L’UE contre la démocratie : quand les sanctions remplacent la justice | Patrik Baab

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Patrik Baab soutient que les sanctions de l’UE appliquées à des critiques nationaux — y compris des citoyens de l’UE/Schengen — représentent une forme émergente « d’anti‑démocratie », dans laquelle des instruments de politique extérieure sont réaffectés pour réprimer la dissidence et intimider les populations. Il inscrit cette pratique dans une crise plus large de la démocratie capitaliste : la baisse des taux de profit, la concentration du discours public sur des plateformes numériques néolibérales et une élite isolée de la vie populaire créent des pressions en faveur de mesures autoritaires et d’aventurisme à l’étranger (exemplifié par la politique occidentale à l’égard de l’Ukraine). Baab soutient que l’homogénéité médiatique et les incitations bureaucratiques à Berlin et à Bruxelles accélèrent la dénonciation et la censure, tandis que les sanctions fonctionnent comme une contrainte économique et existentielle. Son remède met l’accent sur une contre‑hégémonie culturelle : reconstruire une sphère publique plurielle par des régimes d’information rigoureux, l’action civique localisée et des médias alternatifs — illustrés par son propre projet « contre‑publique » sur YouTube — afin

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L’Europe contemporaine est en train d’expérimenter une mutation profonde : sous couvert de politique étrangère, des outils tels que les sanctions sont redéployés contre des citoyens et résidents de l’espace Schengen, produisant des effets qui vont bien au‑delà de la diplomatie. La conversation avec le journaliste Patrik Baab dessine un diagnostic saisissant : ces pratiques transforment des instruments internationaux en mécanismes domestiques d’intimidation, affaiblissent l’État de droit et révèlent une conjonction dangereuse entre bureaucratie, capital financier et conformisme médiatique. Plutôt que de simples excès ponctuels, il s’agit, selon l’échange, d’un processus systémique où la peur, la mise au ban et la dépolitisation façonnent une nouvelle réalité politique en Europe. ## Sanctions intérieures et érosion démocratique L’un des points saillants de la discussion porte sur l’usage des sanctions — typiquement conçues comme moyens de contrainte entre États — appliquées à des personnes vivant au sein même de l’Union européenne et de l’espace Schengen. Baab insiste sur la nature péremptoire de ce basculement : des individus comme Jacques Baud, Nathalie Yamb ou Hüseyin Dogru subissent des mesures qui ne relèvent ni du droit pénal classique ni d’une procédure judiciaire ouverte, mais qui ont des conséquences comparables, voire pires, pour leur existence économique et sociale. La sanction, ici, joue le rôle d’une épée de Damoclès — fermeture de comptes, saisies, harcèlement administratif — sans les garanties procédurales qu’exige un État de droit. Le résultat est une forme de pression politique qui ressemble, dans ses effets, à la répression d’opposition. Ce glissement a un effet dissuasif sur le débat public. Quand des positions dissidentes exposent non seulement au désaccord mais à la ruine matérielle, la liberté d’expression subit une auto‑censure généralisée. Baab décrit cela comme une technique d’obéissance anticipée : l’objectif n’est pas seulement de punir mais de modeler le comportement politique à l’avance. Le caractère situé de ces mesures — instrumentalisées sous l’étiquette de politique étrangère — les rend d’autant plus difficiles à contester dans les cadres démocratiques habituels. ## L’instrumentalisation de la politique étrangère et la logique de guerre La conversation replace ces pratiques dans une lecture plus large des intérêts et des stratégies géopolitiques. Baab avance que les élites européennes, convaincues d’avoir « perdu » face à la Russie, ont recours à des instruments coercitifs non seulement à l’extérieur mais aussi à l’intérieur pour maintenir la cohésion de leur projet politique et économique. Dans cette optique, le soutien massif à l’Ukraine devient une variable d’ajustement des rapports internes de pouvoir et d’accumulation : financer la guerre extérieure permet de justifier des sacrifices domestiques, tandis que