L’ESCALADE NUCLÉAIRE USA-UE EST FOLLE | Prs I. Hughes & P. Kuznick

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Au cœur de cet échange, Hughes et Kuznick alertent que le régime du TNP se délite au milieu d’une militarisation croissante, d’un retour à la logique de la première frappe et d’un affaiblissement de la diplomatie. Hughes souligne le succès dual du TNP — limiter la prolifération tout en échouant en matière de désarmement — et critique les postures nucléaires actuelles qui incitent à la prolifération chez les alliés des États‑Unis et chez les rivaux régionaux. Kuznick situe la crise dans une perspective historique, notant la réduction des arsenaux depuis la Guerre froide mais affirmant que le régime « tient désormais à un fil » alors que des États envisagent des options nucléaires ou recherchent d’autres leviers coercitifs (par exemple le contrôle de voies maritimes stratégiques, les attaques contre des installations sensibles). Les deux chercheurs condamnent les tendances stratégiques contemporaines : le renouveau d’une école affirmant qu’une guerre nucléaire peut être menée et gagnée, l’érosion des issues diplomatiques, et la rhétorique déstabilisante ainsi que l’autorité de lancement concentrée dans des exécutifs politiquement volatils. Ils identifient néanmoins un espoir limité d

Article

## Danger mondial et examen du TNP La conversation met en lumière un fait simple et terrifiant : le régime mondial de non-prolifération vacille à un moment de tensions multiples. La conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) apparaît comme un thermomètre de cette fragilité. Le débat y est moins une discussion constructive qu’un échange de reproches entre camps, alors que les obligations réciproques — notamment le désarmement — restent largement non tenues. Le TNP a empêché l’éclatement massif d’États dotés de l’arme, mais il ne protège plus avec la même fiabilité la norme selon laquelle le nucléaire ne doit pas se diffuser. Ce constat n’est pas seulement académique : il est posé au cœur d’un ordre international marqué par des guerres ouvertes et des crises régionales. L’urgence ressentie pendant la réunion tient à deux dynamiques qui se conjuguent. D’une part, la multiplication des conflits — au Moyen-Orient, en Ukraine et ailleurs — fait renaître l’angoisse d’une escalade majeure. D’autre part, la perte de foi dans la diplomatie transforme la logique internationale : la force réapparaît comme solution politique tandis que les mécanismes de règlement pacifique s’effritent. Ce cocktail augmente le risque que les États, légitimes ou non, considèrent le nucléaire comme un instrument nécessaire pour se protéger ou pour obtenir du poids stratégique. ## Montée des pressions de prolifération 00:09:09 Dissuasion et risque de première frappe Ce qui ressort nettement de l’échange, c’est la pression croissante sur des États alliés ou menacés de rechercher la bombe. Les sondages et déclarations publiques dans plusieurs pays montrent que la demande pour une arme nucléaire n’est plus marginale : des opinions publiques en Corée du Sud, des élites politiques en Pologne ou des voix influentes au Japon évoquent la « solution nucléaire » comme réponse à l’insécurité. L’effet domino est évident : si un État perçu comme rival franchit le seuil, des voisins comme l’Arabie saoudite, la Turquie ou l’Égypte pourraient suivre. La conversation souligne aussi un déplacement inquiétant dans les doctrines stratégiques. Deux écoles se font face : celle de la dissuasion classique, fondée sur la capacité de seconde frappe, et celle qui considère qu’un affrontement nucléaire peut être contrôlé, voire remporté, grâce aux avancées technologiques. Ce dernier raisonnement ouvre la porte à la tentation de la première frappe — une logique qui, historiquement, a toujours frôlé l’irraisonnable. L’idée que les progrès en renseignement, en cyber et en détection sous-marine permettraient d’éliminer la capacité de riposte adverse contribue à banaliser l’option d’une attaque préventive. C’est une dérive stratégique qui transforme la stabilité fragile en aventure extrêmement dangereuse. Les anecdotes historiques évoquées dans la discussion rappellent que des périodes antérieures ont déjà frôlé le pire. Les exercices