Le professeur Seyed Marandi soutient que l’Iran réagit à une campagne existentielle illégalement imposée, menée par les États‑Unis et Israël, en mobilisant des missiles, des drones et des défenses efficaces afin d’imposer des coûts stratégiques à travers le Golfe Persique. Il rapporte de lourdes souffrances civiles à Téhéran causées par des frappes américano‑israéliennes et insiste sur l’intention de l’Iran de ne pas se contenter d’un simple cessez‑le‑feu, mais d’obtenir des garanties durables — y compris des réparations et le retrait de toute présence militaire étrangère hostile — dans la région. Marandi soutient que l’Iran a la capacité et la volonté de soutenir des opérations prolongées, y compris l’interdiction effective du détroit d’Hormuz, ce qui fait peser des risques mondiaux sur l’énergie et l’économie. Il écarte la confiance dans le respect des accords par les États‑Unis et se montre sceptique à l’égard d’une diplomatie médiée par l’Occident, préférant des changements des faits sur le terrain et des réalignements régionaux (y compris la neutralité du Golfe) comme conditions préalables à un règlement stable. Marandi avertit que le conflit pourrait affaiblir de manière déci
Article
L’escalade actuelle entre l’Iran, les États-Unis et Israël redessine non seulement la carte militaire du Golfe mais pose une interrogation profonde sur la viabilité d’un ordre régional fondé sur la supériorité extérieure. La conversation tenue depuis Téhéran avec le professeur Seyed M. Marandi éclaire une logique iranienne de coercition stratégique : fermer ou rendre impraticable l’accès aux ressources et aux voies maritimes, infliger un coût palpable aux capacités militaires adverses et refuser tout retour à un statu quo considéré comme inacceptable. Ce moment de confrontation révèle aussi les limites des outils militaires conventionnels, la montée de dynamiques par procuration et l’urgence d’imaginer une réinitialisation des relations dans et autour du Golfe.
## Pression à Ormuz et escalade dans le Golfe
La fermeture effective du détroit d’Ormuz apparaît dans l’analyse comme un levier central de pression iranien. Plus qu’une posture rhétorique, la perturbation des flux pétroliers et maritimes vise à faire sentir aux économies occidentales et aux puissances régionales le coût immédiat de la continuation des hostilités. Cette tactique n’est pas uniquement symbolique : elle influe sur les prix de l’énergie, la logistique commerciale et la perception de vulnérabilité des alliés américains dans la région. Marandi souligne que l’Iran utilise un éventail de moyens — missiles, drones, capacités navales irrégulières — pour rendre le transit maritime risqué, et que cette stratégie parasite la stratégie américaine de projection de puissance. L’effet recherché est double : contraindre Washington à reconsidérer ses options et envoyer un signal aux États du Golfe que la dépendance à une sécurité importée peut se retourner contre eux.
## Conditions de fin et compensations
Le moment central du débat porte sur ce que signifierait une fin acceptable de la guerre pour l’Iran. Le professeur Marandi évoque des scénarios où Téhéran n’accepte pas une simple pause destinée à préparer une nouvelle agression. La demande iranienne, telle qu’esquissée, inclut l’exigence d’un retrait durable de toute présence militaire étrangère intrusive et la réparation des destructions — humaines et matérielles — subies pendant la campagne. Au-delà des réparations financières, il s’agit d’une refonte du rapport de forces régional : l’Iran refuse un retour au statu quo ante qui l’aurait laissé vulnérable à de nouvelles interventions. Dans cette perspective, les compensations deviennent autant une exigence morale que la condition d’une stabilité durable, une façon d’éviter que le conflit ne tourne à la répétition.
## Politique évangélique et discours de guerre sainte
La conversation met en lumière un élément moins militaire mais fortement politique : l’influence de courants évangéliques au sein de l’establishment politique et militaire américain, et leur capacité à inspirer une lecture apocalyptique du conflit. Marandi insiste sur la gravité de rencontrer chez certains décideurs une lecture religieuse qui légitime des actions violentes comme instrument d’une fin prophétique. Cette dimension idéologique complexifie le calcul stratégique : si des acteurs sont motivés par des convictions eschatologiques, la logique de dissuasion classique peut perdre de son pouvoir. L’idée que la guerre puisse être souhaitée pour hâter une transformation prophétique transforme l’adversaire en un acteur pour qui la « victoire » n’est pas seulement politique mais métaphysique, ce qui accroît le risque d’intransigeance et d’erreurs d’appréciation.
