Pascal Lottaz soutient que la géopolitique pilotée par les États-Unis se fragmente à mesure que les conflits se multiplient dans le Golfe et au-delà. Il souligne la reprise des frappes américaines et saoudiennes, les représailles des Houthis et les menaces de fermeture du détroit de Bab al-Mandeb et du détroit d’Hormuz — mesures qui accroissent les risques liés à la sécurité énergétique et révèlent les dilemmes stratégiques des États du Golfe. Le ministre des Affaires étrangères d’Oman, note Lottaz, blâme publiquement plus Tel-Aviv que Téhéran pour l’insécurité régionale, signalant une recalibration du Golfe et le rôle d’Oman comme médiateur neutre. Lottaz critique les propositions — illustrées par la suggestion de Donald Trump de faire payer des frais de passage — qui traitent des voies maritimes vitales comme des leviers de recettes, et y voit le signe d’un désarroi plus large des États-Unis. Il soutient que Washington ouvre également un nouveau front contre le droit international en organisant une campagne visant à neutraliser la Cour pénale internationale, assimilant la « souveraineté » à l’impunité. Dans l’ensemble, Lottaz interprète ces développements comme la preuve d’un déc
Article
## Un basculement stratégique et symbolique dans le Golfe
Ce qui émerge de la discussion, c’est la perception d’un tournant géopolitique où les vieux équilibres du Golfe se fissurent et où Washington semble répondre par des choix de plus en plus risqués — tant militaires que juridiques. La reprise de violences autour de l’Iran, l’escalade saoudo-yéménite et la rhétorique américaine visant à neutraliser les mécanismes du droit international sont présentées comme les symptômes d’un déclin stratégique : l’alliance américano-israélienne perd ses leviers de contrôle et réagit en multipliant les fronts. Le débat met en lumière non seulement des opérations ponctuelles — bombardements, fermetures potentielles du détroit d’Ormuz — mais une logique d’ensemble où puissance, isolement et impunité s’entremêlent.
## L’escalade militaire : du Yémen à l’Iran, la région à nouveau embrasée
La conversation décrit une cascade d’actions offensives et de ripostes qui redessine la cartographie des hostilités au Moyen-Orient. L’Arabie saoudite a intensifié ses frappes au Yémen, visant notamment des infrastructures qui affectent le mouvement des délégations houthies. En retour, le Yémen a menacé de fermer le détroit d’Ormuz, une mesure dont l’impact économique et stratégique serait immédiat et massif. Parallèlement, des vagues de frappes sur le sol iranien ont été évoquées, signe d’une reprise ouverte des affrontements avec l’Iran, ou à tout le moins d’une dynamique de confrontation qui se nourrit d’escalades ponctuelles.
On perçoit dans cet enchevêtrement une double conséquence : d’une part, la militarisation croissante d’un espace régional déjà fragile ; d’autre part, l’enchevêtrement des conflits régionaux avec des enjeux globaux (sécurité des approvisionnements énergétiques, routes maritimes essentielles). La multiplication des fronts épuise les ressources matérielles et politiques des puissances engagées et rend plus incertaines les trajectoires diplomatiques possibles. Au lieu d’un isolement localisé des foyers de tension, la région voit les crises se propager comme des incendies incontrôlés.
## Le détroit d’Ormuz comme enjeu de souveraineté… et de rapacité
La discussion met en exergue une proposition spectaculaire révélatrice de la mentalité stratégique : la volonté affichée de contrôler le détroit d’Ormuz et d’en tirer des recettes directes. L’idée, telle qu’évoquée dans l’échange, est de faire payer des droits de passage — jusqu’à vingt pour cent selon les propos rapportés — comme moyen de domination et de coercition. Ce type d’option traduit non seulement un fantastique décalage avec la réalité logistique et politique de la région, mais aussi une logique de « marchandisation » de la sécurité : transformer une voie stratégique en péage sous contrôle d’une puissance.
Au-delà de l’absurdité pratique, cette posture révèle une conception de la souveraineté tournée vers l’extraction de bénéfices et la projection unilatérale de pouvoir. Contrôler une voie maritime mondiale n’est pas seulement une question de capacité militaire ; c’est aussi un choix diplomatique qui suppose l’adhésion ou la résignation des autres acteurs. Or la discussion souligne que ces autres acteurs — Iran, États du Golfe, partenaires asiatiques — n’acceptent pas passivement une telle imposition. Le scénario d’un « péage américain » illustre donc davantage une fuite en avant rhétorique qu’une stratégie viable.
