La victoire cachée d’Israël : la « défaite » de l’Occident est un mythe | Yakov Rabkin

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Yakov Rabkin remet en cause les récits dominants sur Israël et le déclin de l’Occident, en utilisant la détention rapportée du chercheur Artyom Kirpichenok pour illustrer des pratiques sécuritaires opaques et des protections juridiques inégales. Il situe le cas de Kirpichenok dans un système israélien qui applique des régimes juridiques différents aux Palestiniens et aux Israéliens, normalisant la justice militarisée, la détention de masse et des taux d’acquittement faibles pour les accusations « de sécurité ». Rabkin relie les politiques israéliennes contemporaines à l’idéologie sioniste, au colonialisme des colons et à un système éducatif qui cultive l’affirmation de soi et l’impunité, soutenant que ces traits exportent des technologies de surveillance et de contrôle des foules vers des États occidentaux. Il soutient que les élites occidentales entretiennent le profil d’Israël comme partenaire stratégique — récompensant la répression tout en évitant des sanctions larges — normalisant ainsi les doubles standards et re-légitimant les pratiques coloniales. Rabkin note également la puissance du lobby pro-israélien et l’influence publique asymétrique, le rétrécissement de l’espace de

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## L’arrestation d’Artyom Kirpichenok : symptôme d’un système opaque L’affaire Artyom Kirpichenok, évoquée lors de la conversation, éclaire d’emblée la logique d’un État qui réserve un traitement particulier aux questions dites de « sécurité ». Arrivé en Israël début août, cet universitaire à double nationalité aurait été arrêté et placé en détention sans que les accusations ne soient rendues publiques — une pratique décrite dans l’échange comme familière du système judiciaire israélien quand il s’agit de « sécurité nationale ». L’absence d’informations officielles, les rencontres limitées avec un avocat et le secret autour des chefs d’inculpation dessinent un paysage judiciaire où la présomption d’opacité supplante souvent la transparence. Au-delà de l’inquiétude humaine que suscite cette détention, l’affaire illustre une réalité structurelle : des mécanismes juridiques permettent à l’État d’isoler et de punir des individus sur la base d’allégations non dévoilées, et la nature de ces mesures — interrogatoires prolongés, accès restreint à la défense — renvoie à une routine institutionnalisée. Le cas de Kirpichenok importe moins comme exception que comme fenêtre sur des pratiques qui, pour les observateurs de longue date, ne sont pas nouvelles mais qui apparaissent aujourd’hui aux yeux d’un public international plus large. ## Tribunaux de sécurité et justice inégale : deux systèmes parallèles La conversation met en avant une dichotomie judiciaire frappante : d’un côté, un droit civil qui fonctionne pour une partie de la population ; de l’autre, des procédures de sécurité et une justice militaire qui s’appliquent à d’autres. Cette double juridiction ne tient pas seulement de l’organisation administrative : elle cristallise une hiérarchie de statuts politiques et civiques. Les Palestiniens des territoires occupés, soumis à la justice militaire, n’ont pas les mêmes garanties que les colons israéliens voisins soumis au droit civil — parfois à quelques dizaines de mètres. Yakov Rabkin souligne des chiffres qui donnent la mesure de cette inégalité : depuis 1967, un million de Palestiniens auraient été emprisonnés, avec un taux d’acquittement quasi nul pour les accusations de sécurité. Ce constat ne se limite pas à des pratiques d’exception ; il renvoie à une architecture judiciaire alignée sur une idéologie nationale. Le parallèle historique avec d’autres systèmes judiciaires « performants » mais idéologiquement captifs invite à réfléchir sur la manière dont le droit peut être mis au service d’un projet politique exclusif. ## Le soutien occidental et les deux poids, deux mesures L’un des fils rouges de la discussion est la relation entre Israël et l’Occident : loin d’être isolé, l’État israélien a longtemps bénéficié d’une indulgence et d’un soutien politiques et économiques manifestes. Cette faveur se traduit par une réticence à appliquer des