Le contre-amiral retraité Steve Jermy soutient que la sécurité européenne a été détournée par une logique de dissuasion qui risque d’escalader le conflit entre l’OTAN et la Russie en une guerre beaucoup plus large et dévastatrice. Il rattache les antécédents du conflit à l’élargissement de l’OTAN et critique la complaisance stratégique des Occidentaux, la faiblesse des défenses aériennes et l’incapacité à repousser des attaques massives de missiles et de drones. Jermy met en garde contre les coûts énergétiques et économiques élevés imposés à l’Europe par les politiques actuelles et affirme qu’une confrontation prolongée est insoutenable militairement et financièrement. Il appelle à une diplomatie européenne renouvelée — un « Esprit de Westphalie II » — axée sur une sécurité coopérative, des mesures de consolidation de la confiance de type Track II et des dispositifs de vérification crédibles plutôt que sur la poursuite de la dissuasion. Jermy perçoit des ouvertures timides dans des pourparlers informels E3–Russie mais insiste sur la nécessité d’un débat public robuste sur les conséquences, de mécanismes de paix réalistes (incluant l’implication de l’OSCE et des options de neutralit
Article
## Soutenez Neutrality Studies
La conversation enregistrée avec le commodore retraité Steve Jermy met en lumière un paysage européen en mutation rapide, où les réflexes de dissuasion se sont mués en une mécanique quasi psychopathe qui risque d’entraîner l’ensemble du continent dans une spirale incontrôlée. La première urgence, au-delà des analyses techniques et des propositions diplomatiques, est intellectuelle et civique : soutenir les espaces indépendants qui remettent en question le récit dominant et proposent des alternatives réalistes. Neutrality Studies et d’autres plateformes similaires fournissent un cadre pour réhabiliter la pensée stratégique non belliqueuse et pour favoriser des discussions publiques qui ne se réduisent pas à des slogans de confrontation.
Soutenir ces initiatives, c’est aussi préserver une capacité d’alerte. L’érosion de la pensée coopérative en Europe n’est pas survenue du jour au lendemain ; elle a été le produit d’un long glissement politique et médiatique. Investir du temps, de l’argent et de l’attention dans des médias indépendants permet de maintenir disponibles des diagnostics différents et des propositions de sortie de crise qui, sinon, seraient étouffés par le consensus militariste. La conversation l’illustre : sans un espace pour débattre des causes réelles du conflit et des voies de sortie, les décisions stratégiques sont prises sous l’effet d’un réflexe pavlovien de confrontation.
Enfin, le soutien va au-delà du financement : il inclut la contribution au débat public, la lecture critique et la mise en réseau des acteurs politiques, académiques et citoyens qui souhaitent une Europe moins dépendante d’une logique d’affrontement. C’est une condition nécessaire pour qu’un renouveau diplomatique puisse naître et s’imposer face aux logiques de guerre.
## Pourquoi l’ Europe a abandonné la sécurité coopérative
La conversation insiste sur un élément central : l’Europe a progressivement perdu la mémoire stratégique du compromis, de la coexistence et de la sécurité par interdépendance. L’Acte final d’Helsinki n’a pas été un accident historique isolé ; il exprimait une philosophie de sécurité partagée que les élites et les opinons publiques ont largement abandonnée. Cette amnésie est le fruit de plusieurs dynamiques simultanées.
D’abord, le somnambulisme géopolitique : pendant des décennies, l’attention européenne s’est déplacée vers d’autres urgences—changements climatiques, crises économiques et interventions lointaines—tandis que l’OTAN avançait inexorablement vers l’est. Le résultat fut une surprise politique lorsque Moscou a réagi. Plutôt que de revenir sur l’analyse, l’Europe a choisi la réponse instinctive : renforcer la dissuasion. Ensuite, il y a eu une capture idéologique des médias et d’une partie des gouvernements par une pensée binaire et militantiste qui déshumanise l’adversaire et refuse le compromis. Cette sectarisation empêche tout réexamen des responsabilités partagées dans la montée des tensions.
Enfin, des facteurs institutionnels et stratégiques ont joué : l’OTAN elle-même, selon l’analyse de Steve Jermy, n’a pas démontré une pensée stratégique cohérente. Les capacités industrielles et la pensée opérationnelle n’ont pas suivi l’expansion politique, ce qui a produit des incohérences graves. Cette combinaison de myopie politique, de pression médiatique et d’insuffisance capacitaire explique pourquoi la sécurité coopérative a reculé et pourquoi il faut désormais la reconstruire consciemment.
