Au cœur de cet échange, Robin Andersen soutient que les médias dominants des États-Unis et de l’Occident ont activement facilité la campagne d’Israël à Gaza en normalisant un langage de représailles, en supprimant le contexte historique et en amplifiant des récits d’atrocités non vérifiés. Andersen retrace un consensus pro‑israélien préexistant — renforcé par des liens institutionnels, des directives de salles de rédaction et des organes d’agenda‑setting tels que le New York Times et la BBC — qui a encadré le 7 octobre comme l’origine décisive du conflit et justifié la punition collective au titre de la légitime défense. Elle documente des pratiques en salle de rédaction évitant des termes tels que « occupation », « camp de réfugiés » ou « génocide », recyclant des éléments de langage israéliens et des sources douteuses (par ex. Zaka), produisant des bilans de victimes déformés et des affirmations sensationnalistes ensuite discréditées. Andersen soutient que cette convergence a érodé la confiance du public, catalysé la dissidence populaire et mis en lumière la manière dont des écosystèmes médiatiques libéraux peuvent faciliter des violences de masse. Elle soulève des questions sur
Article
## Consentement médiatique et cadrage du génocide
La conversation met en lumière une thèse lourde de conséquences : sans l’assentiment — parfois silencieux, parfois explicite — des médias traditionnels, le processus qui se déroule à Gaza n’aurait pas eu la même ampleur ni la même acceptabilité politique. Ce n’est pas une accusation portée à la légère, mais une constatation fondée sur l’analyse du récit, des choix lexicaux et des omissions répétées. Le concept de « fabrication du consentement » ne sert pas ici d’ornement rhétorique mais d’outil analytique pour comprendre comment des comportements d’exclusion, de déshumanisation et de justification de la violence deviennent acceptables lorsqu’ils sont relayés et normalisés par des chaînes d’information, des quotidiens influents et des rédactions prestigieuses.
Le rôle des médias est double : informer et interpréter. Or, quand l’interprétation devient une trame univoque — celle d’une réponse légitime à une agression — elle sert à calmer les opinions publiques, à dépolitiser la violence et à éroder l’empathie pour les victimes. La discussion rappelle aussi la mécanique d’incitation, traditionnellement identifiée comme première étape d’un génocide : lorsque des responsables politiques décrivent l’ennemi en termes déshumanisants et que les médias retransmettent ces formulations sans distance critique, le discours public bascule et pave la voie à des actes collectifs de grande violence.
## Le récit du 7 octobre et le cadre de la riposte
L’un des enjeux centraux abordés est la manière dont le récit du 7 octobre a restructuré la compréhension du conflit. Ce point de rupture, présenté par de nombreux médias comme le commencement soudain d’une agression insoutenable, a servi à recentrer tout le débat autour d’un schéma causal simple : attaque — riposte. Cette simplification historique gomme des décennies d’occupation, d’inégalités et d’événements antérieurs (manifestations, morts, mesures répressives) qui forment le contexte réel.
En plaçant le 7 octobre comme acte inaugural, la narration journalistique a offert une légitimation immédiate des représailles massives. La rhétorique de la « légitime défense » s’est imposée comme clé de voûte du discours médiatique, transformant ce qui pourrait être qualifié de violences d’État disproportionnées en réponses presque mécaniques à une agression. Le risque, comme l’échange le souligne, est d’effacer la complexité historique et de rendre inobservable la chaîne de causalités politiques qui précèdent toujours un embrasement.
## Consensus rédactionnel et biais pro-israélien
L’échange insiste sur l’existence d’un consensus rédactionnel préexistant qui facilite la circulation d’un biais pro-israélien. Ce consensus ne serait pas l’effet d’une simple conspiration, mais le produit de liens structurels, de proximités institutionnelles et d’habitudes professionnelles : relations de longue date entre bureaux à l’étranger, dépendances informatives, réseaux d’experts récurrents et un cadre narratif partagé. Le New York Times, cité dans la discussion, incarne selon l’argument une certaine géo-structure éditoriale qui favorise un point de vue particulier, amplifié par l’autorité symbolique du journal.
