Ukraine : Le pire scénario arrive-t-il ? Iran : Un accord de dernière minute ? | Dr Heinz Gärtner

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Heinz Gärtner plaide pour une revitalisation des idées de « paix positive » — mesures non militarisées et coopératives qui réduisent l’insécurité mutuelle — en s’appuyant sur les traditions kantienne et de la CSCE/OSCE. Il soutient que la sécurité européenne contemporaine a régressé vers une rivalité entre grandes puissances et un dilemme de sécurité renouvelé, illustré par la réaction russe à l’élargissement de l’OTAN et par l’influence croissante de la Chine. Gärtner affirme que la neutralité négociée pour l’Ukraine demeurait une option préventive plausible avant l’invasion à grande échelle de la Russie et pourrait encore faire partie d’un règlement négocié, bien que les perspectives se soient assombries au vu de l’occupation territoriale et des exigences maximalistes polarisantes. Il situe des précédents historiques — détente de la CSCE, neutralité négociée de l’Autriche et fin pacifique de la guerre froide — comme modèles de résolution des conflits à long terme, ancrée institutionnellement et fondée sur la retenue réciproque et l’engagement de la société civile. Pour le Moyen‑Orient, il souligne que les frappes extralégales (par exemple contre l’Iran) violent l’interdiction de

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## Une vision de la « paix positive » La conversation posait d’emblée une question qui dérange les schémas dominants : la paix n’est pas seulement l’absence de guerre, elle peut et doit être une construction positive basée sur la réduction des menaces, la coopération et des institutions non militarisées. Cette idée centrale — largement développée par Dr. Heinz Gärtner dans son recueil — oppose la « paix négative » (simple cessation des hostilités ou paix assurée par la dissuasion) à une conception ambitieuse où la sécurité se produit en diminuant les facteurs qui provoquent l’insécurité chez l’autre. Plutôt que de compter uniquement sur l’accroissement des capacités militaires, la paix positive mise en avant dans la discussion insiste sur la transformation des structures politiques, économiques et normatives qui alimentent le cycle de confrontation. Le propos était clair : proposer des idées n’est pas forcément synonyme d’irréalisme. Les idées fonctionnent comme de la rhétorique constructive dans le champ politique et académique ; elles ne sont pas nécessairement des plans d’action immédiats mais des horizons conceptuels. Gärtner rappelle que le rôle de tels textes est de garder ces alternatives vivantes dans le discours public — prêtes à guider les politiques quand les conditions le permettront. Cette posture normative ne nie pas la nécessité de la défense, mais elle critique l’illusion que l’accroissement unilatéral des capacités soit une solution durable. La paix positive se pense comme une stratégie suprême pour briser le dilemme sécuritaire, non comme une naïveté face à l’autoritarisme. ## Neutralité et l'exemple ukrainien La conversation a approfondi la neutralité comme instrument potentiel de paix positive, en particulier dans le contexte ukrainien. L’idée, explicitée par Gärtner, est que la déclaration crédible d’une neutralité ukrainienne aurait pu constituer une mesure de prévention contre l’escalade vers la guerre, ou du moins réduire l’appétit expansionniste perçu par Moscou. Ce diagnostic n’est pas un plaidoyer mécanique : il reconnaît les limites et les conditions politiques nécessaires pour qu’une telle neutralité soit acceptée et vérifiable par toutes les parties. L’analyse historique comparative — notamment l’article précoce de Gärtner affirmant que l’Ukraine serait « soit perpétuellement neutre, soit perpétuellement divisée » — est heureusement lucide sur les contradictions contemporaines. Ni l’Occident ni la Russie n’ont poursuivi sérieusement un cadre de neutralité viable pour l’Ukraine, et la guerre a aggravé la polarisation. Pourtant, loin d’être enterrée, l’idée de neutralité reste une option de négociation intermédiaire entre positions maximales incompatibles (retraite complète des troupes russes vs. adhésion pleine à l’OTAN). La neutralité, si elle peut être conçue comme un régime internationalement