Saul Takahashi soutient que les récents développements dans le Golfe et en Asie de l’Est révèlent une fracture de l’ordre de sécurité d’après-guerre dans laquelle les alliances américaines exposent de plus en plus leurs partenaires au risque plutôt que de garantir leur protection. S’appuyant sur son expérience aux Émirats arabes unis pendant des alertes aux missiles, il soutient que les États du Golfe sont confrontés à des dilemmes juridiques et pratiques : l’accueil de bases américaines peut ne pas correspondre à la définition juridique de l’agression, mais il engendre une complicité indirecte et une vulnérabilité stratégique. Le Japon, affirme-t-il, ne peut plus prétendre de manière plausible à la neutralité étant donné la présence concrète de forces militaires américaines utilisées contre l’Iran, ce qui contraint les responsables japonais à réévaluer leur dépendance au parapluie américain. Takahashi et Pascal Lottaz discutent de la recalibration régionale — le recentrage progressif des États du Golfe, de nouveaux pactes de défense et la diplomatie prudente du Japon sous la pression d’un partenaire américain peu fiable et d’une politique populiste aux États-Unis. Ils mettent en g
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Les alliés des États-Unis cessent d’être de simples bénéficiaires d’une protection extérieure pour devenir, dans plusieurs parties du monde, des pièces exposées sur un échiquier où la guerre multipolaire s’installe. La conversation avec Saul Takahashi dessine une image aiguë : un ordre international en mutation, où l’hébergement de forces étrangères, la dépendance stratégique et l’opacité juridique transforment des partenaires en cibles et où la neutralité traditionnelle se trouve mise à l’épreuve. L’enjeu n’est plus seulement théorique — il est existentiel pour des sociétés qui voient leurs territoires, leurs infrastructures et leurs vies quotidiennes frappés par des logiques de projection de puissance qui dépassent leurs choix souverains.
## Génocide à Gaza et répercussions dans le Golfe
Le point de départ moral et politique de l’échange est la catastrophe humanitaire à Gaza, qualifiée ici sans détour de génocide par la durée et l’ampleur des pertes humaines. Cette réalité pèse comme un facteur d’escalade indirecte : l’action militaire américaine et israélienne contre l’Iran et la riposte iranienne se déroulent dans le sillage de cette tragédie, et les pays du Golfe se retrouvent pris entre deux logiques. D’un côté, ils cherchent à se protéger et à ménager leurs relations stratégiques; de l’autre, ils subissent des attaques rétaliatrices ou préventives qui ont des conséquences concrètes sur leurs sols et sur la vie de leurs citoyens.
La perception populaire et politique dans la région, telle que rapportée à partir du terrain, est double : rejet des agressions et critique de l’instrumentalisation régionale. Les États du Golfe affirment ne pas avoir autorisé l’usage de leurs bases pour frapper l’Iran et présentent une posture de distanciation. Pourtant, la présence d’infrastructures militaires étrangères — même lorsqu’elles sont officiellement « défensives » — crée un lien fonctionnel qui, en période de conflit, se traduit rapidement par un partage des risques. Ainsi, la catastrophe à Gaza devient à la fois un catalyseur moral et un facteur stratégique qui exacerbe les tensions et réoriente les calculs de sécurité régionaux.
## Droit de la neutralité et zones grises juridiques
La discussion met en lumière une tension juridique fondatrice : le droit de la neutralité, hérité des règles de La Haye, n’a pas été conçu pour un monde où l’hébergement d’une base étrangère peut libérer des ressources militaires bien au-delà du territoire qui les abrite. Le droit international, dans ses définitions actuelles de l’agression et de la neutralité, laisse un espace gris où des États peuvent, juridiquement, se déclarer non belligérants tout en contribuant indirectement à des opérations extérieures.
Cette zone grise n’est pas neutre en pratique. Elle permet à des États de revendiquer une non-complicité formelle tout en fournissant des capacités logistiques, spatiales ou de surveillance qui facilitent l’action étrangère. Les conséquences sont concrètes : l’adversaire peut arguer que l’hôte n’est pas neutre au sens opérationnel, et la distinction entre défense et projection de puissance s’efface face à des systèmes qui servent à la fois à détecter et à diriger. L’échange souligne la nécessité d’une révision normative : si l’hébergement de bases continue d’être juridiquement neutre, il faudra accepter que, stratégiquement, il rende l’hôte vulnérable et modifie son statut de fait sur le théâtre des opérations.
