La Dr Arta Moeini soutient que la confrontation actuelle entre l’Iran et les États-Unis est entrée dans une phase prolongée et à forts enjeux, dans laquelle la consolidation du leadership iranien et les changements de stratégie traduisent un rejet de la coercition hybride de Washington. Elle affirme que les tentatives américaines de rétablir le statu quo de janvier 2026 — par des blocus navals, des couloirs de navigation méridionaux et des frappes sélectives — ont violé des accords négociés et renforcé l’unité iranienne autour de la dissuasion. Moeini identifie deux approches iraniennes concurrentes : un courant conservateur proportionné et encadré juridiquement, favorable à des représailles calibrées et à la négociation, et une faction « sécurité d’abord » prônant des mesures proactives et disproportionnées visant à rétablir la domination de l’escalade et à modifier la perception américaine d’une faiblesse iranienne. Le principal levier de l’Iran reste le contrôle du détroit d’Ormuz, mais le maintien de la pression risque de nuire aux partenaires mondiaux, y compris la Chine. Moeini estime que l’Iran est capable de soutenir un conflit de haute intensité pendant au moins un an, et
Article
## Introduction et mise à jour sur la guerre en Iran
La discussion enregistre un basculement stratégique qui dépasse le simple affrontement militaire : il s’agit d’une lutte pour la crédibilité, la souveraineté et la capacité à imposer des règles du jeu quand un acteur majeur du système international estime que ses engagements ont été systématiquement violés. La séquence d’événements décrite dans l’échange montre que la confrontation entre les États-Unis et l’Iran n’est plus un épisode ponctuel mais une dynamique montante, nourrie par des ruptures d’accords, des opérations navales coercitives et des frappes qui cherchent autant à punir qu’à dissuader. Comprendre où en est ce conflit demande d’examiner non seulement les frappes et les manœuvres, mais aussi les calculs politiques internes en Iran et la manière dont Washington tente — sans succès apparent — de restaurer un statu quo favorable.
Le cadre temporel posé dans la conversation indique un conflit prolongé, presque ritualisé : trêves violées, protocoles d’accord signés puis remis en question, et une succession d’escalades réciproques. Cette spirale révèle plus qu’une simple confrontation armée : elle montre l’effondrement progressif d’un mode de gouvernance régulé par des arrangements et la montée en puissance d’une logique où la force devient l’outil principal de réassurance et de politique étrangère. La guerre est donc autant politique qu’économique, et le détroit d’Ormuz apparaît comme l’artère stratégique autour de laquelle se cristallisent les enjeux.
## Violations du protocole d’accord et blocus d’Ormuz
L’échange met en lumière la centralité du protocole d’accord et la perception iranienne d’une série de violations systématiques. Quand un accord est signé, sa valeur repose autant sur la littéralité des termes que sur la confiance dans leur mise en œuvre. Or, selon le récit rapporté, Washington a rapidement cherché à contourner des dispositions majeures en ouvrant un corridor sud via Oman et en menant des opérations qui ont, de facto, diminué le contrôle iranien sur le détroit d’Ormuz. Ces actions ont été perçues par Téhéran comme une annulation unilatérale du compromis, légitimant à ses yeux des ripostes plus radicales.
Le blocus naval et l’utilisation de frappes qualifiées de « défensives » par les États-Unis sont, dans la narration examinée, des instruments visant à faire pression économiquement sur l’Iran—une forme moderne de guerre hybride où la souveraineté nationale est attaquée par des moyens non conventionnels. L’Iran, pour sa part, possède un levier redoutable : la capacité d’interrompre jusqu’à 20 % du trafic pétrolier mondial qui passe par Ormuz. La fermeture, même temporaire, de ce goulet d’étranglement ne pénalise pas seulement Washington ; elle fragilise l’économie globale, et crée des dilemmes pour des partenaires stratégiques comme la Chine. Le protocole d’accord, déjà fragile, se trouve ainsi vidé de sa substance dès lors que les actions sur le terrain contredisent son esprit.