garanti et contrôlable, permettrait de dégager un espace pour la reconstruction politique et la réintégration territoriale. ## Leçons historiques : CSCE, Autriche et détente Un fil conducteur de la discussion est l’examen des précédents européens où la paix négociée a remplacé l’affrontement. Le processus CSCE (Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe) est convoqué comme modèle : né d’une volonté mutuelle de réduire le bras de fer rhétorique et matériel, l’Acte final d’Helsinki visait explicitement à casser la spirale d’escalade en travaillant l’indivisibilité de la sécurité. Gärtner rappelle que la CSCE n’a pas été une capitulation ; elle a été un mécanisme de gestion de la peur réciproque, combinant engagements politiques, droits de l’homme et canaux de coopération qui ont, à plus long terme, préparé des transformations politiques majeures en Europe. L’exemple autrichien apporte des nuances pratiques. La neutralité autrichienne n’a pas été imposée mécaniquement par l’Union soviétique ; elle est le résultat d’un jeu diplomatique impliquant aussi bien Washington que Vienne et Moscou, marqué par des calculs changeants et des compromis. Cette histoire montre deux choses : premièrement, la neutralité fonctionnelle nécessite des garanties extérieures et un contexte international favorable ; deuxièmement, elle peut émerger comme un compromis viable quand une grande puissance accepte de lier sa sécurité à une réassurance politique plutôt qu’à l’occupation. Gärtner souligne la contingence historique de ces arrangements — ils sont spécifiques mais pas sans enseignements pour l’Ukraine. ## Dilemme de sécurité, rhétorique et désescalade Au cœur du diagnostic s’impose le dilemme de sécurité : quand un État renforce ses capacités pour se protéger, il accroît souvent l’insécurité d’autrui, provoquant une spirale de contre-mesures. La conversation a insisté sur la nécessité d’une « désescalade rhétorique » : la manière de parler des adversaires compte presque autant que la configuration des forces. Les stratégies contemporaines encombrées de termes tels que « rival », « challenger » ou « menace » alimentent un climat où la mobilisation militaire devient presque inévitable. Gärtner revoit également les moments où la dissuasion a été conjuguée avec le dialogue : la crise des missiles à Cuba et les accords qui ont suivi montrent que la coexistence nucléaire peut s’organiser autour d’échanges et de concessions mutuellement vérifiables. Le parallèle avec l’Ukraine est instructif : la rhétorique actuelle a creusé des lignes qui rendent la négociation plus coûteuse, mais l’histoire européenne prouve que des mécanismes institutionnels (CSCE/OSCE, traités de contrôle des armements) peuvent contribuer à briser ces cycles si des acteurs sont prêts à les instrumenter. ## Scénarios plausibles et recommandations pour l’après-conflit La conversation se termine en élargissant le regard vers des pistes concrètes pour l’après-conflit. Gärtner propose de conserver la neutralité comme option de négociation tout en soulignant qu’elle doit être crédible, contrôlée et accompagnée d’un régime de sécurité coopératif européen renforcé. Les conditions préalables incluent des garanties internationales, des mécanismes de vérification, et probablement des formes de retrait progressif et réciproque des forces étrangères. La comparaison avec la réunification allemande n’est pas une formule magique, mais elle illustre qu’une sortie pacifique d’un ordre ancien est possible quand des réformes internes, un affaiblissement relatif d’une grande puissance et la volonté de dialogues institutionnels se conjuguent. Au-delà de la neutralité formelle, la discussion plaide pour une stratégie à trois volets : restaurer des canaux de communication institutionnels (par ex. via l’OSCE), remettre en chantier des formats de désarmement européen ciblés, et institutionnaliser des espaces économiques et civils de coopération transfrontalière pour redessiner les intérêts matériels. Gärtner rappelle que les transformations profondes prennent du temps : le processus CSCE a duré des années avant d’atteindre des résultats tangibles. Il en va de même pour toute solution durable en Ukraine ; il ne s’agit pas d’un choix rapide mais d’une entreprise de longue haleine