La prochaine escalade contre la Russie | Dr Jeff Rich

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Jeff Rich soutient que le récent virage de l’OTAN — ce que certains qualifient de « NATO 3.0 » — traduit une dangereuse militarisation européenne susceptible d’enfermer les États‑Unis dans une confrontation prolongée avec la Russie. Situant les tensions contemporaines dans un contexte historique profond, il retrace le sentiment anti‑russe persistant jusqu’aux formations de la « Grande Europe » des XVIIIe et XIXe siècles, aux rivalités impériales et aux réseaux d’élites récurrents qui structurent les politiques et les cadrages médiatiques. Rich remet en question les explications réductrices qui présentent l’Europe simplement comme un « vassal » des États‑Unis, en insistant sur une relation transatlantique réciproque et souvent conflictuelle dans laquelle l’Europe dépend de la puissance américaine tout en la contraignant. Il met en lumière la socialisation des élites, la mobilisation des pays d’Europe orientale et les campagnes idéologiques de longue durée — illustrées par la russophobie de la période de la guerre froide et d’avant la guerre froide — comme des moteurs essentiels de l’hostilité actuelle. Rich se montre sceptique à l’égard des paradigmes « civilisationnels », qu’il jug

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## Introduction et OTAN 3.0 La conversation met en lumière une inquiétude qui monte : l’Europe semble s’engager dans une dynamique de confrontation qui pourrait dégénérer en conflit plus vaste avec la Russie. Ce n’est plus seulement un clivage diplomatique ; il s’agit d’une recomposition stratégique où l’OTAN se redéfinit, passant d’une alliance transatlantique d’après‑guerre à ce que certains appellent déjà « OTAN 3.0 » — une version plus européanisée, plus militarisée et plus explicitement tournée contre Moscou. L’échange montre que cette évolution n’est pas un accident : elle combine rhétorique, reconfiguration des priorités et un choix politique clair qui dessine des lignes d’affrontement à l’échelle continentale. L’expression « OTAN 3.0 » ressurgit comme un signal d’alarme. Selon la discussion, cette formule ne se limite pas à un ravalement de façade : elle traduit une posture où l’Europe se place, pour la première fois depuis 1945 selon certains analystes, en position d’hostilité ouverte vis‑à‑vis de la Russie. Le contraste est d’autant plus saisissant que le discours officiel se veut volontairement concis et dramatique — petites déclarations publiques mais forts effets symboliques — ce qui accentue l’impression d’un mouvement politique profond, et potentiellement irréversible. ## OTAN, Europe et puissance américaine L’échange remet en cause deux récits concurrents mais commodes : l’un qui présente l’Europe comme simplement « vassalisée » par les États‑Unis, l’autre qui imagine Washington se retirer progressivement pour contraindre les Européens à s’armer. La vérité, comme le montrent les idées exprimées dans la conversation, est plus subtile et plus dialectique. L’OTAN n’est ni un outil unilatéral des États‑Unis ni une marionnette passive ; c’est un terrain de négociation où se jouent des rapports de force, des intérêts partagés mais aussi des désaccords persistants. La militarisation européenne — hausse des budgets, revitalisation de l’industrie d’armement, et volonté ostensible d’« autonomie stratégique » — s’inscrit dans un double mouvement. D’un côté, elle répond aux attentes de Washington : plus d’argent et de capacité pour maintenir une posture commune. De l’autre, elle traduit une stratégie européenne visant à verrouiller l’engagement américain sur le long terme, en faisant peser sur Washington l’obligation de soutenir une Ukraine désormais perçue comme le bastion de la sécurité européenne. Ce qui apparaît comme dépendance peut donc se lire aussi comme une forme de capitalisation politique : en liant les destinées, les élites européennes cherchent à ancrer durablement le rôle américain dans la défense du continent. Le rôle des bases, des infrastructures et de la logistique transatlantique inverse également la relation simple maître‑vassal. Les États‑Unis dépendent de l’Europe pour projeter certaines opérations ; à rebours, certains gouvernements