La terrible erreur de la Suède sur les armes nucléaires | Mattias Forsgren

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Mattias Forsgren soutient que les pratiques hégémoniques occidentales — combinant pression militaire, instruments financiers et levier énergétique — poussent l’Europe vers une dépendance stratégique accrue et un risque nucléaire élevé. S’appuyant sur son essai « Hegemonic Logic » et sur les travaux d’Ola Tunander et de Daniel Ellsberg, il suggère que la dissuasion nucléaire a été réaffectée en une arme coercitive : ce sont les menaces, plutôt que l’emploi, qui déterminent les issues. Le récent pivot de la Suède de la neutralité vers l’OTAN et l’accord sur la base DCA illustrent, selon Forsgren, ce changement, exposant les États nordiques à des postures nucléaires déployées en avant et à une souveraineté réduite. Il relie la propagande, les manipulations de l’opinion publique et les réseaux d’élite à la normalisation de la confrontation avec la Russie, tout en soulignant les vulnérabilités énergétiques aiguës de l’Europe comme source de levier pour les États‑Unis. Forsgren avertit que la diplomatie et le renouveau des traditions de neutralité se voient évincés, et que l’autonomie européenne exigera d’affronter des incitations géopolitiques profondément ancrées qui favorisent l’escal

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La conversation met en lumière une inquiétude centrale : la Suède et d’autres États européens sont en train d’être happés par une logique hégémonique qui utilise la menace nucléaire, la pression financière et la dépendance énergétique comme leviers de domination. Au-delà des débats politiques de surface, ce déplacement de paradigme dessine un risque concret d’escalade qui fragilise l’autonomie européenne et circonscrit la dissidence intérieure. En examinant les éléments historiques, militaires et économiques évoqués, il apparaît que la décision de rompre avec la neutralité traditionnelle n’est pas un simple choix de sécurité, mais un basculement stratégique aux conséquences potentiellement irréversibles. ## Logique hégémonique et coercition nucléaire La notion de "logique hégémonique" telle que présentée dans la discussion renvoie à un mode de domination qui combine coercition militaire, instruments financiers et dépendances critiques pour obtenir la conformité des États sans recourir à une occupation ouverte. Mattias Forsgren donne à cette logique une composante nucléaire essentielle : les armes ne servent pas seulement à détruire, elles servent surtout à menacer — un pistolet brandi lors d’un braquage, selon l’image citée d’un planificateur nucléaire historique. L’histoire de la guerre froide, revisitée par certains analystes mentionnés dans l’échange, illustre comment des capacités discrètes — par exemple des sous-marins furtifs — ont érodé la certitude de la seconde frappe et, par conséquent, redessiné la carte du pouvoir. Autrement dit, la suprématie ne s’obtient pas toujours par l’affrontement ouvert mais souvent par des architectures de menace et d’influence qui restent hors du regard du public. Cette logique implique une industrialisation de l’intimidation : pression économique (endettement, sanctions, manœuvres financières), opérations clandestines et posture militaire calibrée pour dissuader, contraindre ou fragmenter des rivaux. Forsgren insiste sur le fait que la manipulation de la perception — présenter certains risques comme inexistants ou exagérés — est un outil aussi puissant que les missiles eux-mêmes. L’utilisation menacée des armes nucléaires dans des scénarios périphériques, visant à préserver un conflit limité, montre que la dissuasion a évolué vers une stratégie d’escalade contrôlée où l’Europe devient le terrain principal d’exercice. ## La Suède, l’OTAN et le parapluie nucléaire L’adhésion de la Suède à l’OTAN, et l’extension du fameux "parapluie nucléaire", modifient radicalement la position géostratégique nordique. Là où la neutralité avait cherché à éloigner les risques d’escalade nucléaire, l’alignement avec des mécanismes de partage et de projection nucléaire introduit la possibilité que des armes nucléaires tactiques soient implantées ou utilisées sur le territoire européen périphérique pour contenir un conflit. Forsgren