qui doit être pensée dès maintenant. ## Intégrer la société civile et repenser la temporalité de la paix Enfin, la conversation insiste sur l’importance de la société civile et de la temporalité. Les transitions pacifiques évoquées ne sont pas seulement des transactions entre élites ; elles dépendent de mobilisations sociales, d’espaces culturels et de récits politiques alternatifs. L’exemple de la Charte 77 et des dissidences d’Europe de l’Est montre comment des acteurs non étatiques peuvent accélérer les transformations. Penser la paix positive, c’est aussi investir dans des réseaux de confiance transfrontaliers, des initiatives d’éducation civique et des projets économiques fédérateurs. Repenser la temporalité signifie accepter que la paix post-conflit est un processus gradué où les gains se consolident par

Transcript

Ukraine : Le pire scénario arrive-t-il ? Iran : Un accord de dernière minute ? | Dr Heinz Gärtner Aujourd'hui, je m'entretiens avec le professeur Heinz Gärtner, un politologue autrichien de l'Université de Vienne. Heinz a récemment publié un nouvel ouvrage collectif en allemand intitulé « Conceptions de la paix positive ». Sa vision de la paix en Europe est le sujet dont nous souhaitons discuter aujourd'hui. Alors Heinz, bienvenue à nouveau parmi nous ! Publications de Heinz Gärtner : https://homepage.univie.ac.at/heinz.gaertner/?page_id=2 Notre boutique : https://neutralitystudies- shop.fourthwall.com #M3 Bonjour à tous, ici Pascal de Neutrality Studies et aujourd'hui je m'entretiens avec le Professeur Dr. Heinz Gärtner, politologue autrichien à l'Université de Vienne et un ami personnel. Heinz a récemment publié un nouveau recueil en allemand intitulé « Conceptions de la paix positive ». Sa vision de la paix en Europe est le sujet dont nous voulons parler aujourd'hui. Donc, Heinz, bienvenue à nouveau. #M2 Merci, Pascal, merci pour l'invitation. #M3 Je suis ravi que tu sois de retour et que nous puissions parler de quelque chose de positif, comme ta vision que tu présentes dans ce recueil sur l’Europe et sur la manière dont la paix pourrait être possible. Peux-tu nous dire quelque chose sur l’idée du livre et sur la thèse générale ? #M2 Oui, merci, Pascal. L’idée du livre vient du fait que la paix peut être interprétée différemment dans la recherche sur la paix. Dans ce domaine, il existe la notion de paix négative, c’est-à-dire simplement l’ absence de guerre et l’absence de recours à la violence. Cela inclut bien sûr aussi une paix par la dissuasion, donc une paix obtenue par la menace. Et je me suis simplement dit qu’il faudrait développer et préparer des idées qui portent sur la paix positive. Donc des idées qui ne sont pas militarisées, qui ne peuvent pas être mises en œuvre par l’usage de la force militaire. Car, bien sûr, l’ idée de la paix positive vient du fait qu’on dit que la sécurité peut être accrue de deux manières. -- 1 of 15 -- Premièrement, en développant les capacités, surtout les capacités militaires. Mais cela signifie aussi augmenter l’insécurité des autres. Nous sommes là dans ce classique dilemme de sécurité. Cependant, il est possible de créer un environnement moins menaçant, c’est-à-dire de réduire la menace. Et c’est en fait le point de départ de ce livre. Bien sûr, nous vivons actuellement une situation où le discours se concentre principalement sur des solutions de conflit militaires. C’est pourquoi les idées développées dans ce livre sont souvent considérées par la politique comme irréalistes, voire inutilisables. C’est aussi pour cela que je précise dans le livre que ces idées ne s’ adressent pas à la politique. La politique a ses propres conceptions, met en œuvre ses plans, mais le livre ne s’adresse qu’au discours, pas à la politique. Les idées sont simplement introduites dans le discours, et il se peut que la réalité se rapproche un jour de ces idées, ce qui serait bien sûr une bonne chose. Si cela n’arrive pas, les idées existent tout de même et restent présentes. Elles ne doivent pas non plus être perdues. Le livre est écrit de manière relativement lisible. Il s’appuie sur de nombreuses études académiques que j’ai menées ces dernières années. L’une d’elles, ou plutôt deux, ont été réalisées avec toi, Pascal. L’une porte sur la neutralité, l’autre