Le professeur Glenn Diesen soutient que l’implication occidentale progressive en Ukraine a transformé un conflit par procuration en une guerre de facto entre l’Union européenne et la Russie, en érodant les contraintes et en générant une dynamique d’escalade autoréalisatrice. S’appuyant sur des entretiens avec des universitaires et des responsables politiques occidentaux et russes, il souligne comment des pas successifs — transferts d’armes, soutien ciblé et utilisation du territoire de l’OTAN — normalisent une participation plus profonde et provoquent des mesures russes réciproques. Diesen relie la rhétorique européenne contemporaine (condamnations sélectives, censure du dissensus) à une permissivité post‑unipolaire plus large dans laquelle les États recourent à des cadrages narratifs pour échapper à toute responsabilisation. Il considère la riposte calibrée de l’Iran comme un modèle ayant restauré la dissuasion et imposé la prudence des États‑Unis, suggérant que la Russie pourrait se sentir contrainte de rétablir sa propre posture dissuasive. En l’absence de réflexivité politique ou de reconnaissance des préoccupations mutuelles de sécurité, Diesen avertit que la trajectoire favor
Article
## Introduction
La conversation enregistre une crainte simple et radicale : l’extension incontrôlée d’un conflit localisé en Ukraine vers une confrontation européenne directe avec la Russie. Ce qui était initialement présenté comme une guerre par procuration s’est transformé, selon les échanges, en une implication opérationnelle profonde des États et institutions européennes — au point que la distinction entre fournisseur d’armement et participant actif est devenue presque indiscernable. Le fil rouge du débat porte sur l’incrémentalisme stratégique : des petits pas répétés finissent par produire un saut qualitatif dans la logique de la guerre. Comprendre cette dynamique est essentiel pour évaluer non seulement la trajectoire militaire, mais aussi les répercussions politiques et morales qui en découlent pour l’ordre européen et mondial.
La discussion met en lumière un ensemble d’observations convergentes : fourniture d’armes à longue portée, participation au ciblage via le renseignement, tolérance croissante pour des frappes à distance, et une rhétorique publique qui criminalise toute contestation. Ces éléments nourrissent une mécanique d’escalade où chaque geste se justifie par le précédent et prépare le suivant. Ce cadre explicatif éclaire pourquoi, dans l’analyse développée lors de l’échange, la probabilité d’une confrontation totale entre l’UE et la Russie n’est plus négligeable — et pourquoi il devient urgent de reconsidérer les présupposés politiques et stratégiques qui ont conduit à ce point.
## L’Iran et la logique de la dissuasion
L’expérience iranienne récente est présentée comme une démonstration contemporaine de la résilience stratégique et du rétablissement de la dissuasion par des moyens asymétriques. Là où certains acteurs misent sur la coercition et l’efficacité spectaculaire, l’Iran aurait choisi une combinaison de capacité de riposte et de volonté de subir des coûts pour renvoyer un message clair : attaquer sans encourir de conséquences proportionnelles n’est plus une option. Cette logique a eu pour effet de geler temporairement des opérations offensives et de rappeler que la dissuasion peut être restaurée même par des puissances contraintes économiquement et politiquement.
Dans la conversation, cette leçon iranienne est formulée comme une possible feuille de route pour Moscou. Rétablir la crédibilité de la dissuasion, accepter des sacrifices symboliques et matériels, et démontrer la capacité à infliger des coûts stratégiques aux agresseurs : tels sont les outils qui, selon les intervenants, permettent d’imposer des limites à une coalition occidentale qui croit pouvoir agir sans contrainte. L’exemple iranien illustre aussi un point plus large : quand un rapport de forces conventionnel est défavorable, les États recourent à des stratégies de coercition indirecte pour modifier les calculs adverses — et ces stratégies peuvent, paradoxalement, stabiliser ou déstabiliser selon la réception qu’en font les autres puissances.
Enfin, l’épisode évoqué soulève une question normative et pratique : la restauration de la dissuasion passe-t-elle nécessairement par l’escalade et la normalisation de coûts humains élevés ? La réponse implicite de la discussion est prudente mais lucide : dans l’environnement actuel, où le discours politique criminalise toute remise en question de la version dominante des événements, la capacité à infliger un risque crédible devient parfois le seul moyen de préserver la souveraineté et d’éviter une défaite stratégique totale.
