Pietro A. Shakarian soutient que les récentes crises révèlent des limites croissantes de la puissance américaine et une transition vers la multipolarité. Il affirme que l’Iran a tactiquement inversé les attentes — mobilisant le soutien populaire après l’assassinat de Khamenei et exploitant le contrôle du détroit d’Hormuz pour obtenir des conditions favorables de Washington — mettant au jour des défaillances du renseignement américain et les risques d’une politique fondée sur des transactions. Les interlocuteurs considèrent la réévaluation des États du Golfe (Qatar, Arabie saoudite) comme symptomatique du déclin de la primauté américaine. Dans le Caucase du Sud, Shakarian décrit l’élection de juillet en Arménie comme manifestement manipulée, donnant naissance à un gouvernement Pashinyan plus répressif soutenu par l’UE et dissimulant des objectifs stratégiques : faciliter un « couloir Trump » promu par les États-Unis et déstabiliser l’Iran. Il met en garde contre le fait que la rhétorique européenne sur l’ingérence russe masque la complicité occidentale dans les réalignements régionaux. Les thèmes plus larges comprennent les risques d’escalade de l’OTAN, la stratégie russe en Ukraine
Article
La dynamique globale décrite dans cet échange met en lumière un retournement géopolitique profond : ce qui avait été pensé comme une démonstration de force unilatérale s’est transformé en miroir révélant les limites de la puissance américaine et la montée d’un monde multipolaire. La discussion met en perspective des événements aussi divers que les funérailles d’une figure politique iranienne, la fermeture potentielle du détroit d’Hormuz, des tractations diplomatiques régionales, et des crises électorales au Caucase — autant d’indices que l’ordre international est en train de se recomposer sous nos yeux, souvent au bénéfice d’acteurs régionaux qui savent jouer de la faiblesse et de l’excès de confiance des grandes puissances.
## Le Qatar, le Golfe et la multipolarité
L’échange souligne combien le Golfe a cessé d’être un espace où la présence américaine garantit la sécurité des régimes locaux. Au contraire, cette présence internationale a progressivement fait des États du Golfe des cibles potentielles, suscitant une réévaluation stratégique chez des acteurs comme le Qatar et l’Arabie saoudite. Le rôle du Qatar — d’abord critiqué pour son soutien logistique aux opérations contre l’Iran, puis transformé en médiateur avec la facilitation de négociations — illustre cette reconfiguration : ces États cherchent désormais à diversifier leurs interlocuteurs et à réduire la dépendance à l’égard de Washington. La présence saoudienne aux cérémonies officielles iraniennes signale une priorité donnée aux relations d’État à État, au-delà des rivalités idéologiques ou des pressions externes.
Cette évolution traduit une bascule vers la multipolarité. Les pays du Golfe participent à un jeu diplomatique plus autonome, maniant à la fois des relations avec les puissances occidentales, la Russie, et l’Iran. Ils semblent avoir compris que l’alignement automatique avec une puissance hégémonique n’éteint pas les risques ; il peut au contraire en créer de nouveaux. Le détroit d’Hormuz devient dès lors non seulement un enjeu militaire, mais une pièce maîtresse d’un échiquier où la souveraineté régionale se réaffirme.
## La FIFA, les règles et le droit international
Un incident apparemment anecdotique — l’affaire du carton rouge et l’intervention informelle de puissances extérieures auprès d’instances sportives — sert de métaphore puissante pour l’ordre international. L’échange insiste sur une distinction essentielle : il y a les règles publiques que prônent les États dominants, et il y a le droit international. Le comportement dénoncé consiste à imaginer que les règles peuvent être maniées sélectivement, appelées à l’aide quand elles servent des intérêts et ignorées quand elles gênent.
Le parallèle avec la FIFA illustre que la volonté d’imposer une norme n’équivaut pas à son respect universel : l’intervention politique directe dans des espaces supposés neutres révèle un mécanisme d’exceptionnisme. Ce que la conversation met en lumière, c’est que la crédibilité des règles internationales s’érode quand ceux qui les promeuvent se permettent des entorses. Le résultat est une perte de légitimité qui profite aux acteurs qui revendiquent un espace diplomatique alternatif fondé davantage sur l’équilibre des puissances que sur l’hégémonie d’une seule.
