La Yougoslavie, terrain d’expérimentation des conflits modernes | Pr Višeslav Simić

Watch this video on YouTube

Le Dr Višeslav Simić soutient que la Yougoslavie a fonctionné comme un laboratoire expérimental pour l’intervention des grandes puissances modernes et l’ingénierie idéologique. S’appuyant sur son expérience d’émigré yougoslave et de chercheur, il soutient que l’historiographie et les politiques occidentales marginalisent systématiquement les peuples slaves par une histoire sélective, une effacement culturel et des tropes racistes — pratiques enracinées dans des courants intellectuels du XIXe siècle et renforcées par les institutions de la Guerre froide et de l’après‑Guerre froide. Simić retrace comment des acteurs externes, notamment des agences diplomatiques et culturelles des États‑Unis et d’Europe occidentale, ont fomenté la division dans les Balkans — remodelant des identités (par ex. la création de formes nationales bosniaque et macédonienne), manipulant les récits historiques et facilitant la violence et le démantèlement des États. Il relie ces précédents balkaniques à des stratégies ultérieures à l’égard de la Russie et au‑delà, présentant la dislocation de la Yougoslavie comme un modèle de géopolitique « diviser pour mieux régner ». Préconisant la reconnaissance de faits hi

Article

## Les Slaves effacés de l’histoire européenne La conversation enregistre un constat brutal : une large portion de l’histoire européenne a été réécrite, minimisée ou tout simplement oubliée au profit d’un récit centré sur l’Occident. Ce n’est pas une simple querelle d’historiens ; c’est une injustice identitaire qui a des conséquences politiques et géopolitiques tangibles. L’échange met en lumière comment, au fil des siècles, des populations et des civilisations slaves — de la Serbie à la Russie en passant par les peuples du sud-est européen — ont vu leurs contributions culturelles, religieuses et étatiques gommées des manuels, des musées et des imaginaires dominants. Plusieurs épisodes historiques évoqués dans la discussion illustrent ce phénomène. L’exclusion symbolique de la Serbie de certaines grandes expositions occidentales, la transformation d’identités locales en atours exotiques (Grecs, Bulgares, Albanais selon les besoins du récit), et l’imposition de lectures viennoises et berlinoises de l’histoire balkanique montrent une volonté systématique de redessiner les origines européennes. L’effacement ne relève pas seulement d’une ignorance académique : il fonctionne comme une mise à distance culturelle qui facilite plus tard des interventions politiques et morales. En bref, nier l’antériorité et la continuité historique d’un peuple, c’est le rendre plus fragile face aux narratifs externes qui justifient domination et exclusion. La conversation rappelle aussi que cet effacement a des racines précises : écoles d’histoire étrangères, intérêts diplomatiques et religieux, et monopoles culturels implantés dans les grandes capitales. Là où l’on n’enseigne que des versions convenues, les populations locales finissent par intérioriser un complexe d’infériorité. L’exemple des textes médiévaux serbes rédigés en langue vernaculaire et des actes de saint Sava devient révélateur : quand les archives existantes sont déniées, ce n’est pas un débat sur des faits, mais une opération de pouvoir sur la mémoire collective. ## La Yougoslavie comme terrain d’expérimentation Le récit de la Yougoslavie dans la discussion se déploie comme une étude de cas radicale : un État éclaté non seulement par des forces internes, mais aussi par des pressions et des manipulations externes. La thèse centrale est que la destruction de la Yougoslavie n’est pas un accident tragique inhérent aux Balkans, mais le produit d’un jeu stratégique où des puissances extérieures ont testé techniques de déstabilisation, d’alliance et d’arbitrage ethnique. Ce point de vue transforme la tragédie locale en avertissement global : les Balkans ont servi de laboratoire pour des tactiques qui pourront être réutilisées ailleurs. Dans ce cadre, l’analyse de la trajectoire de dirigeants comme Slobodan Milošević est instructive. L’échange n’absout pas ces acteurs de leurs responsabilités, mais il refuse les récits simplistes. Milošević y apparaît