## Les dissensions au sein du Golfe : Oman comme boussole de prudence
L’échange consacre un espace important à la posture d’Oman, que la conversation présente comme le contrepoint régional de la logique d’alliance avec les États-Unis. Le Sultanat est décrit comme un acteur prudent, capable de maintenir des relations équilibrées avec tous ses voisins, y compris l’Iran, et de servir de médiateur discret. Son rôle historique — abriter des négociations et faciliter le dialogue — est mis en avant comme un modèle de politique étrangère fondée sur la non-ingérence et le maintien d’amitiés divergentes.
La prise de position publique omanaise, qui pointe la menace israélienne comme facteur d’instabilité régionale et alerte sur l’échec de décennies de politique d’endiguement menée par Washington, est interprétée comme un signal fort : les États du Golfe eux-mêmes remettent en question les paradigmes antérieurs de sécurité. Cette évolution souligne l’émergence d’une autonomie stratégique régionale relative — non pas une rupture brutale avec l’Occident, mais une diversification des approches qui peut réduire la marge de manœuvre exclusive de Washington et de ses alliés traditionnels.
## Le nouvel éventail d’affrontements : ouverture d’un front contre le droit international
Autre volet crucial souligné par la discussion : la campagne déclarée contre la Cour pénale internationale et, plus largement, contre les mécanismes de responsabilité internationale. Le propos rapporté décrit une stratégie américaine visant à « neutraliser » la capacité de la CPI à enquêter ou poursuivre des ressortissants américains, au motif affiché de sauvegarder la souveraineté. La conversation interprète ce langage — et ces actes — comme un énoncé d’impunité : non seulement une défense juridico-politique, mais une volonté de rendre impossible tout contrôle externe sur les opérations militaires ou clandestines.
Cette démarche bouleverse l’architecture internationale du contrôle des crimes de guerre et des atteintes aux droits fondamentaux. Si les grandes puissances parviennent à délégitimer ou à démanteler des institutions de responsabilité, elles réorientent la norme globale vers une impunité de fait, où le pouvoir prime sur la règle. La discussion alerte sur le danger d’un précédant : une phase où les États puissants refuseraient toute contrainte externe, justifiant ce refus au nom d’une souveraineté comprenant en réalité la libre licence à agir sans retenue.
## Implications et scénarios : entre déclin impérial et recomposition régionale
La conversation pose la question des limites de l’engagement américain dans ces multiples fronts. L’argument central est que l’accumulation d’efforts — militaires au Golfe, diplomatiques contre la CPI, stratégiques pour le contrôle des passages maritimes — est coûteuse et potentiellement insoutenable. L’épuisement matériel (stocks de missiles, capacités logistiques) et politique (crédibilité, alliances) est cité comme facteur structurant d’un possible recul ou d’une adaptation forcée. D’un autre côté, la volonté de prévaloir coûte que coûte peut conduire à une radicalisation des moyens, aggravant encore l’isolement.
Pour les États du Golfe, la recomposition est déjà en marche : certains se rapprochent d’Israël et amplifient leurs dépendances extérieures, tandis que d’autres, comme Oman, cherchent des chemins plus autonomes. L’Iran, par ses capacités régionales et son rôle historique sur le détroit d’Ormuz, demeure un acteur-clé dont la marginalisation est impossible sans des coûts majeurs pour la communauté internationale. Le scénario le plus dangereux est celui d’une fragmentation où la guerre locale devient un prétexte pour redéfinir l’ordre international en fonction des intérêts immédiats des puissances dominantes.
## Conclusion : réparer la règle ou accepter la rule by force ?
Le fil conducteur de la discussion est une mise en garde : face à la perte d’influence des structures traditionnelles et à la tentation de substituer la puissance au droit, le monde risque d’entrer dans une période où la violence et l’impunité deviennent des instruments d’État normalisés. Restaurer la stabilité ne sera pas possible sans réaffirmer collectivement des mécanismes de responsabilisation et sans encourager des médiations régionales capables de desserrer l’étau des confrontations. L’exemple d’Oman rappelle qu’il existe des voies moins belliqueuses — diplomatie patientée, neutralité active — qui peuvent permettre de désamorcer des crises.
