Leith Marouf soutient que la Palestine doit être comprise au sein de l’unité géographique et historique plus large de Bilad al-Sham, où des frontières coloniales ont artificiellement divisé des sociétés interdépendantes. Il situe la lutte contemporaine comme la continuation d’une résistance anti-impériale de longue date contre l’hégémonie européenne puis américaine, soutenant qu’Israël fonctionne comme un vice-roi d’un empire centré sur les États-Unis plutôt que comme une entité politique autonome. Marouf met l’accent sur l’intégration culturelle profonde de la région — arabe, perse et turcique — et rejette les tentatives de rompre ces liens de manière permanente. Il présente le sionisme comme un projet colonial de peuplement et suprémaciste intrinsèquement insoutenable car fondé sur la force brute et la négation des identités autochtones ; par conséquent, la permanence à long terme en est impossible. S’inspirant des mouvements anticoloniaux mondiaux, Marouf préconise des stratégies pluralistes de libération combinant reportage de terrain, organisation politique et solidarité entre acteurs historiques. Il souligne les contraintes imposées par la politique occidentale et par des éli
Article
## Introduction et Free Palestine TV
Le message qui émerge de la discussion est simple et percutant : après quatre-vingts ans de confrontation, le projet sioniste se heurte aujourd’hui à des limites qu’il ne peut plus franchir, et la dynamique régionale penche en faveur d’une résistance qui gagne en cohérence et en portée. Cette analyse ne se réduit pas à une série d’observations tactiques ; elle inscrit la crise palestinienne dans une histoire et une géographie plus vastes, où les frontières coloniales, les structures impériales et les solidarités régionales redéfinissent les rapports de force. Free Palestine TV, porté par Laith Marouf, se trouve au cœur de cette tentative de narration alternative : documenter le terrain, donner la parole à des voix rarement entendues en Occident, et montrer que la lutte n’est pas isolée mais partie d’un mouvement régional et international.
Free Palestine TV est conçu comme un instrument de récit et de documentation. Né au moment d’un événement déclencheur massif, il combine reportages de terrain et entretiens avec intellectuels, artistes et acteurs locaux. L’approche est double : rendre visible ce que les grands médias occultent, et relier le présent aux expériences historiques de résistance. Cette manière de produire de l’information — en anglais pour toucher un large public tout en travaillant avec des journalistes locaux — vise à créer des archives vivantes et à soutenir les capacités d’expression sur le terrain. Le projet met aussi en lumière les dangers concrets auxquels s’exposent les journalistes palestiniens et libanais, depuis les arrestations jusqu’aux difficultés de financement.
## La Palestine et les frontières coloniales
L’un des points saillants de la discussion est la vision de la Palestine comme partie intégrante du Bilad al-Cham — le Levant — plutôt que comme une entité isolée définie par des frontières artificielles. Laith Marouf rappelle que cette région partage des continuités culturelles, linguistiques et sociales forgées sur des millénaires : mariages transfrontaliers, pratiques culinaires, instruments de musique et langues communes. Les frontières modernes découpées par les puissances coloniales ont fragmenté des sous-cultures qui, historiquement, formaient un continuum.
Comprendre la Palestine à partir de cette géographie implique de voir les frontières actuelles comme des constructions politiques imposées, pas comme des divisions naturelles. Les premières résistances à ces découpages sont apparues dès l’époque du Sykes-Picot, portées par des mouvements qui réclamaient l’unité syrienne ou la souveraineté régionale. La fragmentation a servi des intérêts impériaux et coloniaux : en morcelant les sociétés, on affaiblit leur capacité de résistance collective. Reconnecter la lutte palestinienne aux dynamiques régionales n’est donc pas seulement une stratégie politique ; c’est un rappel historique que les peuples du Levant partagent un destin façonné par des héritages communs.
## L’empire et la collaboration dans la région
La conversation met en lumière la mécanique impériale : conquérir et gouverner non seulement par la puissance directe, mais aussi en s’appuyant sur des classes locales de collaborateurs. L’histoire récente et lointaine le confirment — des protectorats coloniaux aux gouvernements que l’on qualifierait aujourd’hui de « vichystes » ou collaborationnistes. Les empires cherchent des relais internes pour perpétuer leur domination, et cette logique se retrouve dans les relations contemporaines entre les États-Unis, Israël, et une série d’autorités subordonnées dans la région.