sanctions et par des réponses publiques qui morcellent la critique — condamnant tel colon mais protégeant le système global qui rend ces colonies possibles. Rabkin rappelle la différence de traitement entre sanctions imposées à la Russie et l’absence d’actions comparables face aux violences et aux politiques menées en Palestine, ce qui fait apparaître une asymétrie évidente dans les standards internationaux de responsabilité. Cette impunité relative n’est pas seulement une faveur diplomatique : elle a aussi une portée normative. En normalisant l’insoutenabilité d’un statut quo, les puissances occidentales rendent moins probables les pressions capables d’engendrer des changements structurels. La réalité politique est ainsi façonnée par les choix des élites occidentales — élites économiques et politiques — qui portent, selon l’analyse de la discussion, un soutien constant à Israël indépendamment de l’opinion publique émergente dans leurs propres sociétés. ## Fierté coloniale, « nouvel Hébreu » et sionisme militant La conversation explore aussi la dimension identitaire et idéologique qui sous-tend la politique israélienne contemporaine. Le discours des colons et de certains dirigeants, doté d’un ton expansif et sans pudeur, manifeste une fierté coloniale assumée : conquête, nettoyage et domination sont parfois professés ouvertement, là où autrefois le vernis diplomatique rendait ces objectifs moins explicites. Rabkin note que cet effacement des distances rhétoriques — l’expression sans complexe de l’ambition de déplacer ou d’expulser des populations — marque une évolution du projet sioniste vers une version plus directe et agressive. À cela s’ajoute la question identitaire : le « nouvel Hébreu », l’homme nouveau promu par le nationalisme, et la mise en scène d’un État destiné à assurer la primauté d’un groupe ethno-religieux produisent des normes sociales et institutionnelles qui légitiment des pratiques discriminatoires. L’exemple des forces de l’ordre et de certains commandants, qui se sentent investis d’une mission défensive et exclusive, illustre comment une culture politique peut naturaliser l’inégalité et la violence. ## Grande-Bretagne, sionisme chrétien et les racines historiques du soutien L’échange rappelle que l’attachement occidental à la cause sioniste n’est pas seulement le fruit d’intérêts contemporains ; il plonge ses racines dans des alliances historiques et religieuses. La Grande-Bretagne, les milieux chrétiens sionistes et d’autres acteurs ont joué un rôle décisif dans la construction diplomatique et morale du projet. Comprendre ces filiations aide à saisir pourquoi la critique d’aujourd’hui se heurte à des cadres de légitimation anciens : les récits fondateurs, les engagements religieux et les choix politiques d’époque continuent d’irriguer les attitudes des gouvernements et des opinions publiques. Cette continuité historique rend d’autant plus difficile une reconfiguration rapide des alliances. Les récits nationaux et religieux forment des résistances symboliques puissantes face aux appels contemporains au changement, et ils contribuent à la persistance d’une protection occidentale qui apparaît aujourd’hui comme une donnée structurante. ## La « victoire cachée » d’Israël et le mythe du déclin occidental Un des arguments centraux soulevés lors de la discussion est la thèse selon laquelle l’idée d’une « défaite de l’Occident » face à Israël serait un mythe. Au contraire, Israël tirerait parti d’une recomposition internationale marquée par la fragmentation régionale et la montée d’équilibres multipolaires. En fragmentant son environnement — politiques internes divisées, acteurs régionaux affaiblis ou concurrents — Israël aurait créé un espace stratégique où il peut poursuivre ses objectifs, tout en restant protégé par des relais occidentaux. Rabkin suggère que plutôt que d’être vainqueur d’une guerre géopolitique, Israël bénéficie d’un contexte dans lequel l’Occident n’exerce plus ses mécanismes de contrainte d’antan. C’est précisément cette faiblesse relative — ou cette réorientation des priorités occidentales — que l’on pourrait qualifier de « victoire cachée » : un succès stratégique qui n’est pas le produit d’une force nationale absolue, mais d’un assemblage d’alignements internationaux