La professeure Aya Ikegame soutient que la turbulence politique actuelle du Japon révèle des tensions institutionnelles et économiques plus profondes. Elle relie des pénuries aiguës d’essence et de naphta — masquées par des subventions gouvernementales et des importations limitées en provenance d’Iran et de Russie — à des lacunes plus larges de gouvernance et à une naïveté politique du public. Ikegame souligne la majorité des deux tiers du PLD acquise par la Première ministre Sanae Takaichi et la poussée législative rapide de trois lois controversées : la création de « sous-capitales » ambiguës favorisant le clientélisme régional, la criminalisation des atteintes au drapeau national comme mesure nationaliste performative, et la modification des règles de la maison impériale pour permettre l’adoption à partir de branches masculines éloignées tout en excluant la succession des femmes. Ikegame soutient que ces mesures servent des marcheurs de pouvoir factionnels (notamment le clan de Tarō Aso) et une faction d’extrême droite cherchant à neutraliser des empereurs associés au message pacifiste d’après-guerre. Elle met en garde que ce paquet risque d’éroder la confiance publique, de renf
Article
## Introduction
La discussion animée avec la professeure Aya Ikegame met en lumière une réalité peu confortable : derrière l’apparente stabilité politique et économique du Japon, des failles profondes émergent. Pénuries de produits dérivés du pétrole, manœuvres politiques intenses et réformes symboliques au goût de provocation tracent le portrait d’un pays en proie à des tensions structurelles. L’enjeu n’est pas seulement technique ou administratif : il interroge la capacité de l’État japonais à traduire des chocs externes en réponses politiques cohérentes, la dynamique interne du parti dominant et la manière dont la mémoire historique et les symboles nationaux sont mobilisés pour consolider un pouvoir en quête de légitimité.
## Approvisionnements en pétrole provenant d’Iran et de Russie
La question des approvisionnements énergétiques se révèle être un révélateur critique de la vulnérabilité japonaise. Le Japon dépend massivement du pétrole transitant par le détroit d’Ormuz ; toute perturbation y résonne donc immédiatement. Si le discours officiel rassure sur des stocks stratégiques abondants, la réalité signalée par des acteurs de terrain et confirmée par Aya Ikegame est tout autre : pénuries de naphta et arrêts de production affectent la construction, l’industrie plastique et même l’emballage alimentaire. Ces ruptures d’approvisionnement, masquées par une politique de subventions maintenant artificiellement bas les prix à la pompe, ont des effets concrets — chaînes d’approvisionnement interrompues, chantiers paralysés, productions déficientes — que le grand public ne rattache pas toujours aux événements géopolitiques lointains.
Les tentatives d’approvisionnement alternatif ont été partielles et symboliques. Quelques navires iraniens ont effectivement atteint le Japon, parfois via des négociations directes entre entreprises et acteurs iraniens, en contournant une demande explicite du gouvernement. Mais la quantité totale acheminée ne constitue qu’une goutte d’eau face aux besoins nationaux. Le recours à des sources russes semble lui aussi limité et se heurte à des contraintes diplomatiques et commerciales. Ce mélange d’actions ponctuelles et d’incertitude stratégique expose une faiblesse : en cas d’escalade régionale prolongée, l’économie japonaise pourrait subir des chocs beaucoup plus lourds que ceux dont elle donne aujourd’hui l’impression d’être victime.
## Victoire écrasante de Takaichi et opposition faible
La victoire écrasante de Sanae Takaichi, avec une majorité des deux tiers, est un élément déterminant du tableau politique. On pourrait s’attendre qu’un tel degré de contrôle parlementaire conduise à une reddition des comptes féroce ou, au contraire, à une consolidation durable du pouvoir. Or, la faiblesse structurelle de l’opposition parlementaire — éclatée, appauvrie en figures charismatiques et parfois désorientée — transforme ce scénario. Les partis d’opposition peinent à traduire le mécontentement social latent en pression politique efficace. Même lorsque la popularité du gouvernement recule dans les sondages, l’opposition n’arrive pas à en faire une dynamique mobilisatrice capable de freiner les initiatives gouvernementales.