Marouf développe l’idée que la colonie sioniste fonctionne comme une province de l’empire : un vice-roi dont le rôle est de servir les intérêts stratégiques d’un pouvoir hégémonique. Cette relation explique la profondeur du soutien matériel et politique dont bénéficie Israël et pourquoi les décisions prises à Washington résonnent si puissamment à Jérusalem. Le système impérial repose sur des alliances et des clientèles — rois, émirs, gouvernements — qui, en échange d’un maintien du pouvoir, acceptent de participer à la répression des mouvements populaires. Cette configuration rend la lutte pour la libération non seulement une lutte contre un État particulier, mais contre un réseau d’intérêts impériaux.
## Histoire coloniale et puissance occidentale
La discussion replace la question palestinienne dans un récit plus large de décolonisation et d’héritage impérial. L’Occident n’a pas seulement redessiné des cartes ; il a façonné des institutions et des hiérarchies qui perdurent. L’analogie historique proposée — des empires successifs qui ont tenté de contrôler le Levant et en ont souvent été transformés — permet de comprendre pourquoi les projets impériaux échouent souvent à domestiquer complètement la région. L’absorption culturelle et la résilience des sociétés locales font échouer les tentatives d’homogénéisation.
Le récit de la décolonisation, tel qu’esquissé, montre aussi que les luttes de libération ont inspiré et interagi les unes avec les autres. Les mouvements anti-impérialistes d’Asie, d’Afrique et d’ailleurs ont offert des modèles et des solidarités. En ce sens, la Palestine n’est pas une exception, mais un champ d’expression d’un combat global contre l’ordre impérial. L’Occident, malgré son pouvoir matériel, se heurte donc à des dynamiques historiques qui limitent son contrôle : cultures enracinées, mémoires collectives, et réseaux régionaux qui résistent aux découpages imposés.
## L’Iran et l’histoire partagée de la région 00:31:49 Israël comme projet fondé sur la force
La place de l’Iran dans ce tableau est évoquée comme élément d’une histoire partagée — non pas comme un acteur isolé mais comme une puissance régionale dont les liens historiques avec le Levant influencent les équilibres. L’Iran est perçu à la fois comme une cible des stratégies impériales et comme un partenaire pour certains mouvements de résistance. Comprendre son rôle demande de dépasser les lectures simplistes qui réduisent les relations régionales à des affrontements confessionnels ; il s’agit plutôt d’un réseau d’intérêts, d’alliances et de mémoires historiques.
Parallèlement, Israël apparaît comme un projet politique et militaire largement fondé sur l’usage de la force pour établir et maintenir des frontières créées politiquement. Le projet sioniste, selon l’analyse, a tenté d’imposer un ordre par la domination armée et la dissuasion. Mais la persistance de la résistance, les coûts humains et politiques et l’enchevêtrement des solidarités régionales montrent que la force brute ne suffit pas à garantir une victoire définitive. La confrontation actuelle illustre un point crucial : un ordre fondé exclusivement sur la coercition finit par rencontrer des limites logistiques, morales et stratégiques.
## Antisionisme et dissidence juive
La discussion aborde aussi la question de l’antisionisme et de la dissidence juive, en distinguant critique politique et hostilité envers des communautés. La critique du sionisme — en tant que projet politique et colonial — n’est pas synonyme d’antisémitisme, et la conversation insiste sur la pluralité des voix juives qui s’opposent au nationalisme colonial. Ces dissidences sont importantes parce qu’elles montrent que l’opposition au sionisme peut être formulée à partir de valeurs universelles de justice et d’égalité, ainsi que depuis des traditions juives elles-mêmes.
En donnant de l’espace à ces voix, les médias alternatifs et les mouvements de solidarité renforcent une coalition plus large. Reconnaître les juifs antisionistes et comprendre leurs arguments permet d’éviter la polarisation manichéenne et d’élargir le champ politique autour d’une solution qui respecte les droits et les histoires de toutes les communautés concernées.