Si la discussion pose un diagnostic sombre sur l’état de
Transcript
Les États-Unis perdent les pays du Golfe,
ouvrent un nouveau front et exigent l’
impunité
L’alliance de guerre américano-israélienne perd ses alliés dans le Golfe. La reprise de la guerre
contre l’Iran reflète le désespoir des États-Unis et la meilleure idée que Washington ait trouvée ?
Ouvrir un nouveau front contre le droit international lui-même. Le déclin de l’empire s’accélère.
Soutenez-nous sur Substack : https://pascallottaz.substack.com Produits dérivés :
https://neutralitystudies.com/shop Don : https://neutralitystudies.com/donate
#Pascal
Bienvenue à tous dans Neutrality Studies. C’est Pascal, et je voulais faire avec vous une très courte
mise à jour sur la propagation des guerres — au pluriel, parce qu’il y en a plusieurs en ce moment
qui semblent se rejoindre. Je ne pense pas qu’on soit déjà dans un scénario de Seconde Guerre
mondiale, où la lente extension des conflits finirait par mener à une Troisième Guerre mondiale. Mais
la direction que prennent les choses est vraiment inquiétante. On voit comment la guerre en
Ukraine, cette guerre par procuration de l’OTAN contre la Russie, est en train de s’étendre. Ce n’est d’
ailleurs plus vraiment une guerre par procuration, puisque l’OTAN a réussi à porter directement le
combat sur le territoire russe. Mais aujourd’hui, je ne veux pas me concentrer sur ce front-là. Je
veux parler de l’autre théâtre — cette incroyable reprise de la guerre qui s’étend à nouveau dans la
région du Golfe.
On apprend maintenant que l’Arabie saoudite recommence à mener des attaques contre le Yémen.
Elle vient de bombarder l’aéroport de Sanaa, là où devait atterrir la délégation yéménite, celle des
Houthis, qui revenait d’Iran après avoir assisté aux funérailles de l’ayatollah Ali Khamenei. Les
Saoudiens ont donc frappé la piste, et l’avion a dû se dérouter vers un autre aéroport pour pouvoir
atterrir. Et maintenant, les Houthis ripostent contre l’Arabie saoudite — ou, plus largement, le Yémen
riposte. Le Yémen envisage même officiellement de fermer le détroit situé à son extrémité de la
péninsule Arabique. Ce qui, évidemment, aggraverait les difficultés que les États-Unis rencontrent
déjà avec l’approvisionnement mondial en pétrole, alors même que les États-Unis bombardent, et
continuent de bombarder, l’Iran.
On apprend maintenant qu’une troisième et une quatrième vague de frappes ont été menées sur le
territoire iranien. Et demain, nous reparlerons avec Larry Johnson pour avoir une analyse d’expert
sur ce que signifient exactement ces dernières frappes des deux côtés. Mais la guerre — la guerre
contre l’Iran — a bel et bien repris. Il n’y a même plus lieu de parler du protocole d’accord, qui est
désormais plus ou moins mis de côté, même si, très probablement, à un moment donné, les États-
-- 1 of 10 --
Unis supplieront l’Iran d’y revenir. Pour l’instant, la pause dans la guerre est elle-même en pause.
Les bombardements continuent. On voit bien que les États-Unis cherchent à prendre le contrôle du
détroit d’Ormuz.
Donald Trump, hier et avant-hier, parlait de se poser en garant de la sécurité du détroit d’Ormuz, et
il proposait des chiffres complètement délirants. Il disait qu’il faudrait faire payer vingt pour cent de
la valeur de la cargaison à tout navire traversant le détroit, pour avoir le droit de passer sous
contrôle américain. Alors évidemment, c’est une idée totalement absurde de Donald Trump, mais ça
montre bien son état d’esprit, le fait même qu’il puisse écrire ou parler d’un truc pareil. Pour moi, c’
est typique de ces moments où il se dit : « Ah, je peux créer un nouveau levier, je peux menacer tout
le monde avec une taxe de vingt pour cent. »
Alors, quand je descends à cinq pour cent, ils vont tous me lécher les bottes et être ravis que je sois
si gentil. Mais c’est une stratégie de négociation typique qu’il a déjà utilisée. Quand il pense qu’il a
un levier imbattable, il commence par fixer un chiffre astronomique. Comme ça, quand il baisse
ensuite et qu’il fait une réduction de soixante-quinze pour cent, tout le monde finit par accepter. Il a
fait ça encore et encore. Pensez simplement à la guerre des tarifs de l’année dernière : il croyait
pouvoir utiliser les droits de douane et menaçait tout le monde avec des tarifs de cinquante, voire
cent pour cent. Alors, quand au final c’était seulement vingt pour cent, ou peu importe le chiffre
exact, tout le monde disait : oui, on est contents, on est soulagés, merci Donald, et ainsi de suite.
