là où la recherche devrait éclairer choix et conséquences, nombre d’enseignants et de chercheurs se positionnent comme acteurs qui prescrivent des mesures — par exemple des livraisons d’armements — et revendiquent un rôle direct dans la conduite politique.
Le risque de cette nouvelle configuration est double. D’une part, la capacité à expliquer les logiques et motivations de l’adversaire s’amenuise, alors que comprendre ces logiques est précisément ce qui permet d’anticiper les décisions et d’évaluer des stratégies. D’autre part, la confiance dans la science s’affaiblit lorsque la frontière entre recherche et militantisme s’estompe : l’audience est en droit de se demander si une recommandation est le produit d’un raisonnement rigoureux ou d’un engagement partisan. La conversation souligne que cet appauvrissement du débat se traduit par une uniformisation des discours et par une marginalisation des perspectives nuancées.
## Comprendre n’est pas approuver : la fragilité d’un principe scientifique
Un fil rouge du débat est la critique d’une équation pernicieuse : comprendre = approuver. Selon les remarques avancées, certains acteurs semblent considérer toute tentative de décrypter la logique russe comme une forme de complaisance. Cette conception est, sur le plan épistémologique, peu soutenable. La science consiste à formuler des hypothèses sur les motivations, les perceptions et les contraintes des acteurs politiques pour tester des scénarios et prévoir des conséquences. Établir des ponts analytiques n’a rien à voir avec justifier un acte agressif.
La conversation réaffirme qu’un politologue a pour tâche de produire des alternatives, d’éclairer les décisions possibles et leurs effets. Un discours public qui refuse cette distinction condamne la société à des réponses politiques construites sur des malentendus et des caricatures. À terme, cela peut compromettre la capacité des démocraties européennes à négocier, à désamorcer des crises et à concevoir des stratégies de long terme face à un voisin géopolitique majeur.
## Pressions institutionnelles et coût personnel
Au-delà du terrain discursif, la discussion met en évidence des effets concrets sur la carrière et la vie professionnelle. L’isolement se manifeste par l’absence d’appels à colloques, la difficulté d’obtenir tribune dans certains médias et, plus gravement, le manque de soutien des institutions académiques. Dans l’exemple évoqué, l’université n’apparaît pas comme un refuge protecteur face aux campagnes de haine ; tout au contraire, la prudence institutionnelle se traduit parfois par un retrait, laissant le chercheur exposé.
Ce retrait institutionnel a des conséquences pratiques : perte d’occasions de publication, d’échanges scientifiques, et parfois d’accès à des financements. Il crée aussi un climat où les collègues hésitent à prendre parti, par crainte d’être eux-mêmes ciblés. La fragilisation des solidarités professionnelles nourrit une spirale de conformisme : mieux vaut suivre le courant dominant que de risquer l’exclusion. Ainsi, l’autocensure s’installe, freinant la diversité des analyses au moment même où elle est la plus nécessaire.
## Vers une politique européenne réfléchie : enjeux et prescriptions
La conversation rappelle, enfin, que la géographie politique ne se dissout pas : la Russie demeure un voisin incontournable de l’Union européenne. Les sanctions et l’isolement peuvent avoir un sens tactique à court terme, mais ils ne constituent pas à eux seuls une stratégie de long terme. Construire une politique européenne durable vis-à-vis de la Russie suppose d’abord d’accepter la pluralité des analyses et des scénarios. Cela implique plusieurs orientations pratiques.
- Restaurer des espaces de débat protégés : les universités et les revues académiques doivent affirmer leur rôle de lieux d’échange où la critique argumentée prime sur l’invective. Des codes de conduite pour la protection des chercheurs exposés au harcèlement numérique sont nécessaires.
- Clarifier la frontière entre science et plaidoyer : les chercheurs qui engagent des positions normatives doivent les expliciter comme tels. Cela aide le public à discerner l’analyse descriptive des prescriptions politiques.
- Promouvoir la méthodologie et la transparence : rendre explicites les hypothèses, les sources et les limites des analyses permet de mieux juger leur robustesse et d’éviter les amalgames.
- Préserver la pluralité des points de vue dans les médias : les rédactions doivent veiller à ne pas confondre consensus médiatique et consensus scientifique, et à donner de la visibilité aux analyses minoritaires mais argumentées.
