L’Occident Perd la Guerre de l’Info : Les Secrets des Élites Dévoilés | Michel Collon

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Michel Collon soutient que les médias occidentaux contemporains fonctionnent comme un appareil de propagande de guerre ancien et systématique qui dissimule des intérêts économiques, un contexte historique et des récits alternatifs afin de fabriquer le consentement aux interventions militaires. S’appuyant sur 35 ans de recherche depuis la guerre du Golfe jusqu’à la Yougoslavie, la Libye, la Syrie, le Maïdan et le 7 octobre, il identifie cinq principes récurrents de propagande : cacher les motifs économiques, effacer les histoires gênantes, diaboliser les adversaires, présenter l’agresseur comme la victime et monopoliser le discours. Collon documente l’usage répété d’incidents mis en scène et d’images sélectives — histoires d’incubateurs, Markale, Boutcha, et des récits contestés autour de Srebrenica et du Maïdan — comme des mécanismes légitimant les interventions et empêchant le débat. Il interprète les interdictions de médias russes par l’UE comme un signe de faiblesse des élites et de peur de perdre le contrôle du récit, et préconise des réseaux médiatiques indépendants portés par les citoyens, une coordination transfrontalière et une éducation publique pour contrer l’omission des

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## Une guerre de récits qui change le monde La bataille contemporaine ne se joue pas seulement sur les champs de bataille : elle se livre d’abord et avant tout dans l’espace public, là où se construisent les perceptions, les peurs et les légitimités. La conversation avec Michel Collon dissèque la mécanique de cette guerre de l’information et montre comment, depuis des décennies, des récits soigneusement fabriqués servent à vendre des conflits, à masquer des intérêts matériels et à imposer des politiques qui, sans cette mise en scène médiatique, rencontreraient une forte résistance populaire. Comprendre ces mécanismes n’est pas un exercice académique : c’est une condition nécessaire pour préserver la démocratie, renouer avec l’honnêteté intellectuelle et permettre aux citoyens de décider en connaissance de cause. ## Les cinq principes récurrents de la propagande de guerre Michel Collon synthétise son travail en cinq principes qui se retrouvent systématiquement dans la justification des interventions militaires. Premier principe : dissimuler les intérêts économiques réels — pétrole, gaz, ressources stratégiques ou positions géopolitiques — derrière des motifs nobles. Deuxième principe : occulter l’histoire coloniale et les responsabilités structurelles qui ont préparé le terrain des conflits, y compris les politiques de “diviser pour régner”. Troisième principe : diaboliser l’adversaire en le présentant comme un monstre, un dictateur ou un terroriste, de manière à rendre moralement acceptable l’usage de la force. Quatrième principe : inverser les rôles pour faire passer l’agresseur pour la victime défensive, un art que Collon identifie comme particulièrement maîtrisé dans certains discours officiels. Cinquième principe : monopoliser l’espace médiatique, empêcher la pluralité des versions et étouffer le débat sur la légitimité même de l’intervention. Ces principes ne sont pas de simples tactiques rhétoriques ; ils sont des dispositifs organisés qui fonctionnent en synergie. La diabolisation prépare l’opinion à accepter la violence ; la dissimulation des intérêts empêche une analyse critique des finalités ; la monopolisation empêche l’émergence de contre-récits. Ensemble, ils transforment la population en récepteur passif d’une réalité construite. ## Une continuité historique : de César aux experts modernes La propagande de guerre est aussi ancienne que la guerre elle-même, rappelle la conversation. Les empereurs romains écrivaient leurs propres récits pour légitimer leurs conquêtes ; la Première Guerre mondiale fut accompagnée d’un déluge d’images et de discours visant à convertir les peuples aux objectifs des puissances. La nouveauté n’est pas tant la pratique que son intensification et sa sophistication : techniques de relations publiques professionnelles, think tanks, services secrets, agences de communication et plateformes numériques