L’Occident manipule tout le monde — désormais avec l’IA | Prs D. Riches et J. Eddebo
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Dennis Riches soutient que les récits occidentaux dominants sur les événements rwandais de 1994 ont été construits et institutionnalisés pour occulter des responsabilités géopolitiques, affirmant que l’invasion par des forces tutsies exilées — soutenues par l’Ouganda et des parrainages occidentaux — visait un changement de régime et que des dispositifs de propagande ont existé bien avant l’IA pour filtrer les récits dissidents. Il critique la dépendance à un corpus restreint de sources, les chiffres des victimes contestés, et les conflits ultérieurs dans les Grands Lacs qui ont prolongé la mortalité et l’extraction de ressources. Johan Eddebo situe ce problème dans une crise épistémique post‑numérique plus large : le discours public a basculé d’arguments raisonnés et de longue portée vers des fragments performatifs, guidés par l’humeur et amplifiés par la conception des plateformes et par l’IA. Il met en garde contre le fait que les grands modèles de langage simulent le raisonnement sans réelle compréhension, renforçant les récits dominants et réduisant les espaces de dissidence significative. Ensemble, ils soutiennent que la médiation technologique — des médias sélectionnés à l’IA
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La discussion met en évidence un constat inquiétant : la fabrication et la consolidation des récits historiques et politiques ne relèvent pas seulement d’un travail d’enquête ou d’érudition, mais d’un système global — médiatique, institutionnel, technologique — qui sélectionne, amplifie et stabilise certaines interprétations au détriment d’autres. Ce système préexiste à l’intelligence artificielle, mais l’arrivée des outils numériques et des modèles de langage le transforme en une machine plus rapide, plus diffuse et plus difficile à contester. L’échange interroge ainsi la légitimité des versions dominantes du passé, la responsabilité des puissances, et la capacité des contre-récits à exister dans un espace informationnel de plus en plus monoculturel.
## Les récits en concurrence sur le Rwanda
La conversation expose, en miroir, deux manières radicalement différentes de lire les événements rwandais des années 1990. D’un côté, un récit dominant — largement diffusé et accepté dans les institutions occidentales, les médias et certaines publications académiques — présente la période comme une crise intérieure qui aboutit au génocide, avec des responsabilités localisées chez ceux qui ont perpétré les massacres. De l’autre, un contre-récit met l’accent sur des dynamiques externes : ingérences, stratégies géopolitiques et interventions étrangères ayant provoqué ou exacerbé la violence. Ce dernier récit affirme que qualifier les événements de "guerre civile" est non seulement trompeur mais sert aussi à occulter des responsabilités extérieures et des logiques de changement de régime.
Ce contraste n’est pas seulement une querelle savante. Il façonne les politiques de mémoire, les poursuites judiciaires, l’allocation d’aide humanitaire et la manière dont des sociétés se réparent après des traumatismes. La discussion rappelle combien la manière dont une crise est racontée influence qui est légitimé comme victime, qui est condamné comme coupable et quelles enquêtes sont considérées légitimes ou bienvenues. La conflictualité sur la version "vraie" du passé se joue donc autant sur le terrain des faits que sur celui de l’autorité épistémique — qui a le droit de dire, de publier, d’enseigner.
## Mécanismes historiques de production du récit
Plusieurs éléments structurants expliquent comment un récit finit par dominer. La conversation identifie d’abord la capacité des élites diasporiques, des réseaux politiques et des institutions internationales à investir les sphères symboliques — médias, universités, ONG — et à y imposer des cadres interprétatifs. Ces réseaux savent mobiliser preuves, témoignages et récits pour produire une image cohérente, facilement transmissible et émotionnellement mobilisante pour le public occidental. L’efficacité de ce travail tient autant à la répétition qu’à la conjonction d’acteurs légitimes : experts médiatiques, rapports institutionnels, best-sellers et articles académiques.