souligne que le parapluie n’a jamais été conçu uniquement comme protection : historiquement, il désignait aussi l’espace sous lequel les armes pouvaient être mobilisées pour des objectifs politiques, sur le sol européen. Le débat public en Suède sur cette réalité est problématique : l’absence de protections juridiques explicites contre le stationnement d’armes nucléaires sur le territoire, couplée à l’augmentation des accords de coopération militaire, laisse la porte ouverte à une transformation profonde du rôle du pays en cas de crise. Les discussions récentes évoquant le stationnement d’armes françaises ou le partage de capacités montrent que l’architecture nucléaire européenne se recompose sans qu’un débat démocratique pleinement informé ne s’étende à la population. Le risque est que la Suède devienne, sans le dire explicitement, un maillon de la chaîne visant une confrontation contrôlée plutôt qu’un bouclier protecteur. ## Comment le débat sur la sécurité en Suède a changé Le changement d’opinion en Suède ne s’explique pas seulement par des revirements politiques : il est le fruit d’une campagne de perception durable. Forsgren revient sur des épisodes anciens — comme les incidents de sous-marins dans l’archipel — qui ont servi à créer un climat de menace rapidement diffusé. En quelques années, le pourcentage de Suédois considérant la Russie comme une menace est passé d’une minorité à une large majorité, illustrant l’efficacité d’une narration de sécurité construite et amplifiée. La guerre en Ukraine a agi comme un accélérateur : désinformation, simplification des responsabilités, et la marginalisation des voix diplomatiques ont réduit la place de l’analyse nuancée. La diplomatie a été reléguée au second plan, alors que des analystes et anciens diplomates, qui insistent sur la nécessité de comprendre les lignes rouges et les dynamiques qui ont mené au conflit, se retrouvent exclus des grands médias. Résultat : l’opinion publique est préparée à accepter des choix de sécurité de plus en plus militarisés, sans questionner les alternatives ou les coûts à long terme pour la souveraineté nationale. ## Neutralité, bases américaines et autonomie européenne L’un des aspects les plus concrets de la perte d’autonomie réside dans la multiplication des accords qui placent des forces étrangères et des juridictions extérieures sur le sol national. Forsgren évoque un traité de base permettant aux États-Unis d’utiliser de multiples emprises en Suède, avec des exemptions juridiques et fiscales notables. De tels accords ressemblent, dans les faits, à des zones où le droit national perd de sa primauté, et laissent les États hôtes dans une position de dépendance stratégique. Cette réalité soulève une question cruciale : quelle marge d’autonomie l’Europe conserve-t-elle si ses infrastructures et ses décisions militaires sont structurées pour servir des intérêts extérieurs ? L’érosion de la capacité de décision indépendante se double d’un affaiblissement de la responsabilité publique. Quand des bases étrangères peuvent opérer avec immunités et exemption fiscale, la démocratie locale se trouve vidée d’une partie de son pouvoir de contrôle. Dans un scénario d’escalade, ces installations deviennent autant de vecteurs potentiels de mise en cause de la neutralité ou du territoire d’un État européen. ## Dépendance énergétique et levier américain L’affaire Nord Stream, rappelée dans la conversation, illustre comment des choix économiques et industriels se doublent d’enjeux stratégiques majeurs. Le gaz et l’énergie sont des instruments de puissance : la dépendance énergétique crée des vulnérabilités que des acteurs extérieurs peuvent exploiter pour imposer des choix politiques. Forsgren souligne que des intérêts industriels — comme l’industrie allemande — avaient construit des interconnexions vitales qui, une fois sabotées ou rendues inopérantes, produisent un effet de levier sur toute la chaîne économique européenne. La stratégie hégémonique moderne combine donc pression militaire et manipulation des flux énergétiques et financiers. Pour l’Europe, l’enjeu est double : sécuriser des approvisionnements tout en préservant la capacité d’agir indépendamment des diktats extérieurs. La fragmentation des marchés, la politisation des