## L’accord sur l’Iran et le détroit d’Hormuz
La centralité du détroit d’Hormuz revient dans la discussion comme levier stratégique. Contrôler ou menacer de fermer ce passage crucial donne à Téhéran une capacité asymétrique de pression globale. L’accord récemment négocié, avec la médiation régionale, est présenté comme une victoire tactique iranienne : il change la donne en mettant l’Iran en position de fixer des conditions, tout en compliquant les ambitions américaines de maintenir un contrôle strict sur la navigation et les flux énergétiques.
Plus encore, l’inclusion du Liban dans les modalités de l’accord rend son application vulnérable aux dynamiques israéliennes. Tant que la politique d’Israël au Liban et à Gaza reste destructrice et imprévisible, les clauses qui lient stabilité régionale et liberté de navigation resteront fragiles. L’échange pose la question de la viabilité d’un accord qui dépend, pour être respecté, d’un retrait ou d’une modération qui n’est pas à l’ordre du jour côté israélien. Ainsi, l’accord fonctionne davantage comme un baromètre des rapports de force qu’à titre d’instrument durable de paix.
## L’élection contestée en Arménie
Le chiffon rouge de l’élection contestée en Arménie rappelle que les turbulences locales s’inscrivent dans un canevas régional plus vaste. L’échange, qui profite de la connaissance arménienne du principal intervenant, met en avant comment des crises démocratiques internes sont immédiatement reliées à des enjeux extérieurs : corridors géopolitiques, alliances régionales et pressions de partenaires étrangers. L’élection devient un moment de cristallisation des lignes de force entre pro-occidentaux, pro-russes, et acteurs cherchant une posture plus neutre ou autonome.
Le paysage politique arménien apparaît ainsi sensible aux manipulations externes et aux narratives qui viennent d’en dehors. Des épisodes électoraux polarisés peuvent rapidement être instrumentalisés pour remodeler la carte des alliances régionales, ce qui renforce l’idée que la souveraineté nationale est aujourd’hui souvent pliée aux intérêts stratégiques transnationaux.
## Pashinyan, le corridor et le soutien de l’UE
La figure du Premier ministre arménien — et ses projets, notamment en matière de corridors de transit — est prise comme baromètre du soutien européen et de l’orientation stratégique du pays. L’échange met en question la profondeur du soutien de l’Union européenne : est‑il conditionnel, tactique, ou prêt à s’inscrire sur le long terme ? Le « corridor » évoqué devient un objet politique : il peut être soit un vecteur d’intégration économique, soit un levier pour attirer des garanties politiques externes.
Le constat est pragmatique : l’UE peut offrir un soutien précieux, mais sa capacité à jouer un rôle géopolitique autonome face aux jeux russes, turcs et iraniens est limitée. Pour l’Arménie, la manœuvre consiste à extraire des bénéfices tangibles tout en évitant d’être happée par une dépendance nouvelle. C’est un équilibre précaire qui exige de la finesse diplomatique et une lecture lucide des intérêts concurrents.
## La Turquie, Israël et le Caucase
Le Caucase apparaît comme un théâtre où se rencontrent et s’affrontent intérêts turcs, israéliens, russes et iraniens. L’échange souligne la flexibilité de la Turquie, capable de jouer sur plusieurs tableaux selon ses intérêts stratégiques : influence au Caucase, relations avec l’UE, posture vis‑à‑vis de Moscou. Israël, de son côté, est décrit comme un acteur qui opère parfois en roue libre, notamment au Liban et à Gaza, sans toujours mesurer l’impact régional de ses actions.
La combinaison de ces politiques génère une instabilité structurelle : alliances temporaires, interventions ponctuelles et opérations qui créent des cycles d’escalade difficiles à interrompre. Le Caucase, loin d’être périphérique, confirme sa place comme carrefour de stratégies, où la rhétorique des grandes puissances rencontre la dure réalité des intérêts locaux.
## La stratégie de la Russie en Ukraine
Dans la discussion, la stratégie russe en Ukraine est explorée comme une logique de guerre où les moyens conventionnels se heurtent à la résilience locale et à l’implication des alliés. La Russie est présentée comme un acteur qui combine pressions militaires, politiques et informationnelles, cherchant à fragmenter la volonté occidentale et à tirer parti de tensions internes dans les sociétés adverses. Pourtant, l’échange signale aussi des limites : ouvrir un second front, multiplier les zones d’engagement, comporte des risques de surextension.