## Approches stratégiques iraniennes concurrentes
Un des points saillants de la discussion est l’existence de courants concurrents à l’intérieur de l’establishment iranien. Deux logiques se distinguent nettement : l’une pragmatique et réactive, l’autre offensive et préventive. La première privilégie une posture de riposte ciblée pour infliger un coût politique et militaire aux adversaires, en espérant que ces coûts pousseront Washington à redéfinir ses objectifs. La seconde, incarnée par des figures plus radicales, prône une stratégie de « tolérance zéro » : frapper de manière proactive et imprévisible, afin de modifier durablement la perception américaine de la faiblesse iranienne.
Cette dualité stratégique est cruciale pour anticiper la trajectoire du conflit. Si la faction pragmatique cherche à maximiser l’effet de levier tout en laissant une porte ouverte à la négociation, la faction sécuritaire et agressive voit dans l’escalade contrôlée un moyen d’instaurer une dissuasion crédible. Le choix entre ces approches ne dépend pas que d’un calcul militaire ; il est aussi profondément politique. L’histoire récente des négociations—depuis le retrait américain du JCPOA jusqu’aux opérations de décapitation—alimente la défiance interne et légitime les voix qui jugent impossible toute concession durable à Washington.
La recommandation explicite d’adopter des modes d’action imprévisibles et offensifs reflète une stratégie qui vise à rompre le cadre imposé par l’adversaire. Plutôt que d’accepter un entre-deux instable, certains acteurs iraniens préfèrent forcer une clarification : soit la paix négociée et durable, soit l’affrontement ouvert. Cette logique, si elle venait à prévaloir, multiplie les risques d’escalade régionale et internationalisée.
## L’Iran peut-il soutenir une longue guerre ?
La capacité de l’Iran à soutenir un conflit prolongé est un thème récurrent et complexe. Sur le plan matériel, l’Iran fait face à d’importantes contraintes économiques aggravées par un blocus et par les sanctions prolongées. Sur le plan militaire, cependant, le pays a développé des capacités asymétriques — drones, missiles balistiques, guérilla maritime — qui lui permettent d’exercer une pression soutenue et coûteuse pour l’adversaire, même en l’absence d’un front conventionnel. Le dilemme iranien est donc double : épuiser l’adversaire sans s’épuiser soi-même.
La prise en compte des intérêts tiers, notamment ceux de la Chine et des États du Golfe, joue un rôle atténuateur. Pékin, principal partenaire économique de Téhéran, n’a aucun intérêt à une perturbation prolongée des échanges mondiaux ; il cherchera des moyens de réduire l’impact, sans pour autant abandonner l’Iran. Cette interdépendance crée des limites pratiques à une stratégie visant à provoquer un effondrement des marchés énergétiques mondiaux. Néanmoins, la logique d’une guerre existentielle peut pousser l’Iran à accepter un coût économique élevé si elle juge que l’alternative est la perte totale de souveraineté politique et stratégique.
Un autre facteur clé est l’état des stocks et de la logistique côté américain. L’échange souligne une vulnérabilité : dépendance aux munitions, étirement des lignes d’approvisionnement, et le temps requis pour compenser une perturbation majeure du marché énergétique (par exemple par l’exploitation accrue du pétrole vénézuélien). Ces faiblesses fournissent à l’Iran une fenêtre d’opportunité pour intensifier la pression, mais la durabilité d’un tel pari dépendra de la résilience interne iranienne et de la capacité des partenaires régionaux et mondiaux à amortir les chocs.
## Reclaiming America First
La conversation aborde enfin un projet politique plus large, qualifié « Reclaiming America First », qui propose de repenser la posture américaine dans un Moyen-Orient post-américain. L’argument central est que Washington doit se détourner d’une politique interventionniste fondée sur la projection de puissance permanente et accepter un ordre régional dans lequel les acteurs locaux assument davantage de responsabilités. Ce réajustement ne signifie pas abdication ; il suppose, au contraire, une politique étrangère réaliste, fondée sur des priorités claires et des coûts évalués de manière pragmatique.
Le projet met en exergue la nécessité d’une évaluation honnête de ce que la puissance américaine peut et ne peut pas accomplir. Si les interventions répétées ont surtout servi à réduire la marge de manœuvre diplomatique de Washington, alors persister dans la même voie reviendrait à répéter des erreurs stratégiques. Reclaiming America First invite à un arbitrage : réduire l’exposition directe au conflit tout en cherchant des mécanismes régionaux de stabilité—qu’ils soient économiques, sécuritaires ou diplomatiques—où la coopération locale remplace l’hégémonie externe.