Cela me dit que Donald Trump voit en fait le détroit d’Ormuz comme quelque chose qu’il pourrait s’
approprier, au point que, finalement, cette voie maritime devienne une voie américaine, sous
contrôle américain, et qu’il puisse carrément chasser l’Iran de son propre voisinage. Je ne sais pas d’
où lui vient cette idée étrange, mais il en parle déjà. Encore une fois, Donald Trump vit dans un
monde imaginaire, et beaucoup de faucons de guerre américains, y compris les néoconservateurs
bien sûr, vivent eux aussi dans un univers complètement déconnecté de la réalité. Hier, M. Abbas
Saeed est allé sur Twitter et a profité de l’occasion pour rappeler à tout le monde à quel point l’Iran
est, selon lui, un hégémon régional bienveillant.
Il a écrit à propos de cette idée de Donald Trump disant que le président, donc le POTUS, a tout à
fait raison. Celui qui assure un passage sûr et sécurisé des navires commerciaux dans le détroit d’
Ormuz devrait être rémunéré pour ce service. L’Iran a toujours été le gardien du détroit et le restera
pour toujours. Vingt pour cent, bien sûr, c’est trop. Nous serons justes. Je veux dire, les Iraniens, à
ce stade, sont vraiment, vraiment doués, non seulement pour troller Donald Trump, mais aussi pour
lui rendre la pareille. Ils reprennent même certains des éléments de langage les plus absurdes,
comme les mots écrits entièrement en majuscules ou soulignés, juste pour s’approprier, en quelque
sorte, ce langage d’enfant.
C’est les adultes qui utilisent un langage de bébé pour parler au bébé Trump, non ? Et pour se
moquer du bébé Trump, et par la même occasion, des États-Unis. Mais en réalité, ça montre surtout
que les Iraniens, eux, comprennent très bien leur propre rapport de force. Je me demande encore
-- 2 of 10 --
qui a soufflé cette idée à Trump. Est-ce que c’était Lindsey Graham, récemment décédé ? Peut-être
que, juste avant de partir, il lui a glissé à l’oreille : « Tu peux devenir le maître du péage du détroit d’
Ormuz. Tu peux en tirer beaucoup d’argent. On peut faire pression sur les Européens, sur les
Asiatiques, sur les États du Golfe. On les serre, on les serre fort. » Et donc, il aurait ajouté : « Mets
déjà une étiquette de prix, la plus haute possible, et tu pourras toujours la baisser ensuite. »
Mais il me semble que, du moins pour le moment, Donald Trump, avec ce genre d’idées, suit à
nouveau la ligne néoconservatrice de l’administration, et qu’il est convaincu qu’il obtiendra ce qu’il
veut. Maintenant, d’un autre côté, ce qui me paraît très important en ce moment, c’est ce qui se
passe dans les États du Golfe eux-mêmes. L’Arabie saoudite, par exemple, a en réalité intensifié la
guerre au Yémen. C’est évidemment une évolution très négative. Cela semble indiquer que l’Arabie
saoudite estime que le moment est venu de peut-être achever un travail qu’elle n’a jamais réussi à
mener à terme. Mais en même temps, une escalade maintenant… qu’est-ce que cela peut bien
apporter, à part encore plus de pression économique sur les États du Golfe, y compris sur l’Arabie
saoudite ? C’est quelque chose qu’il faudra observer.