favorables et d’un désintérêt ou d’une indulgence des puissances occidentales. ## Lois de sécurité, recul des libertés et limites du changement électoral Enfin, la conversation met en lumière les conséquences internes de cette configuration : les lois de sécurité et l’arsenal législatif restreignent l’espace de la dissidence, limitent l’efficacité des recours judiciaires et transforment l’élection en instrument de perpétuation d’un régime majoritaire aux effets exclusifs. Les gouvernements et acteurs politiques qui s’affirment ouvertement contre la solution à deux États, ou qui prônent l’expulsion, trouvent aujourd’hui un environnement politique où leur radicalisme peut s’exprimer et se renforcer. Pour Rabkin, la démocratie formelle coexiste avec des pratiques autoritaires ciblées : la procédure

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La victoire cachée d’Israël : la « défaite » de l’Occident est un mythe | Yakov Rabkin Yakov Rabkin évoque l’arrestation signalée d’Artyom Kirpichenok en Israël, soulignant la rareté des informations confirmées. Il examine l’inégalité des protections juridiques, le soutien occidental à Israël, ainsi que la relation entre le sionisme, le colonialisme et le sionisme chrétien. Rabkin remet en question les affirmations d’un déclin occidental inévitable, soutenant que la fragmentation régionale peut servir des objectifs stratégiques. La conversation explore également l’éducation israélienne, les exportations de technologies de surveillance, les restrictions à la dissidence et les limites du changement électoral, avant d’aborder la pression publique, l’assistance diplomatique et l’opposition juive au sionisme à travers ses livres publiés. Liens de Yakov : Site web de Yakov Rabkin : https://yakovrabkin.ca/ Substack de Yakov Rabkin : https://yakovrabkin.substack.com/ Le sionisme décodé en 101 citations : https://www.ipgbook.com/zionism-decoded-in-101-quotes-products- 9781771864121.php Israël en Palestine : le rejet juif du sionisme : https://israelpalestinebook.com/ Liens de Neutrality Studies : Substack de Neutrality Studies : https://pascallottaz.substack.com Soutenir Neutrality Studies : https://neutralitystudies.com/donate Boutique Neutrality Studies : https://neutralitystudies.com/shop Horodatages 00:00 Arrestation d’Artyom Kirpichenok 05:27 Tribunaux de sécurité et justice inégale 17:11 Soutien occidental et deux poids, deux mesures 29:11 Fierté coloniale et le « nouvel Hébreu » 36:11 La Grande-Bretagne et le sionisme chrétien 40:16 La victoire cachée d’Israël et le déclin occidental 47:41 Lois de sécurité et recul des libertés civiles 54:27 Aider Kirpichenok et découvrir les travaux de Rabkin #Pascal Bienvenue à tous. Aujourd’hui, dans Neutrality Studies, nous faisons le point avec le brillant Jakob Rapkin, professeur émérite à l’Université de Montréal. Jakob, bienvenue à nouveau. #Yakov Rabkin Merci de m’avoir invité. #Pascal Eh bien, merci beaucoup d’être de nouveau avec nous. Et, pour donner un peu de contexte, vous êtes bien sûr l’auteur de nombreux livres, dont l’un s’intitule « Le sionisme décrypté en cent une citations ». Ce livre est aussi publié en russe et dans beaucoup d’autres langues. Il a été traduit dans nombre d’entre elles. Vous observez donc avec attention ce qui se passe en Israël, autour d’Israël, et concernant le sionisme. Et récemment, nous avons appris cette triste nouvelle. Il y a plus d’un mois, bientôt deux, un de vos collègues, que vous connaissez personnellement, a été emprisonné en Israël -- 1 of 20 -- : Artem Kirpichenok. Je vous prie de m’excuser si je prononce mal son nom. C’est un universitaire. Il a écrit la préface de l’un de vos livres. Et, au moment où nous parlons, il est toujours détenu dans une prison israélienne. Pouvez-vous nous donner des nouvelles de ce qui lui arrive ? #Yakov Rabkin Eh bien, en fait, j’ai écrit une préface pour son livre. Kirpichenok est, disons, un spécialiste du Moyen- Orient âgé de cinquante et un ans. Il vit à Saint-Pétersbourg, en Russie. Je l’ai rencontré il y a quelques années, lors d’une visite à Saint-Pétersbourg. Il était d’ailleurs présent au lancement du livre que vous avez montré, l’édition russe de mon livre, qui est maintenant, je crois, déjà disponible en sept langues. Il est parti en