## Dissidence face aux sanctions et formation de masse
Les échanges soulignent que la narration dominante sur le conflit et les sanctions a muselé la dissidence interne et externe. Quand un récit officiel pose que toute remise en cause de la posture occidentale équivaut à une complicité avec l’ennemi, l’espace du débat démocratique se rétrécit dramatiquement. La criminalisation de l’expression dissidente ne se contente pas d’éliminer le pluralisme intellectuel ; elle produit aussi des décisions stratégiques prises sans contrôle démocratique effectif, favorisant des trajectoires irréversibles.
Parallèlement, la conversation met l’accent sur la manière dont les sociétés européennes se préparent à des conflits prolongés. Les envois massifs d’armements, la formation accélérée de combattants et la normalisation de l’économie de guerre créent des mécanismes de momentum. Une fois des milliers de soldats formés, des approvisionnements établis et des chaînes de production mobilisées, il devient politiquement plus difficile de décrocher. Ce phénomène, qualifié d’« effet de formation de masse », verrouille des choix stratégiques et politiques qui poussent vers une continuité de l’effort militaire, indépendamment de l’évolution du théâtre des opérations.
Le débat évoque aussi la répression des voix dissidentes au nom de la lutte contre la « propagande ennemie ». Selon l’analyse, ce qui est présenté comme protection de la sécurité nationale devient fréquemment un instrument d’uniformisation informationnelle. La conséquence est double : affaiblissement des capacités de critique et perte de réflexivité collective, avec pour résultat une amplification des décisions erronées et une réduction des marges de manœuvre pour des solutions diplomatiques.
## Issue du conflit en Ukraine et ordre sécuritaire
Une conclusion centrale du dialogue est que l’issue du conflit ukrainien ne se limitera pas au sort territorial de l’Ukraine ; elle redessine un nouvel ordre sécuritaire européen. Si l’escalade se poursuit selon le scénario décrit, l’Europe risque d’entrer dans une dynamique de confrontation prolongée avec la Russie, où la guerre devint institutionnalisée — soutenue par des structures politiques et économiques qui la reproduisent. Cela signifierait non seulement des pertes humaines et matérielles prolongées, mais aussi la possible érosion des cadres juridiques et normatifs qui ont régulé les relations interétatiques depuis la fin de la Guerre froide.
Le diagnostic avancé souligne que les États-Unis, en s’éloignant progressivement de la première ligne, ont délégué la gestion d’un conflit majeur aux Européens. Cette délégation a deux effets antagonistes : elle responsabilise davantage les capitales européennes, mais les expose aussi à des dilemmes stratégiques pour lesquels elles ne sont pas préparées — notamment la nécessité de maintenir une posture cohérente face à la Russie sans l’appui indéfectible de leur garant traditionnel. C’est dans cet espace que la politique européenne pourrait basculer, soit vers une reprise de l’initiative diplomatique et du désengagement militaire, soit vers une radicalisation qui emporterait l’UE dans une logique de confrontation systémique.
Le débat anticipe aussi une révision de la crédibilité militaire russe et de sa doctrine : confrontée à un accroissement continu de menaces perçues sur son territoire, la Russie pourrait opter pour des mesures de riposte qui dépassent le cadre du champ de bataille ukrainien. Le risque évoqué est la transition d’un conflit régional à une série d’actions ciblées sur des infrastructures critiques, ou même l’ouverture de nouveaux fronts, ce qui compliquerait radicalement toute tentative de médiation ou de retour au statu quo ante.
## Réalisme, neutralité et perspectives d’avenir
La conversation propose, enfin, un retour aux fondamentaux de la théorie réaliste : les États agissent selon une logique de puissance et de sécurité, et sans contraintes extérieures fortes ils tendent à pousser leurs intérêts jusqu’à leurs limites. La leçon normative en filigrane est que les institutions politiques doivent réintroduire des mécanismes de contrainte et de prudence pour éviter que l’incrémentalisme n’amène les sociétés à des points de basculement irréversibles. Cela implique, selon l’analyse, une combinaison de désescalade active, de restaurations de canaux diplomatiques et d’une politique de neutralité stratégique pour certains acteurs internationaux.