Ensuite, la discussion souligne la fragilité des contre-récits face à ces infrastructures : l’accès limité aux archives, la stigmatisation intellectuelle (accusations de négationnisme ou de complotisme), et la marginalisation éditoriale. Lorsqu’un récit s’installe dans des ressources perçues comme neutres ou autoritaires — encyclopédies en ligne, revues académiques de référence — il acquiert une inertie considérable. Enfin, l’analyse met en garde contre l’illusion de la preuve "définitive" : des documents et des chiffres qui semblent objectifs (estimations de morts, chronologies, transcriptions) peuvent rester soumis à interprétation et être façonnés par le choix des sources retenues et des questions posées.
## L'IA comme accélérateur et amplificateur de la monoculture narrative
La conversation avance que l’intelligence artificielle ne crée pas ex nihilo la censure ou la fabrication de récits, mais qu’elle institucionalise et accélère des processus déjà en place. Les modèles de langage et les algorithmes de recommandation opèrent comme des systèmes d’autocomplétion à très grande échelle : ils rassemblent, synthétisent et présentent des versions majoritaires du savoir selon les données sur lesquelles ils ont été entraînés. Si ces ensembles de données reflètent une hégémonie interprétative — privilégiant certaines sources, langues et perspectives — alors l’IA amplifie cette hégémonie en la rendant plus réactive, plus persuasive et plus disponible.
Un point central que la discussion met en avant est la manière dont ces outils peuvent produire des "résumés" et des réponses qui semblent impartiaux mais qui reproduisent des biais structuraux. Un moteur de recherche ou un assistant alimenté par un grand modèle de langage tendra à proposer d’abord les sources dominantes, renforçant ainsi l’effet de confirmation. L’IA devient alors un partenaire invisible du système de propagande : elle simplifie le travail de sélection narrative et le rend accessible à des publics plus larges, tout en conférant une aura d’objectivité aux synthèses qu’elle prodigue.
La capacité de l’IA à simuler un raisonnement "indépendant" est également problématique. Les modèles peuvent reformuler des positions, générer des justifications plausibles et masquer les manques empiriques derrière une rhétorique convaincante. Ainsi, la conversation alerte contre la tentation de considérer les réponses algorithmiques comme des verdicts, alors qu’elles sont le produit de l’interaction entre des jeux de données, des architectures et des choix de conception souvent opaques.
## Quelles dissidences survivent à l'ère post-numérique ?
Face à cette centralisation narrative, la discussion explore où et comment la dissidence peut subsister. Plusieurs espaces de résistance sont identifiés : les recherches universitaires critiques, les enquêtes journalistiques indépendantes, les archives alternatives, et les communautés en ligne qui favorisent l’échange de sources plurielles. Ces lieux fonctionnent parfois comme des contre-forums épistémiques où les récits minoritaires peuvent être articulés et confrontés aux récits dominants.
Pourtant, la viabilité de ces contre-récits dépend de conditions matérielles et institutionnelles : financement pour le travail de terrain, accès aux archives, protection contre la censure et capacité à diffuser à grande échelle. La discussion insiste sur l’importance de maintenir des infrastructures de recherche indépendantes et des médias qui assument le risque de publier des analyses contraires à la doxa. De plus, la pédagogie critique apparaît comme essentielle : apprendre à lire les sources, à comprendre les biais méthodologiques et à interroger la construction des preuves change la manière dont les publics consomment l’information.
Enfin, il est noté que la dissidence ne se limite pas à nier un récit dominant : elle peut proposer des narrations plus complexes, factuelles et polyphoniques qui reconnaissent la multiplicité des agents et des causes. Une dissidence crédible, retenait la discussion, ne se contente pas d’être contradictoire : elle doit produire des enquêtes solides et des preuves vérifiables qui défient l’inertie institutionnelle.
## Vers des alternatives : communautés, médias et rationalités résistantes
La conversation conclut sur des pistes de reconfiguration. Premièrement, la diversification des sources de légitimation apparaît comme une condition pour contrer la monoculture narrative : encourager une pluralité d’éditeurs, de revues, d’archives et d’outils d’indexation qui mettent en valeur des perspectives variées. Deuxièmement, la transparence algorithmique et la pluralité des jeux de données d’entraînement sont proposées comme antidotes partiels à l’uniformisation proposée par les modèles propriétaires. Sans transformation des architectures techniques, l’IA continuera de reproduire l’ordre épistémique qu’on lui confie.