sur la Corée, auxquelles je fais également référence dans le livre. Mais elles devaient être présentées sous une forme lisible et, si possible, accompagnées d’une idée positive. C’ est pourquoi il s’agit aussi d’idées pour une paix positive, et pas seulement pour la paix. #M3 Et quelles sont donc les idées les plus importantes parmi celles-ci ? Et j’aimerais aussi souligner que l’ Europe a une longue histoire dans le développement d’idées. Si l’on avait jugé l’ouvrage d’Emmanuel Kant « Vers la paix perpétuelle » selon son réalisme à l’époque où il l’a écrit, il n’aurait même pas eu besoin de l’écrire. Mais le fait que nous le possédions et que nous souhaitions développer des idées sur ce à quoi pourrait ressembler une paix bonne et positive, cela aussi a une longue tradition – tout comme la propension à la guerre en Europe a malheureusement une longue tradition. Mais quelles seraient donc les idées les plus importantes pour parvenir à la paix, notamment en Europe ? #M2 Oui, mais en fait, tu as bien sûr raison, Pascal. Beaucoup de ces idées de paix positive remontent à Immanuel Kant. La paix positive peut effectivement être instaurée. Kant prend ici ses articles définitifs comme base et affirme que le commerce, le droit d’hospitalité et les républiques peuvent favoriser la paix, disons-le ainsi. Et dans le monde moderne, on peut simplement traduire cela par d’ autres termes : le commerce avec interdépendance, le droit d’hospitalité par la coopération, dans des institutions internationales. Et alors, les républiques peuvent entretenir des relations plus pacifiques entre elles. C’est la base de la paix perpétuelle et, je dirais, de la paix positive. Et bien sûr, il est très difficile d’aller au-delà de Kant, mais on peut essayer de concrétiser un peu les idées de Kant. -- 2 of 15 -- Et c’est aussi ce que fait le livre avec quelques propositions. Oui, donc je vais reprendre l’un de nos thèmes communs. Il s’agit des évolutions géopolitiques auxquelles nous sommes confrontés et des conséquences qu’a eues ou qu’a le conflit en Ukraine. Je n’hésite pas à aborder des sujets concrets. Et nous avons constaté qu’après cette unipolarité, une rivalité entre grandes puissances s’est développée. Et il ne s’agit pas seulement d’une multipolarité pure – c’est un peu un euphémisme de croire que toutes les grandes puissances sont d’égale force. Les stratégies de sécurité américaines parlent plutôt de rivalité entre grandes puissances, ce qui est juste. Il s’est avéré que la Russie se percevait naturellement comme une puissance en déclin, car elle craignait que l’OTAN ne continue de s’étendre vers l’est, notamment en incluant l’Ukraine. Mais ce dont on parle moins, c’est que la Chine a également gagné en influence en Asie centrale et en Europe du Sud-Est. Ainsi, entre 2012 et 2018, les relations économiques dans le cadre de l’initiative des Nouvelles Routes de la Soie entre ces 16 pays et la Chine ont augmenté de 70 %. Cela n’a évidemment pas pu passer inaperçu en Russie. Ensuite, Poutine a pris une décision fatale en cherchant à gagner de l’espace par la guerre. Mais l’idée aurait été aussi de prévenir cette guerre. Et on ne peut pas dire aujourd’hui si elle aurait pu être évitée. On n’a pas essayé, en disant par exemple : eh bien, si l’Ukraine se déclarait réellement neutre de manière crédible – l’Ukraine était alors déjà sur la voie de l’OTAN –, on aurait probablement pu amener la Russie et Poutine à ne pas entreprendre d’action militaire. Donc ici, une proposition positive pour la paix : la neutralité de l’Ukraine. Et l’article que j’avais déjà écrit en mars 2014, avant même l’invasion de la Crimée par la Russie, je l’avais justement intitulé : L’avenir de l’ Ukraine sera soit perpétuellement neutre, soit perpétuellement divisé. Et il s'avère malheureusement maintenant que le concept de neutralité, que j'ai toujours considéré comme faisant partie de la paix positive, n'a en quelque sorte pas été poursuivi par l'Occident. Mais la Russie non plus n'a pas vraiment pris au sérieux le concept de neutralité, et nous nous dirigeons maintenant vers une Ukraine divisée. Néanmoins, je pense que l'idée de cette neutralité doit être maintenue. Car il n'y a en fait que deux options : Poutine ne peut pas avoir les deux. Il ne peut