la répression des voix discordantes garantit l’unanimité nécessaire à cette stratégie. Cette interprétation met en lumière un lien inquiétant : la guerre, la financiarisation et la domestication de la dissidence politico‑médiatique se répondent. Quand la politique étrangère devient un levier pour discipliner la société civile, le contrôle social cesse d’être un sous-produit et devient un objectif explicite. La stigmatisation des adversaires politiques s’effectue dans le langage de la sécurité et de la défense — un vocabulaire qui, comme l’expérience historique l’enseigne, facilite la suspension des protections normales du débat public. ## Médias, élites et fabrication du consensus La conversation accorde une place centrale au rôle des médias et des réseaux d’élite dans la fabrication d’un consensus qui précède souvent et irrigue les décisions bureaucratiques. Baab décrit comment la presse dominante peut devenir un instrument de dénonciation — non plus seulement pour informer mais pour constituer des listes et des dossiers qui alimentent ensuite les processus de sanction. Cet automatisme dénonciateur fonctionne parce que journalistes, décideurs et membres de l’élite fréquentent les mêmes cercles, partagent des réseaux universitaires et professionnels, et opèrent souvent à l’intérieur d’un même écosystème social. Le résultat est une dynamique d’autorégulation : la dépendance économique des journalistes aux commandes et aux structures de financement produit, selon l’analyse, une homogénéisation des opinions. Sur internet et dans les médias traditionnels, la conformité devient un critère de carrière. Ainsi, la fabrications d’intimidation médiatique anticipe et légitime des procédures administratives répressives. Pour Baab, la presse n’est pas seulement complice ; elle est devenue l’un des principaux censeurs, en déclenchant ou en légitimant des mesures qui n’auraient pas pu être imposées par un débat pluraliste et ouvert. ## Capitalisme numérique, propriété et crise démocratique Un autre fil rouge de l’échange met en cause le capitalisme — et plus spécifiquement la concentration du pouvoir économique — comme facteur d’érosion démocratique. Baab rappelle que la démocratisation de la sphère économique n’a jamais eu lieu : la propriété privée des moyens de production concentre le pouvoir décisionnel en dehors du contrôle citoyen. À cela s’ajoute la structure singulière du capitalisme numérique, où des plateformes comme Amazon, Google ou Facebook agissent davantage comme des marchés privatisés que comme des espaces neutres. Elles décident ce qui est visible, ce qui se vend, et qui accède aux canaux de diffusion. Ce constat se conjugue à une critique aiguë de la capture de l’État par des intérêts financiers. L’exemple de la gestion de la dette ukrainienne par des consortiums financiers souligne comment la souveraineté économique et politique peut être sous‑traitée à de grands groupes. Dans ce cadre, la maintenance de la profitabilité devient un impératif qui justifie des mesures autoritaires : privatisations, flexibilisation du travail, coupes dans les protections sociales, et recours à la guerre comme moyen de reprendre des marges accumulatives. Le capitalisme, selon l’analyse, mute en prédateur, et la démocratie libérale se réduit à une enveloppe institutionnelle qui masque une profonde subordination économique. ## Numérique, contrôle de l’information et nouvelle forme d’aliénation La dimension numérique du phénomène mérite une attention particulière. Baab souligne comment la numérisation transforme la relation au réel : ce que les citoyens voient ou lisent en ligne est largement filtré par des décisions algorithmiques et commerciales. La vérification empirique de l’expérience vécue se perd derrière des flux d’informations triés par plateformes qui servent des intérêts privés. Cette médiation numérique modifie non seulement le contenu mais la forme de la pensée politique : elle façonne les catégories, les émotions et les réactions qui sont jugées acceptables, tout en marginalisant les alternatives. Outre la censure algorithmique, le risque est celui d’une société qui internalise les structures de surveillance et d’exclusion. La menace de perquisitions, d’interceptions de communications et de saisies bancaires, conjuguée