## Invasion terrestre et risques de conflits par procuration régionaux
L’hypothèse d’une invasion terrestre à grande échelle paraît, aux yeux de l’entretien, peu plausible pour les seules forces américaines en raison de contraintes matérielles et politiques. Marandi observe que Washington ne dispose ni de la capacité ni du soutien régional nécessaires pour une opération massive et durable. En revanche, la guerre par procuration demeure une option dangereuse : recours à des groupes kurdes, mobilisation d’unités azerbaïdjanaises ou exploitation de acteurs locaux pour frapper l’Iran. Ce mode opératoire risque d’internationaliser le conflit sur plusieurs fronts, transformant des tensions bilatérales en guerres régionales multipolaire, difficiles à contenir. Le risque réel est que des engagements limités dégénèrent en confrontations plus larges, avec des acteurs locaux pris dans des dynamiques de vengeance et d’opportunisme.
## Groupes aéronavals et escalade navale
La dynamique navale s’avère un marqueur d’escalade particulièrement redoutable. Les frappes de missiles et l’emploi intensif de drones contre des groupes aéronavals et des bases côtières montrent que les lignes rouges traditionnelles sont remises en cause. Dans ce registre, l’Iran démontre une capacité à menacer les infrastructures et les forces basées dans la région, obligeant les marines à reconfigurer leur posture défensive. Les opérations de harcèlement en mer, les attaques ciblées sur des installations pétrolières et la capacité à menacer des navires commerciaux font du théâtre marin un espace asymétrique où la supériorité technologique peut être neutralisée par des tactiques de saturation et d’attrition. C’est une guerre de capacité à imposer des coûts répétés plutôt qu’une bataille décisive.
## Neutralité du Golfe et réinitialisation de l’ordre régional
Si la région voit se propager la conviction que la présence étrangère permanente est source d’instabilité, la perspective d’une neutralité du Golfe gagne en attractivité. Le discours entendu à Téhéran laisse entrevoir une volonté iranienne de pousser à une réinitialisation des relations — moins d’interventions extérieures, plus d’équilibre entre États riverains. Mais instaurer une neutralité crédible exige des garanties multilatérales et la renégociation d’intérêts économiques et sécuritaires. Les régimes du Golfe, la Turquie, l’Égypte et d’autres acteurs régionaux devront accepter une redéfinition de leur posture. Cela suppose des compromis douloureux et une diplomatie soutenue, capable de produire des mécanismes de sécurité collective qui remplacent la dépendance aux puissances extrarégionales.
## Soutenabilité de la guerre et limites des bombardements
La conversation souligne que la guerre prolongée met à nu les limites des bombardements pour atteindre des objectifs politiques durables. Les frappes massives peuvent infliger des destructions mais elles soulèvent aussi des coûts humains et politiques considérables qui nourrissent la résistance et durcissent les positions. Marandi évoque l’incapacité des campagnes aériennes à atteindre des objectifs stratégiques décisifs lorsqu’elles sont confrontées à une défense résiliente et à des structures sociales déterminées à persister. La soutenabilité d’une guerre fondée sur des frappes aériennes dépend autant de la capacité de l’agresseur à absorber les pertes politiques qu’à neutraliser les capacités adverses — un pari que, selon l’analyse, les États-Unis et leurs alliés peinent à gagner dans la durée.
## Canaux diplomatiques et méfiance envers les accords
Enfin, la question des canaux diplomatiques apparaît comme à la fois urgente et compromise par une méfiance profonde. Les négociations, si elles adviennent, seront difficiles parce que la confiance est dévastée par des années d’agressions, de sanctions et d’ingérences. Le professeur Marandi observe que les Iraniens conçoivent désormais toute trêve sans garanties tangibles comme une simple parenthèse avant une nouvelle agression. Réparer cette défiance nécessite des mécanismes de vérification robustes et des engagements sur la présence militaire étrangère, la sécurité des frontières et des compensations concrètes. La diplomatie ne peut être une simple annexe de la coercition ; elle doit proposer des assurances crédibles pour transformer un cessez-le-feu en paix.
