Le Dr Pietro Shakarian soutient que les récentes initiatives interventionnistes des États-Unis — illustrées par l’épisode vénézuélien — signalent une dangereuse érosion du droit international d’après‑guerre et un retour à des pratiques franches de renversement de régimes. Depuis Erevan, il affirme que Téhéran et Moscou interprètent ces développements comme des menaces directes aux nœuds stratégiques eurasien centraux pour la connectivité des BRICS ; par conséquent, la Russie et la Chine sont de plus en plus disposées à contester les sanctions occidentales et à approfondir leur coopération en matière de sécurité avec l’Iran. Shakarian met en garde contre le fait que l’encouragement extérieur aux protestations iraniennes fonctionne comme une guerre psychologique visant à assouplir Téhéran en vue d’éventuelles frappes, et que toute campagne future viserait probablement les infrastructures balistiques et défensives iraniennes plutôt que le seul programme nucléaire. Il situe l’axe Iran–Russie dans le cadre d’une contestation régionale plus large — en soulignant le projet de « TRIP »/corridor dans le Caucase du Sud, la politique intérieure arménienne sous Pashinyan, et les risques de cré
Article
## Introduction
Le monde semble aujourd’hui pris entre deux dynamiques contradictoires : d’un côté, la résurgence d’un interventionnisme impérial qui remet en cause les règles du droit international ; de l’autre, la réaction coordonnée d’États qui refusent d’accepter une hégémonie sans limites. La conversation avec le Dr. Pietro Shakarian éclaire cette fracture en reliant des événements aussi apparemment disparates que l’intervention au Venezuela, les manifestations en Iran et les manœuvres diplomatiques sino‑russe. L’enjeu n’est pas seulement régional : il s’agit d’une bataille pour la configuration même d’un ordre mondial multipolaire, où sanctions, alliances stratégiques et pressions politiques sont à la fois instruments et symptômes d’un système international en recomposition.
## Relations stratégiques Russie–Iran
Le cœur de l’analyse trace un lien stratégique renforcé entre la Russie et l’Iran, conçu comme une assurance politique et militaire face aux tentatives — réelles ou perçues — de changement de régime. Le Dr. Pietro Shakarian insiste sur le fait que la relation russo‑iranienne n’est pas une simple série d’ententes économiques, mais une réponse géopolitique structurée : après des réunions diplomatiques décisives en décembre, Moscou et Téhéran ont convenu d’intensifier la coordination, y compris sur un horizon pluriannuel. Cette logique procède d’un constat partagé : l’affaiblissement ou la fragmentation de l’Iran profiterait directement aux objectifs stratégiques d’Occidentaux et d’Israël, en cassant un nœud crucial de la connectivité eurasiatique.
Pour Moscou et Pékin, l’Iran représente plus qu’un partenaire régional. Il est un point de jonction entre la Russie, l’Asie centrale, le Caucase et la Chine, donc une valeur stratégique pour le projet de rééquilibrage de l’ordre international vers la multipolarité. C’est pourquoi la conversation soulève que la Russie et la Chine pourraient, en pratique, choisir d’ignorer certaines sanctions internationales perçues comme politiquement instrumentalisées. Cette perspective n’est pas seulement normative ; elle s’enracine dans la logique d’un affrontement pour la souveraineté stratégique des États non‑occidentaux face aux mécanismes de pression occidentaux.
## Scénarios de guerre potentiels et détroit d’Ormuz
La discussion met en relief la logique des escalades possibles. À mesure que Téhéran se sent menacé — et peut le ressentir d’autant plus après des actions comme celle constatée au Venezuela — la tentation d’un renforcement militaire bilatéral avec la Russie devient pragmatique. Le transcript évoque des mouvements matériels : cargos militaires, renforcement des consultations entre ministères des Affaires étrangères et préparation opérationnelle en anticipation d’une frappe potentielle. Tout ceci narre une réalité où la guerre n’est plus seulement une hypothèse, mais une éventualité concrète qui structure des décisions stratégiques.
Un point névralgique demeure le détroit d’Ormuz. S’il est bien connu comme levier pour perturber l’économie mondiale via le flux d’hydrocarbures, son importance est également symbolique : une menace ou une fermeture partielle du détroit changerait la donne stratégique et pousserait des acteurs extérieurs à réagir, parfois de façon disproportionnée. La conversation souligne que l’emploi de capacités navales, la disruption des routes d’approvisionnement et les actions asymétriques seraient autant d’options à la disposition d’un Iran acculé. Face à cela, la coordination russo‑iranienne viserait autant à dissuader une attaque qu’à assurer la résilience logistique et politique en cas de conflit.