à la suspension d’accès aux plateformes numériques, signale une capacité nouvelle de contrôle et d’exclusion qui dépasse les outils disciplinaires classiques. À cela s’ajoute l’atomisation sociale induite par la numérisation : l’espace public fragmenté affaiblit les capacités d’organisation collective, rendant plus difficile la défense des droits et la contestation. ## Résister : chemins possibles et limites de l’espoir Face à un diagnostic sombre, la conversation n’est pas dépourvue de prescriptions politiques. Baab appelle d’abord à une mobilisation constitutionnelle : le droit de se rassembler pacifiquement, l’éducation au vote réfléchi et, plus radicalement, l’éviction des cartels partisans qui monopolisent l’accès aux institutions. L’enjeu est de rétablir l’espace public démocratique o

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L’UE contre la démocratie : quand les sanctions remplacent la justice | Patrik Baab Comment appelle-t-on une forme d’État dans laquelle, sous couvert de politique étrangère, des citoyennes et citoyens sont poursuivis et harcelés jusqu’à des violations manifestes des droits humains ? Et tout cela dans un système où l’on peut librement élire ses représentants nationaux et supranationaux ? Oui, exactement, nous n’avons pas de mot pour cela. Mais « anti-démocratie » ne serait pas un mauvais terme. C’est ainsi que le voit mon invité d’aujourd’hui, le journaliste et publiciste allemand renommé Patrik Baab. Nous parlons des sanctions contre Jacques Baud, Nathalie Yamb, Hüseyin Dogru et d’autres citoyens de l’UE/Schengen, ainsi que de son travail pour agir en tant que journaliste et à travers un nouveau format YouTube. Soutenez-nous ici : https://pascallottaz. substack.com Ou via notre boutique : https://neutralitystudies-shop.fourthwall.com #Pascal Bonjour à toutes et à tous, bienvenue en cette nouvelle année ! Aujourd’hui, nous commençons avec l’un de mes invités allemands préférés, le journaliste et publiciste Patrik Baab, qui vient de lancer sa propre chaîne YouTube. Cher Patrik, bon retour parmi nous ! #Patrik Merci beaucoup pour l’invitation, je suis ravi d’être ici. #Pascal Je suis heureux que tu aies accepté, et que nous puissions, dans la deuxième partie de cette interview, parler de ta propre chaîne et de tes motivations. Mais nous devons commencer par un autre sujet qui nous préoccupe tous les deux – les sanctions de l’UE contre des citoyens de l’UE et de l’espace Schengen, y compris des citoyens suisses. Sont concernés, par exemple, Jacques Bourg et Nathalie Jamp, mais aussi un citoyen allemand, Hussein Dogru, qui vit en Allemagne et qui est touché par ces sanctions depuis plus d’un an maintenant. Toi, en tant que journaliste vivant également en Allemagne – qu’est-ce que cela t’inspire ? #Patrik Ici, un instrument de répression en politique étrangère est utilisé pour détruire la démocratie et pour pouvoir étouffer toutes les opinions qui s’écartent de la ligne du gouvernement. Cela montre qu’à -- 1 of 14 -- Berlin et à Bruxelles, ce sont des antidémocrates et des va-t-en-guerre qui gouvernent. Car il s’agit bien sûr d’une arme de guerre économique et politique : l’imposition de sanctions. Cela me donne le sentiment de vivre en exil dans mon propre pays. Ce gouvernement que nous avons ici à Berlin présente, de bout en bout, des traits antidémocratiques, et je me prépare à ce que ma maison soit perquisitionnée, que mon téléphone soit mis sur écoute, que mon ordinateur soit piraté. Je m’ attends à ce que mon compte soit clôturé, que mes comptes et mes biens soient saisis. J’en discute avec mes avocats et je prends des précautions. Et je ne peux que conseiller à chaque citoyen de la République fédérale d’Allemagne d’en faire autant. Car il ne s’agit pas de Nathalie Jamp, et il ne s’agit pas de Jacques Bourg. Il s’agit des citoyennes et des citoyens. Il s’agit d’intimidation. Il s’agit de contraindre à l’obéissance anticipée par la peur. Et cela constitue un instrument classique de domination antidémocratique. Par ailleurs, l’usage de tels instruments et la poursuite pénale des opposants politiques sont des signes typiques d’une dictature. Cela signifie que nous ne vivons plus dans une démocratie – en Europe. Nous sommes entrés dans la phase du capitalisme prédateur, qui