La leçon politique qui émerge de cet échange est claire : la sécurité régionale ne se recons
Transcript
L’Iran dévoile ses objectifs de guerre :
nouveaux missiles contre les États-Unis et
Israël | Marandi
Téhéran sous les bombardements, l’influence de l’Iran dans le Golfe et le coût de la fin de la guerre
sont rapidement abordés. Je suis à nouveau rejoint par le professeur Seyed Marandi à Téhéran, et
nous discutons des frappes, du détroit d’Ormuz, des moyens militaires américains et de la question
difficile de ce que signifierait réellement une « victoire ». Liens : Neutrality Studies sur Substack :
https://pascallottaz.substack.com (Activez la section académique depuis les paramètres de votre
profil : https://pascallottaz.substack.com/s/academic) Produits dérivés et dons :
https://neutralitystudies-shop.fourthwall.com Chapitres : 00:00:00 Introduction et mise à jour sur
Téhéran 00:05:14 Pression à Ormuz et escalade dans le Golfe 00:09:51 Conditions de fin et
compensations 00:14:25 Politique évangélique et discours de guerre sainte 00:19:39 Invasion
terrestre et risques de conflits par procuration régionaux 00:24:24 Groupes aéronavals et escalade
navale 00:28:25 Neutralité du Golfe et réinitialisation de l’ordre régional 00:32:47 Soutenabilité de la
guerre et limites des bombardements 00:35:38 Canaux diplomatiques et méfiance envers les accords
#Pascal
Bienvenue à tous. Ici Pascal Lottaz de *Neutrality Studies*, et je suis à nouveau accompagné
aujourd’hui du professeur Saeed Marandi, depuis Téhéran. Le professeur Marandi est déjà venu de
nombreuses fois sur la chaîne. Je suis sûr que vous le connaissez tous, et il va nous donner aujourd’
hui des nouvelles de ce qui se passe dans sa ville natale, Téhéran. Saeed, bienvenue à nouveau.
#Seyed M. Marandi
Merci beaucoup de m’avoir à nouveau invité, Pascal.
#Pascal
Toujours un plaisir. Professeur Marandi, permettez-moi peut-être de vous demander — ou de
commencer par ceci : que se passe-t-il actuellement à Téhéran ? Je veux dire, nous avons vu la
campagne de bombardements au cours de la dernière semaine, et cela semble avoir été horrible. Il
semble que, vous savez, la destruction soit immense. Pouvez-vous nous donner une mise à jour sur l’
état de Téhéran en ce moment ?
#Seyed M. Marandi
-- 1 of 12 --
Oui, et cela se produit dans tout le pays. Ils bombardent même de petites villes très éloignées du
golfe Persique ou de tout grand centre. Il semble qu’ils se moquent complètement de ce qu’ils
frappent. Ils touchent de nombreux quartiers particulièrement densément peuplés, où il n’y a que
des immeubles d’habitation ou des infrastructures civiles qui n’ont rien à voir, disons, avec l’armée.
Ils ont bombardé la radio et la télévision iraniennes — le complexe national de la radio et de la
télévision — à plusieurs reprises. Mais les employés là-bas sont assez héroïques, car il y a encore des
gens qui y travaillent. J’y suis allé il y a quelques nuits pour une émission. Je suis allé dans le
bâtiment où je pensais devoir me rendre, et il avait été bombardé. Ensuite, ils m’ont emmené
ailleurs.
Et puis, après la fin de mon interview, environ une heure plus tard, ils ont de nouveau bombardé.
Oui, très bien. Voilà donc ce que font Trump, ses alliés et ses représentants — et bien sûr le régime
israélien. La nuit dernière à Téhéran, il y a eu de lourds bombardements, et j’ai simplement publié
ou tweeté à propos d’une petite fille à Téhéran, une fillette d’un an dont on retrouvait le corps, juste
pour que les gens puissent se rendre compte de ce qui se passe. Ces gens n’ont absolument aucun
respect pour la vie — tout comme à Gaza, tout comme au Liban, tout comme ailleurs où ils mènent
leurs sales guerres, comme en Syrie, ou comme ce que nous avons vu auparavant en Irak et en
Libye. Il n’y a aucune humanité. Et ce qui est particulièrement troublant, c’est que, en Occident,
même ceux qui s’opposent à Trump dans les médias traditionnels, ne semblent pas dérangés par l’
immoralité et l’illégitimité de ces frappes.