## Le dilemme géopolitique de la Turquie
La Turquie apparaît dans l’échange comme un acteur pivot dont la posture est difficile à anticiper. À la croisée entre intérêts régionaux, relations économiques avec la Russie et aspirations à jouer un rôle autonome en Méditerranée et au Moyen‑Orient, Ankara est confrontée à un dilemme classique : choisir un camp, ou manœuvrer pour maximiser son propre positionnement stratégique. Le Dr. Pietro Shakarian laisse entendre que la Turquie pourrait, selon les circonstances, s’aligner ponctuellement avec les puissances non‑occidentales tout en cherchant à préserver ses opportunités d’interaction avec l’Union européenne et l’OTAN.
La complexité turque tient aussi à la nature intérieure de ses défis politiques et économiques. Ankara a intérêt à maintenir des corridors d’échange et des projets d’infrastructure régionale (dont certains traversent le Caucase et l’Asie centrale) ; fragiliser ces liens reviendrait à s’auto‑nuire. En conséquence, la Turquie est propice à des compromis tactiques : accepter des coopérations énergétiques et militaires avec la Russie et l’Iran tout en s’efforçant de ne pas se couper définitivement de l’Occident lorsque cela demeure économiquement ou politiquement utile. Ce pragmatisme rend le comportement turc imprévisible mais non erratique : il est guidé par la recherche d’un équilibre entre autonomie stratégique et intérêts immédiats.
## Perspectives géopolitiques pour 2026
Regarder vers 2026, la conversation dresse un panorama où plusieurs tendances convergent pour redessiner l’ordre international. Premièrement, le principe d’un « ordre international fondé sur des règles », tel qu’invoqué par quelques capitales occidentales, est contesté non seulement dans le discours mais dans les actes. L’argument mis en avant par le Dr. Shakarian est que ces règles ont été historiquement instrumentalisées : rendre une résolution internationale ou un dispositif de sanctions efficace a souvent signifié l’usage de ces mécanismes pour imposer des intérêts plutôt que pour garantir une justice collective. Cette prise de conscience nourrit la volonté des pays non occidentaux de créer des alternatives pratiques — économiques, diplomatiques et militaires — qui réduisent leur vulnérabilité aux pressions extérieures.
Deuxièmement, l’intégration croissante de l’Iran aux circuits BRICS et aux architectures eurasiatiques marque une tentative concertée de bâtir des contrepoids au leadership occidental. Si la Russie et la Chine choisissent de ne plus se conformer strictement à des sanctions jugées illégitimes, alors les outils de coercition occidentale perdent une partie de leur efficacité. L’endiguement traditionnel par sanctions pourrait alors laisser la place à des stratégies plus nuancées : contournement économique, renégociation de circuits de paiement alternatifs et renforcement des chaînes d’approvisionnement régionales.
Troisièmement, la dynamique interne de pays comme l’Iran, où des manifestations sociales coexistent avec des tentatives d’ingérence extérieure, pose la question de la durabilité des régimes. La conversation rappelle que le mécontentement réel — lié à l’inflation, à la gestion de l’eau, aux pressions économiques — peut être authentique tout en étant instrumentalisé. Ce mélange rend les prévisions incertaines : un soulèvement populaire pourrait au mieux conduire à des réformes limitées, au pire à une fragilisation exploitée par des acteurs étrangers. Dès lors, la solidité des alliances et la capacité des gouvernements à répondre aux demandes internes seront déterminantes.
Enfin, l’Europe est perçue dans l’échange comme de plus en plus marginale. L’Union européenne, incapable de définir une stratégie autonome et cohérente face à ces fractures, risque d’être reléguée au rôle d’observateur impuissant. L’affirmation de cette irrélevance potentielle met en lumière une transition vers un monde où les décisions majeures se prennent ailleurs : à Moscou, Pékin, Riyad, Téhéran, et parmi un ensemble d’acteurs régionaux prêts à faire valoir leur agenda.