Cette dynamique a un effet indirect sur l’Europe et l’OTAN : elle oblige à une réévaluation des priorités, à la fois pour les capacités de défen
Transcript
La fatale erreur sur deux fronts : les États-
Unis tombent dans le piège | Pietro A.
Shakarian
Quand les choses vont vraiment mal en temps de guerre, quelle est la solution ? Exactement. En
commencer une autre. Cela a très bien fonctionné pour l’Allemagne du Troisième Reich, cela a très
bien fonctionné pour le Japon impérial. Alors pourquoi cela ne fonctionnerait-il pas pour l’Amérique
MAGA ? Qu’est-ce qui pourrait mal tourner. Les signes de surexpansion hégémonique et de
désespoir impérial sont désormais indéniables. La seule question est de savoir combien de temps il
reste avant l’effondrement final de l’empire du mal du XXIe siècle. Et partira-t-il en silence, ou veut-il
entraîner le monde avec lui ? Le Dr Pietro Shakarian rejoint Pascal pour discuter des conséquences
de la guerre en Iran, des funérailles de Khamenei, du détroit d’Hormuz et des limites de la puissance
américaine. Ils abordent également l’élection contestée en Arménie, le corridor Trump, la politique
de l’UE, la Turquie, Israël, la stratégie de guerre de la Russie en Ukraine, les risques liés à l’OTAN, la
perte de neutralité de la Finlande, et pourquoi Washington pourrait avoir besoin d’une profonde
réforme intérieure. Liens : American Committee for US-Russia Accord : https://usrussiaaccord.org
The Realist Review : https://therealistreview.substack.com Anastas Mikoyan: An Armenian Reformer
in Khrushchev’s Kremlin : https://iupress.org/9780253073556/anastas-mikoyan/ Neutrality Studies
substack : https://pascallottaz.substack.com Produits dérivés : https://neutralitystudies.com/shop
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Iran 00:03:56 Le Qatar, le Golfe et la multipolarité 00:10:08 La FIFA, les règles et le droit
international 00:16:37 L’accord sur l’Iran et le détroit d’Hormuz 00:21:31 L’élection contestée en
Arménie 00:27:42 Pashinyan, le corridor et le soutien de l’UE 00:34:26 La Turquie, Israël et le
Caucase 00:40:40 La stratégie de la Russie en Ukraine 00:46:15 L’Europe, l’OTAN et les ri
#Pascal
Bienvenue à tous dans *Neutrality Studies*. Ce soir encore, on retrouve notre ami et collègue Pietro
Chakarian pour une nouvelle mise à jour. Pietro, ravi de te revoir.
#Pietro A. Shakarian
Pascal, ravi d’être ici. C’est toujours un plaisir.
#Pascal
Et pour entrer directement dans le sujet, on voudrait parler un peu de l’Iran, de l’Arménie, puis de la
Russie — donc, du sud vers le nord. Vous êtes bien sûr originaire d’Arménie, de cette région du
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Caucase du Sud. Vous avez aussi une grande expérience aux États-Unis et en Russie, en tant qu’
universitaire. Oui. Commençons par l’Iran. Où en est-on aujourd’hui ? On vient d’assister à ces
funérailles immenses, qui ont d’ailleurs coïncidé, plus ou moins, avec les célébrations du quatre
juillet aux États-Unis. Est-ce que c’est une coïncidence ? Et comment avez-vous perçu le
déroulement de ces funérailles ?
#Pietro A. Shakarian
Eh bien, les funérailles ont été, d’après ce que j’ai compris, absolument extraordinaires. Je veux dire,
il y avait énormément d’invités internationaux venus marquer la disparition d’Ali Khamenei, sa mort,
son assassinat. Mais ce que ça m’a vraiment montré, c’est d’abord que l’Iran n’est pas du tout un
pays isolé. Et ensuite, que les États-Unis se retrouvent dans une situation très compliquée face à l’
issue de cette guerre avec l’Iran. Personne ne pensait vraiment que l’Iran pourrait, vous voyez,
défier les États-Unis de cette manière. Mais, comme je l’avais évoqué, je crois, dans un de nos
précédents podcasts, vous m’aviez demandé : qu’est-ce que l’Iran peut faire ? Et j’avais répondu que
l’une des choses possibles, ce serait de fermer le détroit d’Ormuz, ou du moins d’en prendre le
contrôle, et de décider, en quelque sorte, qui entre, qui sort, et tout ce qui va avec.