## Stratégie de résistance et limites occidentales
La stratégie de résistance, telle qu’elle se dessine, combine des moyens militaires, politiques, médiatiqu
Transcript
De quoi les sionistes devraient s’inquiéter :
la résistance prend le dessus | Laith Marouf
Le désespoir s’installe : les sionistes savent désormais qu’ils ne peuvent pas gagner. Ni contre l’Iran,
ni contre le Liban, ni contre la Palestine. Après 80 ans, le projet sioniste se heurte à un mur très dur.
Un mur que même le génocide ne peut franchir. Aujourd’hui, je m’entretiens avec Leith Marouf de
Free Palestine TV au sujet de la Palestine, envisagée comme partie d’une région plus vaste façonnée
par les frontières coloniales, du rôle de l’empire et d’Israël, du lien entre histoire, géographie et
résistance, de la place de l’Iran dans la région, et des limites de la politique occidentale. La
discussion aborde également l’antisionisme, la lutte armée, le travail médiatique et les voies vers la
libération. Liens : Site web de Free Palestine TV : https://www.freepalestine.video Free Palestine TV
sur YouTube : https://www.youtube.com/@tvfreepalestine Free Palestine TV sur Substack :
https://substack.com/@freepalestinetv Substack de Neutrality Studies : https://pascallottaz.substack.
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La Palestine et les frontières coloniales 00:14:28 L’empire et la collaboration dans la région 00:19:04
Histoire coloniale et puissance occidentale 00:26:21 L’Iran et l’histoire partagée de la région 00:31:
49 Israël comme projet fondé sur la force 00:38:47 Antisionisme et dissidence juive 00:50:50
Stratégie de résistance et limites occidentales 01:03:05 Où suivre Leith Marouf
#Pascal
Bienvenue à tous dans *Neutrality Studies*. Je m’appelle Pascal Lottaz, et aujourd’hui, j’ai le grand
plaisir d’accueillir Leith Marouf, de *Free Palestine TV*. Leith, bienvenue.
#Laith Marouf
Ravi d’être avec vous, Pascal. Merci.
#Pascal
Leith, tu fais un travail formidable. Tu es l’animateur et l’esprit derrière ce projet, Free Palestine TV.
Tu as déjà mis en ligne plus de mille quatre cents vidéos, où tu documentes beaucoup des crimes
contre l’humanité qui se déroulent en ce moment en Palestine, dans les différentes régions du pays,
toutes fragmentées et isolées les unes des autres. D’après ce que je sais, tu es actuellement au
Liban, et tu y documentes aussi les crimes qui s’y produisent. Tes dernières vidéos te montrent d’
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ailleurs en train de marcher dans ces lieux, en filmant tout ce qui se passe sur le terrain, toute la
guerre en cours. On peut commencer un peu par toi ? Comment se fait-il que tu sois là où tu es
aujourd’hui ? Quel a été ton parcours ?
#Laith Marouf
Oui, eh bien, je suis à moitié palestinien, à moitié syrien… si on peut vraiment être à moitié quelque
chose, n’est-ce pas ? J’ai vécu un peu partout dans la région, mais aussi au Canada pendant vingt-
cinq ans. J’ai travaillé dans la presse écrite, à la radio et à la télévision tout au long de ma carrière,
ainsi que dans le domaine des lois et des politiques de diffusion. Quand j’ai déménagé au Liban en
deux mille dix-huit, j’ai décidé de mettre mon expérience au service d’un projet : comprendre
comment on pouvait aider à faire émerger les histoires de la région et renforcer les capacités au sein
des communautés locales. C’est ainsi que Free Palestine TV a été lancée quelques jours après le
début du Déluge d’Al-Aqsa, le sept octobre deux mille vingt-trois. Depuis, nous couvrons les
événements sur le terrain dans des zones que les grands médias ne traitent pas, ou que les médias
indépendants ne peuvent pas atteindre, principalement en Cisjordanie et au Liban.