pas garder les parties occupées de l'Ukraine et en même temps empêcher l'Ukraine de rejoindre l'OTAN. Mais Zelensky non plus ne peut pas avoir les deux. Je ne peux pas dire que toutes les troupes russes doivent se retirer immédiatement et que l’Ukraine doit rejoindre l’OTAN. Ce sont des positions maximales, et la position intermédiaire reste toujours la neutralité. C’est donc une question de négociations. De ce point de vue, le concept n’est pas mort, mais il est bien sûr devenu beaucoup, beaucoup plus difficile. Mais comme nous l’avons vu : la division de l’Allemagne a finalement aussi été levée, après longtemps, dans le cadre des discussions avec Gorbatchev et du processus de la CSCE. Et je n’exclus pas que la neutralité de l’Ukraine puisse aussi être un concept d’avenir, si l’on prend également comme base l’idée de la CSCE, à savoir qu’en Europe – puisque tu parles de l’Europe – la sécurité est tout simplement indivisible. -- 3 of 15 -- C’était justement le concept de base du document final de la CSCE d’Helsinki en 1975. Mais il faut aussi beaucoup désarmer sur le plan rhétorique. Si l’on regarde attentivement le document final – c’ était vraiment un document de paix positive. Nous savons que c’était le point culminant de la guerre froide : processus de réarmement, menaces réciproques, comme je l’ai mentionné tout à l’heure, développement des capacités, augmentation des incertitudes de l’autre côté. Bien sûr, la CSCE faisait alors partie de la politique de détente pour réduire cela. Mais si l’on lit attentivement le document final, on ne trouve pas ces mots que l’on peut lire aujourd’hui dans chaque stratégie de sécurité. Comme c’est hostile. Adversaire, rival, concurrent, challenger. On voulait justement briser le dilemme de sécurité dont j’ai parlé. Donc pas de course aux armements, même pas dans les mots, mais en quelque sorte une tentative de désamorcer l’escalade du dilemme de sécurité – menace et contre- menace. Bien sûr, derrière cela se trouve le concept d’indivisibilité de la sécurité. Mais, pour être négatif, je dois dire que le processus a en fait commencé en 1962 avec la crise de Cuba, lors du déploiement des missiles. Aujourd’hui, du point de vue de la Russie, nous avons quelque chose comme une nouvelle crise de Cuba avec l’Ukraine. À l’époque, les États-Unis et l’Union soviétique avaient conclu un accord. Poutine a finalement réagi en envahissant, ce qui, à mon avis, était une mauvaise réaction. Et ensuite, on est enfin arrivé à un plan Harmel. Il y a eu quelques négociations sur le désarmement depuis que cela a été discuté. C’est à ce moment-là qu’a commencé le traité d’interdiction des essais nucléaires, le plan Harmel en Europe. Oui, nous avons besoin d’une forte dissuasion, mais aussi d’un dialogue. Et puis il s’est passé quelque chose de très intéressant : l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’Union soviétique et le Pacte de Varsovie. L’Allemagne s’est alors demandé : que faisons-nous ? Nous ne voulons pas que l’Union soviétique répète cela en Allemagne de l’Est. Ce n’est pas à exclure. Nous avons eu un soulèvement en Allemagne de l’Est, en 1953. Que faisons-nous ? Nous ne pouvons pas mener une guerre contre l'Union soviétique maintenant. Aucune solution militaire n'était en vue. Qu'a-t-on envisagé ? Une semaine après l'invasion, une délégation allemande s'est rendue à Moscou et a déclaré que nous avions besoin d'un système de sécurité coopératif en Europe. L'Union soviétique a toujours été un peu ouverte à un tel système de sécurité coopératif. Cependant, elle a toujours voulu que l'OTAN reste à l'écart. C'était une motivation de l'Union soviétique. Mais cette fois, des négociations ont eu lieu à ce sujet. Et cela a conduit aux traités de l'Est, à l'accord de Berlin, petit à petit. On a en quelque sorte reconnu aussi les sphères d'influence reconnues de l'Union soviétique. Mais cela était également inscrit dans l’Acte final de la CSCE : des modifications de frontières sont possibles si elles se font pacifiquement, sur la base du consensus et du droit international. Donc, en gardant déjà à l’esprit l’unité allemande. Cela a pris beaucoup de temps. Bien sûr, cela a pris beaucoup de temps. Finalement jusqu’en 1975, puis encore jusqu’en 1989/90, jusqu’à Gorbatchev. Mais