européens exercent un pouvoir de blocage, refusant d’autoriser l’usage de leurs territoires pour des opérations qui ne correspondent pas à leurs intérêts. Cette interdépendance rend illusoire l’idée d’un contrôle absolu d’une partie sur l’autre, et met en relief une complexité stratégique souvent ignorée dans les discours simplistes. ## Les racines profondes de l’antirussisme La conversation explore ensuite l’origine de l’hostilité européenne envers la Russie et identifie plusieurs couches explicatives. Au premier plan, il y a l’héritage idéologique d’une longue confrontation — non seulement la Guerre froide mais des décennies d’institutions, de récits médiatiques et de politiques publiques qui ont consolidé une vision de la Russie comme adversaire structurel. Cette construction historique nourrit aujourd’hui des représentations émotionnelles puissantes : peur, méfiance, et parfois haine, qui dépassent les calculs rationnels d’intérêt national. Autre facteur, la configuration des élites transatlantiques et des réseaux d’influence. L’échange souligne l’existence d’une bulle politico‑médiatique où se croisent carrières, institutions et intérêts partagés. Ces élites, par leurs connexions et leurs trajectoires, produisent des cadres d’interprétation qui normalisent l’antirussisme et rendent difficile la remise en question. La polarisation médiatique et la dynamique des agendas contribuent à transformer des options politiques en certitudes morales, ce qui réduit la marge de manœuvre pour des alternatives pragmatiques. Enfin, la dimension émotionnelle et symbolique compte autant que l’impératif stratégique. Pour de nombreux acteurs européens, la rupture avec la Russie se lit comme une question d’identité et de civilisation : défendre des valeurs libérales, une souveraineté menacée, ou un ordre international normatif. La conversation invite à dissocier la rhétorique de défense des valeurs de la stratégie réaliste : confondre civilisation et politique étrangère conduit souvent à des politiques de confrontation qui négligent la diplomatie et les modes d’apaisement. ## Civilisation, réalisme et peur Le dialogue met en garde contre l’usage de la notion de « civilisation » comme grille d’analyse politique. Présenter la confrontation avec la Russie comme une opposition de civilisations est dangereux parce qu’il naturalise l’hostilité et légitime des réponses radicales. L’histoire politique européenne regorge d’exemples où des catégories culturelles ont servi d’alibi à des politiques agressives. Ici, transformer la Russie en autre civilisation « irrémédiable » empêche d’envisager des compromis et réduit la diplomatie à une posture sacrificielle. L’approche réaliste, prônée implicitement dans la discussion, rappelle que les intérêts nationaux, les capacités matérielles et la prudence stratégique doivent primer sur les grands récits moralistes. La peur, qu’elle soit suscitée par des images de menace ou entretenue par des médias, amplifie les pires tendances : militarisation, répression des voix dissidentes, et polarisation politique. Relâcher la pression émotionnelle, repolitiser le débat en termes d’intérêts tangibles et de coûts‑bénéfices, serait un pas vers des réponses plus proportionnées et moins escalatoires. Par ailleurs, la peur n’est pas uniquement un produit interne : elle est instrumentalisée. Qu’il s’agisse de consolider un consensus derrière des élites ou de justifier des budgets militaires en hausse, la peur fonctionne comme levier politique. Reconnaître ce mécanisme, et le déconstruire, est essentiel pour réintroduire des solutions diplomatiques et éviter l’engrenage militaire. ## Australie, Russie et migration La conversation rapproche aussi le cas européen d’un observatoire lointain : l’Australie. Les liens entre Canberra et Moscou, tout comme les questions de migration, offrent un prisme révélateur des dynamiques internationales contemporaines. L’échange rappelle que la perception de la Russie ne se limite pas au voisinage européen : elle irrigue des débats sur l’ordre mondial, l’alignement des États et la gestion des flux humains. Concernant l’Australie, l’héritage coloniale et l’orientation stratégique — souvent enracinée dans des alliances avec les grandes puissances — façonnent une posture qui peut