Ian Proud met en garde contre le fait que l’OTAN et la politique occidentale avancent à marche forcée vers une guerre élargie avec la Russie en privilégiant un soutien inconditionnel à Kyiv au détriment d’une diplomatie sérieuse. Il soutient que les dirigeants occidentaux ont adopté un récit irrationnel — poursuivre les transferts d’armes, fournir une couverture politique à Zelensky malgré des problèmes de gouvernance, et maintenir des ambassades exposées aux dangers — ce qui fait monter les tensions et fait courir le risque d’une confrontation plus large. Proud appelle à une diplomatie à trois volets : un règlement négocié entre la Russie et l’Ukraine, une conversation européenne distincte sur la relation de l’Ukraine avec l’UE, et un dialogue séparé Europe–Russie pour définir la coexistence à long terme ainsi que les relations énergétiques, de sécurité et économiques. Il insiste pour que l’Europe développe une autonomie stratégique réelle vis‑à‑vis des États‑Unis et retrouve l’art de gouverner plutôt que d’organiser des sommets théâtraux, tout en reconnaissant les difficultés pratiques d’une telle diplomatie. Proud critique également l’instrumentalisation des pourparlers (par ex.
Article
La conversation met en lumière un diagnostic simple mais brutal : l’Europe a abandonné l’essentiel de la diplomatie au profit de postures et d’alliances qui la dépossèdent de son autonomie stratégique. Ce constat — largement développé lors de l’échange avec Ian Proud — n’est pas seulement une critique de gestes politiques récents, mais une invitation urgente à repenser comment l’Europe négocie, dialogue et coexiste avec ses voisins, y compris la Russie et l’Iran. Sans une relance sérieuse de la diplomatie européenne, les risques d’escalade militaire et d’érosion durable des intérêts européens deviennent non seulement probables, mais mécaniquement plausibles.
## Comment l’Europe pourrait renouer avec la diplomatie
La discussion insiste sur la nécessité d’un retour à une diplomatie active et autonome. Plutôt que d’envisager la diplomatie comme une série de cérémonies où tous s’applaudissent entre pairs, l’Europe doit réapprendre l’art concret du compromis et de la négociation. Cela commence par reconnaître que la diplomatie n’est pas synonyme d’affection : elle est l’outil pour gérer des intérêts divergents sans recourir à la force. Ian Proud souligne que l’effort diplomatique européen doit s’organiser autour de trois fils distincts mais complémentaires : un règlement négocié entre l’Ukraine et la Russie, une clarification des liens perméables entre l’Ukraine et l’Union européenne, et surtout une stratégie européenne pour coexister avec la Russie à long terme. Sans ce triptyque, toute « paix » risque d’être provisoire, fondée sur l’attente que la pression extérieure changera les régimes — scénario non seulement immoral mais aussi inefficace.
Réconcilier diplomatie et sécurité suppose aussi qu’on accepte des concessions mutuelles douloureuses. La conversation rappelle que les accords de Minsk étaient une tentative imparfaite, mais réelle, d’installer un espace de négociation. Les rejeter systématiquement au motif qu’ils sont « insuffisants » ou politiquement coûteux aboutit à geler le conflit jusqu’à ce que l’escalade devienne incontrôlable. Pour renouer la pratique diplomatique, l’Europe doit se doter d’équipes dédiées, prêtes à négocier des compromis pragmatiques même sous pression médiatique, et à imaginer des architectures de sécurité qui ne reposent pas exclusivement sur le principe de confrontation.
## La dépendance de l’Europe envers les États-Unis
Un des thèmes dominants de l’échange est la dépendance structurelle de l’Europe vis-à-vis des États-Unis — économique, militaire et politique — et les conséquences qu’elle entraîne pour sa souveraineté stratégique. Ian Proud rappelle que cette dépendance n’est ni simplement idéologique ni entièrement volontaire : elle résulte d’un désinvestissement européen de capacités concrètes (énergétiques, industrielles, militaires) qui rend difficile toute autonomie de décision. Le résultat est une Europe souvent réduite à amplifier ou à modérer des options décidées ailleurs.