militaires mal interprétés, les alertes erronées, les doctrines agressives ont été proches de déclencher des catastrophes. Aujourd’hui, la combinaison d’armes avancées et d’un climat politique où « lignes rouges » sont ignorées multiplie les points d’embrasement potentiels. Le risque n’est plus seulement théorique : il est alimenté par des calculs stratégiques, des erreurs de perception et une culture politique qui redoute davantage la faiblesse que l’extermination éventuelle. ## Échec et effondrement du désarmement 00:25:14 L’Iran et les limites de la guerre Le désarmement, pilier moral du TNP, est présenté dans la conversation comme largement en panne. Les cinq puissances nucléaires reconnues n’ont pas avancé vers la réduction significative de leurs arsenaux ; au contraire, certaines démarches récentes témoignent d’un regain d’investissement stratégique. Ce recul compromet la crédibilité du TNP : comment demander à des pays non nucléaires de rester en retrait quand les détenteurs historiques renforcent ou modernisent leurs capacités ? Le fossé entre promesses et pratiques alimente le ressentiment et facilite la prolifération indirecte. Le cas de l’Iran a été abordé comme exemple des limites de l’option militaire. La conversation souligne qu’une logique strictement militaire pour répondre à la question nucléaire — frappes, sabotages, tentatives d’élimination nucléaire — n’offre pas de solution durable. Les pressions externes et les exigences de démantèlement total rencontrent autant d’obstacles juridiques que politiques. Par ailleurs, l’idée même que le recours à la force puisse régler la question nucléaire reste discutable : il existe des effets secondaires géopolitiques majeurs, des risques d’escalade régionale et des conséquences humanitaires dont l’ampleur est sous-estimée. La dimension morale revient régulièrement : détenir des armes conçues pour anéantir des sociétés entières pose une question éthique que la diplomatie contemporaine peine à replacer au centre du débat. Sans avancées substantielles et vérifiables vers le désarmement, le TNP risque de devenir un parchemin sans autorité réelle, incapable d’endiguer la logique de prolifération. ## Trump et le pouvoir de lancement nucléaire Un point de friction majeur évoqué dans la discussion est le contrôle du pouvoir de lancement nucléaire et les risques liés à des dirigeants imprévisibles. L’idée selon laquelle une décision individuelle, prise en situation de crise et parfois sous l’emprise d’émotions ou d’erreurs de jugement, pourrait déclencher une réponse nucléaire a alimenté l’inquiétude. Le mécanisme de « pouvoir exécutif » sur les armes stratégiques, surtout lorsqu’il est concentré entre les mains d’un seul individu, est considéré comme un facteur aggravant. La conversation invite à repenser la gouvernance nucléaire : il ne s’agit pas seulement de savoir qui possède l’arme, mais aussi comment les décisions d’emploi sont encadrées. Des mécanismes de contrôles, de consultations et de vérifications plus robustes pourraient réduire la probabilité d’un lancement impulsif. En outre, la normalisation d’un discours belliqueux et la militarisation des relations internationales rendent plus probable la situation où un chef d’État penserait que l’utilisation nucléaire est politiquement viable ou nécessaire. Cette dimension politique interne, souvent négligée dans les analyses traditionnelles, contribue à l’érosion de la stabilité stratégique globale. Elle rappelle que la sécurité nucléaire dépend aussi de la santé des institutions démocratiques et des freins aux décisions unilatérales. ## Alliés des États-Unis et évolutions sécuritaires L’échange met en relief le rôle ambivalent des alliances dans cette dynamique. D’un côté, les parapluies nucléaires et les garanties étatiques ont longtemps servi à retenir des États amis de la recherche d’armes propres. De l’autre, ces mêmes garanties deviennent parfois un argument pour élargir la logique nucléaire. Le souhait d’« étendre le parapluie » en Europe, ou la rhétorique de protection avancée par certains alliés, révèle un glissement : le parapluie peut être interprété comme une couverture tacite à une plus grande militarisation du continent. En Asie, la situation est tout aussi inquiétante. Le