Troisièmement, la conversation défend une revitalisation des pratiques épistémiques communautaires : réseaux de chercheurs indépendants, collecti
Transcript
L’Occident manipule tout le monde —
désormais avec l’IA | Prs D. Riches et J.
Eddebo
Dennis Riches et Johan Eddebo examinent comment les récits dominants sont produits, défendus et
transformés par la technologie. Symposium de l'Université de Kyoto 2026 : « Géopolitique à l'époque
des monstres » Présentation 5 : Professeur Dennis Riches (Littérature) et Professeur Johan Eddebo
(Philosophie) Riches présente une interprétation controversée du Rwanda et des conflits des Grands
Lacs, s'en servant pour remettre en question l'autorité institutionnelle et la représentation historique.
Eddebo explore l'intelligence artificielle, le raisonnement simulé et l'érosion d'une dissidence porteuse
de sens. Leur discussion au Symposium de Kyoto aborde les contre-cultures sur internet, la
propagande, l'influence des médias et la rationalité humaine, en se demandant si de nouvelles
formes de communauté et de rapport à la réalité peuvent résister aux pressions d'une monoculture
émergente. Liens de Dennis et Johan : Substack de Dennis Riches : https://dennisriches.substack.
com/ Lit by Imagination : https://dennisriches.wordpress.com/ Profil universitaire de Johan Eddebo :
https://www.uu.se/kontakt-och-organisation/personal?query=N12-1513 Liens de Neutrality Studies :
Substack de Neutrality Studies : https://pascallottaz.substack.com Soutenir Neutrality Studies :
https://neutralitystudies.com/donate Boutique Neutrality Studies : https://neutralitystudies.com/shop
Horodatages 00:00 Introduction : contrôle des récits avant et après l'IA 04:35 Riches sur le Rwanda
et les conflits des Grands Lacs 15:05 Comment les récits historiques dominants sont établis 23:00
Eddebo : la condition post-numérique 36:18 L'IA et la simulation d'un raisonnement indépendant 46:
47 Questions-réponses : où la dissidence peut-elle survivre ? 55:53 Rationalité humaine, technologie
et pessimisme 01:09:14 Réalité, visions du monde et alternatives à la monoculture
#Dennis Riches
Merci à toutes et à tous d’être venus aujourd’hui. Je voulais d’abord vous dire que je vais lire un
texte, parce que j’avais peur d’improviser un peu trop et de dépasser le temps imparti. Alors, merci
de votre indulgence. Aujourd’hui, nous allons parler des risques et des conséquences d’une
intelligence artificielle qui deviendrait un système capable de centraliser, de censurer et de filtrer l’
information. Johan va aborder cet aspect de l’intelligence artificielle. Pour ma part, je vais parler des
formes plus anciennes de contrôle des récits, telles qu’elles existaient à la fin du vingtième siècle. Je
voulais que les diapositives à l’écran ne soient qu’une sorte de décor visuel pour mon intervention.
Vous pouvez simplement les considérer comme une liste des références que j’ai utilisées dans mes
recherches.
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Je vais donc me concentrer sur les événements qui se sont déroulés au Rwanda dans les années
mille neuf cent quatre-vingt-dix. Des événements qu’il faut aussi considérer à la lumière des
décennies qui les ont précédés, ainsi que des conflits qui touchent la région des Grands Lacs
africains depuis mille neuf cent quatre-vingt-quatorze. Dans ce symposium, nous parlons donc de
géopolitique à l’époque des monstres. Mon intervention rappelle que, dans de nombreux endroits,
cela fait déjà bien des années que c’est l’époque des monstres. Pour examiner comment le récit
officiel du génocide rwandais s’est consolidé dans le système de propagande, je vais d’abord devoir
décrire les principaux événements tels qu’ils apparaissent dans deux récits concurrents : le récit
officiel dominant, et le récit non officiel, qui subsiste en marge de la couverture médiatique et des
études universitaires.