Ce cadre implique aussi de redéfinir les alliances. Plutôt que d’ériger des dépendances, les États-Unis devraient encourager des arrangements entre acteurs
Transcript
Les USA à court d’options, la nouvelle
stratégie iranienne de tolérance zéro | Dr
Arta Moeini
Alors que l’opération « Economic Furry » ou « Economic D-Day » vient à peine de naître, les États-
Unis recourent une fois de plus à des frappes contre des civils afin de terroriser la nation iranienne.
Mais Téhéran a déjà apporté ses réponses en frappant des bases américaines en Jordanie, dans une
« poursuite à chaud » des déploiements de troupes américaines en fuite. Le Dr Arta Moeini,
directeur général des opérations américaines à l’Institute for Peace and Diplomacy, évalue la guerre
entre l’Iran et les États-Unis, les approches iraniennes concurrentes en matière de dissuasion et d’
escalade, le détroit d’Ormuz et la résilience stratégique de l’Iran. Il présente également Reclaiming
America First, une initiative qui examine une politique étrangère américaine réaliste et un ordre
régional post-américain au Moyen-Orient. Liens : Arta Moeini : https://peacediplomacy.org Arta
Moeini sur X : https://x.com/ArtaMoeini Bienvenue dans la forteresse Iran : https://unherd.com/2026
/08/welcome-to-fortress-iran/ Substack Neutrality Studies : https://pascallottaz.substack.com
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Horodatages : 00:00:00 Introduction et mise à jour sur la guerre en Iran 00:01:14 La forteresse Iran
et la stratégie américaine 00:05:53 Violations du protocole d’accord et blocus d’Ormuz 00:13:40 Les
leviers de l’Iran et les options d’escalade 00:21:41 Approches stratégiques iraniennes concurrentes
00:28:17 Proportionnalité, dissuasion et initiative 00:37:53 L’Iran peut-il soutenir une longue guerre
? 00:45:44 Solitude stratégique et partenaires extérieurs 00:57:09 Reclaiming America First
#Pascal
Bon retour à tous sur Neutrality Studies. Ce soir, nous retrouvons Arta Moeni pour une nouvelle mise
à jour. Il est directeur des opérations américaines de l’Institut pour la paix et la diplomatie. Arta, bon
retour parmi nous.
#Arta Moeini
Merci, Pascal. C’est toujours un plaisir de vous retrouver et de discuter de tous ces développements
complètement fous.
#Pascal
Oui, je veux dire, ce sont effectivement des développements incroyables, parce que les États-Unis et
l’Iran sont de nouveau en guerre. Et vous êtes l’auteur d’un article récent que j’ai ici avec moi,
intitulé : « Bienvenue dans la forteresse Iran : Mojtaba Khamenei construit un État durci et
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confrontationnel ». Vous y prédisiez en fait un grand nombre de choses qui sont en train de se
produire, au moment même où nous parlons. Pouvez-vous nous expliquer votre analyse de la guerre
entre l’Iran et les États-Unis, ou entre les États-Unis et l’Iran, et nous dire où nous en sommes
aujourd’hui, en ce deux septembre ?
#Arta Moeini
Oui, nous sommes officiellement entrés dans le septième mois de la guerre. Et cette guerre, j’en ai
peur, ne semble pas près de ralentir. Les changements de dirigeants en Iran, dont traitait mon
article dans UnHerd, ont été un signal fort envoyé aux États-Unis. C’était une manière de faire savoir
à l’autre camp que nous prenons très au sérieux la protection de la souveraineté iranienne, et que
nous ne céderons pas sur la question des menaces et de l’usage de la force. L’administration Trump
semble avoir compris qu’un conflit intense est quelque chose qu’elle ne peut ni se permettre, ni
poursuivre.
Et donc, il veut en quelque sorte revenir en arrière et rétablir le statu quo de janvier deux mille vingt-
six, quand il n’y avait pas de frappes militaires, mais que l’Iran était sous pression sur les plans
politique, financier et économique. C’était l’objectif du Jour J, du blocus naval, qui correspond en fait
à la guerre hybride, ou guerre économique, menée par l’administration Trump contre l’Iran. Et l’Iran
signalait déjà qu’il ne pouvait pas accepter cela. Qu’il ne pouvait pas laisser cette situation se
poursuivre. Il faisait aussi savoir à l’administration Trump qu’il ferait payer la présidence de Donald
Trump si Donald Trump ne revenait pas au protocole d’accord. Évidemment, à Washington,
personne n’a pris tout cela au sérieux.