Transcript
Escalade massive : l’Europe utilise l’Ukraine
pour étendre la guerre | Pr Glenn Diesen
La guerre par procuration de l’OTAN en Ukraine est en train de se transformer en une guerre directe
entre l’UE et la Russie. Et les va-t-en-guerre de Bruxelles aggravent encore la situation en attaquant
des civils dans le Donbass et en Russie même. Les colombes du Kremlin, y compris Vladimir Poutine,
manquent d’options pour contenir leurs propres faucons. Dans l’état actuel des choses, une guerre
totale entre l’UE et la Russie n’est pas seulement possible, mais désormais probable. Mais dans quel
but ? Je suis aujourd’hui accompagné de mon collègue, le professeur Glenn Diesen, pour discuter de
ce qu’il a appris au fil de ses nombreux entretiens avec des spécialistes de haut niveau des relations
internationales en Russie et en Occident, et de la direction que prennent les événements. Liens :
Glenn Diesen sur YouTube : https://www.youtube.com/@GDiesen1 Glenn Diesen sur Substack :
https://glenndiesen.substack.com Neutrality Studies sur Substack : https://pascallottaz.substack.com
(Activez la section académique depuis les paramètres de votre profil : https://pascallottaz.substack.
com/s/academic) Produits dérivés : https://neutralitystudies.com/shop Donations :
https://neutralitystudies.com/donate Chapitres : 00:00:00 Introduction 00:00:29 Escalade de l’OTAN
et riposte russe 00:19:02 L’Iran et la logique de la dissuasion 00:25:40 L’Europe et le piège de la
guerre auto-réalisatrice 00:32:18 Dissidence face aux sanctions et formation de masse 00:39:36
Censure de la propagande et débat ouvert 00:45:41 Issue du conflit en Ukraine et ordre sécuritaire
00:50:49 Déclin des États-Unis et stratégie de guerre par procuration 01:00:33 Réalisme, neutralité
et perspectives d’avenir
#Pascal
Bienvenue à tous dans *Neutrality Studies*. Aujourd’hui, nous avons le plaisir d’accueillir l’unique
professeur Glenn Diesen. Je suis sûr que je n’ai pas besoin de vous le présenter. Il anime un
excellent podcast sur YouTube, à son nom, Glenn Diesen. Glenn, bienvenue.
#Glenn Diesen
Ravi de vous revoir, Pascal Lottaz.
#Pascal
C’est un vrai plaisir de te voir aussi. Et c’est génial de voir ta chaîne grandir, encore et encore. Tu
fais un travail remarquable. Et justement, c’est de ça que je voulais te parler. Tu as reçu plusieurs
invités vraiment impressionnants dans ton émission. L’un d’eux, bien sûr, c’est le professeur
Karaganov, en Russie — l’un des faucons de la politique étrangère russe, mais aussi l’un des plus
importants. Tu invites régulièrement John Mearsheimer dans ton podcast, ainsi que Jeffrey Sachs. Et
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j’ai l’impression que toutes les capitales européennes devraient, en ce moment, tirer la sonnette d’
alarme… mais ce n’est pas le cas. Alors, comment tu interprètes toutes ces informations en direct
que tu reçois du monde entier sur les relations internationales ?
#Glenn Diesen
Eh bien, ma principale inquiétude aujourd’hui, c’est qu’on est un peu comme la grenouille dans l’eau
qui chauffe. Parce qu’au sein de l’OTAN, on a souvent cette approche graduelle. On avance petit à
petit, au lieu de prendre de grandes décisions d’un coup. Et ça crée de gros… Je prends souvent l’
exemple de la défense antimissile. Je me souviens qu’au milieu des années deux mille, on se
moquait des Russes en disant : écoutez, on va juste installer dix missiles intercepteurs en Pologne. Il
n’y a aucune chance que ça menace la Russie. C’est absurde.
Mais, vous savez, en même temps, on entendait dans les think tanks qu’ils disaient : bon, on
commence avec dix, on met en place un système, et ensuite on l’élargit petit à petit. Et puis, tout à
coup, ces dix sont devenus plusieurs centaines. C’est un peu comme ça que fonctionne l’approche
graduelle. Et on a fait la même chose — enfin, pour en venir au point — dans la guerre en Ukraine.