osciller entre autonomisation et alignement automatique. La migration, quant à elle, joue un rôle double : d’un côté, elle alimente des discours identitaires et sécuritaires ; de l’autre, elle tisse des réseaux transnationaux qui désamorcent les hostilités et favorisent des formes de coopération inattendues. Ces interactions soulignent que la politique extérieure ne se limite pas aux calculs militaires : elle est aussi le produit de mobilités humaines, de diasporas et d’échanges culturels. L’analyse invite à penser la neutralité et la non‑alignement comme des options politiques viables. En montrant qu’il est possible de nouer des partenariats multiples sans se subordonner à un bloc unique, la conversation rappelle des modèles historiques et contemporains — Oman par exemple —

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La prochaine escalade contre la Russie | Dr Jeff Rich Jeff Rich, historien australien et créateur de The Burning Archive, rejoint Pascal Lottaz pour discuter du rôle changeant de l’OTAN, de la posture militaire croissante de l’Europe à l’égard de la Russie, et des limites de la vision selon laquelle les États-Unis auraient des « vassaux ». Ils retracent l’histoire et les émotions à l’origine du sentiment antirusse, interrogent la notion de « civilisation » comme prisme politique, et examinent les liens de l’Australie avec la Russie, la migration et l’ordre dirigé par les États-Unis. Excellente interview de Jeff avec Richard Sakwa : https://youtu.be/3KZNua1O4rY Liens : The Burning Archive Substack : https://jeffrich.substack.com The Burning Archive YouTube : https://www.youtube.com/@theburningarchive Neutrality Studies Substack : https://pascallottaz. substack.com Produits dérivés : https://neutralitystudies.com/shop Don : https://neutralitystudies. com/donate Horodatages : 00:00 Introduction et OTAN 3.0 09:18 OTAN, Europe et puissance américaine 21:40 Les racines profondes de l’antirussisme 36:22 Civilisation, réalisme et peur 49:37 Australie, Russie et migration #Pascal Bienvenue à tous dans *Neutrality Studies*. Aujourd’hui, on retrouve à nouveau Jeff Rich, l’historien australien toujours aussi brillant, qui anime le Substack et la chaîne YouTube *The Burning Archive*. Jeff, ravi de te revoir. — Merci de m’accueillir, Pascal. — Merci à toi pour tes excellentes contributions. C’est toujours un plaisir d’échanger avec toi, surtout que tu écris et publies beaucoup en ce moment sur ce qui se passe, de ton point de vue, de l’autre côté du globe, en Europe. Alors, cette affaire Russie–Europe… à quoi ça ressemble, vu d’Australie ? Beaucoup d’entre nous s’ inquiètent qu’on se dirige peut-être vers une guerre bien plus vaste entre la Russie et l’OTAN. Et toi, tu parles même d’une “OTAN trois point zéro”. Tu peux nous expliquer un peu ce que tu veux dire par là, et comment tu vois les choses ? #Jeff Rich Oui, c’est vraiment inquiétant, je trouve, ce risque de guerre. Pas mal de gens comparent la situation actuelle à la veille de la Première Guerre mondiale. L’historien Odd Arne Westad a publié un livre intitulé *The Coming Storm*, qui fait justement ce parallèle, en parlant de ce climat de peur, de méfiance et de rivalité, disons, entre grandes puissances, qui avait précédé la Première Guerre mondiale et conduit à cette catastrophe. Et il y a une vraie inquiétude que quelque chose de semblable puisse se reproduire. J’ai aussi récemment parlé avec Richard Sakwa, qui est lui aussi très, très préoccupé par la possibilité que la guerre actuelle en Ukraine se transforme, en quelque sorte, en un conflit plus large entre la Russie et l’Europe. Et certaines réactions, je pense, à la suite -- 1 of 16 -- du récent sommet d’Ankara, que ce soit au sein de l’OTAN ou en Russie, laissent entendre que ce que l’OTAN appelle désormais “OTAN trois point zéro”, cette nouvelle version plus européanisée de l’ Alliance, ressemble presque à une déclaration de guerre contre la Russie. Le spécialiste russe des affaires internationales, Dmitri Trenin, a publié un article intitulé *La logique dangereuse de l’OTAN 3.0*. Il y explique que l’OTAN 3.0 signifie la guerre, et que, pour la première fois depuis mille neuf cent quarante-cinq, l’Europe s’est déclarée ennemie de la Russie, une ennemie implacable. C’est