## Les bases américaines comme aimants dans le Golfe et au Japon
L’image récurrente est celle de l’aimant : les bases attirent les menaces. Les systèmes radar, les installations logistiques et les plateformes de projection transforment le territoire hôte en un centre d’intérêt pour l’adversaire. Dans le Golfe, cela s’est traduit par des frappes sur des capacités de détection et sur des infrastructures proches des bases. Au Japon, l’analyse est encore plus radicale : les installations américaines ne sont pas seulement hébergées, elles ont été effectivement employées dans des opérations touchant l’Iran, ce qui efface la distinction entre hôte neutre et participant actif.
Cette mutation conditionne la perception publique et la politique intérieure. Les gouvernements qui avaient compté sur la présence américaine comme un parapluie protecteur doivent désormais reconsidérer si cette présence ne les expose pas davantage. La dichotomie entre sécurité apportée et danger généré devient centrale dans les débats publics : maintenir des bases américaines offre-t-il encore une assurance ou crée-t-il, surtout dans un contexte de déclin relatif de l’hégémonie américaine, un risque stratégique inacceptable ? La réponse n’est pas uniforme, mais la question bouleverse les calculs traditionnels d’alliance.
## Takaichi, Trump et les relations Japon-Chine
Le lien entre politique intérieure japonaise et géopolitique régionale apparaît clairement : la posture du Japon vis-à-vis de la Chine, et sa dépendance américaine, sont des variables interconnectées. La possibilité d’un tournant politique marqué par des figures nationalistes ou isolationnistes — illustrée par des noms comme Takaichi et des scénarios avec Trump — fait craindre un repli stratégique ou, inversement, une accélération des engagements militaires qui pourraient impliquer davantage le Japon dans des conflits lointains.
Saul Takahashi pointe un fait troublant : si les bases japonaises servent à des opérations contre des tiers, la marge de manœuvre diplomatique de Tokyo pour jouer un rôle de médiateur entre la Chine et l’Iran (ou entre le Japon et l’Iran) se rétrécit. Historiquement, Tokyo a intérêt à maintenir des relations stables avec l’Iran pour des raisons énergétiques et commerciales; aujourd’hui, le stationnement de forces américaines et leur utilisation opérationnelle rendent improbable une politique indépendante de médiation sans risquer de contradiction avec ses engagements sécuritaires. La montée d’un nationalisme musclé ou d’un populisme pro-américain pourrait intensifier la dépendance, tandis qu’une inflexion plus prudente pourrait pousser le Japon à repenser sa posture.
## Risque de guerre par procuration et effondrement de l’ancien ordre
L’un des thèmes les plus inquiétants est la normalisation de la guerre par procuration. La confrontation indirecte entre grandes puissances, via alliés et proxies, augmente le risque d’escalade incontrôlable. Les États qui hébergent des forces étrangères peuvent se retrouver, sans l’avoir voulu, au centre d’un affrontement entre puissances qui ne maîtrisent plus leurs frontières d’affrontement. Cette dynamique est rendue encore plus dangereuse par un effondrement relatif de l’ordre hérité d’après-guerre : les mécanismes de gestion des conflits, la crédibilité des garants et la prévisibilité des réponses se délitent.
La conversation évoque un arrière-plan où la dissuasion classique est en crise. Les garants traditionnels — États-Unis en tête — montrent des signes de retrait ou de priorisation d’intérêts ailleurs, et cela crée un vide que d’autres puissances cherchent à combler. Le résultat est un monde où les alliances traditionnelles ne garantissent plus la sécurité mais la rendent contingente, et où les zones tampons deviennent des champs de bataille potentiels. La logique d’un ancien ordre basé sur la priorité des relations bilatérales et des traités se heurte à une multipolarité qui redessine les hiérarchies et multiplie les points de friction.