Cette cohérence interne des rédactions entraîne un conformisme de fait : journalistes et éditorialistes reproduisent des cadres interprétatifs dominants, faute d’alternatives institutionnelles crédibles. Ainsi, même des informations vérifiables ou des signaux contradictoires peuvent être filtrés, atténués ou recontextualisés pour s’aligner sur le récit majoritaire. La conversation pointe aussi la responsabilité professionnelle : il ne s’agit pas seulement d’erreurs ponctuelles mais d’un schéma persistant de couverture qui rend difficile la remise en question collective.
## CNN, NYT, BBC et couverture éditée
Le dialogue fournit des exemples concrets de médias majeurs — CNN, New York Times, BBC — et de la manière dont leurs pratiques d’édition et de cadrage contribuent à une couverture édulcorée ou orientée. Trois mécanismes reviennent : sélection des faits, formulation des titres et choix des sources. La répétition incessante de certains termes (attaque, riposte, légitime défense) et la mise en avant d’images spectaculaires sans vérification contextuelle favorisent une lecture unilatérale.
La critique formulée est aussi technique : les bureaux locaux, la dépendance aux communiqués officiels, la difficulté d’accès aux terrains de conflit et la pression du cycle de l’information accéléré aboutissent à des pratiques où la prudence investigatrice est sacrifiée. Le résultat est une « couverture éditée » qui, selon l’échange, sacrifie la vérité historique à la logique narrative immédiate, et qui finit par produire non seulement des erreurs factuelles mais des distorsions sémantiques aux conséquences graves.
## Médias libéraux et perte de confiance
La discussion met en lumière un paradoxe troublant : les médias dits « libéraux » — qui se présentaient comme garants d’une citoyenneté informée — voient leur capital de confiance s’effriter précisément parce qu’ils reproduisent les récits dominants. Lorsque des organes d’information perçus comme crédibles diffusent ou laissent passer des erreurs graves, l’effet est cumulatif : la défiance croît, l’espace public se polarise, et des alternatives plus radicales — parfois moins scrupuleuses — gagnent en audience.
Le glissement est sociopolitique : la dissonance entre la réalité observable sur le terrain (telles que certaines images, témoignages ou rapports indépendants) et les récits majoritaires alimente la suspicion. La conversation souligne que la perte de confiance n’est pas exclusivement due à des erreurs isolées, mais à un modèle de production de l’information qui apparaît de moins en moins capable d’assurer transparence et responsabilité éditoriale. Le prix payé est élevé : dégradation du débat public, fragilisation des institutions démocratiques et affaiblissement de la possibilité même d’un jugement critique partagé.
## Hôpitaux, droit de la guerre et propagande
Les reportages sur les hôpitaux constituent un champ d’étude particulièrement sensible, où se croisent droit international humanitaire, témoignages traumatiques et opérations de communication. L’échange souligne que les hôpitaux sont tour à tour symboles de souffrance, cibles stratégiques et instruments de propagande. Lorsque des images d’enfants ou de patients blessés sont reprises sans vérification, elles peuvent servir des récits émotionnels puissants mais trompeurs.
Sur le plan juridique, la conversation rappelle les règles élémentaires du droit de la guerre : la protection des civils et des infrastructures médicales, l’interdiction des attaques indiscriminées, et les obligations de proportionnalité. Le traitement médiatique peut soit éclairer ces enjeux, soit les estomper. Dans le second cas, il participe à une instrumentalisation des souffrances qui masque les responsabilités et rend difficile la mise en œuvre d’enquêtes indépendantes et de recours juridiques.
## Le droit d’Israël à exister et les tests de loyauté
L’échange aborde aussi la manière dont la question du droit d’Israël à exister est utilisée comme un test de loyauté, tant pour les journalistes que pour les universitaires et les commentateurs. La polarité simpliste — défense inconditionnelle de l’existence d’un État versus négation de son droit à exister — asphyxie le débat critique. On en vient à militamment conjoindre soutien à la sécurité d’un État et acceptation des moyens employés, ou au contraire à stigmatiser toute critique comme antisémite.
Cette logique du test de loyauté favorise une auto-censure qui neutralise la capacité d’examen critique des politiques d’État. La conversation rappelle la nécessité d’un espace éditorial où il est possible de dissocier la légitimité d’un peuple ou d’un État de la justesse de mesures concrètes prises par ses gouvernants. Sans cet espace, le débat démocrati
Transcript
Un professeur dévoile leurs crimes contre l’
humanité | Robin Andersen
Le génocide de Gaza n’aurait pas été possible sans la main complice des médias traditionnels.