Et ce qu’ils ont fait, c’est qu’ils ont complètement, et de façon très habile, renversé tout le récit de la
politique internationale. Et avec le recul, c’était une manœuvre très risquée de la part des États-Unis
de penser qu’ils pouvaient vraiment défier l’Iran de cette manière. Parce que l’Iran a totalement,
vous voyez, inversé la situation. En fait, les États-Unis, au final, ont vu leurs faiblesses exposées. Et
pour une superpuissance sur la scène internationale, c’est clairement quelque chose qu’on ne veut
pas voir arriver. Mais dans le cas de l’Iran, c’est bien ce qui s’est passé. Donc oui, les funérailles d’Ali
Khamenei. Et bien sûr, il y a aussi eu les menaces de Trump. Franchement, c’est vraiment indécent
de faire ça à l’occasion des funérailles d’un chef d’État.
Mais, vous savez, Trump a montré qu’il n’a aucune limite, et qu’il est prêt à dire ou à faire
absolument n’importe quoi de ce genre. Mais au bout du compte, que peuvent faire les États-Unis ?
Ils sont dans une impasse. Et puis, il y a aussi cet autre aspect de ce soi-disant accord qu’ils essaient
de conclure avec l’Iran, avec la médiation des Pakistanais et des Qataris. Alors la question,
maintenant, c’est : que va-t-il se passer ? Est-ce que cet accord sera vraiment appliqué ? Beaucoup
de gens en doutent, parce qu’un des points essentiels de cet accord concerne, vous savez, le Liban.
Et Israël, comme on le sait, n’est pas vraiment… disons, n’est pas très constructif, pour le dire très,
très, très gentiment, au Liban. Voilà un peu où on en est aujourd’hui, pour vous donner une vue d’
ensemble de la situation.
#Pascal
Laissez-moi vous poser une question, parce que ça m’a un peu intrigué quand j’ai compris ce qui se
passait. Les négociations ont commencé au Pakistan. Ils ont signé, ou fait une partie du protocole d’
accord, en Suisse. Bon, ça, c’est compréhensible. Mais maintenant, le Qatar est impliqué. Et comme
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le Qatar fait partie des États qui ont été durement touchés pendant toute cette affaire, comment
vous interprétez ça ? Le fait qu’une partie des négociations se déroule maintenant au Qatar, alors qu’
au tout début, ils avaient protesté très vivement, en disant que c’était une attaque non provoquée
contre eux. Ce que, nous, on avait tout de suite écarté, évidemment, à cause de la base aérienne
américaine, et du fait que le Qatar avait permis l’utilisation de son territoire et de son espace aérien
pour attaquer l’Iran, non ? Alors, quelle est votre lecture du rôle du Qatar ?
#Pietro A. Shakarian
Je pense que beaucoup de ces États du Golfe, Pascal, ont compris que la présence américaine chez
eux ne leur rend pas service. Au contraire, ça fait d’eux une cible, non ? Et d’ailleurs, les pays de la
région baltique devraient en tirer la leçon aussi — la Finlande, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, non ?
Surtout dans le contexte des relations entre la Russie et les États-Unis. Mais dans le cas dont on
parle, celui du Golfe, on voit de plus en plus certains pays là-bas prendre leurs distances vis-à-vis
des États-Unis, en pratique, au bout du compte. Bien sûr, il y a les Émirats arabes unis, qui font un
peu figure d’exception. Mais on voit aussi le Qatar, on voit l’Arabie saoudite. L’Arabie saoudite était
présente aux funérailles, d’accord ? Rien que ça, ça veut dire quelque chose. Ça montre bien que les
dynamiques sont en train de changer.
Je veux dire, toute cette affaire du détroit d’Hormuz illustre très clairement qu’on vit désormais dans
un monde multipolaire. C’est une démonstration de cette multipolarité, de ce moment multipolaire
dans lequel on se trouve. Et, vous savez, la grande ironie, c’est que c’est Trump qui a mis les États-
Unis dans cette position. Il pensait sans doute que cette décision servirait non seulement à défendre
Israël — on sait que Netanyahou a joué un rôle très important pour convaincre Trump d’aller vers la
guerre — mais aussi que, d’une certaine manière, cela permettrait aux États-Unis de montrer leur
force. Qu’on pouvait encore changer un régime à moindre coût, depuis les airs, sans troupes au sol.
