L’UE prise dans une dangereuse psychose collective | Pr. Mattias Desmet

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Au cœur de cet échange, le Dr Mattias Desmet soutient que la « formation de masse » — un processus psychologique collectif alimenté par la solitude, la perte de sens et une propagande omniprésente — sous-tend la montée du totalitarisme et explique l’acceptation récente, à grande échelle, de récits belliqueux extrêmes en Europe. S’appuyant sur des connaissances historiques et cliniques, il distingue le totalitarisme de la dictature classique : le premier émerge lorsqu’une minorité critique (environ 20–30 %) devient fanatiquement engagée dans une idéologie, prête à se sacrifier et à réprimer la dissidence au sein des familles et des communautés. Desmet relie la puissance croissante de la formation de masse à l’atome‑isation sociale, aux effets de conformité de l’éducation moderne et aux mécanismes émotionnels de la propagande qui exploitent des individus isolés. Il souligne également le paradoxe selon lequel un niveau d’études supérieur peut accroître la susceptibilité aux états hypnotiques collectifs. Appliquée à la géopolitique contemporaine, son analyse suggère que des récits amplifiés par les médias et des rivalités géopolitiques facilitent la mobilisation de masse en faveur de p

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## Introduction La discussion enregistrée avec le professeur Mattias Desmet met en lumière une inquiétude profonde et collective : comment des sociétés entières peuvent glisser vers des croyances fanatiques et des décisions autodestructrices sans que l’évidence rationnelle ne semble les enrayer. Le cœur de son analyse est la notion de « formation de masse », un phénomène psychologique où la dynamique de groupe altère la perception, l’émotion et la capacité critique des individus. Ce n’est pas seulement une théorie clinique ; c’est une clé pour comprendre pourquoi des nations et des élites éduquées peuvent soutenir des récits de guerre ou des politiques qui, si on les examine calmement, paraissent inconsistants voire dangereux. L’enjeu n’est pas théorique : il concerne la survie des démocraties, la nature de la coercition politique et la possibilité d’un retour à une vie publique fondée sur le questionnement et la responsabilité individuelle. ## Totalitarisme vs dictature La conversation insiste sur une distinction cruciale entre dictature classique et totalitarisme. Une dictature se tient principalement sur la contrainte physique : l’appareil coercitif de l’État impose un ordre auquel les individus se soumettent par peur des sanctions. Le totalitarisme, pour Desmet, repose sur un mécanisme psychologique plus profond et diffus : une fraction significative de la population — souvent estimée entre vingt et trente pour cent — adopte une croyance idéologique avec une ardeur telle qu’elle devient le moteur de la domination. Ce n’est pas l’« homme au sommet » qui force tout le monde ; c’est une masse déjà convaincue qui légitime, pousse et parfois embrasse la répression. Cette distinction éclaire des phénomènes historiques que l’on a trop souvent ramenés à la seule tyrannie d’un dirigeant. Hitler et Lénine ne seraient pas devenus ce qu’ils furent sans cette base sociale prête à se sacrifier et à dénoncer. Le totalitarisme se nourrit d’une disponibilité collective à transformer la croyance en action politique radicale : dénonciations familiales, adhésion à des récits exclusifs, intolérance envers les dissonances. Ce modèle explique aussi pourquoi, une fois enraciné, le système totalitaire devient plus étouffant qu’une simple dictature ; il ne dépend pas uniquement d’un monopole des armes, mais d’un réseau social et psychologique qui s’étend jusqu’aux salons, aux écoles et aux institutions civiles. Desmet relie l’émergence des États totalitaires au phénomène d’atomisation sociale : à mesure que les liens communautaires s’affaiblissent et que la solitude augmente, la tentation de rejoindre une certitude collective grandit. La formation de masse apparaît comme une réponse émotionnelle à l’isolement : offrir identité, sens et appartenance à ceux qui en manquent. Quand la croyance remplace le lien, la société devient vulnérable à des récits capables de mobiliser