Pour s’extraire de ce rôle secondaire, il ne suffit pas d’affirmer l’indépendance ; il faut reconstruire les capacités qui la rendent crédible. Cela signifie des investissements stratégiques dans l’énergie, la défense et la production industrielle, mais aussi une culture politique qui privilégie le calcul d’intérêt national et continental plutôt que l’affichage de solidarité unilatérale. La dynamique de l’OTAN illustre ce dilemme : si la voeu d’un leadership américain s’affaiblit, l’Europe doit savoir si elle veut continuer à dépendre, s’opposer, ou enfin diriger. Le défi est double : convaincre les opinions publiques d’un changement coûteux et persuader les élites politiques de renoncer à l’illusion d’une sécurité importée à bas prix.
## Iran, Minsk et la diplomatie comme couverture
La conversation explore aussi la tentation fréquente d’utiliser la diplomatie comme simple couverture pour des politiques essentiellement coercitives. Les exemples de l’Iran et des accords de Minsk montrent comment des démarches diplomatiques peuvent être vidées de substance lorsqu’elles servent avant tout à légitimer des lignes rouges ou des stratégies militaires. Ian Proud met en garde contre cette instrumentalisation : la diplomatie qui n’a pas l’intention réelle de trouver des compromis finit par ruiner la confiance, et la confiance est la matière première des négociations sérieuses.
Dans le cas de l’Iran, la diplomatie a souvent alterné entre négociations réelles et postures destinées à gagner du temps ou à faire pression. Le risque est que les partenaires finissent par considérer la table des négociations comme un théâtre où l’on discute des points déjà arbitrés ailleurs. La leçon est claire : pour que la diplomatie fonctionne, elle doit être préparée par une volonté politique de résoudre et non de perpétuer les conflits. Sans cette disposition, les accords se transforment en pauses temporaires d’un affrontement à long terme, et les acteurs — États comme opinions publiques — s’endurcissent.
## Politique étrangère de l’UE et diplomatie nationale
L’échange développe une critique de l’approche actuelle de la politique étrangère de l’Union européenne : trop souvent, Bruxelles s’empare de symboles et de discours mais souffle peu sur la véritable machine diplomatique. Ian Proud, tout en se présentant comme pro-européen, souligne l’absurdité d’attendre d’institutions mal équipées qu’elles gèrent des décisions stratégiques qui relèvent surtout des États membres. Si l’Europe aspire à devenir un acteur géopolitique, ce n’est pas en multipliant des déclarations communes qu’elle y parviendra, mais en construisant des dispositifs où États et institutions coordonnent des politiques cohérentes sur l’énergie, la défense et la paix.
La diplomatie nationale conserve un rôle crucial : chaque capitale doit être capable d’élaborer et d’exécuter des stratégies en connaissance de cause, tout en dialoguant avec Bruxelles. La complémentarité est tout : l’UE peut fournir des cadres et des ressources, mais les initiatives diplomatiques les plus efficaces naissent souvent de dialogues bilatéraux ou plurilatéraux entre pays européens, dûment déconnectés des impératifs externes. Il faut donc repenser la répartition des rôles : laisser à l’UE la cohérence de marché et les instruments économiques, et aux États la responsabilité de la négociation politique et militaire, avec des mécanismes clairs pour éviter la fragmentation.
## Le nouveau livre d’ Ian Proud et où le suivre
Au-delà de l’analyse géopolitique, Ian Proud évoque également son incursion dans la fiction avec son roman Searching: A Love Story, qui offre un regard complémentaire sur les tensions humaines derrière les décisions publiques. Si la conversation est d’abord politique, elle rappelle que la compréhension des crises passe aussi par la capacité à raconter les vies touchées par ces décisions, à humaniser les calculs stratégiques. Suivre ses travaux et analyses permet d’accéder à une réflexion continue sur les limites actuelles de la diplomatie européenne et sur les voies possibles pour la réformer.
Pour qui s’intéresse à la transformation de la diplomatie européenne, la combinaison d’expériences professionnelles et de réflexions publiques proposées par Ian Proud est précieuse : elle mélange connaissance de terrain et volonté de proposer des idées concrètes. Son appel récurrent est simple et pressant : si l’Europe veut éviter la dérive vers une confrontation plus large, elle doit retrouver le goût et les outils de la négociation véritable, pas seulement ses rituels. C’est une tâche exigeante, politique et culturelle, qui demandera des réformes institutionnelles mais aussi un changement profond dans la manière dont les dirigeants conçoivent l’intérêt national dans un continent interdépendant.