Cette faiblesse de contre-pouvoir formalise une logique politique dangereuse : avec un appareil étatique peu contesté, des décisions symboliques mais contestables peuvent être adoptées rapidement, sans débat public approfondi. Le résultat n’est pas simplement une série de lois impopulaires ; c’est la normalisation d’un processus où la gestion des crises réelles (économiques, énergétiques) coexiste avec des priorités politiques qui répondent davantage à des calculs électoraux ou idéologiques qu’aux urgences sociales.
## Succession impériale et impératrices 00: 26:36 L’empereur, la paix et le pouvoir politique
La réforme des règles de la maison impériale illustre parfaitement cette tension entre symbolique et politique. La discussion a montré la stupeur provoquée par une proposition qui écarte la possibilité d’une impératrice et privilégie l’adoption de princes masculins issus de branches très éloignées de la famille impériale. Cette orientation va à l’encontre de l’attachement populaire à l’idée d’une succession plus proche et légitimée par la filiation directe, et elle renvoie à un choix politique lourd de sens : préserver une filiation masculine privilégiée, au prix d’un éloignement croissant entre la dynastie et la société contemporaine.
Au-delà d’un débat sur les règles de succession, la question touche à la nature du pouvoir politique et symbolique au Japon. L’empereur est une figure historiquement investie du rôle de gardien de la paix post-1945 ; toute modification visant à remodeler la composition de la famille impériale renvoie à des lectures divergentes de l’histoire nationale et à des usages politiques du passé. L’insistance sur des lignées masculines, et l’exclusion explicite de la princesse Aiko de la ligne de succession, ne sont pas de simples détails administratifs : ils traduisent une volonté de recomposer le récit national autour d’une continuité masculine, qui peut servir aussi bien des intérêts conservateurs que des stratégies de consolidation d’un appareil politique en quête de repères traditionnels.
## Taïwan, la Chine et la politique étrangère du Japon
La dimension internationale de la politique japonaise ne peut être dissociée des débats intérieurs. L’attitude vis-à-vis de la Chine et de Taïwan constitue un terrain où se jouent des arbitrages stratégiques majeurs. La discussion avec Aya Ikegame souligne la complexité de ces choix : d’un côté, Tokyo doit naviguer des relations économiques densement imbriquées avec Pékin ; de l’autre, la perception sécuritaire, notamment autour de Taïwan, impose des choix de coopération avec les États-Unis et d’investissement dans la défense.
La stratégie japonaise semble ainsi osciller entre trois tensions : maintenir des canaux économiques et diplomatiques avec la Chine, renforcer un cadre sécuritaire aligné sur Washington, et éviter l’escalade qui pousserait la région vers un point de basculement. Dans ce contexte, la politique intérieure — image de la première ministre, lois symboliques, gestion des crises énergétiques — influe directement sur la crédibilité de Tokyo à l’international. Une gouvernance affaiblie domestiquement rend plus difficile l’adoption de positions cohérentes face à la montée des tensions régionales, et limite la capacité du Japon à jouer un rôle de médiation ou de stabilisation dans un espace indo‑pacifique en recomposition.
## Politique nucléaire et avenir du LDP
La montée en puissance de politiques plus militarisées, combinée à un débat renouvelé sur l’arme nucléaire et la posture de défense, pose la question de l’avenir du Parti libéral-démocrate (LDP) et de l’équilibre politique au Japon. Sous la houlette d’un leadership qui privilégie la symbolique nationaliste (protection du drapeau, lois sur la maison impériale) et une stratégie de consolidation interne (distribution de rentes et de statuts), le LDP prend un risque stratégique : se couper d’une partie de l’électorat modéré et mobiliser des bases conservatrices au détriment d’un consensus social plus large.
Le débat nucléaire, en particulier, est révélateur. Il interroge la doctrine pacifiste post‑guerre et met en tension des couches sociales inquiètes face aux menaces régionales (Corée du Nord, montée en puissance chinoise) et une tradition constitutionnelle qui limite l’usage de la force. Si le LDP articule une politique plus hardline en matière de défense sans être en mesure de produire des réponses économiques et sociales convaincantes, il peut se heurter à une érosion progressive de sa légitimité — non pas par une opposition parlementaire forte aujourd’hui, mais par une usure du pacte social et une désaffection silencieuse de segments importants de la population.