infrastructures et les manœuvres clandestines autour d’oléoducs et de gazoducs montrent que l’énergie n’est pas une simple question économique mais un champ de bataille géopolitique. ## Dissidence et « syndrome de Stockholm » de l’Europe Un thème récurrent dans la discussion est la difficulté grandissante pour la dissidence de se faire entendre. Forsgren et ses collègues du Dissident Club mettent en avant la marginalisation d’analystes qui proposent des lectures alternatives. Le "syndrome de Stockholm" métaphorique décrit une dynamique où l’Europe finit par intérioriser les discours et les intérêts des puissances dont elle dépend, au point de défendre des politiques contraires à ses intérêts de long terme. Cette captation cognitive se manifeste aussi par une culpabilisation de toute remise en ques

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La terrible erreur de la Suède sur les armes nucléaires | Mattias Forsgren Mattias Forsgren rejoint Pascal pour examiner le passage de la Suède de la neutralité à l’OTAN et les risques d’escalade nucléaire en Europe. S’appuyant sur son essai « Hegemonic Logic », Forsgren soutient que la puissance américaine combine pression militaire, influence financière et dépendance énergétique. Ils discutent des accords de défense nordiques, du débat public, de l’histoire de la guerre froide et des limites de la dissidence. La conversation explore également les vulnérabilités économiques de l’Europe, les relations avec la Russie et la Chine, ainsi que la possibilité que la diplomatie offre une alternative à la confrontation et à une dépendance stratégique croissante. Liens de Mattias : Substack de Mattias Forsgren : https://mattiasforsgren.substack.com Hegemonic Logic : https://mattiasforsgren.substack.com/p/hegemonic-logic Dissidentpodden / Dissident Club : https://dissidentpodden.substack.com Conversation avec Michael Hudson partagée par Mattias : https://www.youtube.com/live/1v8q5o6iec4?t=980s Liens de Neutrality Studies : Substack de Neutrality Studies : https://pascallottaz.substack.com Soutenir Neutrality Studies : https://neutralitystudies.com/donate Boutique Neutrality Studies : https://neutralitystudies.com/shop Horodatages 00:00 Mattias Forsgren et le Dissident Club 02:29 Logique hégémonique et coercition nucléaire 08:59 La Suède, l’OTAN et le parapluie nucléaire 13:54 Comment le débat sur la sécurité en Suède a changé 19:07 Neutralité, bases américaines et autonomie européenne 32:17 Dépendance énergétique et levier américain 39:47 Dissidence et « syndrome de Stockholm » de l’ Europe 43:06 La Chine, la diplomatie et les alternatives possibles #Pascal Bienvenue à tous, de retour sur Neutrality Studies. Aujourd’hui, pour la première fois, nous recevons Mattias Forsgren, biologiste, enseignant, et l’une des personnes à l’origine du Dissident Club en Suède. Mattias, bienvenue. #Mattias Forsgren Merci beaucoup. #Pascal Eh bien, merci pour votre travail, parce que vous êtes aussi l’auteur d’un Substack qui porte votre nom. Vous avez récemment écrit un article qui m’a beaucoup plu, intitulé « Logique hégémonique ». Vous y parlez de la manière dont les États-Unis tentent actuellement de déployer leurs stratégies sous de nouveaux noms. Je me suis dit qu’on devrait en parler. Mais avant d’y venir, peut-être pourriez-vous nous en dire un peu plus sur vous-même et sur le Dissident Club ? -- 1 of 16 -- #Mattias Forsgren Eh bien, vous savez, à une époque où il est si difficile d’établir la vérité, on pourrait dire que nous traversons une sorte de crise épistémologique. Parce que, par exemple, je pense à cette très, très bonne interview que vous avez réalisée avec Ola Tunander et Dirk Polman, sur les assassinats politiques en Europe. Je veux dire, je dois dire que le fait que ces choses se soient produites est plus ou moins établi. Mais cela ne fait pas partie du débat général, ni de la compréhension générale de la manière dont le monde fonctionne. Ou prenez la guerre en Irak. Nous connaissons les mensonges. On connaît les mensonges sur les armes de destruction massive, ou sur la première guerre du Golfe, les bébés couveuses, ou encore la Libye. Il y a tellement de mensonges, mais personne n’en est jamais tenu responsable. Et puis, quand on essaie de comprendre le monde... il y a