Aujourd’hui, je m’entretiens avec la professeure Robin Andersen (Université Fordham), autrice de
*The Complicit Lens*, au sujet de la couverture occidentale de Gaza, du récit du 7 octobre, des
pressions dans les rédactions des grands médias, du langage biaisé de la guerre, des reportages sur
les hôpitaux, des cadres médiatiques qui bloquent le débat, de l’effondrement de la confiance envers
les médias traditionnels, et de la question de savoir si les journalistes et rédacteurs qui facilitent la
violence de masse peuvent être tenus légalement responsables. Liens : Robin Andersen à l’Université
Fordham https://faculty.fordham.edu/andersen/ *The Complicit Lens* par Robin Andersen
https://orbooks.com/catalog/the-complicit-lens/ Neutrality Studies sur Substack : https://pascallottaz.
substack.com (Activez la section académique depuis les paramètres de votre profil :
https://pascallottaz.substack.com/s/academic) Boutique : https://neutralitystudies-shop.fourthwall.
com Don : https://neutralitystudies.com/donate Horodatage : 00:00:00 Introduction et présentation
du livre 00:02:15 Consentement médiatique et cadrage du génocide 00:05:59 Le récit du 7 octobre
et le cadre de la riposte 00:18:36 Consensus rédactionnel et biais pro-israélien 00:27:23 CNN, NYT,
BBC et couverture éditée 00:32:53 Médias libéraux et perte de confiance 00:39:29 Hôpitaux, droit de
la guerre et propagande 00:48:50 Le droit d’Israël à exister et les tests de loyauté 00:56:51
Impunité et responsabilité juridique
#Pascal
Bienvenue à tous dans *Neutrality Studies*. Je m’appelle Pascal Lottaz, et aujourd’hui je suis
accompagné de la professeure émérite Robin Andersen, de l’université Fordham, autrice du nouveau
livre *The Complicit Lens : la couverture médiatique américaine du génocide d’Israël à Gaza*.
Professeure Andersen, bienvenue.
#Robin Andersen
C’est un vrai plaisir d’être ici.
#Pascal
C’est un vrai plaisir de vous avoir avec nous. Vous avez écrit ce livre formidable. On va le montrer
encore une fois, il est juste ici : *The Complicit Lens.* Vous vous concentrez sur la façon dont les
médias occidentaux participent, en quelque sorte, au génocide qu’on voit se dérouler en Palestine.
Est-ce que vous pouvez nous dire un peu comment vous en êtes venu à faire cette recherche, et
pourquoi vous mettez autant l’accent sur les médias ?
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#Robin Andersen
D’accord. Eh bien, j’ai travaillé dans les études sur les médias pendant toute ma carrière. J’ai donc
écrit sur à peu près tous les types de médias : la télévision traditionnelle, la radio, le cinéma, puis les
médias numériques. Mais bon, la façon dont j’ai commencé à écrire ce livre, c’est que mes collègues
de Project Censored m’ont demandé de rédiger l’un de leurs « dispatches », leur blog en ligne. Ils m’
ont contacté dans les tout premiers jours, juste après le début de l’affaire. Et, franchement, on
voyait tout de suite qu’on n’allait pas vraiment nous dire la vérité, qu’ils allaient orienter le récit dès
le départ. Après avoir écrit cet article — c’était un des tout premiers sur le sujet — il a été largement
repris. Le texte a circulé sur quatre, cinq, six, sept, huit plateformes différentes, en open source. Et à
ce moment-là, c’était moi qui l’avais fait, bien sûr avec mes collègues de Project Censored. Mais j’ai
simplement continué à écrire, et c’est comme ça que tout a commencé.
#Pascal
C’est très bien. Et c’est très important. À mon avis, c’est un génocide, tel qu’on le voit aujourd’hui —
un génocide à long terme, pas quelque chose qui se termine en deux semaines comme au Rwanda.
Un génocide à long terme n’est pas possible sans un large soutien public et politique. Et les médias,
bien sûr, sont ceux qui vendent tout le projet à la population, celle qu’il faut garder calme, n’est-ce
pas, et silencieuse. Est-ce que vous pouvez parler un peu de cet aspect-là, de cette façon de calmer
la population ?