la souffrance, la peur et la colère en faveur d’un projet politique totalisant. ## Propagande éducative et démocratie La discussion met en garde contre un paradoxe : l’éducation et l’instruction élevés n’immunisent pas contre la formation de masse ; au contraire, elles peuvent en accroître la vulnérabilité. Desmet reprend et prolonge les réflexions de Le Bon et d’Ellul : plus on forme des esprits à penser selon des schémas standardisés, plus on facilite le travail de la propagande. L’école moderne, affirme-t-il, fonctionne souvent comme un endoctrinement inconscient — non pas par malveillance des enseignants, mais parce que les routines pédagogiques et les curricula tendent à produire des cadres mentaux homogènes. La massification des médias du XXe siècle — radio, télévision, puis réseaux sociaux — a fourni le vecteur parfait pour diffuser simultanément des récits à grande échelle. Combinée à l’atomisation, cette capacité de parler à des millions crée des fenêtres d’influence sans précédent. Les récits de guerre qui circulent aujourd’hui en Europe illustrent ce danger : ils peuvent être factuellement inexactifs à des degrés divers, mais ils sont puissants parce qu’ils répondent à des besoins émotionnels collectifs (sécurité, justice, vengeance) et trouvent un écho dans des publics déjà fragilisés par l’isolement. La démocratie, par construction, dépend de la participation informée et du débat pluraliste. Lorsqu’une large portion de la population adhère à un récit unique et devient intolérante à la critique, la délibération démocratique se grippe. Le rôle des médias et des institutions éducatives devient alors décisif : soit elles cultivent la pluralité et l’esprit critique, soit elles standardisent l’opinion publique et préparent le terrain à des formes de domination qui ne ressemblent pas à des dictatures classiques, mais qui en sont tout aussi destructrices. ## Rompre le sortilège par la sincérité Un des points les plus originaux de l’échange concerne la possibilité de rupture : comment sortir d’une hypnotisation collective ? Desmet propose la sincérité comme antidote. Là où la formation de masse nourrit son emprise par la performativité — discours parfaitement calibrés, certitudes affichées, moralines circulaires — la sincérité crée une brèche. Dire ce que l’on pense vraiment, sans rhétorique prétentieuse ni volonté de conformité, remet en jeu la relation interpersonnelle et fragilise l’uniformité affective qui soutient le groupe. La sincérité n’est pas un simple geste moral ; elle est thérapeutique. Face à un groupe qui exige l’orthodoxie, la parole authentique invite à la réflexion et rétablit la possibilité d’un échange non performatif. Cela suppose du courage : dans un contexte où la dénonciation et la stigmatisation sont monnaie courante, être sincère expose. Mais c’est précisément cette exposition qui peut réveiller l’empathie et rappeler aux individus leur autonomie psychique. En d’autres termes, rompre le sortilège passe par des micro-pratiques relationnelles et discursives, par des gestes quotidiens qui reconnectent les personnes à leur capacité de douter et à leur responsabilité morale envers autrui. L’idée se nourrit d’une conception phénoménologique de la réalité : la vérité n’est pas simplement une collection de faits externes, elle se construit dans la relation à l’observateur. Encourager la sincérité, c’est réintroduire la conscience réflexive dans un espace où la vérité est devenue une marchandise politique. C’est aussi s’opposer à la machine de la propagande qui fonctionne en neutralisant le contact authentique entre personnes. ## Réflexions finales et où suivre La conversation avec Desmet n’est pas une dénonciation manichéenne de tel ou tel camp politique ; c’est un diagnostic sur la structure psychologique qui rend les sociétés vulnérables aux récits totalisants. Comprendre la formation de masse, c’est reconnaître que l’intelligence individuelle, l’éducation ou le statut social ne suffisent pas à garantir la résistance aux épidémies idéologiques. Il faut penser la santé politique comme une pratique collective : renforcer des liens sociaux, cultiver l’esprit critique, et défendre des espaces où la parole sincère peut circuler sans craindre la censure sociale. Face aux récits bellicistes