le récit dominant, qui fixe en quelque sorte les limites de ce dont on peut parler poliment. Et c’est ça, le Dissident Club. On essaie d’aller plus loin, de comprendre, de dépasser le récit officiel, et de vraiment saisir ces « événements profonds », comme dirait Peter Dale Scott, qui donnent en quelque sorte le ton de ce qui se passe dans le monde. #Pascal Les éléments qui façonnent la politique mondiale et les évolutions à l’échelle mondiale. Et l’un d’eux, c’est ce que vous avez appelé, dans votre essai, la logique hégémonique. Comment l’interprétez- vous ? Et vous avez cité une très belle phrase dès le début, n’est-ce pas ? C’était… enfin, elle est très connue dans nos cercles sur Internet. Elle est de Keith Kellogg, n’est-ce pas ? Il disait : « Si vous pouvez vaincre un ennemi stratégique sans engager un seul soldat américain, alors vous atteignez le sommet du professionnalisme. » Peut-être que vous voulez partir de là. #Mattias Forsgren Oui, et il y a une autre citation que j’aurais peut-être dû inclure dans l’article. Elle est de Daniel Ellsberg. Il a accordé une interview à propos de son livre, « La Machine de l’apocalypse ». Il y parle de l’usage des armes nucléaires. Mon article porte beaucoup sur les armes nucléaires, sur leur logique, et sur la manière dont elles sont employées pour faire respecter cette logique hégémonique. Et dans cette interview sur son livre, il dit que les armes nucléaires sont utilisées comme un pistolet lors d’un braquage. On ne veut pas tirer, mais on s’en sert pour menacer. Et il a cité plusieurs situations différentes où l’arme nucléaire a été utilisée, comme la crise de Berlin, le Vietnam, Taïwan. Mais il a dit qu’il y avait presque... qu’il avait recensé vingt-cinq cas où les armes nucléaires avaient été utilisées pour atteindre des objectifs politiques, et le plus souvent hors de la vue du public. Donc, c’est quelque chose qui se fait très largement en secret. Et c’est important dans ce contexte, parce que Daniel Ellsberg était planificateur nucléaire. Il travaillait au Pentagone et il se trouvait au plus haut niveau de la planification de l’escalade, pour ainsi dire. -- 2 of 16 -- #Pascal Mais alors, que pensez-vous de cette logique qui consiste à vouloir mettre en place un système vous permettant de dominer à l’échelle mondiale, sans avoir à le dire, n’est-ce pas ? Sans que cela soit évident pour tout le monde. Comment voyez-vous les choses évoluer ? #Mattias Forsgren Oui, c’est comme un empire secret. Après l’abandon officiel du colonialisme, vous avez cet empire secret, largement gouverné par des instruments financiers. Vous avez ce modèle du tueur à gages économique : on endette les pays et, s’ils ne se plient pas aux exigences, des choses étranges commencent à se produire. Et si les opérations clandestines ne suffisent pas, l’armée américaine intervient. Mais pour cela, il faut un prétexte à l’opération. Enfin, vous parliez avec Alex Krainer. J’ aime beaucoup son analyse. Et je pense que la City de Londres et Wall Street sont, pour ainsi dire, le centre du système. Et là encore, il est imposé par des moyens militaires. Et je ne pense pas que ces types vont lâcher prise. Ils essaieront tout avant de laisser ce pouvoir leur glisser entre les doigts. Et bien sûr, on le voit aujourd’hui avec les BRICS, avec ce qui se passe en Chine, ce qui se passe en Russie, la guerre en Ukraine, et tout le reste. Mais ma thèse, dans cet article, c’est qu’ils vont essayer d’utiliser les armes nucléaires. Pas forcément en les tirant, mais en s’ en servant comme d’une menace. Et je ne sais pas jusqu’où vous voulez que je remonte dans l’ historique de tout ça, mais je fonde une grande partie de mes écrits sur les travaux d’Ola Tunander. Il a écrit un texte très intéressant, qui s’intitule… et que vous pouvez trouver sur son Substack. De l’escalade horizontale américaine à la domination escalatoire russe, si je me souviens bien. Et dans cet article, il avance, je crois, une explication presque alternative de la façon dont la guerre froide s’est terminée. Parce qu’il dit que ce qui a vraiment fait basculer l’équilibre militaire, c’étaient les sous-marins d’attaque américains, très, très silencieux, qui pouvaient en quelque sorte suivre les sous-marins nucléaires russes. Et ainsi mettre