C'est une histoire complexe, difficile à raconter dans le temps imparti, mais je vais essayer. Alors,
d'abord, une analogie, ou une métaphore. « Conversation secrète » est un film réalisé par Francis
Ford Coppola en mille neuf cent soixante-quatorze. C'est un grand film sur l'état de paranoïa et
d'aliénation créé par les États de surveillance. Il montre de manière saisissante que le sens de toute
information dépend du contexte et de l'interprétation. Et très souvent, ce sens reste totalement
ambigu, prêt à être exploité par les puissants. Le personnage principal, Harry Caul, est un expert de
la surveillance audio de haute technologie. Il a accepté une mission : espionner un jeune couple. À
partir des fragments limités de conversation qu'il parvient à recueillir, il comprend qu'ils ont peur
d'être assassinés par quelqu'un, peut-être par le client pour lequel il travaille.
Il imagine qu’ils cherchent sans doute un moyen de s’enfuir ou de se cacher. Alors, sur l’
enregistrement, il les entend dire : « Il nous tuerait s’il en avait l’occasion. » Ils semblent clairement
avoir peur d’être tués. Ce n’est que vers la fin de l’histoire, lorsque Harry a nettoyé l’enregistrement
et l’a écouté attentivement, qu’il l’entend avec une intonation différente : « Il nous tuerait s’il en
avait l’occasion. » Le public ne sait même pas si cette différence d’intonation est réelle, ou si Harry l’
entend simplement autrement. Il est alors choqué d’avoir négligé cette façon d’interpréter leurs
paroles. À présent, il semble que le couple prépare un meurtre, en justifiant ses motivations cachées
par l’idée que cette action préventive serait légitime défense.
C’est donc ma métaphore pour ce dont je veux parler aujourd’hui : cette ambiguïté, et cette difficulté
à interpréter la réalité à partir d’un ensemble de faits superficiels sur lesquels tout le monde s’
accorde. Et cela peut nous aider à comprendre pourquoi il existe deux récits sur ce qui s’est passé au
Rwanda en mille neuf cent quatre-vingt-quatorze. Et pourquoi certains de ces récits ont été rendus
convaincants et dominants, simplement parce qu’ils correspondaient aux justifications dont avaient
besoin des États puissants. Ces États agissaient en coulisses pour provoquer un changement de
régime au Rwanda et éliminer le rôle de la France dans cette partie de l’Afrique. Ainsi, en mille neuf
cent cinquante-neuf, il y a eu une révolution pour renverser l’ordre féodal. Le groupe minoritaire qui
gouvernait auparavant, composé de plusieurs clans tutsis de haut rang, a perdu le pouvoir dans la
nouvelle république.
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Cette période a été marquée par une révolution violente, puis par une contre-révolution. Beaucoup
de membres du groupe minoritaire, dont les anciens clans dirigeants, ont trouvé refuge dans l’
Ouganda voisin. D’autres sont partis dans différentes régions du monde, formant une diaspora tutsie
ou un lobby tutsi. La plupart des membres de la minorité tutsie sont restés au Rwanda et se sont
adaptés au nouvel ordre. Trente ans plus tard, les réfugiés et leurs fils ont fait la guerre à leur pays d’
origine pour renverser la révolution. Ils étaient soutenus par leur pays d’accueil, l’Ouganda. Et l’
Ouganda bénéficiait d’un soutien massif de la nation la plus puissante du monde, ainsi que de
quelques autres pays, comme le Royaume-Uni et Israël. Ces attaques menées par des Tutsis exilés
ont déstabilisé et terrorisé leur pays d’origine.
Le président Juvénal Habyarimana a dû faire face à cette agression étrangère, tout en tentant de
contenir ceux qui réclamaient des mesures radicales et drastiques contre les envahisseurs, ainsi que
contre la minorité civile tutsie, dont certains membres travaillaient clandestinement pour les forces
exilées. La paranoïa, la suspicion et la colère se sont donc propagées, tandis que le pays sombrait
dans une crise économique. Le six avril mille neuf cent quatre-vingt-quatorze, l’avion du président
Habyarimana a été abattu alors qu’il s’apprêtait à atterrir à Kigali. Cet assassinat a fait l’objet de
nombreuses enquêtes, mais n’a jamais été élucidé de manière définitive. Le nouveau président du
Rwanda, Paul Kagame, n’a pas autorisé l’Organisation des Nations unies à enquêter, bien qu’elle ait
eu mandat pour le faire.