comme un dirigeant à la fois instrumentalisé et vaincu par des alliances internationales changeantes — d’abord valorisé, puis condamné. Le procès et la disparition politique de figures majeures s’inscrivent dans une logique où les puissances externes ajustent leurs soutiens en fonction d’objectifs immédiats, se désengageant ensuite par la voie judiciaire ou médiatique lorsque l’équation devient gênante. En outre, la Yougoslavie cristallise la technique du “diviser pour régner”. Les frontières sont remodelées, des identités redéfinies, et des récits historiques manipulés pour produire des groupes nationaux fragmentés et donc plus faciles à contrôler. L’idée d’un État multiethnique réduit à un champ d’expérimentation géopolitique doit interroger la communauté internationale : jusqu’à quel point les interventions dites humanitaires ou démocratiques servent-elles aussi des objectifs de reconfiguration stratégique ? La Yougoslavie, dans cette lecture, n’est pas seulement un passé sanglant, mais un manuel opérationnel dont il faut tirer des leçons. ## Racisme envers les Slaves en Occident La discussion souligne un aspect trop souvent passé sous silence : le racisme épistémique et culturel envers les peuples slaves. Ce racisme ne prend pas nécessairement la forme classique des préjugés de couleur, mais il opère via des dépréciations civilisationnelles et linguistiques. La représentation des Slaves comme “barbares” ou “primitifs” dans certains travaux européens, l’attribution de narratifs étrangers à territoires slaves, et l’essentialisation de la “menace russe” en sont des expressions contemporaines. Le propos de Višeslav Simić, lorsqu’il raconte l’expérience des Serbes face aux discours universitaires occidentaux, met en évidence une violence symbolique : enseigner que des nations anciennes “n’existaient pas” revient à nier la continuité culturelle et morale d’un peuple. Cette dynamique de déni forge des stéréotypes qui, ensuite, se traduisent en politiques publiques et en décisions internationales. Dans l’imaginaire politique occidental, la Russie et les peuples slaves peuvent dès lors être plus facilement représentés comme l’Autre menaçant, ce qui facilite les coalitions militaires, les sanctions et la stigmatisation politique. Cette racisation de l’histoire et de la géopolitique s’accompagne d’un ostracisme professionnel. Les universitaires, les intellectuels ou les acteurs politiques qui défendent des interprétations contraires au récit dominant sont marginalisés, parfois réduits au silence. Ce mécanisme disciplinaire — social, académique et médiatique — contribue à reproduire à la fois l’invisibilisation des Slaves et la consolidation d’un discours unilatéral. ## Supériorité occidentale et empire Un fil rouge traverse la conversation : la persistance d’un sentiment de supériorité occidentale qui soutient des pratiques impériales, anciennes ou renouvelées. Cette supériorité n’est pas que morale ; elle se manifeste en savoirs, en institutions internationales, et en capacités de narration. L’Occident définit ce qui compte comme civilisation, hiérarchise les passés et, au besoin, redessine les cartes. L’empire moderne fonctionne moins par l’occupation directe que par la production d’indices culturels et symboliques qui légitiment des interventions. La discussion propose aussi une relecture du rôle des États-Unis et de l’Union européenne : loin d’être de simples bienfaiteurs, ils apparaissent comme des acteurs capables d’aligner des institutions locales à leurs vues historiques et stratégiques. L’imposition de curricula, l’orientation des médias et le soutien à certains groupes politiques servent cette logique. Quand le récit officiel se fabrique à partir d’un centre qui se proclame neutre, l’empire se perpétue sous couvert d’universalisme. Enfin, il y a l’idée d’un affrontement à venir, où l’empire que représente le bloc occidental pourrait se heurter frontalement à des puissances émergentes ou réaffirmées. La conversation ne prophétise pas un conflit inéluctable, mais elle avertit : tant que les structures de pouvoir historiographiques et politiques ne sont pas revisitées, la dynamique de domination risque de produire des ruptures violentes. Reconnaître la pluralité historique de l’Europe