La clé pour l’avenir du LDP sera donc de réussir — ou d’échouer — à conjuguer sécurité et bien
Transcript
Les nouvelles politiques FOLLES de Tokyo :
prise de pouvoir et effondrement
économique | Aya Ikegame
Les fissures dans les politiques de façade du Japon selon lesquelles « tout va bien » commencent à
apparaître. Le pays ne peut plus importer certains biens très essentiels, et la tendance ne s’annonce
pas bonne. En plus de cela, le gouvernement LDP de Takaichi a choisi de mener des combats
politiques internes qui aliènent sa base électorale. La professeure Aya Ikegame de l’Université de
Kyoto évoque les pénuries de pétrole au Japon, la réponse du gouvernement et la force politique de
Sanae Takaichi. Ils examinent le débat sur la succession impériale au Japon, le rôle des faiseurs de
rois au sein du parti, les relations avec la Chine, la politique militaire et la faiblesse de l’opposition.
Ils abordent également les campagnes sur les réseaux sociaux, les élections locales et l’avenir du
LDP. Liens : Aya Ikegame – Site web personnel https://ayaikegame.com Aya Ikegame – Profil
universitaire https://www.ioc.u-tokyo.ac.jp/en/faculty/ayaikegame/ Substack Neutrality Studies :
https://pascallottaz.substack.com Produits dérivés : https://neutralitystudies.com/shop Don :
https://neutralitystudies.com/donate Horodatages : 00:00:00 Introduction 00:01:51 Pénurie de
pétrole au Japon et impact quotidien 00:05:16 Approvisionnements en pétrole provenant d’Iran et de
Russie 00:08:37 Soutenez Neutrality Studies 00:09:06 Victoire écrasante de Takaichi et opposition
faible 00:11:50 Trois nouvelles lois controversées 00:18:29 Succession impériale et impératrices 00:
26:36 L’empereur, la paix et le pouvoir politique 00:39:33 Leadership et image publique de Takaichi
00:41:25 Taïwan, la Chine et la politique étrangère du Japon 00:51:22 L’armée japonaise et les
craintes liées à la Corée du Nord 00:53:52 Politique nucléaire et avenir du LDP 00:58:25 L’opposition
et les campagnes sur les réseaux sociaux
#Pascal
Bon retour à toutes et à tous sur Neutrality Studies. Aujourd’hui, pour la première fois, je reçois une
collègue universitaire de l’université de Kyoto. Je m’entretiens avec la professeure Aya Ikegame, de l’
École supérieure d’études régionales africaines et asiatiques de ma propre université, à Kyoto. Aya,
bienvenue.
#Aya Ikegame
Bonjour, merci de m’accueillir.
#Pascal
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Merci beaucoup d’avoir accepté. Nous avons été mis en relation par un collègue et ami commun, et c’
est formidable de recevoir, pour la première fois, quelqu’un qui est également à l’université de
Kyoto. Alors, merci beaucoup. Et commençons peut-être par un tout petit peu de votre parcours.
Vous êtes en fait spécialiste de l’Asie du Sud et de l’Asie en général, c’est bien ça ?
#Aya Ikegame
Oui, et particulièrement sur l’Inde et le sud de l’Inde. Je suis donc spécialiste de l’Inde et chercheuse
en sciences sociales.
#Pascal
Et vous suivez aussi de près ce qui se passe politiquement au Japon, puisque, à l’université, nous
sommes tous des êtres politiques, plus ou moins. Pouvez-vous nous faire un petit point sur la
situation actuelle du Japon face à la guerre en Iran, vous savez, et au choc pétrolier qui a aussi
touché le Japon ? La dernière chose que je sais, c’est que le Japon a puisé dans ses réserves
stratégiques. Mais qu’est-ce qui se passe en ce moment, concrètement ?
#Aya Ikegame
D’accord, donc 97 % du pétrole dont nous avons besoin passe par le détroit d’Ormuz. Par rapport à l’
Europe et aux États-Unis, nous avons donc été très, très durement touchés par cette guerre contre l’
Iran. Mais le gouvernement continue de nous dire que nous avons d’énormes réserves d’essence
pour 178 jours, ou je ne sais combien de jours. En réalité, personne ne le sait. Donc, en fait, nous
devrions déjà ressentir les effets de cette pénurie d’essence. Mais le gouvernement essaie de
maintenir les apparences : il n’y a aucun problème, il n’y a pas de quoi s’inquiéter.