Conclusion implicite de l’échange : la reconquête de la diplomatie européenne n’est ni une concession morale ni un renoncement stratégique, mais la condition même de la sécurité et de la prospérité. Refuser ce choix, c’est c
Transcript
L’OTAN marche en somnambule vers la
guerre avec la Russie | Ian Proud
L’ancien diplomate britannique Ian Proud rejoint Neutrality Studies pour discuter de l’escalade entre
la Russie et l’OTAN, du soutien occidental à l’Ukraine, du manque de diplomatie en Europe et du
risque d’une guerre plus large. Il aborde également la dépendance de l’Europe envers les États-Unis,
la nécessité de discussions directes entre l’Europe et la Russie, la diplomatie avec l’Iran, les Accords
d’Abraham, ainsi que son nouveau roman *Searching: A Love Story*. Liens : Substack :
https://thepeacemonger.substack.com/ *Searching: A Love Story* sur Amazon : https://www.
amazon.com/Searching-love-story-Ian-Proud/dp/1739543130 Substack de Neutrality Studies :
https://pascallottaz.substack.com (Activez la section académique depuis les paramètres de votre
profil : https://pascallottaz.substack.com/s/academic) Produits dérivés : https://neutralitystudies.com
/shop Donations : https://neutralitystudies.com/donate Horodatage : 00:00:00 Introduction 00:00:
45 Escalade Russie-OTAN et ambassades à Kiev 00:02:37 Politique occidentale et risque d’une
guerre plus large 00:09:25 Comment l’Europe pourrait renouer avec la diplomatie 00:14:41 La
dépendance de l’Europe envers les États-Unis 00:22:11 Iran, Minsk et la diplomatie comme
couverture 00:29:14 Politique étrangère de l’UE et diplomatie nationale 00:33:44 Le nouveau livre d’
Ian Proud et où le suivre
#Pascal
Eh bien, bienvenue à nouveau dans *Neutrality Studies*. Aujourd’hui, pour la toute première fois en
personne, j’ai le grand plaisir de vous présenter à nouveau mon cher collègue, Ian Proud. Ian, merci
d’être venu.
#Ian Proud
Merci. C’est fantastique de vous rencontrer enfin en personne. C’est vraiment formidable de pouvoir
se retrouver entre réalistes, et de les voir comme de vraies personnes. C’est une expérience
vraiment agréable.
#Pascal
Nous voilà, pleinement humains. C’est très différent d’être vraiment en ligne, non ? C’est mieux.
#Ian Proud
Beaucoup mieux.
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#Pascal
Beaucoup mieux. Alors Ian, j’aimerais te demander ton avis sur ce qui se passe en ce moment.
Commençons peut-être par la Russie et cette logique d’escalade, d’accord ? Ces dernières semaines,
on a vu l’Ukraine et l’OTAN frapper de plus en plus profondément à l’intérieur du territoire russe.
Vingt et une personnes ont été tuées, principalement des écolières. Et maintenant, la Russie riposte
en attaquant Kiev. Rien que la nuit dernière, il y a eu une nouvelle frappe d’envergure. Toi qui as
servi en Russie, à Moscou, comme diplomate britannique… si tu recevais une demande des Russes d’
évacuer Kiev, qu’est-ce que tu ferais ?
#Ian Proud
Eh bien, au début de la guerre, toutes les ambassades ont évacué. Il faut se rappeler que
pratiquement toutes les ambassades étrangères, y compris peut-être les Américains, sont parties. L’
ambassade britannique, je crois, s’est installée à Varsovie ou quelque chose comme ça au départ.
Donc, c’était une ambassade en exil pendant assez longtemps au début du conflit. Ce n’est donc pas
quelque chose de nouveau. Cette fois, ils ont décidé de rester, mais je pense que c’est assez risqué,
surtout en ce moment, avec cette phase d’escalade. Mais c’est une décision qu’ils doivent sans doute
réévaluer en permanence. Si c’était moi, je songerais probablement à évacuer de nouveau.
#Pascal
Oui, mais évacuer… ça ne voudrait pas dire une perte de prestige considérable pour l’Occident, s’ils
faisaient ça ? Ou alors, pourquoi tu penses qu’ils restent sur place, même si ça met peut-être
maintenant la vie de leurs diplomates en danger ?