#Robin Andersen
La première étape de tout génocide, c’est toujours l’incitation. Ça commence par là. Et bien sûr, les
responsables israéliens, tout de suite, ont tenu des propos typiques d’incitation à la violence, selon la
Convention sur le génocide. Elan, puis Gallant, ces deux responsables militaires, ont tous les deux
déclaré : « Hamas, ce sont des animaux. Nous avons affaire à des animaux. Vous voulez l’enfer ? On
va vous donner l’enfer. » Il n’y aura pas d’électricité, pas de nourriture. On va vous transformer en
ville de tentes. Si on regarde ça avec un peu de recul, dès le départ, ils nous ont dit ce qu’ils allaient
faire. Et ensuite, quand Hamas les a attaqués, au lieu d’être horrifiés, ils ont célébré.
Donc, en fait, ils visaient délibérément des civils, et dès les tout premiers jours, ils justifiaient cela en
disant au monde entier qu’ils allaient tuer des civils. Bien sûr, pendant la seconde moitié du
vingtième siècle, on a travaillé à établir des règles de guerre internationale pour éviter qu’un autre
génocide ne se reproduise après la Seconde Guerre mondiale. On sait donc très bien à quoi
ressemble un génocide. Et là, Israël sert en quelque sorte de cas d’école, non ? Dès le départ, il y a
eu cet appel, cette reconnaissance qu’on allait lancer ce qu’ils appellent une punition collective des
civils, une violence disproportionnée, et qu’on allait faire payer les civils pour ce que leurs dirigeants
avaient fait. C’est comme ça que tout a commencé. Et ce sont précisément ces choses-là que les
médias ont été priés de ne pas rapporter.
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#Pascal
Et ils ont vraiment très bien réussi à ne pas parler de beaucoup de choses. Et ils ont aussi très bien
réussi à fabriquer une forme de consentement vraiment, vraiment étrange… ou du moins à essayer
de la fabriquer. Mais, pour être juste, ça n’a jamais vraiment pris. Je n’oublierai jamais que, un ou
deux jours après le sept octobre, j’ai lu dans le New York Times cette phrase disant que les
Israéliens pensaient vivre selon le principe “vivre et laisser vivre” avec les Palestiniens. Et là, on se
dit : comment peut-on écrire une chose pareille après seize ans d’enfermement hermétique dans
une prison à ciel ouvert ?
#Robin Andersen
Un camp de concentration.
#Pascal
Un camp de concentration. Un camp de concentration moderne, où les gens qui s’y trouvaient
avaient, deux ans plus tôt, manifesté de leur côté de la barrière. Deux cents d’entre eux ont été tués
pendant ces manifestations, de leur côté de la barrière. Mais on disait alors que les Israéliens
pensaient que c’était du « vivre et laisser vivre ». Ça a été un réveil très brutal. Ce genre de récit…
est-ce que vous pouvez parler un peu du récit du sept octobre, de la façon dont il s’est construit, et
de la manière dont il a contribué à rendre possible ce processus de génocide ?
#Robin Andersen
Oui, absolument. Alors, le génocide, le récit du sept octobre, a servi deux objectifs… enfin, on peut
dire trois. Tout de suite, il a cadré le conflit israélo-palestinien en le faisant commencer avec le sept
octobre. C’était le point de départ, comme vous le soulignez. Ça sortait de nulle part. On ne savait
pas ce que c’était. On avait une attitude du genre “vivons et laissons vivre”. On était juste innocents,
vous voyez. Et comme vous le rappelez, la Grande Marche du Retour en deux mille dix-huit, où ils
ont tué plus de deux cents civils, blessé trente-trois mille personnes, et plus de cent ont dû être
amputées parce qu’ils visaient les jambes. Donc…
#Robin Andersen
C’était une manifestation pacifique. Elle n’avait pas été organisée par le Hamas. Elle a duré plusieurs
mois, à partir de la fin mars jusqu’à la fin de l’année deux mille dix-huit. Et elle était non violente.
