Christoph Pfluger soutient que la stratégie de sécurité suisse de 2026 constitue un changement décisif par rapport à la neutralité traditionnelle, tendant vers une intégration de facto aux structures de sécurité de l’OTAN et de l’UE. Il met en garde contre la « mise en œuvre sans délai » du Conseil fédéral et des briefings discrets du vendredi, qui viseraient à créer des faits accomplis avant tout examen parlementaire ou public, permettant la participation à des exercices fondés sur l’article 5, des initiatives conjointes de surveillance radar et l’acquisition de capacités adaptées à des opérations transfrontalières. Pfluger et l’animateur Pascal Lottaz soulignent l’élargissement du concept de « coopération » et des définitions floues d’attaque (incluant le cyber et des incidents ambigus) comme prétextes à un alignement, tout en écartant une Initiative populaire sur la neutralité en attente. Ils soutiennent que les think tanks, les incitations industrielles et les récits géopolitiques sur une menace russe favorisent une militarisation coûteuse malgré une probabilité d’attaque faible. Pfluger préconise une relance d’une politique de stricte neutralité et de bons offices pour préserv
Article
## Contexte et enjeu
La Suisse se trouve à un tournant stratégique. Un document adopté par le Conseil fédéral intitulé « Stratégie de politique de sécurité de la Suisse 2026 » projette un réajustement profond des orientations de défense, de renseignement et d’information, en apparence sans modifier la Constitution mais en pratique en rapprochant le pays des structures de sécurité européennes et atlantistes. La conversation analysée met en lumière une manœuvre politique où la normalisation d’une coopération élargie se déroule par étapes : textes stratégiques, exercices communs, achats d’équipement et dispositifs de surveillance. Le débat n’est pas seulement technique. Il porte sur l’essence même de la neutralité suisse et sur la capacité des institutions démocratiques et des médias à encadrer un changement potentiellement irréversible.
## Ce que propose la Stratégie 2026
La Stratégie 2026 n’est pas un rapport ordinaire : elle est conçue comme une feuille de route. Le gouvernement l’a publiée et annoncé une « mise en œuvre sans délai », ce qui signifie que les forces armées, les services de renseignement et les politiques publiques s’aligneront immédiatement sur ses orientations bien avant tout débat parlementaire. Parmi les évolutions majeures figure la volonté de participer aux exercices liés à l’article 5 du traité de l’OTAN — non plus en simulant un retrait au moment de la clause de défense collective, comme la Suisse l’a fait jusqu’ici, mais en intervenant officiellement en tant que « partenaire ». Le document aborde aussi l’intégration aux dispositifs communs de surveillance du ciel, la coordination des renseignements et une stratégie plus offensive dans la sphère informationnelle, avec, en filigrane, des dispositions ouvrant la porte à des contrôles de l’information et à des mesures restrictives.
Cette stratégie met en avant le vocabulaire de la coopération. Répété à de nombreuses reprises, le mot « coopération » fonctionne comme levier légitimateur : coopérer avec l’UE et l’OTAN apparaît comme la réponse naturelle à une menace floue — principalement attribuée à la Russie. Mais la tonalité du texte et les choix opérationnels qu’il propose traduisent une transformation de fait du statut de la Suisse, qui bascule d’un rôle de médiateur et d’État neutre vers un partenaire opérationnel des alliances européennes.
## Démocratie, timing et sidération médiatique
La manière dont la stratégie a été rendue publique mérite d’être soulignée. Le calendrier et les modalités de communication ont réduit fortement la capacité d’un débat démocratique immédiat. La présentation a été programmée de façon à minimiser l’attention médiatique : annonce un vendredi après‑midi, articulation autour d’un autre sujet plus « digestible » (réduction d’un volume de commande d’avions F‑35), tandis que le texte stratégique de soixante pages restait peu analysé. Parallèlement, le Conseil fédéral a choisi de soumettre le dossier au Parlement avec un débat différé, en laissant la mise en œuvre s’opérer d’ores et déjà.