et à l’ambiance qui règne dans plusieurs capitales européennes, cette analyse pose une question urgente : voulons‑nous une démocratie où la contestation est traitée comme une maladie à éradiquer, ou une démocratie capable de supporter la conflictualité et l’incertitude inhérentes à la liberté ? Prévenir la dérive totalitaire n’est pas seulement une question de lois ou d’institutions ; c’est une question de culture. Il faut des écoles qui encouragent la pensée critique plutôt que la conformité, des médias qui valorisent la nuance et une vie civique où la sincérité et la responsabilité personnelle comptent davantage que la performance idéologique. Pour approfondir ces thèmes, le professeur Mattias Desmet a développé sa réflexion dans un ouvrage consacré à la psychologie du totalitaris

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L’UE prise dans une dangereuse psychose collective | Pr. Mattias Desmet Ce ne sont pas seulement les dirigeants de l’UE qui veulent se lancer dans une guerre suicidaire avec la Russie. La psychose a depuis longtemps gagné les rues de Berlin, Bruxelles et Paris. La formation de masse est le phénomène psychologique qui permet de comprendre pourquoi des nations entières sont soudainement prêtes à tout sacrifier pour une idéologie mortelle. Malheureusement, l’UE est déjà bien engagée sur cette voie. Aujourd’hui, je m’entretiens avec le Dr Mattias Desmet, professeur de psychologie clinique en Belgique et auteur de *La psychologie du totalitarisme*, au sujet de la formation de masse, du totalitarisme, de la propagande, de la solitude, de la liberté d’expression, des récits de guerre et de l’attrait émotionnel de la croyance collective. La discussion aborde la différence entre dictatures et États totalitaires, le rôle de l’éducation et des médias, ainsi que la sincérité comme moyen de résister à l’hypnose collective. Liens : Substack de Mattias Desmet : https://words.mattiasdesmet.org/ *La psychologie du totalitarisme* : https://www.chelseagreen.com /product/the-psychology-of-totalitarianism/ Substack Neutrality Studies : https://pascallottaz. substack.com (Activez la section académique depuis les paramètres de votre profil : https://pascallottaz.substack.com/s/academic) Boutique : https://neutralitystudies-shop.fourthwall. com Donations : https://neutralitystudies.com/donate Chapitres : 00:00:00 Introduction 00:01:07 Formation de masse et totalitarisme 00:09:37 Totalitarisme vs dictature 00:17:32 Récits de guerre et pouvoir des médias 00:20:01 Propagande éducative et démocratie 00:31:23 Mécanismes de la formation de masse 00:43:00 Rompre le sortilège par la sincérité 00:50:10 Vérité, réalité et observateur 00:57:06 Réflexions finales et où suivre #Pascal Bienvenue à tous dans *Neutralized Studies*. Je suis Pascal Lottaz, et aujourd’hui, j’ai le plaisir d’ accueillir le docteur Matthias Desmet, professeur de psychologie clinique à l’Université de Gand, en Belgique. Il est aussi psychothérapeute, et l’un des principaux spécialistes mondiaux de la théorie de la formation des masses. Il est également l’auteur du remarquable ouvrage *La psychologie du totalitarisme*. Bienvenue, Matthias. #Mattias Desmet Merci de m’avoir invité, Pascal. #Pascal C’est un vrai plaisir de vous avoir avec nous. Vous êtes l’une des voix qui ont été vraiment, vraiment importantes pendant ce qu’on a appelé la formation de masse liée au Covid‑19. Vous êtes la -- 1 of 19 -- personne qui a défendu cette manière d’interpréter les choses. Et vous avez écrit ce livre très important, qui cherche à comprendre, d’un point de vue psychologique, certaines des tendances qu’ on observe en Europe, dans la société. Est‑ce qu’on peut en parler un peu ? Est‑ce qu’on peut commencer par le concept de formation de masse, et voir comment il se relie au totalitarisme ? #Mattias Desmet Oui, c’est un bon point de départ. Alors, vous savez, j’ai commencé un doctorat à l’université de Gand, en Belgique, en deux mille trois. Et à l’époque, je devais faire de la recherche classique en psychologie, où j’allais étudier les liens entre certains traits de personnalité et les symptômes dépressifs. Ça peut sembler un peu étrange comme point de départ pour parler de totalitarisme, mais vous verrez, c’est lié. Donc j’ai commencé cette