Japon, techniquement capable de développer des armes en peu de temps, fait face à des pressions internes croissantes. En Corée du Sud, la perception d’une menace nord-coréenne alimente un soutien populaire à la révision de sa politique nucléaire. Ces évolutions montrent que la sécurité alliée fondée sur la dépendance au parapluie extérieur est de moins en moins soutenable face à des chocs régionaux et à un sentiment de vulnérabilité. Au Moyen-Orient, la rivalité et l’absence de confiance incitent des États à envisager des options nationaux. Le rôle des alliances états-uniennes dans la région est double : garant de stabilité pour certains, facteur de course aux armements pour d’autres. L’équilibre est précaire et dépend largement d’un réengagem

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L’ESCALADE NUCLÉAIRE USA-UE EST FOLLE | Prs I. Hughes & P. Kuznick Pascal Lottaz s’entretient avec Ivana Nikolić Hughes de l’Université Columbia et Peter Kuznick de l’ Université américaine au sujet de la conférence d’examen du TNP, de la dissuasion nucléaire, de la logique de première frappe, de Trump et du pouvoir de lancement, des pressions poussant davantage d’États à rechercher l’arme nucléaire, du rôle des alliés des États-Unis dans le Golfe, en Europe et au Japon, ainsi que du mince mais réel espoir offert par le traité d’interdiction des armes nucléaires et par l’action publique. Liens : Nuclear Age Peace Foundation : https://www.wagingpeace. org/ Nuclear Insanity Substack : https://nuclearinsanity.substack.com/ The Untold History of the United States par Oliver Stone et Peter Kuznick : https://www.simonandschuster.net/books/The- Untold-History-of-the-United-States/Oliver-Stone/9781982102531 Neutrality Studies Substack : https://pascallottaz.substack.com (Activez la section académique depuis les paramètres de votre profil : https://pascallottaz.substack.com/s/academic) Produits dérivés : https://neutralitystudies- shop.fourthwall.com Don : https://neutralitystudies.com/donate Horodatage : 00:00:00 Introduction 00:00:30 Danger mondial et examen du TNP 00:05:11 Montée des pressions de prolifération 00:09: 09 Dissuasion et risque de première frappe 00:19:17 Échec et effondrement du désarmement 00:25: 14 L’Iran et les limites de la guerre 00:31:51 Trump et le pouvoir de lancement nucléaire 00:47:33 Alliés des États-Unis et évolutions sécuritaires 00:59:49 Traité d’interdiction nucléaire et dernier espoir #Pascal Bienvenue à tous dans *Neutrality Studies*. Je m’appelle Pascal Lottaz, et aujourd’hui je suis accompagné de la docteure Ivana Nikolic-Hughes, directrice du programme *Frontiers of Science* à l’ université Columbia, ainsi que du docteur Peter Kacnik, professeur d’histoire à l’American University de Washington, D.C. Ivana, Peter, bienvenue. Ravi d’être avec vous. #Hughes Merci, Pascal. Merci de m’avoir invité. #Pascal Ravi de te retrouver. On avait échangé récemment à propos de ton expérience à la conférence du TNP, où tu étais, et aussi sur plusieurs articles que tu as écrits sur le Japon, mais aussi sur d’autres alliés des États-Unis, et cette course incessante à la militarisation. Ivana, est-ce que tu pourrais peut- -- 1 of 22 -- être commencer en nous parlant un peu de cette militarisation ? Disons, l’endroit qui t’inquiète le plus en ce moment, en fonction de l’état d’esprit que tu perçois du côté des États-Unis ou de leurs alliés ? #Hughes Je veux dire… à vrai dire, tout m’inquiète en ce moment, Pascal. Je pense que la situation est vraiment très grave. Évidemment, ce qui se passe au Moyen-Orient est absolument terrifiant, et ça continue. On a peut-être eu quelques moments de répit ici ou là, mais ce conflit est loin d’être terminé. L’Ukraine, elle, est toujours en guerre, plus de quatre ans après. Il y a peut-être quelques signes d’un possible accord, ou au moins d’un cessez-le-feu, mais tout ça reste très fragile. Tu as mentionné le TNP — pour le public, c’est le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. C’est un traité très ancien, qui remonte à plusieurs décennies. Il a été négocié dans les années soixante, signé en soixante-huit, et il est entré en vigueur en mille neuf cent soixante-dix. Donc, il existe depuis cinquante-six ans. Et cette réunion se tient en ce