amplifient aujourd’hui le pouvoir de diffusion et l’efficacité persuasive des récits. Collon relie la méthode moderne à des figures comme Bernays, Lasswell ou Frank Raymond Jr., qui ont théorisé la persuasion de masse comme un instrument central de la politique. L’idée d’“acheter” l’adhésion du public — comme on vend un produit — a été intégrée dans les pratiques des États et des élites. Quand des médias dominants s’unissent à ces appareils de persuasion, la symbiose produit des récits quasi hégémoniques capables d’écraser la complexité des faits. ## Études de cas : quand le récit prime sur le réel La discussion offre un panorama d’exemples concrets où les mécanismes décrits ont fonctionné : la première guerre du Golfe (1991) et l’histoire des “couveuses”, la campagne autour des armes de destruction massive (2003), les guerres en Yougoslavie (Bosnie, Kosovo) avec l’amplification d’incidents et d’images sélectionnées, la Libye (2011), la Syrie et plus récemment l’Ukraine et le conflit israélo-palestinien. Dans chacun de ces cas, la conversation met en évidence un schéma récurrent : images choc, témoignages non vérifiés, silence sur des versions alternatives et désignation d’un bouc émissaire. Srebrenica et Markale sont cités pour montrer que des récits largement diffusés peuvent contenir des erreurs majeures ou des omissions cruciales. Collon souligne que certains faits — reconnaissances ultérieures, enquêtes contradictoires, aveux partiels de protagonistes — sont souvent absents des comptes rendus médiatiques qui ont précédé les décisions politiques. De même, Maïdan en 2014 est présenté comme un exemple de déstabilisation travaillée, où l’intervention de forces organisées et d’acteurs extérieurs a été minimisée ou occultée dans le récit dominant. L’analyse de ces épisodes montre aussi la dimension performative de certains événements : provoquer un “bain de sang” contrôlé, créer des images indélébiles qui appellent une réponse émotionnelle et politique, puis capitaliser sur cette émotion pour légitimer une intervention. La répétition de ce mode opératoire a des conséquences durables : affaiblissement des institutions locales, accroissement de la pauvreté, redessin des ordres régionaux au bénéfice d’acteurs extérieurs. ## Les médias contemporains : complicité, autocensure et panique des élites Un thème central de la conversation est la responsabilité des médias. Collon observe que les médias dominants jouent souvent un rôle actif ou passif dans la diffusion de récits partiels : sélection des images, choix des sources, refus de débattre les versions alternatives et marginalisation des enquêteurs critiques par l’étiquette réductrice de “conspirationniste”. Cette homologation du récit officiel produit une omerta intellectuelle : certains débats essentiels — la légitimité du recours à la force, la vérité historique sur des épisodes décisifs — restent hors champ. Face à l’émergence d’espaces alternatifs (médias sociaux, collectifs d’enquête, publications indépendantes), les élites montrent une stratégie répressive : répression des médias numériques, restriction des médias étrangers et tentatives de contrôle de l’information. Collon analyse cette réaction comme une panique logique : si la domination sur le récit se fissure, la capacité des élites à gouverner sans contrepoids s’affaiblit. Plutôt que d’ouvrir le débat, l’option choisie est souvent la censure ou la marginalisation des voix dissidentes. Pour Collon, le plus grand mensonge n’est parfois pas ce que l’on affirme, mais ce que l’on tait. Cacher des preuves, des enquêtes contradictoires, ou des conversations interceptées qui montrent l’ingérence étrangère vaut autant, sinon plus, qu’une fabrication explicite. Le silence devient ainsi un outil de pouvoir. ## Une contre-stratégie citoyenne : information, éducation et mouvement populaire La conversation n’est pas seulement une analyse pessimiste : elle appelle à une réponse collective. Collon insiste sur l’impératif d’un mouvement d’information citoyen, multiforme et intergénérationnel. Sa conviction — “nous sommes tous des journalistes” — renverse la relation traditionnelle entre source et public : l’information doit être produite, vérifiée et diffusée par des citoyens organisés, non laissée en monopole aux