Conclusion implicite : une recomposition profonde
La conversation avec le Dr. Pietro Shakarian n’est pas une simple chronique d’événements ; elle expose une recomposition profonde du système international. Les interventions unilatérales et les opérations de changement de régi
Transcript
Venezuela, Iran, BRICS : L’Empire contre-
attaque | Dr Pietro Shakarian
Avec le « masque complètement tombé » concernant l’intervention au Venezuela, je me demande : l’
ordre international s’est-il officiellement dissous dans la loi de la jungle ? Alors que les viseurs se
déplacent vers Téhéran, la Russie et la Chine vont-elles enfin briser le régime de sanctions pour
empêcher un changement de régime ? Pour comprendre si nous assistons à un effondrement de
type soviétique de l’Occident, j’ai de nouveau invité le Dr Pietro Shakarian, maître de conférences en
histoire à l’Université américaine d’Arménie à Erevan, afin qu’il nous livre son analyse depuis le
carrefour stratégique du Caucase. Liens : Neutrality Studies sur Substack : https://pascallottaz.
substack.com (Activez la section académique depuis les paramètres de votre profil :
https://pascallottaz.substack.com/s/academic) Boutique : https://neutralitystudies-shop.fourthwall.
com Chapitres : 00:00:00 Introduction 00:00:36 Intervention des États-Unis au Venezuela 00:08:43
Relations stratégiques Russie–Iran 00:19:09 Manifestations et tentatives de changement de régime
en Iran 00:23:51 Scénarios de guerre potentiels et détroit d’Ormuz 00:29:24 Le Caucase du Sud et
le corridor « TRIP » 00:42:01 Le dilemme géopolitique de la Turquie 00:46:41 L’irrélevance de l’
Union européenne 00:58:37 Perspectives géopolitiques pour 2026
#Pascal
Bienvenue à tous. Aujourd’hui, nous retrouvons le Dr Pietro Shakarian, maître de conférences en
histoire à l’Université américaine d’Arménie, à Erevan. Pietro, bienvenue à nouveau.
#Pietro Shakarian
Pascal, c’est un plaisir d’être à nouveau dans ton émission. Merci de m’avoir invité. Et bonne année à
toi aussi. Bonne année à toi également. Bonne année, oui.
#Pascal
Bien que je doive dire que cela ne commence pas très joyeusement — mais c’est justement de cela
qu’il faut parler. Non, cela ne commence pas très joyeusement, non. Nous parlons maintenant du
Venezuela, mais je voulais m’entretenir avec vous parce que vous avez écrit un article sur l’Iran et sa
relation avec la Russie. Cependant, je pense que ce qui se passe au Venezuela va probablement
avoir un impact assez important sur l’Iran. Pourriez-vous nous donner votre avis à ce sujet ?
#Pietro Shakarian
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Oh, je pense que ce qui s’est passé au Venezuela est un crime — contre l’humanité, un crime contre
le droit international. C’est absolument insensé, à mes yeux. En fait, on peut même dire que, eh
bien, la guerre en Irak, aussi terrible qu’elle ait été, au moins Bush a essayé de passer par l’ONU. Là,
ce n’est même pas le cas — Trump ne fait même pas ça. Trump agit simplement pour éliminer le
dirigeant, directement. C’est tout simplement atroce. Que puis-je dire ? Je pense… oui, c’est un
désastre. Et je crois aussi que c’est un avertissement à l’Iran sur la véritable intention de l’
administration Trump. Malgré la rhétorique que nous avons entendue quand Trump se présentait à l’
élection — ce “je suis le président de la paix”, “l’Amérique d’abord”, et “nous allons, disons, rentrer à
la maison”, que nous n’allons pas mener des guerres sans fin.
Exactement. Il a même intégré Tulsi Gabbard dans l’administration. Et d’ailleurs, Tulsi Gabbard avait
condamné ce genre de tentatives de changement de régime au Venezuela auparavant. Maintenant,
ce que nous avons, c’est un Trump qui incarne vraiment une forme d’impérialisme. Comme il l’a dit
lui-même, c’est « l’impérialisme prêt à tirer ». Il utilise ce terme en référence à l’Iran, car il y a eu
récemment des manifestations là-bas qui semblent, encore une fois, préparer le terrain — ou, si l’on
veut, affaiblir l’Iran — en vue d’un nouveau cycle de conflit avec Israël. C’est donc ce que nous
observons en ce moment. Je trouve cela complètement, mais alors complètement atroce et illégal. Et
que peut-on dire de plus ? Cela revient à balayer tout l’ordre international établi après la Seconde
Guerre mondiale.