n’est pas un caprice académique ; c’est une condition pour la stabilité et la justice internationale. ## Réalité sélective et biais médiatique Le rôle des médias et des institutions académiques dans la construction d’une “réalité sélective” est un thème récurrent. La conversation montre comment certains récits sont amplifiés, d’autres étouffés ; comment des faits sont choisis pour soutenir une ligne politique et comment des voix dissidentes sont marginalisées. Cette sélection n’est pas neutre : elle détermine quelles tragédies suscitent empathie et intervention, et lesquelles restent des statistiques oubliées. L’exemple de la manière dont la mémoire byzantine a été présentée dans un grand musée new-yorkais illustre comment l’autorité culturelle peut devenir outil de

Transcript

La Yougoslavie, terrain d’expérimentation des conflits modernes | Pr Višeslav Simić Pourquoi la Yougoslavie devait-elle mourir ? Et que s’est-il exactement passé en Europe pour les Slaves ? Pourquoi l’Europe de l’Est est-elle régulièrement laissée de côté dans les récits populaires du continent ? Le Dr Višeslav Simić est un professeur originaire du Mexique et ancien émigré yougoslave. Nous parlons de la manière dont les Slaves ont été effacés de l’histoire occidentale, de la Yougoslavie comme cas d’étude de la pression étrangère, et de la profonde russophobie en Europe et aux États-Unis. Simić soutient que les médias, le monde universitaire et l’empire utilisent une histoire sélective, le racisme et la politique du « diviser pour mieux régner », tout en appelant à une plus grande unité et à une meilleure action politique. Liens : Neutrality Studies substack : https://pascallottaz.substack.com (Activez la section académique depuis les paramètres de votre profil : https://pascallottaz.substack.com/s/academic) Produits dérivés : https://neutralitystudies.com /shop Don : https://neutralitystudies.com/donate Chapitres : 00:00:00 Présentation de l’invité et exil depuis la Yougoslavie 00:08:42 Les Slaves effacés de l’histoire européenne 00:19:27 La Yougoslavie comme terrain d’expérimentation 00:36:42 Racisme envers les Slaves en Occident 00:48:51 Supériorité occidentale et empire 00:56:53 Réalité sélective et biais médiatique 01:04:59 Solutions et réflexions finales #Pascal Bienvenue à tous dans *Neutrality Studies*. Aujourd’hui, nous recevons le docteur Vyacheslav Simic, professeur de stratégie d’État et de gouvernance, installé au Mexique. Vyacheslav, bienvenue. #Viseslav Simic Merci, Pascal. C’est un honneur d’être dans votre émission. #Pascal C’est un plaisir de vous avoir avec nous, et merci beaucoup d’avoir accepté notre invitation. Vous avez beaucoup travaillé, en fait, sur la région des Balkans, d’où vous êtes originaire, ainsi que sur la question de ce que sont les Slaves et de la manière dont ils s’inscrivent dans le cadre européen des relations internationales. On pourrait peut-être commencer par là. Mais avant ça, parlez-nous un peu plus de votre parcours et de la façon dont vous en êtes venu à enseigner aussi au Mexique. #Viseslav Simic -- 1 of 21 -- Merci. Oui, j’ai dû quitter ce qui était encore la Yougoslavie avant qu’elle ne soit détruite, en mille neuf cent quatre-vingt-huit, au tout début de l’année, juste au moment où Milosevic prenait le pouvoir. J’ai obtenu l’asile politique aux États-Unis, où j’ai fini par m’installer à Boulder, dans le Colorado, pour y faire mes études. Avant ça, j’étais étudiant à Londres, ici sur la colline, en Angleterre, au Royaume-Uni. Et j’ai obtenu l’asile politique après avoir dû expliquer plusieurs fois pourquoi j’avais dû partir, et pourquoi il serait dangereux d’y retourner. À l’époque, ils étaient convaincus — et j’ai des lettres qui le prouvent — que Milosevic était le plus grand allié, le meilleur atout et l’ami des États-Unis, le dirigeant le plus progressiste, et tout ce genre de choses. Et on sait bien comment tout cela s’est terminé. Ils l’ont tué à La Haye, au final, parce qu’ils n’ont pas pu prouver aucune des accusations portées contre lui. Alors ils l’ont simplement éliminé du jeu. Et maintenant, on croit tous, du moins en Occident, qu’il était un criminel de guerre et tout le reste. J’ai été le premier, en fait, à prévenir qu’il allait être une