appareils médiatiques institutionnels. Concrètement, cela implique plusieurs axes d’action : développer des médias indépendants capables de mener des enquêtes rigoureuses, former aux méthodes d’analyse des images et à la vérification des sources, créer des réseaux de diffusion résistants à la censure, et investir l’espace public avec des formats accessibles et pédagogiques. La diffusion d’enquêtes documentées (comme celles portées par Test Media International) joue un rôle pédagogique : montrer les images, expliciter les omissions, comparer les versions permet de déconditionner les publics. Collon met en garde contre l’effet dissuasif des étiquettes et de la stigmatisation : traiter immédiatement un auteur critique de “conspirationniste” évite le débat et dissuade les citoyens de s’engager. La ripo

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L’Occident Perd la Guerre de l’Info : Les Secrets des Élites Dévoilés | Michel Collon Le récit de l’Occident montre de nombreuses fissures, et les élites européennes en sont conscientes. Et elles ont peur. Peur du changement qui surviendra lorsqu’elles ne pourront plus dominer l’espace médiatique. C’est pourquoi elles répriment les médias sociaux et numériques, ainsi que les médias étrangers. Pour en discuter, je reçois aujourd’hui Michel Collon, écrivain et journaliste belge, auteur de nombreux ouvrages anti-guerre fascinants en français, dont « La gauche et la guerre : analyse d’ une capitulation idéologique », « Ukraine : guerre des images » et « 7 octobre : enquête sur les faits et les mensonges ». Ce sont les sujets que nous souhaitons aborder aujourd’hui. #M3 Pendant des années, je terminais mes conférences en disant : « Nous sommes tous des journalistes. » Et je le crois vraiment. La bataille médiatique doit devenir un véritable mouvement citoyen, un mouvement populaire. Il n’y aura pas de mouvement anti-guerre si vous n’avez pas un mouvement d’ information indépendant fondé sur les citoyens : hommes, femmes, toutes générations, toutes origines. #M2 Bonjour à tous, ici Pascal des Études sur la Neutralité, et aujourd'hui je m'entretiens avec Michel Collon, un écrivain et journaliste belge qui a écrit de nombreux livres anti-guerre fascinants en français, dont La Gauche et la Guerre : Analyse d'une Capitulation Idéologique, Ukraine : Guerre d'Images, et plus récemment, 7 Octobre : Enquête sur les Faits et les Mensonges. Ce sont les sujets que nous souhaitons aborder aujourd'hui, alors Michel, bienvenue. Merci de m'avoir invité. Merci d'être en ligne avec nous. Nous avons eu une très brève discussion juste avant, et vous m'avez dit que vous travaillez sur ces sujets depuis 35 ans et que vous avez en fait publié beaucoup de livres à leur sujet, au-delà de ce que je viens de présenter. Pouvez-vous peut-être me donner un aperçu de tout ce sur quoi vous avez travaillé au fil des années ? #M3 Oui, cela a commencé en 1991 avec la première guerre contre l’Irak, qui était déjà « vendue »—j’ utilise vraiment le terme « vendre une guerre ». Je ne l’ai pas inventé. Des experts comme Bernays— très connu—mais aussi d’autres moins connus, comme Lasswell et Frank Raymond Jr., ont expliqué comment la CIA et ces services doivent utiliser des techniques publicitaires pour vendre une guerre, tout comme on vendrait une voiture, du savon ou n’importe quoi d’autre. Donc j’ai commencé avec la première guerre du Golfe en 1991, en prêtant attention aux médias, en me méfiant des médias, et -- 1 of 16 -- en analysant les mensonges médiatiques déjà présents lors de cette première guerre du Golfe. Parce que la question des armes de destruction massive n’a pas commencé en 2003—il y avait déjà eu une première campagne, très réussie, avant cela. Et une autre chose : il s’agissait davantage des couveuses, les fameuses couveuses—c’était aussi dans le livre. Et puis j’ai continué avec les mêmes mensonges médiatiques à propos de la guerre contre la Bosnie. Aussi, le suivant, Monopoly : l’OTAN conquiert le monde, portait sur la question du Kosovo. Et là, on retrouve les mêmes mensonges médiatiques. Ce qui est intéressant, c’est que lorsque j’ai publié le premier livre, Attention Médias, bien sûr, les grands journaux ici en France et en Belgique—dont nous analysions la couverture et montrions