## Défense aérienne, drones et guerre des missiles
L’un des enseignements les plus préoccupants évoqués lors de l’échange est la fin pratique de la supériorité aérienne telle que nous la concevions. L’arrivée à maturité des drones, des missiles conventionnels à longue portée et des vecteurs hypersoniques a profondément transformé le champ des opérations. Là où autrefois quelques systèmes de défense aérienne pouvaient garantir un contrôle du ciel, aujourd’hui des vagues massives de menaces peuvent saturer et rendre inefficace la protection.
Steve Jermy rappelle, avec la conviction d’un ancien commandant de destroyer de défense aérienne, que la problématique n’est pas seulement technologique mais systémique : détection précoce, distribution des effecteurs et résilience des réseaux de commandement sont tous insuffisants face à des attaques en volume. Les doctrines occidentales, longtemps focalisées sur la supériorité technologique, ont été prises au dépourvu par des acteurs qui ont fait des missiles et des drones des instruments centraux de leur stratégie. À cela s’ajoute l’écart de maturité : des puissances comme la Russie, la Chine ou l’Iran exploitent ces capacités depuis des années, offrant un lead technologique difficile à rattraper rapidement.
La conséquence stratégique est profonde : l’idée selon laquelle l’on peut repousser toute attaque depuis le ciel devient illusoire. Cela redessine la nature même des opérations navales, aériennes et terrestres, et impose un réajustement des priorités budgétaires et doctrinales. Mais surtout, cela rend le recours à la diplomatie impératif, car la seule autre option est une escalade incontrôlée face à une capacité limitée de défense.
## Sécurité énergétique et nécessité de la diplomatie
La conversation souligne aussi le lien étroit entre la sécurité énergétique et la stabilité stratégique. L’escalade militaire a un coût énergétique et économique que les sociétés européennes peinent à supporter. Les ruptures d’approvisionnement, l’inflation et la pression sur les capacités industrielles ne sont pas des externalités mineures : elles déterminent la marge de manœuvre politique et la volonté populaire de poursuivre une stratégie de confrontation.
La diplomatie devient dans ce contexte un levier stratégique de premier plan. Réduire la dépendance à l’idéologie belliqueuse, renouer des canaux d’échange et négocier des arrangements sur l’énergie et les infrastructures peuvent à la fois diminuer les risques immédiats et créer des interdépendances pacifiantes. Steve Jermy met en garde contre la mythologie de l’autonomie complète : l’Europe ne peut pas se financer indéfiniment dans une course à la reconstitution des stocks d’armes ni se prémunir entièrement contre des ruptures énergétiques sans compromis politiques.
En bref, la sécurité énergétique n’est pas un problème technique isolé ; elle est au cœur de la stabilité politique et impose une approche pragmatique qui combine mesures internes de résilience et efforts diplomatiques externes.
## Comment les pourparlers de paix pourraient commencer
La question la plus difficile est celle du processus. Si la guerre résulte en partie de l’expansion de l’OTAN et des logiques de dissuasion, alors la paix exige un diagnostic honnête et une architecture de négociation différente. La conversation évoque des démarches de Track II et des contacts de niveau discret entre puissances européennes—le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne—et la Russie. Ces canaux peuvent créer des marges d’expérimentation nécessaires pour tester des idées sans exposition politique immédiate.
Un plan de paix, selon les axes proposés, devrait d’abord reconsidérer la philosophie de la relation avec la Russie : de la confrontation à la coopération structurée. Cela implique des mesures concrètes telles que des accords de zones démilitarisées, des garanties sur certaines lignes de déploiement, des arrangements de sécurité régionale et, crucialement, des mécanismes de vérification crédibles portés par des acteurs indépendants.
La difficulté réside dans la surmonteration des postures publiques et des narratifs moralisateurs. Une démarche prudente, progressivement élargie, où des petits succès diplomatiques renforcent la confiance, paraît la voie la plus réaliste. Mais pour réussir, il faut des acteurs européens prêts à mener—non pas en substitut de conversations transatlantiques, mais en complément, avec une initiative propre et autonome.