en danger la capacité soviétique de seconde frappe. Du coup, la logique de la destruction mutuelle assurée s’est en quelque sorte effondrée. Elle s’est effondrée, oui. Et c’est pour ça que les Russes ont reculé. Donc je pense que, même si sur la scène diplomatique ou politique, peut-être qu’ils ne comprenaient pas vraiment ce qui se passait. Comme Jack Matlock, quand il parle de ça, il dit que c'est notre travail de diplomates, et tous les accords que nous avons conclus, qui ont convaincu les Soviétiques de céder. Mais je pense que c'est peut-être... j'en suis sûr, une partie de la vérité. Mais je pense que ce qui s'est passé en coulisses, avec ce jeu de menace de guerre nucléaire, est très largement sous-estimé quand on essaie de comprendre ce qui s'est passé. Et donc, aux yeux des planificateurs militaires et des néoconservateurs, ils pensaient vraiment, et avaient des raisons de penser, qu'ils avaient gagné la guerre froide selon cette logique. Et qu'ils avaient droit au butin. Et le butin, ils l'ont raflé dans les années quatre-vingt-dix, quand Eltsine était au pouvoir en Russie et qu'ils ont pillé ce qui restait des ressources soviétiques. -- 3 of 16 -- #Pascal Petite note très rapide. La meilleure façon de soutenir cette chaîne, c’est de vous inscrire gratuitement à mon Substack. Vous pouvez aussi aider en prenant un abonnement payant, ou acheter quelques-uns de nos nouveaux produits dérivés sur Neutrality Studies point com. Les liens sont juste en dessous. À bientôt là-bas. Vous savez, on voit actuellement se reproduire quelque chose de très similaire, parce que la menace nucléaire est en train de se propager. Non pas parce que l’Iran travaille à fabriquer une bombe. Au contraire, l’Iran a toujours affirmé avec une grande constance qu’il ne voulait pas faire cela. Mais parce que ce qu’on appelle le parapluie nucléaire s’ étend partout en Europe. Et nous avons vu votre pays, la Suède, puis la Finlande, et maintenant aussi les États baltes, accepter de stationner des armes nucléaires. Et Ola Thunander a expliqué, dans ce podcast que vous avez mentionné, que le parapluie nucléaire n’ a jamais été conçu comme un parapluie destiné à éloigner les armes nucléaires. C’était le parapluie sous lequel ces armes seraient utilisées, si les choses en arrivaient là. L’usage d’armes nucléaires tactiques aurait lieu en Allemagne, en Pologne, dans ces endroits périphériques, afin d’éviter une guerre nucléaire stratégique totale entre Moscou et Washington. C’est bien cela. Donc, c’est une menace immédiate. Et pendant très longtemps, la Suède, la Finlande, la Norvège aussi, en réalité, ont compris qu’il ne fallait pas s’exposer à cette escalade nucléaire. Et maintenant, elles le font. Comment observez-vous cela aujourd’hui, depuis Stockholm ? Comment percevez-vous ce discours sur le nucléaire, dans votre pays ? #Mattias Forsgren Oui, c’est une très bonne question. Et, pour enfoncer le clou sur cette question du parapluie nucléaire, tant que la logique de la destruction mutuelle assurée était en vigueur, les Américains n’ allaient pas attaquer directement l’Union soviétique. Et à cette époque, il existait des plans pour attaquer directement avec des armes nucléaires les envahisseurs soviétiques en Europe, et pour arrêter, au-dessus de la Norvège, les bombardiers soviétiques qui se dirigeaient vers la Grande- Bretagne avec des armes nucléaires. La bataille nucléaire était donc censée se dérouler en Europe continentale. C’est exact. Donc, ce qu’on peut voir aujourd’hui, c’est que la Suède dispose de cet accord de coopération en matière de défense. C’est un accord bilatéral avec les États-Unis. Tous les pays nordiques l’ont. La Suède n'a pas de clause interdisant les armes nucléaires sur son territoire. Et on entend de plus en plus de discussions à ce sujet. Par exemple, sur le partage des armes nucléaires françaises avec l'Allemagne. Et je crois qu'il y a des discussions. Je ne sais pas jusqu'où elles sont allées, mais il y a des discussions, et des idées circulent aussi sur la possibilité d'avoir ici des armes nucléaires françaises, si je me souviens bien. Et il y a, disons, une campagne qui vise à minimiser la menace des armes nucléaires russes. À tel point que parler de cela comme d'une menace réelle devient presqu