On a commencé par envoyer des munitions. Je me souviens des Javelins, que Trump avait envoyés,
et qui étaient déjà considérés comme problématiques. Puis, petit à petit, on a ajouté des chars, des
systèmes d’artillerie, des HIMARS. Je prends toujours l’exemple de Joe Biden, qui disait qu’on ne
pouvait pas envoyer des F‑seize, parce que ça signifierait la Troisième Guerre mondiale. Si vous
répétez ça aujourd’hui, on vous accuserait de diffuser de la propagande russe. On vous dirait que,
bien sûr, on ne fait qu’aider.
On ne peut pas dire qu’on aggrave la situation en aidant, même si, pendant longtemps, la plupart
des pays européens refusaient d’envoyer des armes à des pays en guerre, justement parce que cela
ferait de nous des participants. C’était du bon sens. C’était le consensus. C’était logique. Aujourd’hui,
on n’a même plus le droit de le dire sans se faire salir. Et avec cette approche graduelle, ces petits
pas successifs, je crois qu’on ne se rend pas compte à quel point on est allés loin. Parce que
maintenant, bien sûr, nous sommes profondément impliqués dans les attaques contre la Russie. J’
avais déjà souligné ce point l’an dernier, avec ces frappes à longue portée, où les armes viennent de
chez nous. Les planificateurs militaires fixent les objectifs. Nos responsables politiques, eux,
déclarent que notre but devrait être de frapper en profondeur en Russie, de détruire son
infrastructure énergétique. Et le renseignement, lui, est collecté par nos propres services.
C’est eux qui font le ciblage. Nos satellites guident les missiles. Donc, on est profondément
impliqués, à tous les niveaux. Ce n’est même plus… Vous avez mentionné John Mearsheimer. J’ai
parlé d’une guerre par procuration, et il m’a dit : « Glenn, en réalité, on a dépassé ce stade. L’OTAN
attaque désormais directement la Russie. » Et bien sûr, la dernière étape qu’on voit maintenant, c’est
cette nouvelle forme d’incrémentalisme. Les Russes disent : « Ah, voilà, les drones attaquent
maintenant la région baltique de la Russie, la côte de la Baltique, d’où une grande partie du pétrole
russe est exportée. » Et ça passe par les États baltes, par leur territoire. Vu la distance, il est très
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probable que ces drones soient même lancés depuis les États baltes. Au début, ils ont nié : « Non,
non, ce n’est pas le cas. » Et puis, bien sûr, ils ont fini par dire : « Oui, c’est vrai, mais nous n’avons
pas autorisé les Ukrainiens à utiliser ce territoire. »
Et puis, d’une certaine manière, c’est aussi la faute des Russes, parce que ces drones ne seraient
même pas là sans l’attaque non provoquée de la Russie. Et maintenant, on en arrive à entendre le
Premier ministre suédois dire : écoutez, si les drones s’écrasent dans des pays de l’OTAN, on devrait
au moins les aider à aller dans la bonne direction, vers la Russie. Vous voyez, c’était pareil avec les
frappes à longue portée. Au début, on disait : on ne va pas fournir d’armes à longue portée. Puis, d’
accord, on va en donner, mais avec des restrictions sur la façon dont elles peuvent être utilisées. Et
petit à petit, ces restrictions disparaissent. Donc aujourd’hui, nous sommes comme la grenouille dans
l’eau qui chauffe : nous avons attaqué la Russie, et les Russes en sont arrivés à la conclusion que ça
ne peut plus durer. Il est temps pour eux de riposter.
#Pascal
Oui. Et ce qui est terrible, c’est que M. Karaganov, dans son entretien avec vous, a dit qu’il avait
longtemps été cette voix isolée, dans le désert, qui disait : il faut frapper l’Europe. Et aujourd’hui, il
semble avoir pas mal de soutien, à la fois dans les cercles de décision en Russie, mais aussi au sein
de la population en général. Et si j’écoute ce que nous dit notre collègue Stas Krapivnik, c’est la
même chose. Les Russes en ont tout simplement assez d’être sans cesse pris pour cibles. Pendant ce
temps, les Européens se cachent derrière l’argument : « nous ne faisons pas partie de la guerre »,
alors qu’ils font tout ça, et ouvertement. Et ce week-end — nous sommes aujourd’hui lundi, le vingt-
cinq mai — eh bien, ce week-end, ou plutôt vendredi, le camp ukrainien a attaqué une école, un
dortoir universitaire à Lougansk, et vingt et un étudiants y ont été tués.