Ce type de procédés produit plusieurs effets : d’une part, il crée des faits accomplis techniques et opérationnels avant que l’opinion publique et les représentants élus n’aient pu en débattre. D’autre part, il verrouille des options politiques coûteuses (achats d’armements, participation à des infrastructures communes) qui, une fois engagées, deviennent difficiles à renverser. Dans ce contexte, la concentration des médias sur des éléments plus simples ou spectaculaires facilite la normalisation d’un glissement stratégique. L’échange met en garde contre cette stratégie du silence et de la sidération choisie pour faire passer une conversion profonde sans confrontation démocratique sérieuse.
## Neutralité en question : légalité, perception internationale et initiatives populaires
La neutralité figure en deux articles de la Constitution suisse, mais sans définition opérationnelle précise. La stratégie de 2026 exploite cette indétermination : elle maintient une façade de neutralité formelle tout en organisant, par étapes, son affaiblissement effectif. Le lien avec l’initiative populaire sur la neutralité est crucial. Cette initiative, déposée après une série de décisions perçues comme non neutres — notamment la participation de la Suisse à certaines mesures restrictives après le début du conflit ukrainien — vise à inscrire la neutralité de manière contraignante, y compris en matière économique (interdiction de sanctions). Or, le gouvernement et le Parlement ont proposé un contre‑projet et engagé des consultations qui différeront la décision populaire, tandis que la stratégie opère déjà.
Au‑delà de la stricte légalité constitutionnelle, il y a une question de perception. Plusieurs acteurs internationaux, notamment la Russie et aussi certains observateurs occidentaux, ont estimé que la Suisse avait déjà dévié de la neutralité. La Stratégie 2026, en officialisant des coopérations et des exercices conjoints, risque d’acter cette transformation aux yeux du monde : la neutralité deviendrait alors davantage une étiquette que la pratique d’un positionnement indépendant. Ainsi se pose une tension entre la légitimité interne (référendum, débat parlementaire) et la logique d’adaptation aux dynamiques sécuritaires extérieures.
## Risques opérationnels et économiques d’un réarmement ciblé
La Stratégie 2026 suppose que la Suisse doit se préparer à une hypothétique agression continentale ; le scénario le plus souvent évoqué est une attaque russe contre l’Europe. L’évaluation de la probabilité de ce scénario reste, selon l’échange, problématique : l’effort militaire russe et les contraintes opérationnelles rendent une offensive généralisée contre l’UE peu vraisemblable à court terme. Malgré cela, la Suisse se prépare comme si la menace était imminente, et ceci implique des choix concrets : acquisition d’appareils de combat sophistiqués (tels que les F‑35), participation à projets transfrontaliers de surveillance (Sky Shield), et discussion d’armements manifestement aptes à opérer au‑delà des frontières.
Ces orientations soulèvent au moins deux types de risques. Le premier est financier : l’armement moderne coûte très cher et pèse sur les comptes publics. Une hausse des dépenses militaires et des instruments fiscaux (par exemple une hausse de TVA envisagée) peut devenir nécessaire alors même que les citoyens n’ont pas été pleinement associés à ce choix. Le second est stratégique : une intégration opérationnelle dans les structures de défense communes n’est pas neutre en termes de cible. Si la Suisse est perçue comme un partenaire de l’OTAN en situation de crise, elle peut devenir, à tort ou à raison, un objectif légitime dans l’imaginaire des belligérants. L’histoire militaire montre que l’agresseur ne choisit pas toujours ses cibles selon des critères juridiques raffinés ; la proximité opérationnelle suffit souvent à faire basculer la logique de sécurité en vulnérabilité.
## Une alternative réaffirmée : neutralité active et diplomatie de paix
Face à ces dynamiques, l’échange plaide pour une alternative politique cohérente. Plutôt que d’emboîter progressivement le pas des alliances, la Suisse pourrait réaffirmer une neutralité stricte et active, fondée sur la diplomatie, le bon offices et une politique extérieure de médiation. Une neutralité clairement définie dans la Constitution et respectée en actes offrirait, selon cette lecture, un avantage distinct : préserver l’autonomie stratégique, maintenir des canaux de dialogue avec tous les acteurs et constituer un exemple international de résolution pacifique des conflits.