- Développer des protocoles institutionnels contre les campagnes de dénigrement : assistance juridique, procédures de signalement et défense publique des chercheurs victimes doivent devenir la norme.
Ces orientations ne visent pas à protéger des positions indéfendables, mais à garantir que la contestation se fasse par des moyens civils et argumentés. Elles cherchent aussi à préserver la capacité de l’Union européenne à concevoir des politiques qui tiennent compte de réalités complexes et durables.
## Conclusion : défendre la conversation comme ressource stratégique
La conversation analysée alerte sur un effritement de la conversation publique et scientifique à un moment où la lucidité stratégique est indispensable. Exclure les vo
Transcript
La mise au silence des intellectuels en
Europe | Prof. Gerhard Mangott
Aujourd'hui, je m'entretiens avec le politologue autrichien et professeur d'université Gerhard
Mangott. Le Dr Mangott enseigne et mène des recherches à l'Université d'Innsbruck, avec un accent
particulier sur les relations internationales et la sécurité dans l'espace post-soviétique. Le professeur
Mangott est également un invité régulier dans les médias germanophones et l'une des voix de plus
en plus rares en faveur d'une politique réfléchie envers la Russie. Pour cette raison, il a souvent été
critiqué et, ces dernières semaines, il fait même l'objet d'une véritable campagne de diffamation sur
Twitter. Ce qui me choque le plus dans la dégradation du débat politique, c'est qu'on lui reproche
sérieusement de vouloir "bâtir des ponts avec la Russie". Cela semble devenir, de nos jours, une
sorte de délit social. Notre boutique : https://neutralitystudies-shop.fourthwall.com
#M3
On essaie de vous exclure du champ du discours et de vous refuser la participation au débat. Il en
résulte aussi que je ne suis pas invité à de nombreuses conférences, parce qu’on me dénie l’intégrité
scientifique, ou parce que ma présence sur la liste des participants serait peut-être gênante. Pour
moi, il est tout à fait clair que je n’ai plus vraiment de possibilités de développement scientifique
dans l’espace germanophone. Les possibilités de m’épanouir au sein du cercle de collègues sont
limitées, car, comme je l’ai dit au début, on travaille délibérément à discréditer ma position, afin de
pouvoir ensuite dire : « Bien sûr, nous ne voulons rien avoir à faire avec cet enfant indésirable qui
travaille de manière malhonnête et douteuse. »
#M2
Bonjour à tous, ici Pascal de Neutrality Studies, et aujourd’hui je m’entretiens avec le politologue
autrichien et professeur d’université Gerhard Mangott. Le professeur Mangott enseigne à l’Université
d’Innsbruck, avec un accent particulier sur les relations internationales et la sécurité dans l’espace
postsoviétique. Le professeur Mangott est également régulièrement invité dans les médias
germanophones et représente l’une des voix de plus en plus rares en faveur d’une politique russe
réfléchie. Pour cela, il a souvent été critiqué, et ces dernières semaines, il fait même l’objet d’une
véritable campagne de dénigrement sur Twitter/X. Ce qui m’effraie dans ce contexte, c’est qu’on lui
reproche même de vouloir construire des ponts avec la Russie – ce qui, apparemment, dans le climat
actuel en Europe, est déjà une accusation, une sorte de délit social.
Nous souhaitons aujourd'hui parler des attaques dont vous faites l'objet et de la radicalisation du
discours concernant la Russie. Monsieur Mangott, soyez le bienvenu. Bonjour. Pourriez-vous peut-
être nous raconter ce que vous vivez en ce moment ? Vous vous exprimez assez fréquemment, car
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de nombreux médias vous sollicitent sur la politique russe. Et je constate actuellement sur Twitter de
nombreux commentaires haineux et des critiques très, très virulentes à votre encontre. Que se passe-
t-il en ce moment ?
#M3
Au fond, il s'agit d'attaques provenant de comptes qui n'utilisent pas leur vrai nom, mais il y a
certainement aussi des fermes de commentaires impliquées, qui formulent simplement des critiques
dans le but de discréditer ma personne, c'est-à-dire moi. On m'accuse désormais de ne pas être
honnête ou intègre sur le plan scientifique et, par conséquent – comme interprétation
supplémentaire – d'être, rémunéré ou non, un serviteur dans les déclarations publiques de la
direction russe, un serviteur dans la diffusion des récits russes. Et c'est quelque chose qui, je crois,
dérange le plus les scientifiques.