Israël. Je lui ai parlé littéralement juste avant son départ, car il devait participer à la table ronde que j’organisais à Saint-Pétersbourg, à son retour. Eh bien, il n’est jamais revenu, et nous avons tenu la table ronde sans lui. Mais ce n’est que le moindre des problèmes. Il est donc arrivé en Israël le deux août et a été immédiatement arrêté. À ce stade, nous n’en avons aucune confirmation de source officielle. Nous disposons seulement de quelques informations transmises par une avocate qui l’aurait apparemment rencontré. Et là, cela devient un peu kafkaïen, parce qu’elle n’a pas été autorisée à consulter les accusations. C’est assez courant en Israël. De nombreux détenus pour des raisons de sécurité ne sont pas seulement inculpés : ils sont condamnés à des peines de prison sans jamais connaître la nature des accusations, parce que c’est secret. Il s’ agit d’une infraction liée à la sécurité. Israël est très strict sur ce point. Et je pense que… eh bien, ce qu’a dit l’avocate, c’est qu’il est accusé d’espionnage. Je trouve cela très difficile à croire, pour deux raisons. D’abord, il ne vit pas en Israël. Donc, c’est très, très difficile d’espionner un pays si on n’y vit pas. Deuxièmement, si quelqu’un devait recruter un espion, je ne pense pas qu’il recruterait quelqu’un qui écrit des articles critiques sur Israël. Enfin, dans mon esprit limité, ça ne tient vraiment pas debout. Mais nous verrons bien ce qui se passera plus tard. Personnellement, je trouve cela très triste. Et je ne suis pas surpris, parce qu’il y a plus de huit mille prisonniers palestiniens dans le système pénitentiaire israélien. En voici donc un qui n’est pas Palestinien. Et, bon, il va falloir attendre de voir les résultats. Malheureusement, je ne peux pas en dire davantage. Et je n’aime pas avancer des hypothèses ou des suppositions, parce que je ne sais pas. #Pascal Mais savez-vous s’il est détenu au secret ? Ou est-ce que… je veux dire, vous n’êtes pas en contact avec sa famille, donc vous n’avez pas davantage de nouvelles, et aucune information publique n’est disponible à son sujet. Mais j’imagine que sa famille doit recevoir des informations. Enfin, je l’espère. #Yakov Rabkin Non. -- 2 of 20 -- #Pascal Non. #Yakov Rabkin Non, non. Ce que nous savons, officiellement, c’est qu’un détenu pour raisons de sécurité a été conduit au tribunal, sans que son nom soit donné. Il a été présenté au tribunal pour de graves accusations liées à la sécurité, et le juge a décidé de le maintenir en détention provisoire. Mais nous ne savons pas si c’était lui. C’était peut-être quelqu’un d’autre. Nous ne faisons que supposer. Nous mettons en relation deux éléments, et nous pensons que cela devait être lui. L’avocat a donc dit qu’il était en mauvais état. Et, encore une fois, je n’ai pas parlé avec l’avocat. Je ne fais que répéter ce qui a été publié. Je n’ai donc aucun accès privilégié. Mais je pense que cela montre le caractère du système pénitentiaire israélien et du système judiciaire israélien. Je pense que c’est très clair. #Pascal Il faudrait peut-être qu'on en parle. Parce que les partisans de la cause israélienne, appelons-la ainsi, ou de la cause sioniste, ne se lasseront jamais de répéter qu'Israël est la seule démocratie du Moyen- Orient, qu'il y a une séparation des pouvoirs, et que tout fonctionne comme en Occident. Que c'est un véritable État, enfin bref. Mais qu'est-ce que cela nous dit ? Je veux dire, comment est-il possible qu'un pays arrête des gens comme ça, dès leur arrivée, pour... Enfin, on suppose que ses critiques envers Israël ont quelque chose à voir là-dedans. Mais est-ce qu'il a aussi un passeport israélien ? Je veux dire, puisqu'il est citoyen israélien. #Yakov Rabkin Il a vécu en Israël, je crois, pendant plus de dix ans. Il a servi dans l’armée. Il a fait ses études de troisième cycle à l’Université hébraïque de Jérusalem. Il a donc la double nationalité, israélienne et russe. Apparemment, la mission diplomatique russe en Israël essaie d’obtenir davantage d’ informations. Mais, là encore, elle n’a rien communiqué. C’est vraiment… il faut comprendre que l’ avocat n’a été autorisé à voir Artyom qu’après vingt jours d’interrogatoire. Oh non. Dans la plupart des pays, on ne dit pas un mot sans son avocat. Ce n’est