## Neutralité, l’OSCE
Transcript
La psychopathie de la dissuasion détourne l’
Europe : ça empire | Cdre Steve Jermy
Les personnes qui mènent l’Ukraine droit sur les baïonnettes de la Russie font des heures
supplémentaires pour faire de même avec le reste du continent européen. Le commodore retraité de
la Royal Navy Steve Jermy me rejoint aujourd’hui pour discuter de ce que nous devons chercher à
mettre en œuvre pour arrêter cela : un nouvel « Esprit de Westphalie » afin de mettre fin à la guerre
entre l’OTAN et la Russie. Nous examinons la perte de la sécurité coopérative en Europe, les faibles
défenses aériennes, les coûts énergétiques de l’escalade, le coût humain d’une guerre plus large,
ainsi que les voies possibles vers la diplomatie, la neutralité, des mesures de confiance menées par l’
OSCE et des discussions de type Track II. Liens : Le Substack de Steve Jermy : https://stevejermy.
substack.com L’article de Steve : https://stevejermy.substack.com/p/the-spirt-of-westphalia Le
Substack de Neutrality Studies : https://pascallottaz.substack.com Produits dérivés :
https://neutralitystudies.com/shop Don : https://neutralitystudies.com/donate Horodatages : 00:00:
00 Introduction et l’Esprit de Westphalie 00:10:23 Soutenez Neutrality Studies 00:10:44 Pourquoi l’
Europe a abandonné la sécurité coopérative 00:17:20 Défense aérienne, drones et guerre des
missiles 00:21:50 Sécurité énergétique et nécessité de la diplomatie 00:27:16 Comment les
pourparlers de paix pourraient commencer 00:35:22 Neutralité, l’OSCE et la fin des sanctions 00:42:
15 Qui pourrait lancer un nouveau processus de paix ? 00:54:38 Où suivre Steve Jermy
#Pascal
Bienvenue à tous dans Neutrality Studies. Aujourd’hui, nous retrouvons Steve Jeremy pour une mise
à jour. Steve est commodore retraité de la marine britannique. Steve, bienvenue de nouveau.
#Steve Jermy
Ça fait plaisir de vous retrouver, Pascal. Ça faisait trop longtemps. On a été un peu occupés à faire
autre chose.
#Pascal
Ça fait trop longtemps. Mais je vous ai vu à Tbilissi il y a deux mois, puis sur Tucker Carlson il y a
quelques semaines. Bravo pour ça. Et vous venez de publier ce nouvel article, ici, sur l’esprit de
Westphalie, avec New Thinking : la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne pourraient aider à
mettre fin à la guerre entre l’OTAN et la Russie. Vous faites donc partie de ceux qui avancent, de
manière proactive, des propositions concrètes sur ce qu’on pourrait faire face à toute cette tragédie,
alors que des milliers d’Ukrainiens et de Russes meurent encore chaque mois. Steve, pouvez-vous
nous expliquer cela ?
-- 1 of 16 --
#Steve Jermy
Oui, j’ai pensé que cet article était important, Pascal, parce que beaucoup de gens parlent des
problèmes auxquels nous sommes confrontés. Et effectivement, j’avais écrit un article sur la guerre à
venir avec la Russie, et sur ce qui pourrait se passer. Cette guerre à venir avec la Russie serait très
effrayante, si elle se produisait. Il m’a donc semblé qu’il fallait au moins commencer à réfléchir aux
voies alternatives possibles. Il faut y voir une voie alternative vers la paix. Et si j’ai choisi le titre « L’
esprit de Westphalie », c’est parce que, comme vous le savez bien, la Westphalie a été l’un de ces
événements historiques marquants, en ce qu’elle a mis fin à la guerre de Quatre-Vingts Ans et à la
guerre de Trente Ans. Et c’était un événement complexe.
Mais le message que j'en ai retenu, c'est que les Européens pouvaient le faire. Au lieu de rester assis
à attendre que les Américains aillent parler aux Russes, nous, en Europe, pouvions jouer un rôle
dans cette affaire. Et non seulement nous pouvions jouer un rôle, mais nous devions en jouer un.
L'idée était donc de commencer réellement par réfléchir aux origines de la guerre. Je ne vais pas m'y
attarder trop longtemps, parce que je pense qu'il existe un consensus général parmi ceux d'entre
nous qui travaillent dans les médias indépendants, et même chez pratiquement toute personne
ayant la moindre connaissance de l'histoire stratégique : les origines remontent à l'expansion de
l'OTAN. Et c'est cette expansion qui a, au bout du compte, été la cause de la guerre.