Il ne s'agit pas du tout de dire que la contradiction ou la critique sont des choses qu'on ne souhaite
pas entendre ; au contraire, la critique est particulièrement utile pour affiner sa propre position, ou
même pour la modifier si l'on se laisse convaincre que quelqu'un d'autre a de meilleurs arguments.
Mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit ici. Il s'agit de véritables commentaires haineux, parfois dans un
langage extrêmement vulgaire, qui n'ont pour seul but que de discréditer la personne, c'est-à-dire
moi, et de répandre des contrevérités, des mensonges et des déformations. Et le problème, c'est
qu'il est pratiquement impossible de se défendre juridiquement contre cela, surtout contre des
comptes anonymes.
#M2
Oui, donc l’un des commentaires qui m’a aussi poussé à écrire, vient d’un compte qui s’appelle – où
est-il – Vic. Il a publié tout un fil, 16 messages, à votre sujet et écrit ici que vous faites semblant d’
être un expert. En réalité, vous seriez probablement lié au Kremlin, car on vous reproche d’avoir sur
votre site une belle photo du Kremlin, donc de Moscou, et vous, en tant qu’expert de l’espace post-
soviétique, qui avez fait des recherches sur ce sujet depuis... 20, 30 ans, on veut vous reprocher d’
entretenir depuis des années des relations avec votre objet d’étude. Pouvez-vous dire quelque chose
à ce sujet ?
#M3
Oui, c’est étonnant qu’un scientifique, qui travaille depuis très longtemps – dans mon cas, cela fait
39 ans – dans le domaine de la recherche sur la Russie, soit accusé, ou dans mon cas précis que je
sois accusé, d’avoir publié sur la page d’accueil de mon site internet, dans la documentation de mon
activité de recherche, une photo du Kremlin, c’est-à-dire du centre de décision de la politique russe.
Si quelqu’un publiait une photo de la Maison Blanche, cela ne susciterait probablement aucune
critique, ou presque aucune. Mais simplement parce que je publie une photo du Kremlin,
uniquement pour signaler aux utilisateurs de mon site qu’il s’agit ici de la Russie, principalement de
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la Russie, cela devient déjà un reproche et une prétendue preuve que je serais au service du
Kremlin, rémunéré ou non.
#M2
Je dois absolument lire ce post à voix haute, car je n’arrive même pas à le digérer. Mangott a beau
être professeur à Innsbruck, il semble résider intellectuellement quelque part entre Moscou et Saint-
Pétersbourg. Tandis que l’Europe érige des murs de sanctions, lui construit des ponts – surtout parce
qu’il ne vit pas en Ukraine, mais lit les rapports de l’OSCE dans un café d’Innsbruck. On vous
reproche vraiment, votre crime serait donc de construire des ponts. Pourriez-vous peut-être réagir
brièvement à cela ?
#M3
Fondamentalement, il faut dire que le champ d’interprétation – on peut aussi dire le champ d’opinion
– est tout simplement très, très étroit. Le débat sur la Russie et la guerre menée par la Russie contre
l’Ukraine est très, très restreint, émotionnel, polarisé et n’est plus objectif. Et dans la fonction que j’
occupe, où j’essaie justement de montrer des issues à cette guerre, d’élaborer différents scénarios, il
s’agit bien sûr aussi de savoir comment l’Europe va gérer ses relations avec la Russie dans les 5, 10,
15 prochaines années. Car une chose est immuable : la géographie. La Russie reste le voisin de l’
Union européenne, et c’est pourquoi il faut aussi une politique de l’Union européenne à l’égard de la
Russie.
Et cela peut bien sûr, et doit probablement à court terme, être l'une des sanctions et de l'isolement
politique. Mais à long terme, ce n'est pas une stratégie avec laquelle on peut réellement mener une
politique raisonnable. C'est pourquoi je soutiens également que, du côté européen, nous devons
réfléchir à la manière dont nous traitons avec la Russie et à quelles conditions. Certains veulent
construire des ponts, et cet utilisateur m'en fait un reproche. D'ailleurs, je ne lis pas de rapports de
l'OSCE, car il n'y a guère d'informations qui permettent réellement de savoir ce qui se passe dans
l'appareil décisionnel à Moscou et quelles sont les intentions, les intérêts et les objectifs de la partie
russe dans cette guerre d'agression.