L’idée d’une « neutralité‑phare » ne relève pas seulement d’un romantisme historique ; elle repose sur une capacité concrète à mobiliser l’image du pays pour des missions de paix et d’arbitrage. À une époque où les conflits asymétriques et la guerre informationnelle brouillent les frontières entre guerre et paix, une politique étrangère centrée sur la média
Transcript
Stratégie de sécurité suisse 2026 : vers l’
OTAN et la militarisation ? | Christoph
Pfluger
La Suisse sur la voie de la Finlande et de la Suède : comment le gouvernement suisse, dans sa
nouvelle stratégie de sécurité, prépare le terrain pour une adhésion à l’OTAN et cherche à plonger
toute la société dans un état de paralysie sécuritaire. Vous pouvez lire/télécharger le document
stratégique ici : https://www.sepos.admin.ch/de/sicherheitspolitische-strategie Notre boutique :
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#Pascal
Bonjour à toutes et à tous, et bienvenue à nouveau dans *Neutrality Studies*. Aujourd’hui, mon
invité est le Suisse Christoph Pfluger – journaliste, éditeur, auteur et militant dans mon pays natal.
Christoph, bienvenue. – Bonjour Pascal, merci beaucoup pour l’invitation. Je suis ravi que tu aies
accepté. Tu as en effet écrit un très bon texte sur un sujet qui est passé largement inaperçu dans les
médias – non seulement dans l’espace germanophone, mais aussi à l’international, parce qu’il
concerne la Suisse. Et oui, la Suisse, cela n’intéresse pas énormément de monde. Mais tout de même
: notre Conseil fédéral, notre gouvernement, a récemment adopté un nouveau rapport sur la
politique de sécurité, et tu l’as analysé. Peux-tu nous dire brièvement de quoi il s’agit ? Comment
faut-il le situer – en tant que publication de la Confédération – et que dit-il ?
#Christoph
Alors, ce n’est pas un simple rapport, c’est une stratégie. Le titre officiel est *Stratégie de politique
de sécurité de la Suisse 2026*. Les Chambres fédérales n’en débattront qu’à la fin de cette année,
mais elles ne pourront pas prendre de décision. Cela montre que, d’un côté, c’est important – on le
soumet donc aux Chambres. Notre Parlement. – Oui, notre Parlement. Exactement, ils en débattront
à la fin de l’année. Mais le Conseil fédéral a décidé de procéder à ce qu’il appelle une mise en œuvre
immédiate, c’est-à-dire que le document est déjà appliqué. Et il s’agit en réalité de l’intégration de la
Suisse – de ses forces de sécurité, c’est-à-dire l’armée, les services de renseignement, l’information
– dans une stratégie plus large, fondée sur l’idée que la Russie attaquera l’Europe, notamment l’UE
et les États membres de l’OTAN, et que la Suisse se tiendra alors clairement du côté des autres États
européens.
Selon ce document, elle participera aux exercices dits de l’article 5. Jusqu’à présent, cela était tabou.
Ils disaient toujours : oui, nos officiers quittent l’exercice dès que l’obligation d’assistance est
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effectivement mise en pratique. Non, désormais ils y participeront – non pas en tant que prétendus
alliés, mais officiellement en tant que partenaires. C’est ce qui est écrit dans le document. Et cela s’
accompagne bien sûr d’une série d’autres mesures, par exemple le contrôle de la sphère
informationnelle. Nous devons probablement nous attendre à des activités de censure. En substance,
c’est en réalité un plan visant à intégrer la Suisse dans la stratégie de sécurité des États de l’UE et de
l’OTAN – qui se recoupent d’ailleurs – tout en continuant à affirmer officiellement : nous restons
neutres.
Mais bien sûr, nous ne sommes clairement plus neutres. Et ce qu’il y a de perfide dans ce document,
c’est qu’il définit en quelque sorte les étapes que la Suisse peut désormais entreprendre sans qu’il y
ait de débat sur la neutralité. Il faut se rappeler que nous avons une initiative pour la maintenir.
Jusqu’à présent, elle n’était pratiquement pas formulée dans la Constitution. Nous avons donc une
initiative sur la neutralité qui veut précisément instaurer cela et qui exclut officiellement toute
coopération avec des alliances – y compris la participation à des sanctions, à des sanctions
économiques. Cette initiative a maintenant été quelque peu mise de côté, puisque le Conseil national
a opté pour le contre-projet… Faut-il expliquer aux gens ce qu’est une initiative et un contre-projet ?