Et au lieu de cela, ils se concentrent sur la diabolisation de l’Iran pour tenter de justifier ce qui se
passe. Même ceux qui s’opposent à la guerre ne le font pas dans le sens de dire que nous
commettons des crimes contre l’humanité, ou que nous menons des crimes de guerre, ou encore
que notre attaque est illégitime. Non, au mieux, ils diront que c’est une politique vouée à l’échec.
Mais ils ne diront pas que ce que nous — les États-Unis ou l’Occident — faisons est mal. Bien sûr, de
nos jours, les élites et les médias en Occident ne reflètent plus nécessairement l’opinion publique.
Mais en tout cas, cela reste une force avec laquelle il faut compter. Beaucoup de sang a été versé.
Et tu sais, Pascal, le fait est que sur le champ de bataille, ils échouent. Les Iraniens ont été très
efficaces pour se défendre contre les drones.
Et cela diffère de la précédente guerre de douze jours, même si les attaques sont bien plus intenses
aujourd’hui, car les Américains sont impliqués et ils sont bien plus puissants que le régime israélien.
Les missiles iraniens, comme vous pouvez le voir — comme tout le monde peut le voir — frappent à
travers la région du golfe Persique, où les États-Unis possèdent des bases et des installations. Et
bien sûr, malgré la forte censure en Iran et dans tout le régime israélien, les missiles iraniens
provoquent des dévastations. Mais encore une fois, ce que je veux rappeler à vos téléspectateurs
avant de commencer, c’est que toute destruction ou perturbation causée par l’Iran résulte de cette
guerre imposée illégalement. Sinon, l’Iran aimerait entretenir des relations ordinaires — le cours
normal des affaires — avec le pétrole qui circule et le commerce avec ses voisins. Mais c’est tout
simplement quelque chose que les États-Unis ne peuvent pas tolérer.
-- 2 of 12 --
#Pascal
Et il y a eu ce moment le week-end dernier — je crois que c’était samedi — où votre président,
Pezeshkian, s’est en fait excusé auprès des États du Golfe voisins et a déclaré : « Écoutez, nous ne
vous attaquerions pas si ce n’était pas à cause de ce qui se passe à cause des États-Unis. » Alors,
quelle est la politique actuelle ? En un sens, contre quoi d’autre l’Iran est-il censé riposter, à part les
actifs militaires américains dans ces pays ? Et récemment, les États-Unis ont également intensifié
leurs bombardements — frappant des usines de dessalement et d’autres infrastructures purement
civiles. Les champs pétrolifères autour de Téhéran ont aussi été visés, et j’ai vu vos publications l’
autre jour à propos de la pluie acide, de la pluie d’huile, tombant du ciel. C’est apocalyptique, en
somme. Et maintenant, l’Iran riposte en frappant des champs pétrolifères à Bahreïn et ailleurs.
Quelles options l’Iran a-t-il en ce moment pour contraindre les États-Unis et Israël à mettre fin à leur
campagne de bombardements ?
#Seyed M. Marandi
Eh bien, l’Iran ne ferme pas officiellement le détroit d’Ormuz, mais il l’a effectivement fermé. C’est
une manière de faire pression sur les États-Unis. Nous avons vu à quel point Trump était désespéré
de faire baisser le prix du pétrole, car hier il a essentiellement menti en disant que la guerre touchait
à sa fin, laissant entendre que le détroit d’Ormuz allait rouvrir et que les choses allaient revenir à la
normale — et le prix du pétrole a baissé. Mais ensuite, les Iraniens ont déclaré que cette guerre n’
allait pas se terminer de sitôt. Ils n’accepteront pas de cessez-le-feu. Évidemment, l’Iran ne peut pas
accepter de cessez-le-feu, car s’il le faisait, nous aurions simplement une répétition de ce qui s’est
passé il y a huit ou neuf mois. Ils se prépareraient juste à une autre guerre, et ce serait un cycle
sans fin.
Les Iraniens disent donc : nous devons en finir une bonne fois pour toutes et leur faire payer un prix
tel qu’ils ne tenteront plus jamais d’envahir ou d’attaquer l’Iran. Un peu comme Saddam Hussein :
lorsqu’il a envahi l’Iran et que les Iraniens l’ont expulsé de leur territoire, ils ont poursuivi la guerre.