## Sécurité régionale et transition vers un monde multipolaire
Face à ces mutations, la conversation appelle à repenser les architectures de sécurité régionales. Une transition vers la multipolarité exige des dispositifs plus souples, capables de prendre en compte les intérêts et les vulnérabilités des États hôtes. Plutôt que d’empiler des garanties extérieures qualitativement semblables, il s’agit de concevoir des arrangements régionaux qui diminuent les asymétries, limitent l’exposition directe et encouragent la rés
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Les États-Unis reculent, la guerre
multipolaire s’enflamme | Pr. Saul
Takahashi
Les alliances américaines ressemblent désormais moins à une protection qu’à un danger. Pascal
Lottaz s’entretient avec l’avocat international des droits humains Saul Takahashi au sujet de son
expérience des alertes aux missiles aux Émirats arabes unis, du génocide à Gaza, des bases
américaines transformant les alliés en cibles, des risques pour le Japon, de l’échec de la dissuasion
et de l’effondrement de l’ancien ordre mondial. Liens : Saul Takahashi Researchmap :
https://researchmap.jp/saul_takahashi Neutrality Studies sur Substack : https://pascallottaz.substack.
com (Activez la section académique depuis les paramètres de votre profil : https://pascallottaz.
substack.com/s/academic) Boutique : https://neutralitystudies-shop.fourthwall.com Don :
https://neutralitystudies.com/donate Chapitres : 00:00:00 Saul Takahashi et l’expérience aux Émirats
arabes unis 00:09:11 Génocide à Gaza et répercussions dans le Golfe 00:14:15 Droit de la neutralité
et zones grises juridiques 00:20:43 Les bases américaines comme aimants dans le Golfe et au Japon
00:30:35 Takaichi, Trump et les relations Japon-Chine 00:44:15 Risque de guerre par procuration et
effondrement de l’ancien ordre 00:52:10 Sécurité régionale et transition vers un monde multipolaire
00:58:02 Clarté sur le colonialisme et pression de l’opinion publique
#Pascal
Bienvenue à tous dans *Neutrality Studies*. Aujourd’hui, je suis à nouveau accompagné de mon
collègue, l’avocat international et défenseur des droits humains Saul Takahashi, un citoyen nippo-
américain qui pratique le droit international et le droit des droits humains depuis très, très
longtemps. Bienvenue, Saul.
#Saul Takahashi
Oui, bonjour. Merci, Pascal. C’est un plaisir de te revoir, et merci beaucoup de m’avoir invité.
#Pascal
C’est formidable que nous puissions refaire cela, car lorsque nous nous sommes rencontrés pour la
première fois, tu étais en fait au Japon, mais ensuite tu as changé de voie et tu as déménagé aux
Émirats arabes unis. Tu étais aux Émirats arabes unis jusqu’à il y a seulement quelques jours, et
aujourd’hui nous sommes le 3 avril. Tu te trouvais en réalité aux Émirats arabes unis quand tout est
arrivé. Peux-tu peut-être nous donner un très bref aperçu de ton parcours, comment tu en es venu à
travailler aux Émirats, ce que tu y faisais, et nous poursuivrons à partir de là ?
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#Saul Takahashi
D’accord. Très bien, merci. Comme vous l’avez mentionné, je suis avocate spécialisée en droits
humains internationaux. C’est ma spécialité — le droit international des droits humains et le droit
international humanitaire. J’ai commencé ma carrière en travaillant pour Amnesty International à
Tokyo, puis j’ai poursuivi au secrétariat international d’Amnesty International — le siège
international, si vous préférez — à Londres. À partir de là, il était naturel que ma carrière évolue vers
les Nations Unies, où j’ai occupé plusieurs postes. Mon dernier poste était celui de cheffe adjointe du
bureau de l’Agence des Nations Unies pour les droits humains en Palestine occupée.
C’était de 2009 à la mi-2014. Je vivais à Jérusalem, et mon bureau principal se trouvait à Ramallah.
Mais bien sûr, nous avions des bureaux dans toute la Cisjordanie et aussi à Gaza, donc j’ai beaucoup
voyagé à travers la Palestine. Notre principale mission consistait à documenter et à rendre compte
des violations des droits de l’homme, puis à transmettre ces rapports à des instances comme le
Conseil des droits de l’homme et l’Assemblée générale, entre autres. Nous faisions également du
renforcement des capacités pour la société civile palestinienne et l’Autorité palestinienne. J’ai quitté l’
ONU en 2014 et je suis rentré au Japon.