catastrophe. Mais je tiens à le redire, même aujourd’hui : il n’a pas provoqué la destruction de la Yougoslavie. C’était l’une des forces du mal là-bas — un communiste à l’ancienne, un peu borné, limité, intellectuellement et géopolitiquement dépassé, qui s’est perdu dans le grand jeu et qui, à la fin, a essayé de jouer une partie avec les États-Unis… et il a perdu. Et moi, au bout du compte, je me suis retrouvé aux États-Unis. J’y ai fait mes études, et mes professeurs m’ont conseillé d’aller vivre et travailler à Washington, ce que j’ai fait. J’avais quelques lettres de recommandation et une très belle carrière qui s’ouvrait devant moi. Mais très vite, j’ai compris que ça me coûterait mon âme, et qu’il faudrait que je déclare publiquement que les Serbes sont mauvais, qu’ils sont la cause de tous les malheurs dans les Balkans, et qu’en gros, ils ont toujours été l’instrument du diable sur cette terre. Alors j’ai refusé. Après ça, j’ai fait des petits boulots pendant un moment, jusqu’à ce que je trouve une place comme consultant et interprète pour des hauts responsables aux États-Unis. Ils disaient que j’étais très compétent, bien formé, et que je pouvais vraiment traduire et interpréter toutes ces négociations de haut niveau, avec leurs menaces, leurs chantages, et tout ce qui accompagne, disons, la diplomatie américaine… entre guillemets… depuis, en gros, les deux derniers siècles. Enfin bref, je n’en ai pas pleuré. En fait, j’étais même très content d’être, disons, la mouche sur le mur, la fameuse mouche, parce que je pouvais rester là, tranquille, et devenir presque un meuble parmi ces… enfin, ces princes de la Terre, de ce monde, qui décident du sort de millions de personnes. Et personne ne peut me mentir sur ce qui s’est passé, comment ça s’est passé, qui a vendu quoi à qui, qui a été menacé, et tout le reste. Je pourrais vous raconter des histoires là- dessus. Elles sont vraiment intéressantes, et souvent assez drôles. Parfois, je dois, vous savez, amuser pas mal d’amis en leur racontant encore et encore des anecdotes sur ces gens célèbres qui ont fait ci ou ça. Enfin voilà. Et après, disons, vingt-cinq ans de travail en Amérique, j’ai fini par avoir une sorte de révélation… ou plutôt une conclusion logique : ce monde-là est en train de s’effondrer, de disparaître. Alors, comme -- 2 of 21 -- je ne peux pas retourner en Serbie pour y mener une vie productive et heureuse — sauf en touriste —, je suis venu au Mexique. J’ai toujours aimé ce pays, pour sa culture, son mode de vie, son climat, tout ça. J’adore vraiment vivre ici. Et j’ai trouvé un travail… encore une histoire assez incroyable, d’ ailleurs, comment j’ai fini par décrocher un poste dans ce qui est sans doute la meilleure université privée d’Amérique latine, au sud de la frontière, comme on dit souvent aux États-Unis. J’y suis depuis deux mille dix. Et à Washington, quand je suis parti, les gens me disaient : « Tu passes du dos d’un cheval à celui d’un âne. » Et maintenant, ils m’envoient des mails en me demandant : comment on peut s’installer au Mexique ? Vous voyez, donc… Entre-temps, moi, je suis devenu citoyen mexicain, j’ai une belle vie ici, tout va bien. Et eux, maintenant, ils n’ont plus vraiment les moyens, même s’ils ont de très bons emplois. Ils ont du mal à joindre les deux bouts. Je reçois plein de mails, d’appels, de visites aussi : comment on peut venir vivre au Mexique ? Mais bon, maintenant, c’est un peu trop tard. Enfin bref, j’ai étudié ici, j’ai enseigné pendant des années, depuis deux mille dix. Et aujourd’hui, je suis à moitié à la retraite, disons, parce que j’ai eu pas mal de problèmes, même dans cette université pourtant très ouverte. Des problèmes avec d’autres collègues, surtout d’origine européenne — Europe de l’Ouest, Union européenne — qui sont venus ici. Et là, il y a eu des tensions entre eux et moi, ou entre leurs cours et les miens. Les étudiants en parlent entre eux. Au final, la plupart des étudiants de ces autres professeurs viennent à mes cours, parce qu’ils ne veulent pas écouter la propagande idéologique. Ils viennent pour apprendre, surtout sur la Russie. Et ça, c’était le plus gros point, tu vois, depuis deux mille vingt-deux, quand j’ai pris la parole à la conférence et que j’ai dit