comment ils avaient réellement manipulé l’opinion publique—n’étaient pas contents et ont refusé de m’inviter. Certains journalistes de la radio et de la télévision publiques belges m’ont tout de même invité pour une discussion très intéressante, et j’ai même été invité à publier un article dans la revue interne de la RTBF, la radio-télévision publique francophone. Vous voyez donc, le débat était ouvert. Et après la première guerre du Golfe, il était connu—avec la fameuse histoire des couveuses, une fake news amplifiée par les médias—que le public avait été manipulé. Ensuite, on a vu beaucoup de journalistes dire : « Oh, plus jamais ça. » Eh bien, juste avant, il y avait eu Timisoara, où le journal avec lequel je travaillais avait annoncé dès le début : « C’est une fausse information. » Mais ensuite, on a entendu : « D’accord, plus jamais ça. » Et puis cela s’est reproduit en Bosnie, au Kosovo. Je ne vais pas donner d’exemples maintenant. L’ un de ces livres a été traduit en anglais—en fait, deux. Ils portaient sur la Yougoslavie. Puis j’ai continué en 2011 avec Libye, OTAN et mensonges médiatiques : manuel de contre-propagande, montrant en effet que cette guerre avait été vendue de la même manière. Un ami à moi publiait un livre sur la Syrie. Puis en 2015, j’ai publié Suis-je ou non Charlie ? Et le sujet principal était les États- Unis derrière le soi-disant terrorisme djihadiste, montrant qu’en réalité, utiliser des terroristes était une nouvelle stratégie très brillante lancée par Brzezinski, en fait initiée auparavant par les Britanniques. Nous montrons les conséquences de cela. Ensuite, nous avons publié, plus récemment, Ukraine : La Guerre des Images. J'ai fondé un collectif, Test Media International, qui analyse la couverture de la guerre et montre, avec beaucoup d’images, comment l’opinion publique a été manipulée. C’est un peu difficile à montrer comme ça—je peux vous envoyer des images si vous voulez—mais nous montrons les images qui manipulent, puis nous analysons ce qui n’a pas été dit, ce qui n’a pas été montré, les images qu’ils ont refusé de publier, et aussi les manipulations derrière, par exemple, Boutcha et ce genre de choses. Et puis, plus récemment, avec la même équipe, nous avons publié 7 octobre : Enquête sur un jour qui a changé le monde. On pourrait dire que c’est le livre sur les fausses informations : des bébés décapités, des femmes violées, des personnes tuées en masse parce qu’elles étaient juives, et d’autres choses de ce genre, ainsi que ce qui a été caché à propos du 7 octobre. Je fais ce travail parce que je pense que la guerre est une tragédie, comme nous le voyons aujourd’hui à Gaza et ailleurs. Les gens dans le monde détestent la guerre. Ils détestent que des personnes souffrent, que des femmes et des -- 2 of 16 -- enfants soient tués à cause de la guerre. Et bien sûr, si l’élite veut que les gens ordinaires acceptent la guerre, elle doit la vendre pour une bonne raison, un bon objectif. J’ai fait une synthèse de mon enquête dans ce que j’appelle les cinq principes de la propagande de guerre. Je veux dire, si vous êtes le président des États-Unis ou de la France, ou des personnes de ce genre, vous ne direz peut-être pas : « J’attaque ce pays à cause du pétrole, du gaz, de l’uranium, des ressources, de la position stratégique, ou parce que ce gouvernement ne me plaît pas et que je veux le renverser. » Il faut toujours donner une bonne raison, noble. « Nous nous battons. Nous sommes les gentils. Donc nous nous battons pour la démocratie, pour les droits des femmes, contre le terrorisme » — c’est une très, très bonne façon de vendre une guerre — ou « les armes de destruction massive », et ce genre de choses. Toujours. Donc, premièrement, cacher les intérêts économiques. Deuxièmement, cacher l’histoire. Dans toutes ces régions, il y avait des puissances coloniales. Elles ont pillé les ressources. Elles ont amené la pauvreté. Et aussi, elles ont organisé le fameux « diviser pour mieux régner ». Les Britanniques excellaient dans ce domaine, bien sûr—diviser pour mieux régner—mais les Français et les Belges l'ont aussi pratiqué dans certaines régions. Et il faut cacher l'histoire de la manière dont les puissances coloniales ont manipulé les populations pour les diviser dans une