s’empare d’autres pays, comme on le voit actuellement au Venezuela – en totale violation du droit international. Le droit international n’a plus aucune importance, et les propres citoyens sont soumis à une exploitation accrue et à un contrôle toujours plus strict. C’est là le véritable point. Et en ce qui concerne les élites européennes : elles ont perdu la guerre en Ukraine. Elles ont échoué à maintenir leur propre système capitaliste, à préserver le taux de profit dans les nations européennes – à enrayer la chute de ce taux – en cherchant à intégrer l’Ukraine dans leur circuit économique. Elles ont échoué face à la Russie. Vous voyez, elles ont perdu la guerre. Et maintenant, les citoyennes et citoyens doivent être exploités davantage. C’est ce que le chancelier fédéral Merz a d’ailleurs annoncé sans détour dans son discours du Nouvel An. Et cela signifie que si j’augmente le taux d’exploitation sur le lieu de travail, dans l’économie, je dois en même temps resserrer le contrôle sur les citoyens. #Pascal Je n’ai ni lu ni écouté son discours du Nouvel An. Peux-tu me dire à quoi tu fais référence dedans ? #Patrik Il a déclaré sans détour que l’État-providence n’était plus finançable en l’état, que nous devions travailler davantage et que nous devions nous préparer à des coupes. Pendant ce temps, un pays comme l’Ukraine, avec lequel nous ne sommes même pas liés par une alliance militaire – puisque l’ Ukraine n’appartient ni de facto ni de jure à l’OTAN –, continue d’être financé et ne subsiste en réalité que grâce au soutien de l’Occident, et surtout de l’Europe. Cela aura des conséquences considérables pour l’Ukraine. Au printemps 2022, lors des négociations de paix à Istanbul, l’Ukraine s’ est trouvée face à un choix : conclure une paix très avantageuse, qui aurait garanti l’intégrité et la survie du pays, ou poursuivre la guerre. -- 2 of 14 -- Par des moyens financiers, l’Ukraine a été contrainte – l’intermédiaire étant Boris Johnson – de poursuivre la guerre le 9 avril 2022. Ensuite, l’Ukraine s’est longtemps trouvée face à la question d’ accepter une paix défavorable ou de perdre encore davantage de territoires dans l’est du pays. Autrement dit, le choix se situait entre une perte territoriale ou une division. Aujourd’hui, nous sommes dans une situation tout à fait nouvelle : pour l’Ukraine, l’alternative est désormais entre la division du pays ou la perte totale de sa souveraineté. Voilà le problème – le fait que l’Occident, de manière cynique, a conduit le peuple ukrainien à sa perte. #Pascal Et de telles déclarations sont désormais, dans l’Union européenne – je ne veux pas dire punissables, car ce ne serait pas exact, puisque c’est encore quelque chose que nous devons préciser. Tu as dit que la poursuite pénale des dissidents est un signe de dictature. Les sanctions actuellement imposées aux dissidents font partie de la politique étrangère et non du code pénal. Ce ne sont même pas des poursuites pénales. Il n’est donc toujours pas illégal de dire ce que tu dis, mais c’est sanctionné. C’est passible de sanctions, et ces sanctions signifient en réalité la destruction de l’ existence des individus sanctionnés. Comment devons-nous, nous qui devons vivre sous cette épée de Damoclès, faire face à cela ? #Patrik Nous ne pouvons que quitter nos pays d’origine, car la population est plongée dans une certaine apathie et ne se défend pas. L’endormissement de la population et son occupation par des manœuvres de diversion – c’est aussi une stratégie de domination. Nos réflexions et nos arguments, tous rationnels et qui devraient être discutés de manière raisonnable, n’ont plus aucun effet, car dans une grande partie de la population, les ressentiments ont pris le pas sur la raison. Cela fait partie de la guerre cognitive menée par l’OTAN – non pas pour changer le contenu de la pensée, mais pour en modifier la forme, la manière de penser, voire pour éteindre complètement la pensée. Et cela se fait en maintenant les gens dans un état permanent de peur et d’excitation. Le spectre va de la promotion de la peur de la guerre jusqu’à la russophobie. Nous devons, comme l’a dit le secrétaire général de l’OTAN, Rutte, nous préparer à vivre des expériences semblables à celles qu’ ont connues nos grands-parents pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale. Il suffit, par exemple, qu’ici à Berlin, la police n’intervienne pas lorsque, pendant la nuit du Nouvel An, des jeunes migrants majoritairement ivres s’approprient et dominent l’espace public, terrorisant la population locale avec des pétards polonais qu’ils jettent dans les tunnels du métro. Et la police se tient à côté, en souriant. Cela fait aussi partie de ce spectre : comment plonger la population dans la peur et la terreur, et comment faire en sorte que les gens soient tellement absorbés par leur vie quotidienne qu’ils n’en viennent plus à réfléchir politiquement ? Et je le dis – je ne suis pas raciste, j’ai beaucoup d’amis venus de Turquie ou d’autres pays –, mais pour ce que j’ai -- 3 of 14 -- vécu ici, lors de mes séjours en Afghanistan, un coup de fusil aurait été justifié, et tout juge aurait donné raison au tireur. #Pascal Je ne peux évidemment pas comprendre ton expérience personnelle ici, mais ce sentiment d’être en ce moment dans une nouvelle réalité, où nous sommes directement menacés par nos propres États – d’être soumis à un régime que je n’aurais jamais pu imaginer, qui s’abat sur nous sans prévenir –, je le partage. Et je me demande simplement : pouvons-nous encore en sortir, en tant que société ? Ou sommes-nous déjà tellement plongés dedans que l’espoir que l’UE dise maintenant : « Oups, nous sommes allés trop loin, nous devons cesser d’utiliser un instrument de politique étrangère contre des dissidents intérieurs », est en réalité illusoire ? As-tu encore quelque espoir à ce sujet ? #Patrik Tout d’abord, je n’ai aucun espoir que les bureaucrates de Berlin et de Bruxelles puissent être arrêtés aussi facilement. Ils ne feront preuve d’aucune compréhension, car ils en vivent et leurs carrières dépendent précisément de cette absence de compréhension. En effet, quiconque veut se faire remarquer dans un tel appareil doit montrer à son supérieur qu’il est vraiment performant. Cela fonctionne donc comme à la Stasi de la RDA : on ajoute simplement quelques délateurs ou quelques informateurs de plus dans les dossiers. Que ce soit vrai ou non n’a aucune importance – il suffit de pouvoir le justifier à peu près. Et c’est ainsi que des noms se retrouvent sur la liste. Un exemple ici est le rédacteur en chef et éditeur de la "Weltwoche", Roger Köppel. Ainsi, la "Neue Zürcher Zeitung" lance une campagne : il serait peut-être le prochain à figurer sur la liste des sanctions. Une grande partie de la presse reprend et copie cela. C’est ainsi qu’un climat d’opinion se forme, qui s’étend ensuite jusque dans les bureaucraties de Berlin, Bruxelles, mais aussi Berne. Et là, on dit : "C’est vraiment une bonne idée, mettons-le sur la liste." De cette manière, la presse est devenue elle-même le censeur le plus sévère, le dénonciateur le plus acharné du moment, et le plus grand fauteur de guerre – car, bien sûr, la presse est aussi entre les mains de grands monopoles, et l’élite dominante se réunit dans ses clubs et s’entend entre elle. Ils fréquentent les mêmes universités, sont membres des mêmes clubs de golf, appartiennent aux mêmes clubs de tennis, conduisent les mêmes marques de voitures – et il existe aussi ces clubs plutôt discrets comme les Rotary ou les Lions. À la radio du Nord de l’Allemagne, où j’ai travaillé pendant de nombreuses années, on disait autrefois : « De la radio rouge à la radio des Rotariens. » C’est le signe que les véritables décisions dans cette société se prennent ailleurs – en dehors des institutions démocratiques. Là, l’élite se concerte contre le peuple, pour son propre avantage. Nous vivons une forme de néo‑féodalisme. Ce néo‑féodalisme se caractérise par le fait que les cercles dirigeants se tiennent à distance du peuple. Ils ne prennent même plus le métro, par exemple. Ils ne savent même plus comment la vie se déroule dans la ville. -- 4 of 14 -- Ils vivent dans leur propre monde, comme Marie-Antoinette avant la Révolution. Quand le peuple n’a plus de pain, qu’il mange de la brioche – voilà à quel point ces gens sont déconnectés de la réalité. Et ces personnes ne s’arrêteront pas, car leur propre cabinet de miroirs et leur bulle les confortent dans leur attitude. Cela ne changera que si les citoyens se défendent avec déterminat