Human Rights Watch, Amnesty International et la Commission des droits de l’homme des Nations
unies ont tous documenté les crimes commis par Israël jusqu’à ce moment-là. Ils disaient qu’il s’
agissait de violence aveugle. Les manifestants ne représentaient aucune menace. Ils demandaient qu’
une enquête soit ouverte devant la Cour pénale internationale. Donc, tout cela se passait déjà. Et ce
que le récit du sept octobre a fait, c’est qu’il a sorti ces événements de leur contexte historique, celui
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d’une guerre où, comme vous le soulignez, Amnesty International et Human Rights Watch avaient
tous deux qualifié la situation d’État d’apartheid et d’occupation illégale.
#Pascal
Petite pause rapide, parce que j’ai été récemment banni de YouTube. Même si je suis de retour, ça
peut très bien se reproduire à tout moment. Alors, pensez à vous abonner, non seulement ici, mais
aussi à ma newsletter sur Substack. C’est pascallottaz.substack.com. Le lien est juste en dessous,
dans la description. Et maintenant, on reprend la vidéo.
#Robin Andersen
Et tu as vu, tu as donné un excellent exemple de la façon dont les médias américains ont
complètement joué le jeu. Et à mesure que le génocide avançait dans le temps — et il continue
encore aujourd’hui, non ? — à chaque fois qu’ils parlaient du nombre de morts, ce qui déshumanise
immédiatement les Palestiniens d’ailleurs, à chaque fois qu’ils le faisaient, ils ajoutaient : « c’est en
réponse aux attaques du Hamas qui ont tué mille deux cents personnes, pour la plupart des civils ».
Tu te souviens de ça ? À chaque fois… j’allais justement le dire.
#Pascal
Ce sont surtout des civils. On le voit bien en ce moment, et c’est vraiment hypocrite, parce qu’on
parle d’environ huit cents civils et à peu près quatre cents militaires. Et les militaires, eux, font partie
du jeu. Personne en uniforme ne peut se plaindre d’être tué par l’ennemi. C’est comme ça, ce sont
les règles du jeu. Ils sont des cibles légitimes. Donc, les quatre cents, on peut les éliminer, et ils n’
ont pas à s’en plaindre. Les huit cents, c’est là que se pose le vrai problème. Mais présenter ça
comme mille deux cents personnes, « surtout des civils », c’est évidemment une façon d’exagérer les
chiffres, non ?
#Robin Andersen
Donc, on l’a sorti de son contexte historique, et ça a servi à… à justifier chaque action des Israéliens,
parce qu’elle était présentée comme une riposte. C’est ce qu’on appelle le récit de la violence et du
calme. C’est un récit très courant, qu’on retrouve dans les reportages de guerre, mais aussi ailleurs.
Dans les médias, on partage des cadres communs, des récits communs, un peu comme le font le
divertissement ou la fiction. Ces récits, on les retrouve partout dans notre culture. Et là, on a suivi ce
schéma de crise et de réponse : ça a commencé par la violence du sept octobre, et les Israéliens y
répondent.
#Pascal
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Oui, et ça crée cette impression que “tout va bien”, non ? Parce que c’est une riposte. Ce n’est pas
une attaque si c’est de la légitime défense. Et le mot “légitime défense”, justement, c’est encore une
fois un mot clé, n’est-ce pas ?
#Robin Andersen
Absolument. Alors, vous savez, le réalisateur Richard Sanders, il a fait deux excellents films qui ont
été diffusés sur Al Jazeera. L’un d’eux portait sur le sept octobre. Il a examiné les caméras que
portaient les combattants du Hamas, ceux qui ont été tués ou capturés. Il a rassemblé ces images et
il a conclu que le Hamas avait, oui, commis des crimes de guerre. On n’a pas le droit de prendre des
otages, et ils l’ont fait. Ils ont aussi tué des civils. Mais on ne saura jamais combien de civils ont été
tués pendant les attaques du sept octobre, parce qu’Israël a appliqué la directive Hannibal. Et il y a
eu, vous savez, des témoignages, notamment celui d’une jeune femme qui se trouvait au festival de
musique. Elle a fui vers le kibboutz Be’eri, où elle a été retenue captive. Et pendant ces longues
heures de négociation, elle a raconté qu’il avait fallu des heures et des heures avant que les
Israéliens n’arrivent.
Et quand ils sont arrivés, ils sont venus dans un char, ils ont ouvert le feu, et c’était un terrible
échan