#M2
Ce qui me paraît étrange dans la situation actuelle, c’est que le fait de construire des ponts ou même
de favoriser la compréhension des processus de décision à Moscou, ainsi que de ce qui domine
réellement le discours politique en Russie, est précisément ce qui dérange ces utilisateurs ou
attaquants en ce moment. Ce qu’ils veulent, c’est une image relativement étroite et confinée, une
caricature de la Russie dans laquelle Vladimir Poutine est un despote maléfique qui – comme Iago
dans Othello – agit par pure méchanceté : « Laisse-moi faire le mal aujourd’hui. » Quiconque ne
véhicule pas cette image se voit déjà reprocher, dans l’espace germanophone, d’être un «
compreneur de Poutine ». Ce qui est étrange, c’est que, justement, en tant que scientifiques, nous
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sommes censés nous pencher sur les raisons pour lesquelles les gens prennent certaines décisions.
Est-il encore possible, dans cette situation surchauffée, de mener un travail scientifique de qualité en
Europe ?
#M3
Eh bien, pas lorsqu’on s’exprime en public. Lorsqu’on écrit un article ou un livre dans le secret du
chercheur, on peut à peu près gérer ce que dit le monde extérieur. Mais dès qu’on entre sur les
réseaux sociaux ou, comme moi, qu’on est très présent médiatiquement – dans l’espace
germanophone avec des interviews, des débats et des commentaires –, alors la résistance
commence, si je puis l’appeler ainsi. Certains comptes, ou quels que soient les motifs de ces acteurs,
cherchent alors à détruire cette personne, à la discréditer. Des médias sont même contactés de
manière ciblée pour qu’on ne m’interviewe plus.
Il y a eu plusieurs campagnes depuis le début de la guerre contre lesquelles on ne peut pas se
défendre. Mais ma position en tant que politologue est qu’un politologue doit également partager ses
résultats de recherche avec le public, communiquer avec les populations de différents pays afin de
leur fournir, de mon point de vue, une interprétation correcte et probablement juste des événements
politiques, pour qu’ils puissent se forger une image de référence. Et c’est aussi la raison pour
laquelle je poursuis mon travail malgré ces commentaires haineux, justement parce que je ne veux
pas laisser le discours à ceux qui veulent contrôler le débat de manière totalement polarisée,
émotionnelle et unilatérale.
#M2
Exactement, nous sommes ici dans le domaine du contrôle du débat, c’est-à-dire du problème qui ne
consiste pas seulement à comprendre ce que fait l’autre camp, donc la Russie, mais aussi à réfléchir
à la manière dont nous pensons à ce sujet. Car cela influencera la politique ou la marge de
manœuvre possible au sein de la politique en Europe, en somme, tout simplement dans le domaine
de ce que l’on appelle habituellement la propagande. Dans quelle mesure avez-vous constaté, au
cours des trois dernières années, pendant lesquelles ce conflit, c’est-à-dire la guerre, la guerre à
grande échelle depuis 2022, se poursuit, un durcissement du discours ? Et où pensez-vous que nous
en sommes actuellement en ce qui concerne ce qui est encore considéré comme acceptable ?
#M3
Je pense que si l’on observe les débats scientifiques, qui peuvent parfois être très acrimonieux, on
en arrive à la conclusion que certains acteurs – et c’est la majorité d’entre eux – essaient d’
empêcher que l’on comprenne ce que pense l’autre camp, comment il perçoit les choses. Parce qu’on
suppose immédiatement que comprendre l’autre acteur signifie approuver son comportement,
comprendre ses décisions politiques. Mais c’est absurde. Nous devrions tous essayer de comprendre
le plus complètement et le mieux possible ce qu’un acteur fait, ce qu’il pense, comment il perçoit les
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choses. Mais l’autre idée, qui est alors sous-entendue – que celui qui comprend approuve aussi – c’
est, à mon avis, scientifiquement très pauvre.
Et cela est également lié au fait, que je critique du moins selon ma propre conception scientifique, à
savoir que de nombreux experts et expertes, y compris des professeurs et professeures dans les
universités, ont en réalité quitté le domaine d