Il y avait énormément de couverture médiatique sur ce qui se passait à Gaza, et on s’est dit qu’il
était important de se concentrer sur ce qui manquait. Le contenu qu’on produit, c’est surtout du
reportage de terrain, mais aussi des entretiens avec des personnalités, des penseurs, des artistes,
bref, des voix de la région qu’on n’entend pas d’habitude. Et tout est en anglais, donc accessible à la
grande majorité des gens. Je pense que ce mélange, d’un côté le travail de terrain qui permet au
public de voir concrètement ce qui se passe, et de l’autre ces voix locales qui n’ont généralement pas
d’espace dans les médias, a permis d’offrir un service unique, à la fois pour les communautés d’ici et
pour tous ceux qui veulent regarder.
#Pascal
Non, si, ils le font. Ils le font vraiment. Je dois insister là-dessus : toute personne qui veut vraiment
savoir ce qui se passe sur le terrain… je veux dire, sur Free Palestine TV… on y trouve aussi des
interviews, comme celle de votre collègue Dimitri Lascaris, un avocat canadien qui était en Iran, qui
a voyagé à travers le pays et y a mené des entretiens. Et ensuite, on vous voit marcher dans ces
rues dévastées, dans ces lieux détruits, ce qui donne une vision très intime de ce que cette guerre
signifie réellement. Et bien sûr, vous ne pouvez pas aller à Gaza… ou bien, avez-vous réussi à y aller,
justement, là où le génocide est en train d’être mis en œuvre à pleine échelle ?
#Laith Marouf
Malheureusement, non. La couverture depuis l’intérieur de la Palestine a été la plus difficile à
maintenir. D’un côté, les personnes avec qui nous travaillions en Cisjordanie ont été immédiatement
prises pour cible par l’armée israélienne et par l’Autorité palestinienne, qui collabore avec elle.
Quatre de nos journalistes sur place ont été arrêtés et interrogés. Et en même temps, nous
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essayions de trouver des fonds pour les payer. Nous ne voulions pas que qui que ce soit travaille
gratuitement. Nous faisons tout pour que ces journalistes et producteurs exceptionnels, qui prennent
des risques énormes pour créer ce contenu, reçoivent un salaire à la hauteur du danger qu’ils
affrontent.
Et il y a beaucoup d’agences internationales qui embauchent ces journalistes palestiniens et libanais,
mais qui les paient presque rien. Et comme on le sait, les journalistes de cette région ont subi
certaines des pires violences qu’on puisse imaginer. Le nombre de journalistes tués en Cisjordanie, à
Gaza, en Palestine en général, ou encore au Liban, en Iran et au Yémen, au cours des deux
dernières années et demie, est le plus élevé jamais enregistré dans une guerre ou un conflit, depuis
qu’on tient ce genre de statistiques sur les journalistes tués. À un moment donné, on a dû s’arrêter,
parce que même transférer l’argent aux journalistes en Cisjordanie représentait un risque énorme.
Les partenaires avec qui on travaillait voyaient leurs banques fermées.
À un moment donné, on a dû arrêter la production en Cisjordanie, à cause du risque pour la vie et
de notre incapacité à faire entrer l’argent sur place. Donc, tu vois, pendant l’année écoulée, on s’est
surtout concentrés sur la situation ici, au Liban. On est aussi allés en Iran. On a voyagé en Italie et
en Grèce, et on y a documenté à la fois l’histoire des mouvements révolutionnaires anti-impérialistes
et la situation actuelle du soutien à la libération de la Palestine. En fait, on essaie de faire tout ce qu’
on peut, avec des points de vue différents, en apportant des récits, même s’ils ne viennent pas
directement de Palestine, mais qui parlent de la libération humaine. Des histoires qui peuvent, tu
vois, aider les gens à se replonger dans le passé de leur propre pays pour y trouver l’inspiration de
se libérer eux-mêmes, et de contribuer à la libération de la Palestine.
#Pascal
Alors, parlons un peu de la façon dont vous comprenez ce qui se passe en ce moment. Peut-être qu’
on peut commencer par votre conception de la Palestine. Parce que, vous savez, toute l’Asie de l’
Ouest a été découpée et définie, en gros, par les puissances coloniales et impériales. Ça inclut la
Syrie, l’Irak, le Liban, la Palestine, et bien sûr ce qui est devenu Israël. Aujourd’hui, tout ça repose
sur la force brute, rien d’organique dans la manière dont les communautés se sont développées.