Les Ukrainiens disent que c’était une école de drones, pour former des pilotes de drones.
Franchement, ce serait l’endroit le plus idiot au monde pour installer une école de pilotes de drones.
De son côté, la Russie affirme bien sûr que non, que c’était simplement une école pédagogique, une
école de formation d’enseignants, et que ces futurs professeurs sont maintenant morts. Et l’Europe,
elle, fait comme si tout ça n’avait jamais eu lieu, en prétendant que les frappes de représailles,
venues d’Orechnik et d’autres systèmes de missiles, étaient totalement injustifiées. Je veux dire,
Kaja Kallas a encore publié aujourd’hui un de ses tweets délirants. Et toute la logique derrière ça, c’
est quoi ? Que la Russie serait dans une impasse sur le champ de bataille, et qu’elle terroriserait
donc l’Ukraine avec des frappes délibérées sur les centres-villes. Ce seraient, selon elle, des actes
abominables, du terrorisme destiné à tuer le plus grand nombre de civils possible.
Le fait que Moscou utiliserait, ou rationnerait, des systèmes de missiles balistiques de portée
intermédiaire conçus pour transporter des ogives nucléaires, c’est avant tout une manœuvre
politique destinée à faire peur, une forme de chantage nucléaire totalement irresponsable. Elle dit en
même temps que ce sont des armes dévastatrices, qu’elles visent à tuer le plus d’Ukrainiens
possible… et pourtant, on sait qu’elles ont fait quatre morts à Kiev. Franchement, comment est-ce
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possible que ces gens publient de tels messages sans comprendre que ce qu’ils font, c’est
simplement pousser les Russes à se rapprocher, pas à pas, d’une action vraiment extrême ? Vous
pensez que c’est volontaire ? Qu’ils cherchent encore à provoquer la Russie pour, en gros, élargir la
guerre comme ça s’est produit en deux mille vingt-deux ? Ou bien est-ce simplement une ignorance
totale de la réalité du terrain, de la dynamique militaire actuelle ?
#Glenn Diesen
Eh bien, c’est la suite de ce récit soi-disant « non provoqué », où tout à coup, oh, comment les
Russes auraient-ils pu faire ça ? Ça serait tombé de nulle part. Et si, vous savez, quelqu’un essayait d’
apporter un peu de bon sens… eh bien non, en réalité, ça ne vient pas de nulle part. C’était bel et
bien provoqué. Et c’est toujours la même logique : si vous dites ça, alors vous légitimez et vous
soutenez les frappes russes. En d’autres termes, vous êtes du côté des Russes, et à partir de là,
toute attaque personnelle contre vous devient permise. Vous êtes un défenseur de Poutine, et donc
plus personne ne devrait vous écouter. En somme, on a criminalisé toute forme de dissidence.
Ces dirigeants peuvent dire toutes les absurdités qu’ils veulent, et il n’y aura aucune contestation,
parce que tout leur argument repose sur l’idée que tout est « non provoqué ». Si vous dites que ce n’
est pas non provoqué, ça veut dire, en gros, que vous soutenez l’ennemi. Voilà le récit dans lequel
on s’est enfermés. C’est pour ça que l’eau continue de bouillir, si je puis dire, pour notre petite
grenouille. Mais tu as raison sur la condamnation, ça n’a aucun sens. Pourquoi ne condamneraient-ils
pas le meurtre de tous ces étudiants à Lougansk ? Pourquoi ? Ils ont frappé l’école, et ensuite ils
condamnent la riposte. Quand on ne peut condamner qu’un seul camp, qu’est-ce qu’on fait, au juste
? Est-ce que c’est fondé sur des principes de droits humains, ou est-ce que c’est juste du soutien
aveugle ?
Donc, quoi que fasse l’ennemi, c’est mal, et quoi que fasse notre camp, eh bien, ça n’a pas d’
importance. Les condamnations ne veulent rien dire quand il n’y a plus de principes. Et comme je l’ai
dit, ils continuent de parler du génocide des Ukrainiens, d’efforts pour en tuer le plus possible. Mais
comment peut-on lancer six cents missiles et drones, et qu’au final quatre personnes soient tuées, si
le but était vraiment de provoquer un maximum de morts ? Si vous frappez une