#Pascal
Je dois dire cependant que d’autres ont avancé cet argument — Peter Labelle, par exemple, l’a fait
dans un autre podcast hier — selon lequel il est risible que les libéraux fassent semblant de croire
que c’est la première fois que les États-Unis enfreignent le droit international. En réalité, c’est une
très vieille habitude, surtout en Amérique du Sud, pour les États-Unis d’intervenir directement et de s’
arroger un vaste pouvoir d’application de la loi.
#Pietro Shakarian
En remontant, en remontant des décennies en arrière, comme nous le savons — je veux dire, je
pourrais vous en citer plusieurs exemples. Nous avons l’invasion de la Baie des Cochons, nous avons
aussi, vous savez, ce qui s’est passé avec Allende, n’est-ce pas ? L’installation de M. Pinochet au
Chili. Il y a donc une histoire longue et sanglante. Je veux dire, nous avons aussi l’École des
Amériques, n’est-ce pas ? Ainsi, l’histoire américaine en Amérique latine — ou peut-être pourrait-on
dire, pour employer un terme plus exact, usonienne — le bilan usonien ou américain en Amérique
latine n’est pas très reluisant, pour ainsi dire. Il est très sombre.
Et avec l’Iran, les implications sont très claires. Si je regardais cela à Téhéran, je prendrais des
notes, parce que ce n’est pas bon signe. De plus — ce qui est intéressant, et je veux le mentionner
rapidement, Pascal, pardon, excuse-moi — c’est la façon dont le soi-disant leadership libéral de l’UE
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félicite Trump pour cela. Ils disent : « Eh bien, vous savez, c’est justifié, car nous n’avons jamais
reconnu Maduro comme président légitime. » D’accord, très bien pour vous. Mais le problème, au
bout du compte, c’est que c’est complètement illégal pour un pays. C’est l’affaire du Venezuela, non ?
Si Maduro est illégitime aux yeux de certains Vénézuéliens, ils peuvent protester, ils peuvent, vous
savez, organiser une nouvelle élection, peu importe. Mais il n’est pas correct qu’un autre pays — une
superpuissance — s’implique directement dans les affaires d’un autre pays. Donc, voir l’UE se livrer à
des contorsions olympiques pour justifier ce qui se passe est vraiment assez méprisable, et cela en
dit long sur l’état actuel de l’UE. Sans parler de ce que disent les Britanniques — on entend des
déclarations venant du Royaume-Uni selon lesquelles tout cela est parfaitement justifié parce que
cela correspond à l’ordre fondé sur des règles. Je ne sais pas de quel ordre fondé sur des règles ils
parlent.
#Pascal
Vous savez, il faut que ce soit très clair : « ordre international fondé sur des règles » est une
expression entièrement, totalement inventée par les Américains. Elle est plus ou moins devenue à la
mode sous M. Biden. L’ordre international fondé sur des règles n’existe pas. Le droit international,
lui, existe. Et le droit international — pour que tout le monde le comprenne bien — n’exige pas qu’un
gouvernement soit démocratique pour être un sujet de droit international, pour être reconnu comme
un autre État. Le droit international ne se soucie pas, ne se soucie vraiment pas, de la manière dont
un État est gouverné. Absolument. Donc, ils essaient de vous faire croire que c’est le cas. Ce n’est
pas vrai. On peut être une dictature et rester un sujet de droit international avec les mêmes droits
que tout le monde. Cela ne veut pas dire que nous devrions avoir plus de dictatures — ce n’est pas
le cas — mais c’est simplement pour souligner que Trump et les Européens, en ce moment, essaient
de vous faire croire cela, et que ce n’est tout simplement pas vrai.
#Pietro Shakarian
Et puis, regardez la manière dont le droit international — ou plutôt, l’ordre international — est géré.
C’est ce que nous voulons maintenant, et de plus en plus, avec la multipolarité, nous voyons
apparaître un ordre mondial plus démocratique. Et l’ordre fondé sur des règles, ou du moins son
interprétation — eh bien, soyons indulgents et disons que ces règles sont censées être le droit
international, n’est-ce pas ? Mais ce n’est pas l’interprétation adoptée aux États-Unis. Là-bas, l’idée d’
un ordre fondé sur des règles, c’est que, eh bien, « nous faisons les règles, nous dominons la
situation, et nous devons imposer notre hégémonie mondiale sur tous les autres ». Ce qui n’a rien
de très démocratique.