Et je maintiens ce point de vue. Enfin, je pense que toute personne ayant le moindre sens de l’
histoire stratégique sait qu’il est impossible d’échapper à cette conclusion. C’est important aussi,
parce que lorsqu’on réfléchit à la manière de résoudre des guerres, le diagnostic compte. Donc, ce
que nous faisions là, c’était diagnostiquer les causes de la guerre, ce qui nous permet ensuite d’
appliquer le bon traitement, si vous voulez. Mais l’étape suivante consistait vraiment à examiner le
contexte qui a changé. Il m’a semblé que ce changement de contexte avait été considérable. Depuis
2022, nous avons vu les Américains publier une stratégie de sécurité nationale de l’OTAN, vous
savez, dans laquelle l’Europe arrive, au mieux, en cinquième position dans la liste des priorités.
Et comme nous le savons, les Américains ont des priorités bien plus importantes, notamment l’Iran
et cet enchevêtrement malheureux. Nous sommes aussi dans une situation où il est difficile de dire s’
il y a déjà un véritable changement dans les dirigeants européens. Mais, au sein de l’E3, on voit
clairement certaines évolutions. La Grande-Bretagne vient tout juste de changer de Premier ministre,
et pas de la manière habituelle. Merz semble sous pression en Allemagne, notamment parce que l’
AfD lui souffle dans le cou. Et l’AfD a une politique explicite de reprise des relations avec la Russie.
Et bien sûr, Macron maintient, semble-t-il, des contacts avec Poutine depuis quelque temps. Nous le
pensons, mais nous n’en sommes pas certains.
Il y a aussi quelques autres éléments, Pascal. Je pense que ce qu’on commence vraiment à voir
maintenant, c’est que la ceinture fortifiée, qui constituait en quelque sorte la dernière partie de la
défense principale contre les mouvements militaires de Poutine, contre les mouvements russes vers l’
-- 2 of 16 --
ouest, est en train de tomber. Et quand elle tombera, il ne restera pas grand-chose derrière. À ce
stade, les Russes auront, si vous voulez, des champs ouverts jusqu’au Dniepr et, bien sûr, à travers
toute la région d’Odessa, avec la possibilité de prendre Odessa. Et je pense que le dernier élément,
en termes de contexte, c’était… ou plutôt les deux derniers éléments.
La première chose, c'est que nous savons désormais que l'Occident ne peut pas se défendre contre
des attaques aériennes. Je veux dire, si certains pensaient que ce n'était pas vrai, ou ignoraient ce
qui se passe en Ukraine, qu'ils regardent simplement ce qui s'est passé en Iran. En substance, les
États-Unis ont été chassés du Golfe et se sont repliés. Et c'est bien un repli. Ils se sont repliés
jusqu'en Jordanie. En Jordanie, ils n'étaient pas en sécurité. Puis jusqu'en Israël. Et, bien sûr, les
porte-avions se sont encore davantage éloignés. Donc, nous savons que nous ne pouvons pas nous
défendre contre des attaques aériennes. Ce qui renvoie directement à la question de la défense
aérienne occidentale. Le fait est que, si nous ne pouvons pas défendre le ciel ukrainien contre des
attaques aériennes, alors nous ne pouvons pas non plus défendre le ciel européen.
Alors, c’est sûrement le moment de commencer à parler avec la Russie. J’ai aussi examiné de près l’
OTAN. Le fait est que l’OTAN, comme je l’ai déjà dit, quand je servais dans une formation de l’OTAN,
on plaisantait en disant que NATO signifiait « no ability to organise », autrement dit « aucune
capacité à s’organiser ». Pardon, répétez-moi ça. On plaisantait en disant que NATO signifiait « no
ability to organise ». Et, bien sûr, ce n’est pas vrai, mais c’était notre façon légère de la voir. Mais l’
OTAN n’est pas cette grande coalition dont les gens parlent. Ses opérations extérieures, disons… le
Kosovo s’est fait avec une légitimité très douteuse. Ce n’était certainement pas une opération légale.