La plupart des gens au Japon ne ressentent peut-être pas les effets de cette situation. Mais, en
réalité, elle affecte nos vies. C'est donc une situation un peu étrange, parce que le gouvernement
subventionne le prix de l'essence. Le prix de l'essence est ainsi maintenu artificiellement très bas. Il
devrait sans doute être de vingt à trente pour cent plus élevé qu'il ne l'est aujourd'hui. Mais les
pénuries, par exemple de naphta, un sous-produit de l'essence, ont beaucoup de conséquences. Par
exemple, de nombreux chantiers sont arrêtés parce qu'ils ne peuvent pas obtenir des produits
essentiels, comme du diluant pour peinture. Ils ne peuvent pas se procurer de diluant pour peinture.
#Pascal
Diluant pour peinture. D’accord.
#Aya Ikegame
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Plus fluide, oui. Donc ils ne peuvent pas vraiment peindre à l’intérieur des maisons ni à l’extérieur. Et
puis, par exemple, ce qu’on appelle les salles de bains préfabriquées. Vous savez, toutes ces salles
de bains, ces baignoires, ces douches, et ainsi de suite, tout est fait en plastique. Et ils ne peuvent
plus en fabriquer. Par exemple, Toto, qui est la première entreprise à fabriquer ce type de salles de
bains, de baignoires et de kitchenettes, entre autres, ne peut plus fournir. L’approvisionnement s’est
donc arrêté. Mais le gouvernement continue de nier : « Non, non, non, non, non. Nous avons assez
de naphta. Nous pouvons fabriquer suffisamment de produits dérivés du pétrole. » Mais, en réalité,
les personnes qui travaillent dans les entreprises de construction et sur les chantiers se plaignaient.
#Pascal
Oui. Le week-end dernier, pour la première fois, dans une supérette, j’ai vu des chips emballées
dans des paquets argentés. Et je me suis dit : « Oh, qu’est-ce que c’est que ça ? » Et en fait, oui, ils
ne peuvent plus fabriquer la couleur. Alors ils vendent désormais les chips dans des emballages
bruts, argentés et en niveaux de gris. C’est donc l’une des premières fissures dans ce récit, n’est-ce
pas ? Oui.
#Aya Ikegame
Oui, mais ensuite, le gouvernement dit que c'était Calbee. C'est la plus grande entreprise qui
fabrique ces chips et ces chips de pomme de terre. Mais le gouvernement répond : « Non, non, non,
c'est un coup de pub de leur part », ce qui est tout simplement choquant. Le gouvernement est donc
complètement dans le déni face aux pénuries d'essence. Oui.
#Pascal
Le Japon a fait quelques tentatives pour trouver de nouveaux moyens de s’approvisionner. D’un
côté, je crois qu’il a essayé, avec l’Iran, de faire passer quelques navires. Et de l’autre, il a aussi
tenté de racheter un peu de pétrole à la Russie. Pouvez-vous nous dire quelle quantité, selon vous,
ou quelle quantité nous savons, de pétrole a réellement réussi à parvenir jusqu’au Japon ?
#Aya Ikegame
Oui, nous ne savons pas exactement, parce que ce n’est pas forcément le gouvernement qui s’en
charge. Chaque compagnie pétrolière essaie de faire de son mieux. Et, chose intéressante, le Japon
a toujours entretenu de bonnes relations avec l’Iran, ce que peu de gens savent. Et, d’une certaine
manière, les États-Unis nous permettent de le faire. Nous avons aussi des raisons historiques d’être
en bons termes avec l’Iran. Le gouvernement iranien ne cesse donc de dire que, si on le demande,
les navires japonais peuvent passer. Mais le gouvernement Takaiji ne l’a jamais demandé. Alors, il
semble que certaines entreprises négocient directement avec le gouvernement iranien. Quelques
navires sont donc passés, mais pas tous.
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#Pascal
Ah, donc Takaichi en est peut-être au point où elle essaie d’être aussi amicale que possible avec M.
Trump. Et de l’autre côté, aux échelons inférieurs, ils s’agitent dans tous les sens et essaient de faire
tout ce qu’ils peuvent pour gérer la situation, d’une manière ou d’une autre.