#Pascal
Nous faisons les règles et nous vous ordonnons de les suivre, et nous changeons les règles quand
bon nous semble — surtout quand cela nous concerne. Voilà ce que cela signifie. C’est ce que l’
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administration Trump affirme désormais, et c’est ce qu’elle fait. Et cela va simplement devenir un fait
établi, tout comme Israël met en œuvre un génocide, de fait. Absolument. Absolument. Les autres
États ne sont pas stupides ; ils voient cela. Ils comprennent maintenant que les normes auxquelles
nous pensions au moins devoir prétendre adhérer, auxquelles nous devions au moins faire semblant
de rendre hommage, ont toutes disparu. Alors, comment cela influence-t-il, selon vous, disons, la
relation irano-russe — et le fait que l’Iran sache qu’il est le prochain sur la liste, et probablement,
encore une fois, qu’on va lui trancher la tête, n’est-ce pas ? Les Israéliens font cela, les Américains
font cela — ils s’en prennent à la tête, soit en les éliminant, soit en les tuant, comme avec Nasrallah
et d’autres. Alors, que pensez-vous que ces régimes vont faire maintenant ?
#Pietro Shakarian
Eh bien, je pense que lorsqu’on parle de l’Iran, nous parlons vraiment—eh bien, Pascal, nous
évoquons souvent cette idée de changement de régime. Mais lorsqu’il s’agit spécifiquement de l’Iran,
il s’agit en réalité d’un renversement de régime. C’est en quelque sorte similaire à ce que nous avons
vu au Venezuela, mais dans ce cas-là, il s’agissait simplement de l’éviction d’un homme, car au bout
du compte, son gouvernement est toujours en place. Ils sont très en colère, et on voit maintenant
des gens manifester dans les rues de Caracas. Mais en ce qui concerne l’Iran, l’idée pour Israël est
peut-être, avant tout, d’éliminer la République islamique, mais aussi éventuellement de la remplacer
— peut-être en faisant revenir le fils du Shah, comme nous le savons — ou encore de transformer l’
Iran en une sorte de seconde Syrie, avec des républiques dissidentes.
Je ne sais pas — au Kurdistan, en Azerbaïdjan, ou dans bien d’autres endroits — Gilan, on pourrait
continuer. Mais ce serait, je pense, un peu l’idée. Il ne s’agit pas forcément de renverser le régime,
mais plutôt d’affaiblir l’Iran au point qu’il ne puisse plus représenter une menace pour Israël. Car l’
objectif d’Israël pour l’ensemble de la région est qu’il n’existe aucun concurrent potentiel à sa
suprématie militaire. C’est vraiment ce que nous observons. Et l’Iran, je pense, avait déjà compris
vers la fin de 2025 qu’une nouvelle phase allait commencer — qu’Israël faisait du bruit, et que cela
allait se produire.
Et donc, ce que j’ai écrit dans mon dernier article sur l’Iran et la Russie, c’est que le 17 décembre, M.
Araghchi et M. Lavrov se sont rencontrés à Moscou, et ils ont convenu, on pourrait dire, d’une sorte
de police d’assurance contre ces nouvelles attaques. L’objectif était vraiment de renforcer — ou,
disons, de consolider encore davantage — le soutien russe à l’Iran en ce moment. Parce que,
comme nous le savons, et comme je l’ai mentionné dans les précédents épisodes de votre émission, l’
Iran est crucial pour les BRICS, et plus particulièrement pour la Russie et la Chine, car il faut le
considérer comme un grand, disons, nœud stratégique.
Je veux dire, le plateau iranien comme ce grand nœud sur—euh, comme ce grand nœud sur, en
quelque sorte, je suppose qu’on pourrait dire, tu sais, la Route de la Soie, historiquement parlant—l’
idée du projet « Une ceinture, une route ». Si l’on regarde sa position en Eurasie, il relie le sud post-
soviétique—c’est-à-dire les anciennes républiques soviétiques du Caucase et d’Asie centrale—avec,
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tu sais, la Chine. Il relie la Russie à la Chine. Il occupe une position très stratégique. D