recherche classique en psychologie, et au bout de quelques mois, j’ai eu le sentiment que les méthodes qu’on me demandait d’utiliser — mesurer des caractéristiques psychologiques, puis calculer des corrélations statistiques entre elles — ne pouvaient tout simplement pas conduire à des résultats valides. Et parce que, quand je mesurais la même caractéristique psychologique — par exemple un trait de personnalité — de trois manières différentes, les résultats étaient souvent complètement différents. Alors j’ai demandé à mon directeur de thèse si, au lieu de faire cette recherche classique en psychologie, je pouvais plutôt étudier la validité des méthodes de recherche en psychologie. Et il m’a donné son accord. Ensuite, pendant que j’examinais ces méthodes de recherche, au bout d’environ deux ans, la crise de la réplication a éclaté dans les sciences. Elle a montré que la grande majorité des articles publiés étaient en réalité faux. Il y a d’ailleurs eu ce célèbre article de John Ioannidis, intitulé « Pourquoi la plupart des résultats de recherche publiés sont faux ». Donc, le problème sur lequel j’étais tombé en psychologie s’est révélé en fait très répandu dans l’ensemble des sciences. En fait, plus de quatre-vingt-cinq pour cent des articles ne peuvent pas être reproduits. Ce qui veut dire qu’ils n’ont, en réalité, aucune validité scientifique. Et le plus étrange, c’est que, sur la base des résultats de ma thèse, j’ai publié mon premier livre, un tout petit livre. Je ne l’ai pas avec moi ici, mais c’est un petit ouvrage intitulé *La quête de l’objectivité en psychologie*. Et j’y expliquais, je crois de manière très claire, au point qu’un enfant pourrait peut-être le comprendre en voyant certains exemples, que les méthodes de recherche en psychologie ne peuvent tout simplement pas conduire à des conclusions valides. Et ce qui était étrange, à ce moment-là, c’est que chaque fois que je faisais une présentation ou une conférence sur ce phénomène, où je montrais vraiment au public des exemples très simples — par exemple, que les méthodes de mesure en psychologie ne sont ni fiables ni valides, et qu’elles comportent trop d’erreurs de mesure pour permettre une inférence statistique vraiment significative —, à chaque fois que je présentais ça, je voyais la même chose. Quelques personnes dans le public, peut-être deux ou trois pour cent, étaient très enthousiastes et voulaient en savoir plus. Mais plus de quatre-vingt-dix pour cent, ou en tout cas une grande majorité, se mettaient en colère contre moi. -- 2 of 19 -- Et quand je leur demandais, genre, d’accord, mais dites-moi, pourquoi j’aurais tort ? Montrez-moi. Vous savez, j’ai un doctorat en psychologie, mais aussi un master en statistiques, donc je suis aussi statisticien. Et à chaque fois que je leur disais : montrez-moi, où est mon erreur statistique ? Où est l’ erreur mathématique dans mon raisonnement ? Personne ne m’a jamais donné de réponse. Parce que, je pense, c’était évident que, d’un point de vue mathématique, j’avais raison. Et à ce moment- là, j’ai commencé à être fasciné par quelque chose de très étrange — le fait que, dans certaines conditions, des gens très intelligents, parce que mes collègues à l’université sont des gens très intelligents... Ce sont des personnes très intelligentes. Mais dans certaines conditions, même des gens très intelligents peuvent adhérer à un récit qui, en réalité, est absurde. Et quoi que vous fassiez, ils refuseront d’y renoncer. Ils continueront à y croire. Alors, vers deux mille treize, j’ai commencé à m’ intéresser à la psychologie des foules, parce que je me suis rendu compte que cette étrange cécité des experts, comme je l’appelle parfois, cette forme de cécité qui touche les gens dans certaines situations, ne peut pas s’expliquer uniquement par la psychologie individuelle. Il faut comprendre comment les gens, leur identité, leur façon de penser, sont pris dans des processus psychologiques qui agissent au niveau du groupe auquel ils appartiennent. C’est là que j’ai commencé à m’y intéresser. Et après quelques années, peut-être, j’ai commencé à me rendre compte que… enfin, j’ai commencé à lire sur la psychologie des masses. Et au bout d’un moment, après plusieurs années, j’ai pris conscience du fait que ce