certainement pas le cas en Israël. Quant à l’image d’Israël comme étant la seule démocratie du Moyen-Orient, et ainsi de suite… Eh bien, de nombreux mythes sur Israël ont été renversés, démentis, et plus personne n’y croit. Par exemple, il y a le mythe selon lequel les Palestiniens, en mille neuf cent quarante-huit, seraient partis parce que d’autres pays arabes leur avaient demandé de partir. Vous savez, c’était un mythe très répandu, qui l’est peut-être encore quelque part. Mais il y a beaucoup de mythes sur Israël qui, petit à petit, sont déconstruits. L’un d’eux concerne, bien sûr, le système judiciaire. Mais vous voyez, le système judiciaire fonctionne comme dans la plupart des pays démocratiques, sauf lorsqu’il est question de sécurité. C’est donc quelque chose de très important. -- 3 of 20 -- #Pascal Petite précision, très rapidement. La meilleure façon de soutenir cette chaîne, c’est de vous inscrire gratuitement à mon Substack. Vous pouvez aussi aider en prenant un abonnement payant, ou en achetant certains de nos nouveaux produits dérivés sur NeutralityStudies point com. Les liens sont juste en dessous. À très vite là-bas. #Yakov Rabkin Vous savez, par exemple, avant de vous parler, j’ai vérifié quelques statistiques. Depuis mille neuf cent soixante-sept, depuis l’occupation de la Cisjordanie, de Jérusalem-Est et de Gaza, Israël a emprisonné un million de Palestiniens. #Pascal Un million ? #Yakov Rabkin Oui, c'est de cela qu'on parle... Donc, une personne sur six a été emprisonnée. Cela veut dire que chaque famille connaît quelqu'un, ou a un proche, qui a été emprisonné à un moment donné par Israël. Et il faut préciser que le taux d'acquittement pour les accusations liées à la sécurité visant des Palestiniens est inférieur à un pour cent. Cela signifie que plus de quatre-vingt-dix-neuf pour cent sont condamnés et emprisonnés. C'est donc un système qui comporte une dimension idéologique très forte. Vous savez, le système judiciaire est aligné sur l'idéologie sioniste. Ce n'est pas un système judiciaire neutre. Par conséquent, les Palestiniens sont considérés comme des ennemis et ils sont traités différemment. Il y a eu un épisode, je crois, il y a peut-être quinze ans. Des Palestiniens citoyens d'Israël manifestaient en Galilée, près de la ville d'Afula. Treize d’entre eux ont été tués par la police. Or, aucune manifestation de Juifs en Israël ne subirait un tel traitement. Vous voyez, il faut comprendre qu’il y a deux poids, deux mesures concernant les Arabes, même lorsqu’ils sont citoyens israéliens, et bien sûr lorsqu’ils ne le sont pas. Donc, le système fonctionne dans la plupart des affaires pénales qui ne sont pas des affaires de sécurité. Il fonctionne plutôt bien. Mais je pense qu’on a des exemples de pays où le système judiciaire était idéologiquement aligné sur le régime. Prenez l’exemple du système judiciaire allemand : il fonctionnait parfaitement dans les années trente, mais il était aligné sur une idéologie dominante. Alors, je pense qu’il faut comprendre que, lors de cet épisode près d’Afula, où treize personnes ont été tuées, j’ai vu l’interview du commandant de police qui a fait ça. C’était un immigré venu de Roumanie, si je me souviens bien. Et il ne comprenait pas pourquoi on l’interrogeait. Il disait : « Eh bien, je suis venu en Israël pour défendre les Juifs, alors quel est le problème ? » Vous voyez, pour -- 4 of 20 -- beaucoup de gens, beaucoup de gens simples, il ne peut pas y avoir la même justice pour les Palestiniens et pour les Israéliens, ni même, disons, pour des gens comme Kirpichonok. Vous savez, j’ ai regardé les réseaux sociaux en langue russe, que je ne consulte habituellement pas. Il y a tellement de haine contre lui, simplement parce qu’il critique Israël. Donc, quand vous avez dit qu’Israël est une démocratie, c’est bien une démocratie. Je suis d’accord. Et par conséquent, le gouvernement que vous voyez, et ce qu’il fait, reflètent l’opinion publique en Israël. Ce n’est pas le cas dans d’autres pays. Vous savez, ce que fait, par exemple, le gouvernement allemand ne reflète pas ce que veut la population allemande. Pas plus que le gouvernement américain. Mais, par exemple, aux États-Unis, la population est désormais très opposée à Israël, alors que le gouvernement e