Avec le recul, j’ai aujourd’hui de grands doutes sur cette opération. L’OTAN a été vaincue en
Afghanistan par un groupe hétéroclite de gens armés de kalachnikovs et d’engins explosifs
improvisés, au terme d’une campagne qui a duré près de vingt ans.
Et le grand moment de l'OTAN, ce fut sûrement lorsque les Russes ont envahi l'Ukraine. Car, dès le
départ, l'objectif de l'OTAN était d'éviter la guerre en Europe. Et pourtant, à ce moment-là, l'OTAN
avait fait quelque chose qui avait provoqué la guerre en Europe, tout en n'étant pas préparée à la
guerre que ses actions pouvaient nécessairement déclencher. Pour moi, ce fut donc un énorme
échec de la réflexion stratégique. Et cela me montre que l'OTAN n'est pas compétente sur le plan
stratégique. Enfin, et ce n'est certainement pas le moins important, le soutien de l'OTAN à la guerre
en Ukraine n'a pas fonctionné. Donc, pour moi, il est temps d'examiner l'OTAN de très, très près. J'ai
donc commencé à vraiment réfléchir à ce que pourrait être la structure de pourparlers de paix. C'est
difficile d'entamer cela, mais je pense que c'est nécessaire.
Je pense que ce qui est intéressant, c’est qu’un article de Bloomberg, il y a environ un mois — c’était
en juillet, Pascal — a révélé que le Centre pour le dialogue humanitaire avait organisé des
pourparlers de niveau deux entre les pays de l’E3, c’est-à-dire le Royaume-Uni, la France et l’
Allemagne, et la Russie. D’après ce qu’on en sait, les pays de l’E3 ont reçu un message assez brutal
de la part des Russes. Et cela ne me surprend pas entièrement. Je pense que les Russes ont
pratiquement renoncé à la négociation. Mais, quoi qu’il en soit, au moins, cette conversation a
-- 3 of 16 --
commencé. Alors, à quoi pourrait ressembler un plan de paix ? Il pourrait comporter plusieurs
éléments. Je pense que la première chose, c’est que nous devons passer d’une certaine philosophie,
au sein de l’OTAN et en Europe, selon laquelle nous dissuadons réellement les Russes.
En réalité, la dissuasion, c'est la confrontation. Cela veut dire que nous affrontons les Russes, que
nous nous opposons à eux. La dissuasion est obtenue par le fait d'avancer jusqu'aux frontières de la
Russie. Et nous ne devrions pas être surpris que la Russie ait perçu cela comme une menace. C'est
d'ailleurs la cause de la guerre. Donc, premièrement, adoptons, sur le plan philosophique, une
approche fondée sur la coopération plutôt que sur la dissuasion. Regardons comment nous
travaillons avec les Russes, ou comment nous pourrions travailler avec eux. Réfléchissons à ces
mesures. Mais est-ce que je m'arrête là, avant d'aborder à quoi pourrait ressembler ce processus de
paix, Pascal ?
#Pascal
Oui. Juste une note très rapide. La meilleure façon de soutenir cette chaîne, c’est de vous inscrire à
mon Substack gratuit. Vous pouvez aussi aider avec un abonnement payant, ou acheter certains de
nos nouveaux produits dérivés sur neutralitystudies.com. Les liens sont ci-dessous. À bientôt là-bas.
J’ai d’abord quelques questions de suivi que j’aimerais clarifier. L’une d’elles est la suivante : d’où
pensez-vous que cela vienne ? Parce que je me rends compte que je suis actuellement en Suisse, et
que nous allons avoir une votation populaire à la fin du mois prochain. En ce moment, tout le débat
politique s’intensifie vraiment autour de la neutralité suisse.
Et ceux qui s’opposent à ce que nous proposons et aimeraient voir cela confirmé le mois prochain
avancent que, vous savez, même en Suisse, la Russie ne peut être que dissuadée. Qu’on ne peut
avoir avec elle aucune forme de dialogue constructif, parce qu’ils sont mauvais, et ainsi de suite, bla
bla bla. Mais précisément, même en Suisse, l’idée est que la dissuasion est la seule voie vers la
sécurité. Même ici, une bonne partie de la population a avalé l’idée qu’un État doit avoir la capacité d’
anéantir l’autre, sinon il ne sera jamais en sécurité. Et c’est évidemment la cause profonde du
dilemme de sécurité : la manière dont l’autre va alors vous percevoir, et ainsi de suite.
Donc toute cette idée de