#Aya Ikegame
Oui, mais c’est vraiment une goutte d’eau dans l’océan. Deux ou trois navires ont réussi à passer,
mais la quantité d’essence qu’ils transportaient ne représentait au total qu’un jour et demi, ou
quelque chose comme ça.
#Pascal
Alors, est-ce que ça ne suscite pas une certaine rancœur envers les États-Unis ? Parce que c’est une
guerre absolument, totalement inutile, qu’ils ont clairement déclenchée, et qui frappe maintenant
très durement le Japon. D’un côté, je comprends que Takaichi ne puisse pas dire un mot contre eux.
De l’autre, il serait tout naturel que les gens soient très mécontents. Avez-vous des informations là-
dessus ?
#Aya Ikegame
Tout d’abord, les Japonais ne sont pas très au fait de ce qui se passe sur le plan politique. Vous
seriez vraiment très surpris. La plupart des Japonais ne savent pas ce qui se passe en Iran. Ils ne
savent même pas non plus ce qui se passe en Russie, ni en Ukraine. Voilà la situation. Ils sont très
naïfs, très naïfs politiquement. Et le gouvernement cache vraiment ces informations. Les médias, eux
non plus, n’en parlent pas beaucoup. Donc, ils ne font pas vraiment le lien entre ce qui se passe en
Iran et ce qui se passe au Japon. Par exemple, la baisse de la valeur du yen et la hausse des prix
alimentaires. Ils ne font pas vraiment le lien entre les deux. Et c’est en fait ce qui sauve le
gouvernement Takaichi.
#Pascal
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À bientôt là-bas. Donc, elle a remporté cette immense victoire écrasante en décembre dernier, c’est
bien ça ? Enfin, c’était une surprise, mais surtout par son ampleur. Elle a dissous le Parlement et
obtenu son vote. Elle a reçu une confirmation plus forte que celle obtenue, je crois, par M. Abe en
deux mille quinze, lorsqu’il avait remporté sa victoire écrasante. Oui. Et maintenant, cela fait huit
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mois. Elle est au pouvoir. Elle dispose d’une majorité des deux tiers. N’est-ce pas le moment où le
parti d’opposition pourrait commencer à utiliser certaines de ces choses pour entamer cette
confiance ? Que se passe-t-il sur la scène parlementaire ?
#Aya Ikegame
Le problème, c’est que les partis d’opposition sont très faibles et pratiquement détruits, surtout à la
chambre basse. Donc la plupart des vétérans du Parti démocrate constitutionnel, qui est un parti
libéral, vous savez, de centre gauche, ne sont pratiquement plus là. Voilà. Et puis il y a certains
membres du Komeito, d’anciens membres du Komeito, qui est essentiellement lié à la Soka Gakkai, l’
une des plus grandes sectes religieuses du Japon. Leurs parlementaires étaient plutôt libéraux, mais
restaient quand même à droite du centre. Donc ils n’élèvent pas forcément une voix forte contre le
gouvernement Takaichi. L’opposition est donc très faible. C’est pourquoi le sentiment anti-Takaichi
ne s’est pas traduit par une véritable opposition politique.
#Pascal
Oui, elle n’a pas du tout de problèmes ici, n’est-ce pas ? Je veux dire, après huit mois, je pensais
que les chances de voir éclater un scandale, ou quelque chose du même genre, vous savez, des
difficultés économiques, seraient assez élevées. Et comme elle a tous les pouvoirs, n’est-ce pas ? Elle
dispose d’une majorité des deux tiers, c’est une victoire écrasante. Donc tout ce qui arrive repose sur
ses épaules. Mais jusqu’à présent, tout s’est plutôt bien passé pour elle, non ?
#Aya Ikegame
Même si beaucoup de journaux et d’autres organismes qui réalisent ces sondages de popularité
disent que sa popularité baisse, et qu’elle chute même assez rapidement. C’est en partie à cause de
ce qu’elle a fait en faisant passer récemment des réglementations au Parlement. C’était tout
simplement tellement inutile et tellement stupide.
#Pascal
Parlez-nous-en. Cette loi est fascinante, parce qu’elle est tellement singulière. Vous pouvez nous en
parler ?
#Aya Ikegame
D’accord, donc ces trois réglementations, très controversées, qui étaient tellement inutiles et pas du
tout urgentes, mais qu’elle a quand même réussi à faire passer. L’une d’elles concerne les sous-
capitales. L’idée, c’