#Saul Takahashi
Je suis retourné travailler pour une ONG pendant un certain temps, mais à partir de 2019, j’ai
enseigné à plein temps dans une très petite université féminine au centre d’Osaka. Cela a duré jusqu’
en août dernier, lorsque j’ai déménagé aux Émirats arabes unis, comme vous l’avez mentionné, et
que j’ai pris un poste de professeur invité à l’Université de New York à Abou Dhabi. C’était un poste d’
un an, et il était question d’une prolongation — cela semblait bien parti pour être renouvelé.
Malheureusement, mon emploi est devenu une victime de la guerre, j’en ai bien peur. On m’a
annoncé l’autre jour qu’avec tout ce qui se passe, ils allaient devoir réduire assez drastiquement les
postes de professeurs invités. Donc, malheureusement, je me retrouve un peu sans emploi. C’est
une mauvaise nouvelle pour moi, mais bien sûr, ce n’est vraiment pas grand-chose — c’est un
problème de pays riche.
Et je ne peux évidemment pas comparer cela à ce qui se passe à Gaza, au Liban et ailleurs. Mais
comme tu l’as mentionné — oui, j’ai été pris, si l’on peut dire, aux Émirats arabes unis quand tout
cela a commencé. Je pense que, comme la plupart des gens, je m’attendais à ce que cela se termine
en quelques jours. Et je me suis bien trompé. Je tiens vraiment à souligner que je ne me suis pas
senti en danger aux Émirats arabes unis, d’aucune manière. Je veux dire, les gens réagissent
différemment à ce genre de situations. Je pense que certaines personnes paniquaient, mais, tu sais,
chacun réagit à sa façon dans ces circonstances. Bien sûr, j’ai été en Palestine ; j’ai déjà vécu ce
genre d’expériences — des missiles qui passent au-dessus de ma tête et la nécessité d’évacuer. Je
veux dire, quand on travaille pour l’ONU dans ce type d’endroits, cela fait simplement partie du
quotidien.
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Donc je n’étais pas—tu vois—je ne me sentais certainement pas en danger. De temps en temps,
peut-être deux ou trois fois par jour, on recevait ces alertes assourdissantes sur nos téléphones. Et
puis, après quelques minutes, on entendait des bruits d’explosions dans le ciel—c’étaient les missiles
interceptés. Donc, tu vois, ça allait. Je ne veux évidemment pas minimiser les tragédies, parce que si
tu te trouves au mauvais endroit au mauvais moment, les débris de ces missiles interceptés
retombent, évidemment. Ils tombent au sol, et tu peux être touché. Je crois que quelques—je ne me
souviens plus du nombre exact—mais un petit nombre de personnes ont effectivement été tuées à
cause de cela.
Donc, vous savez, ce genre de chose peut arriver si vous êtes au mauvais endroit au mauvais
moment. Mais dans l’ensemble, les gens continuaient à vivre normalement. Je veux dire, les
magasins étaient tous ouverts quand j’y étais. Il y avait beaucoup de nourriture. Vous savez, on
parle d’un pays très riche, évidemment, et qui dispose d’une grande capacité logistique — veillant à
ce qu’il y ait un approvisionnement en tout ce dont on a besoin, de l’eau à la nourriture, et tout le
reste. Donc c’était vraiment assez normal. Les centres commerciaux étaient ouverts, tout allait bien.
C’est juste que, tu sais, NYUAD a pris assez tôt la décision que les cours allaient se dérouler en ligne
pour le reste du semestre. Et puis, quelques jours plus tard, le campus a été fermé par excès de
précaution. Je vivais sur le campus, donc cela signifiait que nous devions évacuer. Ils nous ont
installés dans un hôtel. Et encore une fois — problèmes de pays riches — c’était un désastre : un
hôtel cinq étoiles dans le Golfe. Je veux dire, il y avait une piscine et une salle de sport, et, tu sais, c’
était très agréable. Encore une fois, nous ne manquions de rien, mais ce n’était pas le genre d’
endroit où tu veux rester des mois, à suivre tes cours et ce genre de choses. Alors nous avons
décidé de partir.
Et en fait, c’était un peu… encore une fois, je ne veux pas en faire toute une histoire, mais il y avait
un peu de stress à ce sujet. Aux Émirats arabes unis, tout allait bien, mais l’aéroport était très
imprévisible. Donc, partir a été un peu stressant. Nous ne savions pas trop ce qui allait se passer. Il
y avait un vol d’évacuation japonais, mais nous n’avons pas pu y monter au début. Et c’était, vous
savez, ce genre de situation où, toutes les quelques heures, on se demandait : « Que va-t-il se
passer ? Que va-t-il se passer ? » Mais nous avons eu de la chance, car nous avions déjà des billets
pour l’Europe que nous avions réservés bien avant, en décembre, puisque c’était les vacances de mi-
trimestre.