moment même, ici à New York, là où je suis, chez moi. C’est la onzième conférence d’examen, et c’est une conférence vraiment, vraiment tendue. Peter et moi, on y a passé presque toute la durée, soit environ deux semaines et demie. Elle doit se terminer à la fin de la semaine prochaine, donc le vingt-deux mai. Peter et moi, on y était ensemble vendredi dernier pour un événement parallèle. Travailler avec des collègues de la société civile et des diplomates partageant les mêmes idées, ça m’a vraiment fait plaisir. Tout le reste a été très difficile. Je pense que vous pouvez facilement imaginer que la première semaine a été consacrée, en gros, au débat général. Et ce qui se passait, bien plus que tout le reste, c’était que les différents camps se rejetaient la faute. Vous voyez le genre… qui accuse les États-Unis de ce qui se passe en Iran, qui accuse l’Iran, qui accuse la Russie, qui accuse la Chine, n’est-ce pas ? Et au lieu de vraiment réfléchir à ce qu’ils ont en commun, à ce qu’ils veulent accomplir ensemble, à la manière dont ils pourraient surmonter leurs divergences, on assistait surtout à ce va-et-vient de reproches. Et surtout, à la question de savoir comment ils pourraient tracer une voie pour ce Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, qui, soit dit en passant, comporte aussi des obligations en matière de désarmement nucléaire. Et ce sont là les principaux objectifs qui n’ont pas été atteints en matière de non-prolifération. Les États qui avaient rejoint ce traité il y a plusieurs décennies n’ont pas proliféré. Le seul pays qui en a fait partie, puis s’en est retiré avant de développer des armes nucléaires, c’est la Corée du Nord. Donc, à ce niveau-là, on peut dire que le traité a été un succès. En revanche, sur la question du désarmement, c’est une autre histoire. Les cinq États reconnus comme puissances nucléaires — les États-Unis, la Russie, le Royaume-Uni, la France et la Chine — n’ont clairement pas désarmé. En -- 2 of 22 -- réalité, ils s’éloignent même de toute démarche qui pourrait ressembler à un chemin vers le désarmement. Je vais m’arrêter là, et peut-être laisser à Peter l’occasion d’ajouter quelques éléments sur le contexte actuel. #Pascal Oui, Peter, comment tu perçois la Conférence d’examen du TNP ? Et pour tout le monde qui nous écoute, le TNP, c’est sans doute le plus important, l’un des tout derniers vrais traités nucléaires qu’il nous reste. C’est un traité multilatéral, et presque tous les pays en font partie. C’est vraiment le pilier essentiel pour maintenir le nombre d’États dotés de l’arme nucléaire à un seul chiffre. En ce moment, il y en a neuf. Les États-Unis affirment qu’il y en aurait un dixième, que l’Iran en voudrait une, mais l’Iran répète que non, il n’en veut pas. Nous, ce qu’on veut, c’est simplement les avantages du TNP, c’est-à-dire le droit d’avoir un programme nucléaire à des fins civiles — pour l’énergie, et surtout pour la médecine. Tout à fait. Et ils affirment que c’est leur droit, n’est-ce pas, Peter ? Mais en réalité, le TNP n’a jamais été une promenade de santé. Il a fallu dix ans pour le négocier, et même les conférences d’examen ont toujours été très compliquées à organiser. Si on compare la situation actuelle à ce qu’on sait de son histoire, selon vous, où en est-on aujourd’hui ? Le TNP, en tant que régime, en tant que système mondial ? #Kuznick Pascal, je viens de terminer une interview avec Press TV, la chaîne iranienne. C’était une interview écrite, pas une interview orale. On en refera peut-être une autre demain, ou dans quelques jours, avec eux. Mais celle-ci, c’était bien une interview écrite. Ils m’ont posé cinq grandes questions sur le TNP, sur le rôle et la responsabilité de l’Iran, et sur les exigences des États-Unis, qui veulent qu’ils abandonnent complètement l’enrichissement et qu’ils envoient tout leur uranium enrichi, y compris l’ uranium hautement enrichi. Tu sais, l’Iran est clairement — à la fois moralement et juridiquement — dans une position bien plus solide sur tout ça que ne le sont les États-Unis. Mais si vous demandez où en est le TNP aujourd’hui, eh bien, il ne tient plus qu’à un fil, vraiment. On a tellement de pays qui sont sur le point de développer l’arme nucléaire, ou du moins qui pensent