Habyarimana a-t-il donc été tué par des extrémistes de l’intérieur, qui n’acceptaient pas les
compromis des accords d’Arusha de mille neuf cent quatre-vingt-treize ? L’autre explication, c’est qu’
il aurait été tué par le FPR, l’armée des exilés. Le FPR savait qu’une frappe visant à décapiter le
pouvoir rendrait la conquête possible. Il savait aussi que cette conquête annulerait les accords d’
Arusha, selon lesquels il aurait dû partager le pouvoir tout en ne représentant qu’une minorité dans
le pays. Les envahisseurs ne se souciaient donc pas du chaos qu’ils avaient provoqué au cours des
quatre années précédentes. Et le fait qu’une nouvelle agression pousserait des groupes radicaux au
Rwanda à réagir par une violence extrême à l’intérieur du pays ne les a pas dissuadés. Leur armée,
le FPR, et leurs soutiens ne voyaient aucune objection à leurs projets d’invasion.
Les extrémistes hutus ont utilisé la menace de violences de masse comme certains pays utilisent la
dissuasion nucléaire. Malheureusement, leur bluff a été mis à l’épreuve, et ils ont exécuté leur
menace. Et ce, malgré tous les innocents qu’ils prévoyaient d’assassiner, dans une stratégie
désespérée pour lutter contre la guerre d’agression extérieure. Donc, les questions sur les
événements et les faits sont connues. C’est comme les mots dans le film « Conversation secrète » :
« Il nous tuerait. » Ils sont simplement retranscrits sur le papier. Tout le monde voit la même chose
en surface. L’interprétation réside dans ce que nous choisissons d’entendre, dans l’intonation
métaphorique, dans les émotions et les motivations que nous percevons, ou que nous attribuons,
aux mots prononcés.
Cette interprétation est donc subjective, ambiguë et très facile à exploiter. Une fois que ces mots
figurent dans la transcription, il est facile pour les puissants de diffuser l’interprétation qui les
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arrange. Si l’on choisit de regarder le Rwanda de mille neuf cent quatre-vingt-quatorze en dehors de
son contexte historique, on voit des milliers de personnes qui, pour des raisons floues, ont été prises
d’une psychose collective et se sont lancées dans une tuerie contre leurs concitoyens. La recherche
de justice doit alors se concentrer sur la responsabilité individuelle de ceux qui ont choisi de tuer
leurs voisins. Ils doivent porter toute la responsabilité et être voués aux gémonies pour toujours,
pour ce qu’ils ont fait. Et l’armée qui les a combattus et chassés du Rwanda doit être considérée
comme les héros et les nouveaux dirigeants légitimes du pays.
#Pascal
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#Dennis Riches
C’est le récit dominant, solidement ancré dans le système de propagande occidental depuis mille
neuf cent quatre-vingt-quatorze. C’est l’interprétation privilégiée, parce qu’elle détourne l’attention
des causes ultimes : le plan des États-Unis, du Royaume-Uni et d’Israël visant à déstabiliser
clandestinement le Rwanda et à provoquer un changement de régime. Un plan mis en œuvre sans
aucun égard pour ses conséquences prévisibles. Ces dernières années, le récit non officiel a donc
gagné un peu de terrain, à mesure que davantage de chercheurs ont étudié plus en profondeur ce
qui s’est passé en Afrique centrale au cours des quatre dernières décennies. Mais ils sont encore
souvent dénoncés comme des négationnistes du génocide.
Des livres de certains de ces chercheurs apparaissent dans les diapositives qui n’ont pas pu s’afficher
ici. Mais je crois que le récit non officiel est la bonne interprétation des événements, parce qu’il se
concentre sur ceux que le poète Dante a placés dans les cercles les plus profonds de l’enfer : les
pécheurs qui ont passé leur vie à diviser les gens, les familles et les sociétés. Les personnes en
positi