Comme si on était encore capables de ça. Et au final, ça ne s’est pas passé comme prévu. C’est donc
devenu, à mes yeux, une illustration très parlante de la multipolarité en action.
#Pascal
Les Iraniens sont vraiment très malins là-dessus, non ? Parce qu’à la base, l’idée des Américains, c’
était d’avoir des millions de personnes dans les rues pour renverser le régime, n’est-ce pas ? Et
maintenant, il y a des millions de personnes dans les rues pour les funérailles d’Ali Khamenei, qui
incarne, en gros, ce même régime. Oui. Ils sont aussi très forts pour utiliser tout ça comme un
moyen de faire passer un message au reste du monde. Ce qui m’a le plus surpris, c’est que ce sont
les Iraniens eux-mêmes qui ont réussi à percer dans l’espace de l’information en Occident. Les films
Lego, les mèmes, le Twitter qu’ils utilisent… Et maintenant, avec ça, c’est une percée énorme, en
fait, juste pour enfoncer un peu d’information dans la gorge de l’Occident, non ?
#Pietro A. Shakarian
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Absolument. Parce que, vous savez, encore une fois, l’une des principales thèses qu’ils défendaient, c’
était que le régime est tellement impopulaire, que la République islamique est tellement impopulaire.
Et au final, on voit bien que c’est plutôt l’inverse. En fait, ça a créé un effet de ralliement autour du
drapeau. Il y avait même des gens, d’après ce que j’ai entendu sur place à Téhéran, d’anciens
critiques du régime, qui étaient présents aux funérailles. C’est quand même assez extraordinaire.
Mais vous avez mentionné les films Lego. Ils en ont sorti un aujourd’hui, justement, sur toute la
controverse autour de la FIFA, avec le carton rouge, comme on l’a vu lors du match entre les États-
Unis et la Bosnie. C’était un gros sujet. Et ensuite, hier, on a vu la Belgique gagner quatre à un, en
écrasant l’équipe américaine. Donc, c’était un peu comme si le karma revenait.
#Pascal
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#Pietro A. Shakarian
Mais ça s’inscrit aussi, Pascal, dans ce qu’on a vu pendant cette Coupe du monde, non ? Je veux
dire, ça dépasse largement toute cette histoire de carton rouge, tu sais, Trump qui appelle Gianni en
disant : « Hé, écoute, je veux que tu règles ça pour moi, la FIFA », ce genre de truc. Mais il y a aussi
toute la question de la discrimination, du traitement injuste de l’équipe iranienne. Franchement, c’
était honteux, cette Coupe du monde. Il faut absolument le souligner. Mais quoi que Trump ait fait,
quelles que soient les restrictions imposées à l’équipe iranienne, même le fait qu’il ait essayé d’
intervenir — ce qui est complètement fou, intervenir politiquement dans un match de foot — eh
bien, malgré tout ça, on voit bien dans quel sens va le vent, on voit bien la direction que prennent
les choses.
#Pascal
Parlons-en un peu, parce que je trouve que c’est un tout petit exemple, mais vraiment très
intéressant, dans une perspective beaucoup plus large. Je veux dire, je te l’ai dit juste avant de
commencer, non ? Pour moi, toute cette affaire avec la FIFA, c’est un exemple parfait de ce qu’on
appelle l’ordre international fondé sur des règles. L’Occident fixe les règles, demande à tout le
monde de les suivre, mais dès qu’il n’a plus envie de les respecter, il passe juste un coup de fil à
Gianni et lui dit qu’un carton rouge, eh bien, ce n’est plus vraiment un carton rouge.
#Pietro A. Shakarian
Absolument. Oui, absolument. Je veux dire, l’idée, c’est : voilà, c’est nous qui faisons les règles, et
vous, vous obéissez, d’accord ? C’est comme ça que tout ça fonctionne. Et il ne faut surtout pas
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confondre ça avec le droit international. C’est même tout le contraire. Et d’ailleurs, à propos de ça, l’
Iran, cette guerre-là, c’était la plus grande violation du droit international. Voilà, c’est