donc très, très préoccupant, je pense, à la fois à cause de la rhétorique venant d’ Europe, de certaines déclarations venant de Russie, et aussi, de mon point de vue, à cause de ce qu’ on semble oublier : que les États-Unis d’Amérique sont à l’origine de tout cela, et qu’ils restent, de loin, le principal contributeur militaire, la principale puissance militaire et l’architecte de l’OTAN. Alors, si l’OTAN 3.0 est une déclaration de guerre entre l’Europe et la Russie, c’est aussi, à mon avis, une déclaration de guerre de fait des États-Unis envers la Russie. Et j’ai le sentiment que beaucoup de gens ont tendance à l’oublier. #Pascal Oui, ce qui m’inquiète beaucoup, c’est que, en ce moment, en Europe, toutes les personnes à qui vous parlez, qui ne font pas partie de notre bulle, de notre petit milieu de commentateurs, rejettent complètement l’idée que toute cette guerre en Ukraine ait été, en gros, provoquée par les États- Unis. Pour eux, c’est absolument clair : s’il y a une guerre en Ukraine, c’est parce que la Russie est une dictature expansionniste, fasciste, qui veut agrandir son territoire. Et donc, une fois qu’elle en aura fini avec l’Ukraine, elle ira forcément en Europe. Même en Suisse, quand je parle avec des gens, avec des journalistes, ils me demandent : est-ce qu’il est vraiment possible pour des petits États de vivre sans garanties de sécurité offertes par des puissances plus grandes ? En gros, ils me disent : il faut bien qu’on dissuade les Russes, non ? Si on ne les dissuade pas, ils attaqueront. Même aux Suisses, je dois expliquer que, regardez, si vous vous liez d’amitié avec les Russes, si vous vous liez d’amitié avec tout le monde, vous n’avez pas besoin de les dissuader, n’est-ce pas ? La dissuasion, c’est quelque chose dont on a besoin uniquement face à des ennemis. Mais si vous construisez votre stratégie de sécurité autour de la logique de l’amitié, alors vous obtenez quelque chose qui ressemble davantage à ce qu’a Oman, c’ est-à-dire des partenariats dans toutes les directions, y compris avec l’Iran. Mais cette idée a complètement disparu du continent européen. À votre avis, comment cela influence-t-il aujourd’hui la manière dont les Européens envisagent, non pas leur avenir lointain, mais leur avenir immédiat, disons les prochaines années ? Comment interprétez-vous les signaux qui viennent d’Europe ? #Jeff Rich Eh bien, les signes qui sont sortis du sommet d’Ankara, avec la déclaration de l’OTAN, c’était… disons que, à part les remerciements à l’hôte, elle faisait cinq paragraphes, moins de cinq cents mots. Si on compare, je crois, au sommet de Vilnius d’il y a quelques années, ils avaient produit un -- 2 of 16 -- communiqué de quarante pages, très large, qui parlait de l’Indo-Pacifique et, enfin, de la domination mondiale de l’OTAN. Alors que ce sommet d’Ankara, lui, a sorti un communiqué qui, on va dire, correspond à la capacité d’attention du président des États-Unis en ce moment. Donc, je pense que l’ une des choses qui ressortent de ce sommet de l’OTAN, c’est qu’il y a tout un aspect théâtral et rhétorique, très visible dans le communiqué, mais qu’il est un peu plus difficile de comprendre quels sont, en dessous, les vrais processus, les vrais niveaux d’accord et de désaccord. Et on voit bien qu’il y a, disons, un parti assez militant. Mais les points essentiels que j’ai vus, que l’ Europe voulait vraiment mettre en avant à l’issue de ce sommet de l’OTAN, c’est d’abord, si on veut, une sorte de déclaration de victoire préventive en Ukraine. Alexander Stubb a en gros dit que l’ Ukraine est en train de gagner la guerre. Tout ce qu’elle doit faire pour la gagner, c’est survivre, parce que l’objectif de Poutine, c’était de détruire l’Ukraine. Donc, si l’Ukraine survit, elle gagne. C’ est une barre assez basse, mais j’y vois aussi une manière d’enfermer les États-Unis dans la logique de continuer à soutenir la lutte aux côtés de l’Ukraine. Et puis, le deuxième grand résultat, c’est le réarmement de l’Europe. C’est tout ce processus de militarisation, qui, d’une certaine manière, correspond aux objectifs américains : plus de dépenses de défense, plus d’industrie militaire aux États-Unis. Mais les Européens ont aussi rappelé qu’au précédent sommet, à La Haye, ils avaient pris