phénomène, pour lequel j’ai forgé le terme « formation de masse » — un terme qu’avait déjà utilisé Gustave Le Bon à quelques reprises, et aussi Sigmund Freud, je crois —, je l’ai ensuite adopté comme terme principal pour désigner ce phénomène étrange de formation de groupe, qui a un effet tout aussi étrange sur le fonctionnement psychologique individuel. Alors, ce qu’on appelle une formation de masse… quand les gens sont pris dans ce phénomène, ils deviennent généralement incapables de prendre du recul critique par rapport à tout ce que le groupe croit. Et quand le groupe en vient à croire aux choses les plus absurdes, les gens y adhèrent, peu importe leur niveau d’intelligence. Ils deviennent prêts à se sacrifier de manière radicale. C’est une autre caractéristique très étrange de la formation de masse : les personnes qui en sont prisonnières sont prêtes à se sacrifier complètement. Et puis, le plus dangereux, bien sûr, c’est qu’elles deviennent en général profondément intolérantes envers les voix dissonantes, envers tous ceux qui pensent autrement. Et c’est là que j’ai commencé à prendre conscience de quelque chose d’étrange : en réalité, ce phénomène de formation de masse est à la base du totalitarisme. C’est ce phénomène qui rend possibles les États totalitaires, comme l’Allemagne nazie ou l’Union soviétique, qui sont bien sûr les exemples les plus connus. Ce phénomène de formation de masse, c’est ce qui rend les États totalitaires complètement différents des dictatures classiques. Et la plupart des gens confondent les deux. Beaucoup pensent que l’Allemagne nazie était une dictature. Pas du tout. Ou que l’Union soviétique était une dictature classique. Ce n’est pas vrai du tout. C’est quelque chose de tout à fait -- 3 of 19 -- différent. La différence, c’est que dans un État totalitaire, sur le plan psychologique, tout repose sur une formation de masse. Alors qu’une dictature classique, elle, ne repose pas là-dessus. #Pascal Petite pause rapide, parce que j’ai été récemment banni de YouTube. Même si je suis de retour, ça peut très bien se reproduire à tout moment. Donc, s’il vous plaît, pensez à vous abonner, non seulement ici, mais aussi à ma liste de diffusion sur Substack. C’est pascallottaz.substack.com. Le lien est dans la description juste en dessous. Et maintenant, on revient à la vidéo. Alors, tu considères donc l’État totalitaire comme quelque chose qui va, psychologiquement, beaucoup plus loin que les simples structures de pouvoir politique, c’est bien ça ? En gros, ça inclut cette croyance fanatique, partagée par une grande partie du groupe, dans les principes fondamentaux du groupe lui- même. C’est bien de ça qu’il s’agit, non ? Et ce n’est pas seulement que le type au sommet détient toutes les armes et peut forcer tout le monde à obéir. #Mattias Desmet Non, non, exactement. Ça, ce serait une dictature classique. Dans une dictature classique, il y a un régime dictatorial qui, comme vous l’avez dit, détient toutes les armes, et les gens ont peur du potentiel agressif de ce régime. Du coup, ils finissent par accepter que ce régime leur impose unilatéralement son contrat social. Ça, c’est une dictature classique. Mais un État totalitaire, c’est quelque chose de bien, bien, bien, bien plus puissant sur le plan psychologique. Dans un État totalitaire, en général, tout commence au sein de la population. Ça veut dire qu’une partie de la population se met à croire, de façon fanatique, en une certaine idéologie. Par exemple, les théories raciales, qui étaient populaires avant la montée de Hitler dans l’Allemagne nazie, ou le matérialisme historique, le marxisme, qui est devenu très populaire en Union soviétique, en Russie, à la fin du dix-neuvième siècle. Donc, d’abord, le début d’un État totalitaire, c’est un processus, un processus psychologique, où une certaine partie de la population — en général pas plus de vingt à trente pour cent, donc clairement pas tout le monde — commence à croire de façon fanatique en une idéologie particulière. Et à cause de la fonction émotionnelle que cette idéologie remplit pour cette partie de la population, une formation de masse peut apparaître, où les gens croient tellement fanatiquement à cette idéologie qu’ils deviennent incapables de voir tout ce qui, dans la réalit