Pourquoi ? Parce qu’ils savaient qu’il était une personne agressive. Ils pensaient devoir l’affaiblir au
point qu’il ne puisse plus jamais attaquer l’Iran. Et la guerre a duré huit ans. Quel en a été le résultat
? Saddam n’a plus jamais envahi l’Iran. À la place, il s’en est pris au Koweït — quelque chose de bien
plus petit, qu’il pensait plus facile à conquérir. Et maintenant, les Iraniens disent : non, cette guerre
va continuer. Et bien sûr, ils ont maintenu le détroit d’Ormuz fermé, de sorte que le prix du pétrole
va progressivement remonter, car aucun pétrole ne passe ni ne sort du golfe Persique.
C’est donc un premier moyen. Le second, bien sûr, ce sont les frappes de missiles et de drones de l’
Iran — et nous voyons qu’elles se poursuivent. Les Américains et le régime de Netanyahou affirment
avoir détruit les capacités de missiles et de drones de l’Iran, mais en réalité, l’Iran en a tiré
davantage ces derniers jours que jamais auparavant, avec une intensité et une efficacité accrues. Il
est donc évident que l’Iran en est capable. Et l’Iran a déclaré : nous sommes plus que capables. L’
Iran affirme être prêt à mener une guerre très longue. Et la raison n’est pas que nous voulons une
-- 3 of 12 --
guerre longue ; c’est parce que c’est le seul moyen de s’assurer que cela ne se reproduise plus. Il
faut que cela s’arrête maintenant — quarante-sept ans de mort, de destruction, de sanctions, d’
intimidation et de terrorisme. Vous savez, c’est là que nous disons : ça suffit.
#Pascal
Hé, petite interruption rapide car j’ai récemment été banni de YouTube. Et même si je suis de
retour, cela pourrait se reproduire à tout moment. Alors, s’il vous plaît, pensez à vous abonner non
seulement ici, mais aussi à ma liste de diffusion sur Substack — c’est pascallottaz.substack.com. Le
lien se trouve dans la description ci-dessous. Et maintenant, retour à la vidéo. Que signifierait la fin
de la guerre pour l’Iran ? Quel serait le résultat à partir duquel l’Iran dirait : « D’accord, nous avons
gagné. C’est terminé. On en a fini avec ça » ?
#Seyed M. Marandi
C’est une très bonne question. C’est quelque chose auquel je pense parfois. Je sais qu’ils ont élaboré
certains modèles au sein du Conseil suprême de sécurité nationale sur la manière dont cela pourrait
se terminer, ou dans quelles conditions cela prendrait fin. Mais je pense que tout dépendra de la
façon dont cela se conclura et du type de négociations qui auront lieu. Je ne pense pas que les
Iraniens toléreront le genre de présence américaine que nous avons eue par le passé dans cette
région, et je pense qu’ils le feront clairement savoir aux pays voisins. Je pense aussi que les Iraniens
vont exiger une nouvelle forme de relation avec leurs voisins. Ils n’accepteront pas l’ancien statu quo
et s’attendront à une compensation pour les morts et les destructions.
Beaucoup de gens meurent, et de nombreuses propriétés privées — y compris des biens publics —
sont détruites, et cette destruction va continuer. Et bien sûr, les gens — de jeunes enfants, des
femmes, des hommes — sont traumatisés par les scènes et par la dévastation de leurs quartiers. C’
est bien plus intense que la guerre des douze jours. Les capacités américaines dépassent largement
celles du régime israélien. Et bien sûr, les capacités du régime israélien sont américaines et
occidentales. Le régime lui-même est petit, faible et incapable de faire quoi que ce soit par lui-
même. Je pense donc que le modèle des relations futures va changer.
L’Iran ne permettra pas à ces pays du golfe Persique, ni à aucun de ses voisins — y compris l’
Azerbaïdjan ou la partie nord de l’Irak, qui bénéficie d’une semi-autonomie — de fonctionner comme
ils l’ont fait par le passé. Beaucoup de choses vont donc changer. Mais je pense aussi que cela va
constituer une défaite catastrophique pour Trump. Cela mettra fin à sa présidence, car les choses ne
se sont pas déroulées comme prévu, comme nous l’attendions. Je veux dire, si vous avez suivi — et
je suis sûr que c’est le cas — ce que j’ai dit s’est effectivement révélé exact.