Nous avions donc gardé ces billets, et lorsque nos dates de voyage sont arrivées, l’aéroport
fonctionnait plus ou moins correctement. Il y a eu quelques frayeurs jusqu’à la dernière minute, mais
nous avons réussi à embarquer. Et, vous savez, encore une fois, je ne veux pas dramatiser tout cela.
Je ne veux pas donner l’impression que nous étions des réfugiés avec seulement les vêtements que
nous portions, fuyant Beyrouth. J’ai passé une semaine à Paris à bien profiter, puis j’avais les
moyens de revenir au Japon. Donc, vous savez, j’ai beaucoup de chance, et tout s’est bien passé.
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#Pascal
Hé, petite interruption rapide parce que j’ai récemment été banni de YouTube. Et même si je suis de
retour, cela pourrait se reproduire à tout moment. Donc, s’il vous plaît, pensez à vous abonner non
seulement ici, mais aussi à ma liste de diffusion sur Substack. C’est pascallottaz.substack.com. Le
lien sera dans la description ci-dessous. Et maintenant, retour à la vidéo. Heureusement, les choses
se sont arrangées. Et heureusement aussi pour les personnes qui vivent encore à Abou Dabi, à
Dubaï, etc. — ce n’est pas une catastrophe humanitaire. Et comme tu l’as dit, le niveau de
destruction et même le niveau de menace est infiniment moindre que ce que subissent les gens dans
le génocide à Gaza, n’est-ce pas ? La première fois que nous avons parlé en ligne, c’était en fait
lorsque le génocide en était à son troisième ou quatrième mois. Nous en sommes maintenant à deux
ans, et nous savons que des centaines de milliers de personnes ont été tuées à Gaza.
Je veux dire, personne qui ait encore un minimum de bon sens ne contesterait que c’est un génocide
à ce stade. Et si l’on compare cela au niveau de guerre que nous voyons en ce moment — d’un côté,
il y a l’attaque américano-israélienne contre l’Iran ; de l’autre, l’Iran riposte en frappant des cibles
dans ces pays alliés, n’est-ce pas ? Oui. Ces pays accueillent eux-mêmes des bases américaines, ils
aident logistiquement les États-Unis, mais ils n’envoient pas leur propre armée ni leurs missiles en
Iran. Nous avons donc cette situation étrange où les Émirats arabes unis, le Koweït, le Qatar et
Bahreïn agissent en quelque sorte comme des amortisseurs pour la guerre que les États-Unis ont
déclenchée. Je veux dire, quel était le ressenti sur le terrain parmi les gens à qui tu as parlé ? Est-ce
qu’ils tiennent l’Iran pour responsable de ce qui se passe, ou bien accusent-ils les États-Unis d’avoir
poussé la région au bord du gouffre ?
#Saul Takahashi
Eh bien, je pense que le sentiment général dans la région — et je parle du Golfe — consiste
essentiellement à blâmer les deux camps. C’est du moins l’impression que j’en ai. Vous savez, si l’on
aborde l’aspect du droit international, les pays du Golfe ont déclaré à plusieurs reprises qu’ils avaient
interdit aux États-Unis de lancer des attaques depuis les bases situées sur leur territoire. Leur
argument, depuis le début, est que, oui, il existe des bases américaines, mais qu’elles remplissent d’
autres fonctions — ce sont des bases défensives ou autre chose. Donc, en somme, ils disent : «
Nous, les nations du Golfe, ne sommes pas complices de ces attaques. » Et, bien sûr, ils sont
mécontents des attaques visant le Golfe.
Je veux dire, excusez-moi — les attaques contre l’Iran. Et, vous savez, ils ont essayé de trouver une
voie diplomatique, et ils ont tenté de dissuader les États-Unis, et peut-être indirectement, dans bien
des cas, Israël, de lancer ces attaques. Mais les États-Unis et Israël sont simplement passés à l’
action sans, semble-t-il, même les en informer. Ils sont donc très mécontents de cela, c’est certain.
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