qu’ils en ont le droit, et qu’ils en ont besoin. Pour vous donner quelques exemples : soixante- treize pour cent des Sud-Coréens disent que la Corée du Sud devrait avoir ses propres armes nucléaires. Récemment, le président polonais, Andrzej Duda, a déclaré que la Pologne avait besoin de ses propres armes nucléaires. Zelensky a dit : soit on nous laisse rejoindre l’OTAN, soit on nous donne l’arme nucléaire. Et au Japon, il y a un courant important qui, depuis des années, affirme que le pays devrait posséder ses propres armes nucléaires. On sait que le Japon possède un énorme stock de plutonium et qu’il a, sur le plan scientifique et technologique, la capacité de développer rapidement des armes nucléaires. On dit parfois que le -- 3 of 22 -- Japon n’est qu’à un tour de tournevis d’avoir sa propre arme nucléaire. Si l’Iran décidait de tester ou de développer une arme nucléaire, alors l’Arabie saoudite, la Turquie, l’Égypte et les Émirats arabes unis feraient la même chose immédiatement — et sans doute d’autres pays aussi. Le régime de contrôle et de non-prolifération nucléaire est donc aujourd’hui très, très fragile. Et puis, il y a des pays comme la France qui proposent d’étendre le parapluie nucléaire au reste de l’Europe. #Pascal Petite pause rapide, parce que j’ai été récemment banni de YouTube. Même si je suis de retour, ça peut très bien se reproduire à tout moment. Donc, pensez à vous abonner, non seulement ici, mais aussi à ma newsletter sur Substack. C’est pascallottaz.substack.com. Le lien est juste en dessous, dans la description. Et maintenant, on reprend la vidéo. #Kuznick Ce qu’on ne voit plus, à ce moment de l’histoire, c’est des gens qui accordent de la valeur à la diplomatie. On ne voit plus de négociations. On ne voit plus personne chercher des issues pacifiques. Ces dernières années, on a vu la diplomatie devenir presque un gros mot. C’est arrivé sous Biden. Vous savez, Biden, au lieu de réfléchir à la manière de résoudre les choses par la voie diplomatique, a continué à fournir à l’Ukraine un système d’armes avancé après l’autre. Et pourtant, il disait ne pas vouloir faire quoi que ce soit qui risquerait de pousser la Russie à utiliser l’arme nucléaire. Quand il a autorisé l’Ukraine à utiliser les missiles ATACMS que les États-Unis leur avaient donnés pour frapper en profondeur à l’intérieur du territoire russe, c’était extrêmement dangereux. Deux ans plus tôt, la CIA estimait déjà qu’il y avait une chance sur deux que la Russie utilise des armes nucléaires. Mais aujourd’hui, plus personne ne respecte les lignes rouges de personne. Les gens en viennent à utiliser la force militaire pour régler des problèmes diplomatiques. Et franchement, on va dans la mauvaise direction, en tant que planète et en tant qu’espèce. Et il n’en faut pas beaucoup pour s’en rendre compte. Vous savez, l’une des critiques les plus intelligentes de la théorie de la dissuasion que j’aie jamais entendues venait de nul autre que Fred Astaire. Pardon, c’ est quoi, la théorie de la dissuasion ? Qu’est-ce que c’est exactement ? La théorie de la dissuasion, on la voit à l’œuvre aujourd’hui. Le vingt août deux mille vingt-quatre, deux articles essentiels ont été publiés le même jour. L’un dans le New York Times, signé par leur principal expert en sécurité, David Sanger, qui expliquait que les États-Unis se préparent à mener une guerre nucléaire sur trois fronts à la fois, contre la Russie, la Chine et la Corée du Nord. Mais ce jour-là, l’article le plus inquiétant paraissait dans le Bulletin of the Atomic Scientists. Il expliquait qu’il existe deux écoles de pensée parmi les stratèges du nucléaire. Premièrement, il y a l’école traditionnelle, celle qui croit à la théorie de la dissuasion. L’idée, c’est de maintenir une capacité de riposte nucléaire suffisamment forte, une capacité de seconde frappe, et assez d’armes pour anéantir l’adversaire. Dans cette logique, personne n’osera attaquer, et donc cela sert de dissuasion. Mais il y a une deuxième école, qui pense qu’une guerre nucléaire peut être -- 4 of 22 -- menée et même gagnée. Selon eux, avec les technologies modernes, l’intelligence artificielle, les nouvelles technologies sismiques et les technologies cyber, les États-Unis sont désormais capables de