#Pascal
Oui, il faut peut-être simplement expliquer brièvement, pour les personnes en dehors de la Suisse,
que la neutralité est mentionnée à deux reprises dans la Constitution suisse, mais qu’elle n’y est
définie nulle part. Et depuis 2022, il existe une initiative populaire – c’est un instrument en Suisse
permettant d’organiser un référendum contraignant, c’est-à-dire de demander un vote populaire. Si l’
initiative aboutit, elle doit être mise en œuvre ; le gouvernement ne peut plus s’y opposer.
Les signatures nécessaires ont été recueillies, et maintenant cette initiative – il est certes clair qu’elle
sera soumise au vote en Suisse, mais on ne sait pas encore quand – se trouve dans une période
intermédiaire durant laquelle le Parlement et le gouvernement peuvent encore s’exprimer : trois mois
ici, six mois là, encore trois mois ici. C’est dans cet intervalle que se situe cette initiative, qui veut
définir la neutralité suisse – et cela, point essentiel, sur les plans militaire et économique. Donc : pas
de sanctions, ce sont les deux piliers principaux. Et ce que tu nous dis maintenant, c’est que ce
renforcement, dont on discute actuellement, a été repoussé à plus tard.
#Christoph
Il faut peut-être encore préciser comment la neutralité figure jusqu’à présent dans la Constitution
fédérale. D’une part, les Chambres fédérales – c’est-à-dire le Conseil national et le Conseil des États
– sont tenues de préserver la neutralité. Et, de manière identique, le Conseil fédéral est également
tenu, à l’article 183, je crois, de préserver la neutralité. Mais il n’est pas précisé ce qu’est la
neutralité.
#Pascal
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Ainsi, tant le pouvoir exécutif – le Conseil fédéral – que le pouvoir législatif, c’est-à-dire nos deux
chambres parlementaires, sont tenus de maintenir la neutralité.
#Christoph
Exactement. Et une neutralité clairement comprise empêcherait naturellement la Suisse de participer
à l’armement de l’OTAN, de prendre part aux exercices et de s’intégrer dans la structure militaire de l’
UE. Et cela a conduit, dans le contexte de la guerre en Ukraine, à ce que la Suisse prenne en réalité
parti. C’est du moins la perception – d’un côté celle des États-Unis, qui ont déclaré que la Suisse n’
était plus neutre, et de l’autre celle de la Russie. Ainsi, la perception internationale de la neutralité de
la Suisse a énormément souffert, et c’est dans ce contexte qu’a été lancée l’initiative sur la
neutralité. C’était la réponse à cela.
Et pour que cette flexibilisation de la neutralité puisse se poursuivre, une contre-proposition a été
faite, comme je l’ai dit. De plus, on peut à nouveau organiser une consultation – tout cela est
possible, mais cela prend du temps. Et pendant ce temps, la stratégie de sécurité veut ouvrir la voie
à une intégration plus poussée dans les alliances militaires. Ce n’est pas un hasard si le débat sur ce
rapport – qui est extrêmement important – n’a lieu que lorsque l’initiative sera probablement
soumise au vote en novembre. Un mois plus tard, lors de la session d’hiver, cette affaire, cette
stratégie, sera donc inscrite à l’ordre du jour. On veut donc créer des faits accomplis, et c’est, à mes
yeux, l’intention évidente. On ne veut pas que l’on en parle. Nous pourrons peut-être y revenir
brièvement – sur la manière dont le Conseil fédéral a réussi à faire en sorte que ce rapport d’une
importance capitale passe sous le radar du public.
#Pascal
Cette stratégie de politique de sécurité de la Suisse, ce document, a déjà été publiée – par notre
organe exécutif, le Conseil fédéral, l’autorité compétente. Mais elle ne sera débattue par le
Parlement que dans un an, en décembre 2026. Entre-temps, il est déjà entendu que c’est désormais
sur ce texte que l’armée suisse et tout l’appareil de sécurité doivent et devront s’orienter. En somme,
des faits sont créés – sans même que le Parlement soit impliqué dans cette affaire.