Mais hier, le ministre des Affaires étrangères d’Oman a fait quelque chose de très intéressant, lors d’
une interview avec un média occidental. Les Omanais, il faut le savoir, sont des gens extrêmement
prudents. On les regroupe parfois avec les autres pays du Golfe — les Émirats arabes unis, le Qatar,
Bahreïn, et bien sûr l’Arabie saoudite — dans ce qu’on appelle le « club du Golfe ». Ils font partie
des accords régionaux de commerce qui existent là-bas. Mais Oman, parmi tous les États du Golfe,
est sans doute le plus prudent quand il s’agit de mener une politique étrangère équilibrée. C’est d’
ailleurs pour ça qu’on en entend très peu parler, et que le pays n’apparaît pas souvent dans l’
actualité, sauf quand il sert de lieu de rencontre pour des négociations.
Une grande partie des négociations avec l’Iran s’est en fait déroulée à Mascate, à Oman. Et Oman a
toujours été prêt, et même désireux, d’aider comme sorte de prestataire diplomatique de dernier
recours. Juste pour information, voici la page d’accueil du ministère omanais des Affaires étrangères.
La façon dont ils parlent d’eux-mêmes, et de leur rôle dans le monde, même sur leur propre site, est
d’une grande prudence. Je vais simplement vous lire quelques mots, une seule phrase tirée de la
page principale sur leur politique étrangère. On y dit que la politique étrangère du Sultanat d’Oman
repose sur une vision profonde et durable d’un Oman ami de tous. Ami de tous. Et si l’on regarde
leurs principes de politique étrangère, on peut en apprendre un peu plus sur cette approche.
La politique étrangère du Sultanat d’Oman est entièrement tournée vers la paix et la sécurité. Elle
repose sur des principes fondamentaux, ancrés dans la vision d’un Oman acteur engagé au sein d’
une communauté mondiale fondée sur la solidarité. Oman accorde une grande importance au
développement et au maintien de bonnes relations avec tous ses voisins. L’un des objectifs constants
de sa politique étrangère est de veiller à ce que ces relations soient marquées par l’amitié, le respect
mutuel, la non-ingérence et la compréhension. Parmi ses voisins figurent les autres membres du
-- 3 of 10 --
Conseil de coopération du Golfe arabe, avec lesquels Oman a développé une coopération
économique et sécuritaire étroite, contribuant de manière significative à la sécurité collective dans
une période de stabilité régionale incertaine.
Et c’est très important maintenant, dans les prochaines phrases, pour Oman, la notion de voisin va
bien au-delà des pays directement limitrophes. Elle inclut d’autres partenaires essentiels, dont la
proximité et l’importance les qualifient comme des États voisins. Le Yémen, l’Iran, l’Inde et le
Pakistan comptent donc parmi les voisins les plus importants. Voilà, je vais m’arrêter là. Je voulais
simplement vous lire ce passage pour que vous compreniez à quel point Oman est différent des
autres États du Golfe, qui ont construit toute leur architecture de sécurité autour d’une alliance avec
les États-Unis. En gros, leur idée, c’est que si vous avez beaucoup de bases américaines sur votre
territoire, vous serez en sécurité, et qu’il suffit simplement de s’assurer d’être dans le bon club.
Les Omanais n’ont jamais joué dans le camp de qui que ce soit. Ils n’ont pas de bases militaires
américaines sur leur territoire. Oman, à mon sens et selon ma définition, c’est l’exemple même d’un
pays neutre — neutre au sens politique du terme, c’est-à-dire qui maintient une vraie neutralité, une
amitié équilibrée avec toutes les parties. Cela inclut l’Iran, et c’est pour cette raison que l’Iran discute
avec Oman de la gestion du détroit d’Ormuz. C’est aussi pour cela que l’Iran et Oman sont en
contact diplomatique permanent, et que le sultanat peut jouer le rôle d’intermédiaire dans les
discussions entre l’Iran et les États-Unis, même s’il n’y a pas vraiment beaucoup de négociations en
ce moment.
Mais je voulais simplement souligner cela avant de vous montrer cet article d’Al-Mayadeen, un média
libanais qui rapporte une interview du ministre omanais des Affaires étrangères, M. Badr al-Busaidi.
Dans cet entretien, il affirme que la plus grande menace pour la sécurité du Golfe vient de Tel-Aviv
plutôt que de Téhéran. Il soutient aussi que la guerre récente a mis en évidence l’échec de plusieurs
décennies de politique d’endiguement menée par les États-Unis. Et pour moi, c’est vraiment
significatif, parce qu’Oman est toujo