#Ian Proud
Eh bien, on est dans une situation assez étrange, où on a des diplomates… sans diplomatie. Dans les
gouvernements occidentaux, et surtout dans le gouvernement britannique, on est vraiment
coupables de ça — ou plutôt, ils sont vraiment coupables de ça — parce qu’on a cessé d’essayer de
trouver une issue négociée à cette guerre terrible, qui ne fait souffrir que des civils, des deux côtés
du conflit. Et on a créé ce récit inébranlable selon lequel il faut soutenir l’Ukraine quoi qu’il arrive.
Que ce soit des milliards et des milliards d’argent, des armes qui ne changeront pas vraiment le
cours de la guerre, ou encore le fait de maintenir nos diplomates en danger, même en période d’
escalade. On a tellement peur de perdre la face, d’admettre en réalité que cette guerre doit se
terminer, qu’on continue à suivre des politiques irrationnelles. Et celle-ci n’est qu’un exemple de plus
dans une très, très longue liste de politiques irrationnelles.
#Pascal
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Alors, selon vous, qu’est-ce que ça va vraiment changer maintenant dans la dynamique entre la
Russie et l’OTAN ? Parce que, pour moi, plus le temps passe, plus on se dirige vers une escalade
encore plus forte. J’ai l’impression que l’Occident procède par petites étapes, comme une sorte de
découpage progressif, pour internationaliser la guerre en Ukraine. Bien sûr, dans le monde idéal de l’
OTAN, ce découpage se ferait aux dépens de la Russie, n’est-ce pas ? Et je me demande, à quel
point vous pensez que le risque est réel que les Russes, à un moment donné, disent : « Bon, très
bien, si vous voulez internationaliser le conflit, d’accord, allons-y. »
#Ian Proud
Je pense que nous avançons lentement vers une guerre générale en Europe. En fait, les
responsables politiques occidentaux en parlent tout le temps, comme si c’était inévitable, et c’est ça
qui est le plus choquant. Toutes nos décisions, surtout celle de ne pas chercher la voie diplomatique,
ne font que confirmer cette tendance. Notre soutien inconditionnel au régime de Zelensky, malgré
les preuves de plus en plus nombreuses de sa corruption — par exemple la répression de ses
citoyens, le transport forcé de jeunes hommes vers le front, et tout le reste, la montée de l’idéologie
nazie et sa place au sein de l’armée ukrainienne — tout cela, nous semblons l’ignorer. On est
tellement obsédés par l’idée de soutenir Zelensky jusqu’au dernier Ukrainien, qu’on ne voit plus d’
issue possible.
Et c’est ça qui nous empêche d’envisager la possibilité d’une fin négociée à cette guerre. C’est pour
cette raison. Et le fait est que je ne vois aucun changement dans cet état d’esprit. Je ne vois
absolument aucune preuve d’un changement dans cette façon de penser. Et c’est pour cette raison
que je pense que, petit à petit — et je crois que cela prendra quelques années — nous avançons
vers une lente escalade, qui pourrait conduire à une guerre qui, comme celle-ci, serait totalement
évitable.
#Pascal
Mais, vous savez, la guerre… enfin, de quelle manière l’Europe pourrait-elle vraiment faire la guerre
à la Russie ? C’est ça aussi qui me trotte dans la tête. Quand on voit ce genre d’escalade du côté de l’
OTAN, ça me paraît encore plus irresponsable, surtout quand on pense à toutes les capacités de
production qu’il faut pour soutenir un tel effort. Franchement, j’ai l’impression qu’elles ne sont pas là.
Et même les Américains, en ce moment, montrent que face à l’Iran, ils manquent… ils manquent de
moyens. Ils manquent de missiles. On sait, avec l’Ukraine, qu’ils manquent d’obus. La seule chose
qui semble un peu s’être rétablie, c’est la guerre par drones. Là, ils arrivent à en produire. Mais selon
vous, qui, dans le cadre de l’OTAN, est responsable de ce genre de planification ? Parce que, pour
moi, les Européens ne pourraient pas le faire aujourd’hui, même s’ils le voulaient. Eh bien, ça laisse
quand même penser qu’il y a une planification. Oui, je crois qu’il y en a une. Je pense vraiment qu’ils
planifient dans cette direction.
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#Ian Proud
Mais j’ai du mal à croire qu’ils prévoient vraiment ça. Parce que s’ils regardaient de façon rationnelle
les preuves disponibles, les forces dont ils disposent, les moyens économiques, l’énergie qu’il leur
faudrait pour faire ça, ils comprendraient très vite qu’une guerre contre la Russie n’aurait aucun
sens. Ce serait une catastrophe pour toute l’Europe, pour ses économies, pour ses citoyens. Et au
bout du compte, ça pourrait même finir par un recours à l’arme nucléaire, ce que personne,
franchement, ne devrait souhaiter.