région et provoquer des guerres et des conflits. Aux États-Unis, ils font cela aujourd'hui. Ils ne peuvent pas envoyer directement leurs troupes. Ils ont été vaincus au Vietnam, en Irak, en Afghanistan, donc ce n'est pas une bonne idée d'envoyer des soldats. Ils doivent trouver des troupes locales et utiliser le fameux "diviser pour régner". Le troisième principe de la propagande de guerre est de diaboliser. On ne peut pas dire : « Nous attaquons toute une population. » Cela ne serait pas accepté. Il faut donc dire : « Nous attaquons un dirigeant, un dictateur, ou un groupe, parce que ces gens sont très dangereux. Ce sont des monstres. Ils possèdent des armes terribles. Ce sont des terroristes », et ainsi de suite. Diaboliser. Et bien sûr, pour cela, il faut une histoire. Des bébés décapités—très bon exemple. Des femmes violées—très bon exemple. C’est quelque chose que l’on peut vendre. Le quatrième principe de la propagande de guerre consiste à inverser les rôles entre l’agresseur et la victime. Il faut toujours se présenter comme la victime ou comme celui qui défend la victime. Et Israël excelle dans ce domaine. Israël attaque depuis environ huit ans, et Israël est toujours la victime. C’est toujours lui qui est agressé, et il y a un récit qui va dans ce sens. Et le cinquième et dernier principe de la propagande de guerre, c’est de monopoliser. Vous savez, dans une guerre, il y a toujours deux ou trois versions. Donc le public devrait, comme un bon juge, écouter l’une, écouter l’autre, puis se faire une opinion. Mais cela n'est pas autorisé, car à la télévision et ailleurs, on n'entend que le « bon » côté et jamais l'autre version. Il n'y a donc pas de véritable débat à la télévision. Il y a quelques débats sur la manière dont cette guerre devrait être menée, ou peut-être sur la question de savoir si nous devrions arrêter cette guerre, etc., mais jamais on ne débat du droit que nous avons de faire la guerre en Irak, en Yougoslavie, en Afghanistan, au Liban, en Ukraine, à Gaza, etc. Cela n'est jamais -- 3 of 16 -- débattu dans les médias grand public. Et j'insiste là-dessus parce que, depuis 35 ans, comme vous pouvez l'imaginer, chaque fois que nous publions un livre, nous l'envoyons aux médias grand public. Nous envoyons environ 100 exemplaires en France, en Belgique, en Suisse, etc. Et le résultat, c'est rien. Il y a eu deux exceptions, en Belgique et en France. J'ai participé à certains débats tard le soir dans une émission célèbre appelée Ce Soir ou Jamais. J'y ai été invité de 2008 à 2014, puis l'émission a été annulée. Le président, François Hollande, a dit : « Terminé. » Et après cela, je ne suis plus jamais passé à la télévision avec ces livres. Ils n’osent pas débattre. Bien sûr, ils collent l’étiquette « conspirationniste », et c’est tout. Mais ils n’osent pas discuter de cela. J’insiste là-dessus parce que je pense que la seule force capable de briser ce silence, cette omerta, ce sont les gens eux-mêmes. Les livres sont faits pour éduquer les gens ordinaires à prendre conscience de la guerre de propagande et à agir contre elle. #M2 Je trouve cela fascinant et extrêmement important. Le récit de la propagande est élaboré pour, encore et encore, justifier les guerres et l’ancrer véritablement dans l’esprit des gens—ce qui est censé être perçu comme effrayant. Un historien, un bon historien, un collègue à moi de l’Université de Kyoto, a jeté son verre et m’a dit qu’il ne voulait pas écouter ces stupidités lorsque je lui ai dit que le bombardement de la Serbie par l’OTAN en 1999 était une violation du droit international. Et il m’a crié dessus : « Nous ne devons jamais permettre Srebrenica, Srebrenica ! Nous avons le devoir d’ empêcher cela. » Et il a présenté cela comme quelque chose d’aussi émotionnel et important que je dois dire : comment les médias parviennent-ils à lier la défense des victimes, comme vous l’avez dit, à cette obligation émotionnelle d’intervenir et de refaire la guerre ? Avez-vous compris comment cela fonctionne au niveau individuel ? #M3 La réaction de ce professeur est très typique et ne me surprend pas. J'entends cela très souvent. Et vous avez raison de dire qu'il est motivé par l'émotion—il ne réfléchit plus. Où sont les faits ? Que dit l'autre camp ? Et qu'est-ce que je dois