Et on semble être de retour dans cette escalade du tac au tac. Mais du point de vue iranien, il est
très clair que ce que faisaient les États-Unis, c’était à la fois une forme de pression financière, si l’on
peut dire, et aussi la tentative d’ouvrir cet autre corridor au sud, via Oman. Il était censé remettre en
cause le contrôle iranien sur le détroit d’Ormuz. Ils ont effectivement fait passer quelques navires
par ce corridor. Et ils ont frappé des systèmes radar iraniens dans le sud. En désactivant leurs
transpondeurs, ils ont pu faire transiter quelques millions de barils par cette route. La question, du
côté iranien, était de savoir si c’était quelque chose qu’ils pouvaient négocier avec les États-Unis.
C’était, en substance, la position de Volubov : une position plus modérée, pragmatique et
conservatrice, selon laquelle les États-Unis ne comprennent que le langage de la force. Et quand
Donald Trump a déclaré : « Nous avons désormais éliminé toutes les mines », ce qui, du point de
vue iranien, est faux, il est devenu clair que l’Iran ne pouvait plus rester sans réagir et laisser Donald
Trump imposer son récit, stabiliser en quelque sorte l’économie mondiale à coups de formules toutes
faites. Au bout du compte, le levier de l’Iran est économique. Il tient l’économie mondiale à la gorge
grâce au point de passage stratégique qu’est le détroit d’Ormuz, par lequel transite vingt pour cent
du pétrole mondial. Alors, il ne va pas laisser passer ça.
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Et je pense qu’il est très clair qu’on va assister à une escalade bien plus large. Parce que l’Iran ne
peut tout simplement pas, vous savez, laisser Donald Trump obtenir ce qu’il veut. C’est-à-dire un
conflit de faible intensité, où il s’agit simplement de faire passer par le détroit d’Ormuz des navires
américains, ou alignés sur les États-Unis, qu’ils soient saoudiens, émiratis ou autres, tout en
punissant l’Iran par ce qu’ils appellent des frappes défensives dans le sud, et en étranglant
financièrement l’économie iranienne au moyen du blocus naval. Donc, la combinaison de tout cela,
avec ce qui se passe entre Israël et le Liban, est considérée comme une violation totale et flagrante
du protocole d’accord que Trump a lui-même signé. Et il devient donc très difficile, même pour les
éléments les plus diplomatiques en Iran, les Araqchi, les Qalibaf, d’affirmer qu’il faudrait simplement
revenir à la table et, vous savez, conclure un quelconque accord de paix avec les États-Unis, alors
que l’Amérique agit ici, de fait, comme une puissance belligérante.
#Pascal
Oui, mais enfin, n’est-ce pas le problème depuis le début ? Les États-Unis ne cessent de faire
semblant que la diplomatie est en cours, alors qu’en réalité, ils finissent par attaquer l’Iran, le
détruire et le poignarder dans le dos. Et même maintenant, toute cette idée de frappes défensives,
ce sont au fond des frappes offensives, non ? C’est attaquer l’Iran sous prétexte qu’on cherche
seulement à empêcher des attaques qui n’ont pas encore eu lieu. C’est user l’Iran, petit à petit,
parce que les États-Unis, une fois de plus, prennent apparemment la retenue iranienne pour de la
faiblesse. Et l’on demande sans cesse à l’Iran de taper du poing sur la table, ce qu’il essaie de faire.
Mais là encore, chaque fois que l’Iran riposte, les États-Unis présentent cela comme de l’agression
iranienne. Enfin, pas forcément qu’ils l’interprètent ainsi, mais c’est au moins ce qu’ils mettent en
avant. Oui. À votre avis, comment l’Iran va-t-il réagir à tout ça, maintenant ?