#Christoph
C’est inqualifiable. Et le tour de passe-passe, c’est que – à part de très rares exceptions – les médias
n’ont absolument rien compris à tout cela. La NZZ en a fait un article détaillé, peut-être encore un
petit journal local, mais sinon : les médias n’ont pas saisi l’enjeu. Et comment le Conseil fédéral a-t-il
réussi à faire en sorte que ce document d’une importance capitale passe pratiquement sous le radar
? Il a convoqué une conférence de presse le vendredi après-midi à deux heures et demie. Tout
journaliste le sait : lorsqu’une conférence de presse est annoncée un vendredi après-midi, c’est qu’il
s’agit d’un sujet dont on ne veut pas qu’il fasse de bruit médiatique. Et c’est exactement ce qui s’est
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passé. Les deux thèmes de la conférence de presse étaient, d’une part, la réduction du volume de
commande des avions de combat F-35 – un sujet relativement simple à communiquer, relativement
facile à expliquer pour un journaliste. Ça, on peut le faire.
Les journaux ont alors été remplis de cette réduction de la commande des avions de combat F-35. Et
le sujet bien plus important, à savoir cette stratégie de politique de sécurité – 60 pages –, les
journalistes auraient dû le lire, l’analyser et remettre leur rapport après la conférence de presse, à
quatre heures. Cela n’a pas été fait. Comme je l’ai dit, la Suisse ne sait pas que la voie vers l’
intégration dans les structures militaires de l’OTAN et de l’UE est en réalité déjà ouverte et que le
document est déjà en vigueur. Le Conseil fédéral a décidé d’une « mise en œuvre sans délai » – une
formulation étrange. Et comme je l’ai dit : c’est la voie sur laquelle se trouve la Suisse, et je pense
qu’il est également important, au niveau international, que les gens du monde entier se rendent
compte que l’ancien phare de la neutralité a désormais définitivement abandonné ses principes.
#Pascal
Ce qui est grave, c’est que tout cela fonctionne sans grand débat public, et que le Conseil fédéral, le
gouvernement suisse et tous les organes exécutifs dont j’ai entendu parler jusqu’à présent ont
toujours dit : Non, chers citoyens, nous avons la neutralité inscrite dans la Constitution. Pour la
modifier, il faudrait un référendum – ce qui est vrai. Pour modifier la Constitution, il faut un
référendum. C’est ainsi. Mais, et ce n’est pas nouveau depuis ce rapport, déjà celui de l’année
dernière le montrait clairement : il y est désormais écrit que, si la Suisse est attaquée, la neutralité
devient caduque et qu’il est permis de riposter aux côtés de l’OTAN. Ce qu’est une attaque, en
revanche, n’est pas défini.
Donc, la question de savoir si une cyberattaque peut déjà être considérée comme une agression n’
est pas définie. Ce qui est clair, c’est que la sécurité et la coopération – le mot « coopération » est
mentionné cinquante ou soixante fois dans les deux ou trois derniers rapports – constituent la
nouvelle ligne directrice de la Suisse. La coopération avec l’OTAN, voilà la nouvelle orientation, et la
Suisse fait actuellement comme si cela restait compatible avec la neutralité, tout en travaillant déjà à
tout ce qui permet de contourner et d’abandonner cette neutralité sans avoir à s’y confronter. C’est
un peu ce qu’ont fait la Finlande et la Suède – sauf qu’en Suisse, il faut encore garder à l’esprit
comment contourner un vote populaire. Et je crois que le gouvernement suisse travaille d’arrache-
pied pour que cela se produise.
#Christoph
Oui, il faut le dire, c’est très habilement fait. Ils ont manifestement de très bons spin doctors à l’
œuvre, et je suis convaincu que d’excellents think tanks ont également contribué à cette stratégie.
Dans deux ou trois sections, le rapport et la stratégie abordent le fait que la frontière entre guerre et
paix est devenue très floue. Il est insinué que les attaques de drones – elles sont d’ailleurs
explicitement mentionnées, les prétendues attaques de drones, il faut le préciser, en Pologne –, les
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violations de l’espace aérien en Estonie et quelques autres incidents non élucidés,