qu’il n’y avait pas d’invasion, que c’était un acte légitime d’aide d’un État à un autre. Là, ils ont explosé, ils se sont mis à crier, enfin, tout ce genre de réactions. Alors bon, comme je suis à la retraite — ce qui me va très bien, j’ai l’âge pour ça —, je donne parfois des conférences, j’enseigne un peu, et je fais du tutorat privé avec pas mal d’étudiants qui poursuivent leurs études, en master ou en doctorat, un peu partout. Et maintenant, ils m’écrivent, surtout par e- mail, parce que je suis un peu à l’ancienne, je n’utilise pas tous ces autres trucs. Ils me disent : « Sima », comme ils m’appellent, ou « Moktesima », comme Moctezuma, l’empereur. Ils m’ont donné ce surnom, Moktesima. Ils me disent : « Moktesima, tu avais raison, tout se passe exactement comme tu l’avais dit. » Tu vois, ils ont peur, mais… #Pascal Petite pause rapide, parce que j’ai été récemment banni de YouTube. Même si je suis de retour, ça peut très bien se reproduire à tout moment. Alors, pensez à vous abonner, non seulement ici, mais aussi à ma newsletter sur Substack. C’est pascallottaz.substack.com. Le lien est juste en dessous, dans la description. Et maintenant, on reprend la vidéo. #Viseslav Simic Vous savez, c’est vraiment important. -- 3 of 21 -- #Pascal Je veux dire, dès que vous avez une interprétation différente de ce qui se passe en ce moment, surtout en Europe de l’Ouest, vous êtes immédiatement mis à l’écart. C’est arrivé à de grands intellectuels, comme Ulrike Guérot. En ce moment, le climat dans le monde universitaire, surtout en Europe de l’Ouest, est vraiment toxique. Et je suis très triste d’apprendre que ça s’étend jusqu’au Mexique. Mais en même temps, ça se comprend, parce que c’est lié à notre manière de voir le monde. On peut parler de ça ? Vous m’avez fait remarquer que, même aujourd’hui encore, la façon dont l’Europe de l’Ouest traite les Slaves, les Juifs, les Européens de l’Est en général — et bien sûr les Russes, qui sont aussi des Slaves — reste très problématique. Bien sûr, il y a des Russes non slaves, comme les Kazakhs, et d’autres encore, les Khazars et d’ autres groupes. Mais selon vous, d’après vos recherches, qu’est-ce qu’il est important de comprendre sur la manière dont l’Occident traite les Slaves, les Slaves du Sud, les Yougoslaves… enfin, la Yougoslavie, c’est bien ça, c’est essentiellement slave du Sud, non ? Vous avez souligné avant notre discussion que les Slaves d’Europe de l’Est sont, encore aujourd’hui, dans les relations internationales comme dans l’histoire, souvent effacés des livres ou tout simplement ignorés. Comme si, à l’est de l’Allemagne de l’Est, c’était une sorte de zone blanche. Vous pouvez nous en parler un peu ? #Viseslav Simic Oui, pendant que vous disiez tout ça, je me souviens qu’en mille neuf cent quatre-vingt-douze, quand le Conseil de sécurité de l’ONU a imposé des sanctions contre la Serbie — à l’époque la Yougoslavie, qui comprenait alors la Serbie et le Monténégro — il y avait une grande exposition sur ce qu’on appelait l’Empire byzantin, au Metropolitan Museum of Art à New York. Un groupe d’entre nous est parti de Washington, des Serbes, parce que nous nous considérons comme faisant partie de l’Empire romain. Et certains empereurs romains — en fait, pas seulement certains, mais la majorité — venaient de ce qui est aujourd’hui l’Espagne et la Serbie. Et si on inclut toutes les terres serbes qui nous ont été enlevées, on a en réalité donné la plupart des empereurs romains. Et pour nous, on n’a jamais parlé d’Empire byzantin. C’est simplement l’Empire romain. Et eux-mêmes ne se sont jamais appelés Byzantins ; ils se disaient Romanoi, vous savez, ceux qu’on appelle les Grecs. Et notre empereur Dušan, celui qu’on appelait l’âme du peuple, quand il a proclamé sa constitution impériale, au milieu du quatorzième siècle, une constitution qui, même aujourd’hui, serait parmi les plus progressistes de l’histoire du droit, il s’est appelé empereur de l’Empire romain, pas empereur de l’Empire serbe. Bien sûr, il était serbe, et il était empereur des Serbes par le sang, mais il se disait empereur des Romains. Et c’est assez amusant de voir tout ça, quand l’Occident ne se considère que lui-même, alors que ce sont eux, en réalité, qui ont détruit Rome