#Arta Moeini
Oui, l’usure, c’est absolument le terme clé, à cent pour cent. Encore une fois, la stratégie américaine,
les objectifs initiaux de cette guerre, ont manifestement échoué. Les frappes de décapitation n’ont
pas produit les résultats escomptés. Comme je l’avais écrit dans un autre article, dont je crois que
nous avons parlé plus tôt, cela a renforcé le système politique iranien. Cela a rassemblé tout le
monde. Cela a créé un consensus sur la défense. Et c’était une crise existentielle. La question,
maintenant, c’est de savoir si ce moment existentiel a disparu. Et je pense qu’il est très clair, pour
quiconque observe l’Iran, que ce n’est pas le cas. Vous savez, le pays connaît des difficultés
économiques encore plus graves qu’auparavant. Il est sous blocus. Et la partie avec laquelle vous
essayez de négocier revient sur presque toutes les promesses qu’elle vous fait, n’est-ce pas ?
Donc, il y a un cessez-le-feu après la guerre de douze jours. Ensuite, Trump le viole en menant des
frappes de décapitation à grande échelle contre le gouvernement iranien et le système politique
iranien. Puis se pose la question, vous savez, d’une trêve en avril. Cette trêve est violée
immédiatement après les pourparlers d’Islamabad. Ensuite, il y a le protocole d’accord lui-même,
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que Donald Trump signe lors d’une cérémonie en Europe, je crois à Versailles, de tous les endroits
possibles. Et lui aussi est immédiatement violé. Les termes du protocole d’accord sont violés dans les
quarante-huit heures, quand l’équipe de Rubio part négocier avec les Libanais, avec le
gouvernement panlibanais, en fait, qui travaille avec les États-Unis et l’Arabie saoudite.
Et, en gros, évincer les positions du Hezbollah. Et cela est immédiatement interprété comme une
violation, tout comme ce tracé du corridor sud. Encore une fois, si vous regardez le protocole d’
accord, c’est très clair au paragraphe cinq. Il y est dit que c’est l’Iran qui décidera. En gros, il y avait
une période de soixante jours. Et durant cette période, l’Iran travaillera aussi avec les autres États,
ainsi qu’avec l’État d’Oman, qui est partie prenante, afin de créer un nouveau mécanisme. Et il n’est
pas dit qu’il n’y aura aucun type de redevance. Il n’est pas dit que l’Amérique créera son propre
mécanisme, sa propre version, en quelque sorte, soit d’un système de péage, soit d’un système de
sécurité. Donc, dans ce paragraphe, il n’est absolument pas fait mention des États-Unis. C’est
intentionnel. Ce n’est pas sujet à interprétation.
Cela dit ce que cela fait, pour une raison. Les négociateurs ont passé des heures à choisir la
terminologie. Et cette terminologie visait précisément à empêcher le retour de ce type d’escalade.
Encore une fois, l’Iran avait, en substance, accepté d’ouvrir le détroit d’Ormuz aux navires
commerciaux, et il s’était engagé à le faire. Ce sont les ingérences américaines via le corridor sud,
ainsi que d’autres manœuvres, qui ont ensuite contraint l’Iran à tenter de refermer le détroit d’
Ormuz. Et n’oublions pas que le blocus naval, à lui seul, constitue une violation du protocole d’
accord. Aujourd’hui, l’Iran est donc très clair : compte tenu de ses moyens de pression et de ses
options limitées, il ne peut pas accepter davantage de compromis, disons, avec les États-Unis.
Qu’il doit faire jouer son levier sur le détroit d’Ormuz, et que l’autre camp ne comprend que la
puissance et la force. Et donc, le changement que nous avons vu avec Rezaei, le nouveau porte-
parole et président du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, visait à montrer que les
réalistes en Iran — ceux que j’appelle les partisans de « la sécurité d’abord » — estiment que cela
ne peut se résoudre que par une solution militaire. Selon eux, la résistance militaire face aux forces
américaines est le seul moyen de faire reculer les États-Unis, parce que Donald Trump et Pete
Hegseth ne comprennent aucun autre langage que celui de la force. Cela voudrait donc dire que l’
Iran frapperait préventivement des bases américaines, les pétroliers qui sont envoyés, et qu’il
intensifierait aussi le conflit à l’échelle régionale, sur plusieurs fronts.
#Pascal
Oui, mais le tableau est en fait assez sombre. Cela dit, je pense qu’il est juste. Si j’étais l’Iran, et que
je me souvenais avoir négocié pendant de t