Vous savez, les Russes… beaucoup de ce qui se passe dans la guerre en Ukraine repose sur une
sorte de calcul complètement fantaisiste, l’idée que, d’une manière ou d’une autre, les gens vont se
retourner contre Poutine et le renverser. Ça montre un manque fondamental de compréhension de l’
état d’esprit russe, un manque de compréhension de la vision du monde de la Russie, forgée par son
histoire d’invasions étrangères — que ce soit les nazis, Napoléon, et d’autres encore. Les Russes se
battront si on veut se battre, quel qu’en soit le prix. Ils ont perdu des millions de personnes pendant
la Seconde Guerre mondiale. On dirait qu’on a oublié que ce n’était pas si loin dans le temps.
Comment peut-on oublier ça ? Alors, si le calcul, c’est que la Russie s’effondrerait face à la menace d’
une guerre générale avec l’Union européenne, je dirais que c’est une vision dangereusement
erronée. Mais je soupçonne que c’est bien cette vision qui domine. Et beaucoup de ces positions
sont avancées sur la base de ce qui ressemble à de pures illusions, plutôt qu’à une véritable analyse.
#Pascal
Petite pause rapide, parce que j’ai été récemment banni de YouTube. Même si je suis de retour, ça
peut très bien se reproduire à tout moment. Donc, s’il vous plaît, pensez à vous abonner, non
seulement ici, mais aussi à ma liste de diffusion sur Substack. C’est pascallottaz.substack.com. Le
lien est dans la description juste en dessous. Et maintenant, on revient à la vidéo. Alors, qu’est-ce qu’
il faudrait, selon vous, pour que l’Europe désamorce un peu la situation ? Parce que j’ai l’impression
que l’Europe s’est enfermée toute seule dans un coin très, très étroit, notamment en ce qui concerne
sa sécurité énergétique et tout le reste. Je veux dire, la manière dont les liens avec la Russie ont été
coupés, pour moi, c’est complètement irresponsable. Mais bon, vous, vous avez été diplomate, vous
savez comment fonctionnent les rouages diplomatiques. Donc, qu’est-ce qu’il faudrait pour amorcer
une désescalade, et petit à petit, rétablir cette relation ? Vous pensez que c’est encore possible de la
reconstruire avec les Russes ?
#Ian Proud
Je l’espère, oui. Et je crois aussi, parce que j’ai étudié l’art de gouverner russe pendant de
nombreuses années, que les Russes seront réceptifs à cette idée. Je pense que c’est une erreur de
croire que la Russie ne veut pas entretenir une relation normale avec le continent européen, parce
qu’en réalité, elle le souhaite. Et je crois que, malgré tout, même depuis le début du conflit en
Ukraine, tout ce que j’ai pu observer montrait que la Russie cherchait, d’une certaine manière, à se
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réengager, à répondre à ces préoccupations. Les accords de Minsk faisaient partie de ce processus
avec les pays européens, mais nous avons repoussé leurs ouvertures à chaque fois.
Et donc, je pense que les Russes seront réceptifs à cette idée. Mais, à mon avis, ça repose sur trois
éléments. Vous savez, beaucoup d’analyses, souvent très mauvaises, parlent d’un plan de paix entre
la Russie et l’Ukraine. Bien sûr, c’est important. Mais il faut vraiment comprendre ce que cela
implique. Il doit y avoir un accord négocié entre l’Ukraine et la Russie, les deux parties au conflit,
dans lequel elles s’entendent sur les conditions pour déposer les armes et vivre ensuite dans une
coexistence pacifique et amicale. Ça, c’est seulement une partie du problème. La deuxième, c’est la
question de la relation que l’Ukraine va entretenir avec l’Europe.
Les gens continuent de mélanger ça avec l’accord de paix entre l’Ukraine et la Russie. Mais c’est un
sujet à part. Là, on parle d’une discussion entre l’Europe et l’Ukraine. Et je pense que les Européens
ne sont pas vraiment prêts à l’avoir, parce que c’est trop compliqué, trop coûteux, y compris
politiquement. Du coup, ils repoussent