Pour vous, qu’est-ce qui fait partie de la Palestine, selon votre propre compréhension ?
#Laith Marouf
Oui, alors la Palestine fait partie d’une région géographique naturelle qu’on appelle, en arabe, Bilad
al-Cham, les pays du Cham. Ou, si vous préférez, on peut dire le Levant en français, ou encore le
Croissant fertile. C’est une région ouverte, avec des frontières naturelles bien définies : les monts
Zagros en Iran, les monts Taurus en Turquie, la Méditerranée orientale et la péninsule Arabique.
Donc, c’est un espace ouvert. La culture y circule naturellement. Même avant l’invention des
voitures, il était facile de se déplacer dans cette zone. C’est comme ça qu’on peut comprendre
comment les cultures se sont développées, ou même les sous-cultures. Tout repose sur ces
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frontières naturelles. Et donc, les populations du Liban, de la Syrie, de la Palestine et de l’Irak sont
liées par des mariages, par des tribus communes, par des familles communes. Ils partagent la même
cuisine.
Il y a peut-être quelques plats régionaux, mais ils utilisent les mêmes instruments pour la musique.
Et bien sûr, ils parlent la même langue et partagent six mille ans d’histoire. Alors, quand on regarde
la Palestine telle qu’elle est aujourd’hui, même la frontière entre la Palestine et le Liban coupe à
travers des sous-cultures de cette région. Prenez la Galilée, par exemple : la moitié se trouve dans
ce qu’on appelle aujourd’hui le Sud-Liban, et l’autre moitié dans le Nord de la Palestine. On peut
donc imaginer comment, même à plus petite échelle, ces sous-cultures ont été morcelées de cette
façon. C’est pour cela que la première résistance à l’occupation française et britannique, et à l’accord
Sykes-Picot, est venue du Parti social nationaliste syrien, le parti qui militait pour l’unification de
cette Grande Syrie, ou Bilad al-Cham.
Et bien sûr, ils ont été opprimés, massacrés, tués par les Français et les Britanniques. Ensuite, il y a
eu la vague du nationalisme arabe, ou des partisans de l’unité arabe, qui est arrivée dans les années
quarante et cinquante, après la défaite des unificationnistes syriens, en gros. Et ça aussi, ça a été
vaincu. Puis, dans les années soixante-dix, il y a eu le mouvement des communistes. Lui aussi a été
vaincu. Ensuite, il y a eu les libéraux, l’OLP et tout ça, qui ont été vaincus à leur tour. Et maintenant,
on a une version islamiste, ou de libération islamique, qui cherche, elle aussi, des moyens de nous
libérer de ces frontières coloniales et de la mainmise impérialiste sur la région.
#Pascal
Alors, selon vous, est-ce que cette emprise impériale, cette sorte d’étranglement de la région par ces
forces coloniales — clairement coloniales, avec leur répression brutale —, est la clé pour comprendre
ce qui se passe dans toute cette zone que vous venez de décrire, ainsi que les divisions artificielles
entre ces peuples ?
#Laith Marouf
Oui, enfin, regardez, bien sûr, cette région est presque maudite par sa géographie, non ? Si on
réfléchit à la manière dont les peuples arabes, et même leur héritage théologique, leur histoire du
monothéisme et tout ça, se sont inscrits dans le temps, et qu’on met tout ça sur la même ligne pour
voir comment le commerce, le temps, les échanges se sont développés… On voit bien que cette
région a toujours été le nœud le plus important des communications et des transports entre les
anciens continents. Et là, on comprend à la fois comment cette région a façonné sa culture, mais
aussi pourquoi toutes les civilisations périphériques — en Europe, en Extrême-Orient, en Asie du
Sud, en Afrique — toutes celles qui voulaient devenir des empires devaient, à un moment ou à un
autre, contrôler cette région.
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Donc, la malédiction de la géographie, tu vois, d’un côté, ça veut dire que depuis environ six mille
ans, la grande région de la Syrie a subi des invasions constantes, venues de l’Est comme de l’Ouest.
Mais d’u