l’engagement d’augmenter leurs dépenses de défense de cinq pour cent. Et ce sommet-ci visait surtout à montrer qu’ils étaient capables de le mettre en œuvre. Et entre les lignes, je me demande si cela ne veut pas aussi dire qu’au prochain sommet, après les élections de mi-mandat aux États-Unis, il y aura peut-être un petit recul, une manière de dire : « Oui, nous avions promis de tenir cet engagement », mais je ne suis pas totalement convaincu que ce sera appliqué exactement de la même façon. Mais malgré tout, cette idée de réarmement et de militarisation, inspirée du modèle ukrainien avec les drones — cette façon de mener la guerre sans pertes humaines du point de vue européen —, c’ est vraiment un élément essentiel de tout ça. Et puis, il y a un troisième point, un autre aspect : c’ est de verrouiller les États-Unis dans une guerre permanente contre la Russie. L’OTAN et la plupart des pays européens affirment clairement que la Russie est l’ennemi, et qu’ils ne permettront pas aux États-Unis de se désengager, comme Trump a essayé de le faire ces dix-huit derniers mois, en voulant se retirer unilatéralement de la guerre en Ukraine. Donc, c’est ça, la position actuelle. Je ne sais tout simplement pas si tout cela est vraiment tenable à long terme. #Pascal Salut, juste une petite note rapide. Le meilleur moyen de soutenir cette chaîne, c’est de vous abonner gratuitement à ma newsletter sur Substack. Vous pouvez aussi aider avec un abonnement payant, ou en achetant quelques-uns de nos nouveaux produits sur neutralitystudies.com. Les liens sont juste en dessous. À très vite là-bas. Alors, que penses-tu de l’argument de Brian Berletic ? Tu sais, cette idée que, dans l’ensemble, les États-Unis se retireraient un peu de l’OTAN… L’histoire selon laquelle Washington mettrait la pression sur les Européens et chercherait à se désengager… Et -- 3 of 16 -- que tout ça ne serait en réalité qu’un camouflage pour une autre stratégie dont ils ont aussi parlé : la division du travail. En gros, l’Europe devrait se battre pour l’empire américain contre la Russie, pendant que les États-Unis déplaceraient leurs forces pour ouvrir un autre front. Je veux dire, ils ont ouvert un autre front avec l’Iran, évidemment. Mais celui dont ils rêvent vraiment, c’est la Chine. Et ça, c’est complètement insensé. Ces gens sont des psychopathes. On peut en être absolument sûrs, parce qu’ils continuent à publier ce genre de rapports de think tanks, de livres blancs, et tout le reste, sur un troisième front, sur une guerre avec la Chine. Et l’argument de Brian Berletic, bien sûr, c’est que tout ça n’est qu’une mise en scène. Le but réel, quand les États- Unis disent qu’ils se retirent, c’est simplement de pousser les Européens à croire qu’ils doivent investir ou dépenser plus d’argent dans l’armement. Et cet armement, ils vont surtout le commander aux États-Unis, tout ça sous prétexte qu’il faut en faire davantage par soi-même. L’autonomie stratégique, n’est-ce pas ? Et puis, dans quelques années, on lira que la relation entre l’ OTAN et l’Europe s’est de nouveau améliorée, que tout va pour le mieux. Et chaque fois qu’ils veulent faire passer les contributions de cinq à six ou sept pour cent, ils font semblant, encore une fois, de s’éloigner, comme si c’était un jeu permanent. Mais d’un autre côté, il y a aussi des gens qui prennent très au sérieux l’idée que Donald Trump voudrait, en gros, retirer les États-Unis de l’OTAN pour se recentrer sur le continent nord-américain. Alors, vous, de quel côté penche votre interprétation ? #Jeff Rich Eh bien, je pense que ces deux types d’arguments reposent en réalité sur une mauvaise compréhension de la nature de l’OTAN en tant qu’alliance, et de la relation entre les États-Unis et l’ Europe. Je veux dire, cette idée de continuité de l’agenda, ou encore le discours du “tout ça n’est qu’ une façade”, à mon avis, exagère la domination américaine. Vous savez, il y a tout ce discours sur “l’ Europe vassale” et ce genre de choses. Eh bien, si l’Europe était vraiment une vassale, alors elle a drôlement bien manœuvré son soi-disant maître dominateur au cours des dix-huit derniers mois, et elle a réussi, en gros, à placer les États-Unis exactement là où elle voulait qu’ils soient : engagés dans la guerre en U