L’Occident en pleine crise psychologique | Avec le thérapeute Benjamin Schoendorff

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Benjamin Schoendorff soutient que les dynamiques psychosociales de la violence internationale contemporaine sont indissociables des structures matérielles impériales : un « empire blanc » de 500 ans produit des identités collectives qui extériorisent la souffrance et légitiment la domination. S’inspirant de la théorie des cadres relationnels et d’un récit développemental du soi, Schoendorff situe la souffrance mentale et la suprématie narcissique dans des systèmes de sens appris — des couches d’identité formées durant l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte — qui positionnent certains comme intrinsèquement plus ou moins dignes. Il affirme que l’individualisme néolibéral intensifie la séparation, favorisant des récits collectifs exclusionnaires (raciaux, civilisationnels, transhumanistes) qui aboutissent à des élites sociopathes dont le mépris pour l’humanité partagée alimente des politiques génocidaires. Sur le plan clinique, Schoendorff préconise une psychologie de la libération aidant les individus à démanteler les couches d’identité toxiques et à choisir l’égalité de dignité humaine, tout en couplant politiquement l’analyse psychologique et l’analyse matérielle pour expliquer p

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## Introduction La thèse centrale qui émerge de cet échange est à la fois simple et radicale : l’Occident traverse une crise psychologique profonde, liée à cinq siècles d’impérialisme et à une forme de narcissisme colonial qui transforme les vies humaines et la nature en simple capital. Ce diagnostic ne se contente pas d’énoncer un malaise moral ; il cherche à articuler une analyse matérialiste des structures de pouvoir avec une compréhension fine des processus psychiques — depuis la formation précoce du « moi » jusqu’aux identités collectives qui légitiment ou contestent l’ordre mondial. L’entretien met en relief une double exigence : comprendre comment les dynamiques géopolitiques produisent des configurations psychiques, et penser des voies de libération psychologique qui soient solidaires et politiques plutôt qu’individuelles et isolées. ## Parcours de Benji et théorie centrale Le parcours intellectuel et clinique présenté dans l’échange éclaire la manière dont une sensibilité politique (marxiste, anti-impérialiste) peut se conjuger à une pratique thérapeutique. Benjamin Schoendorff raconte comment son engagement de jeunesse et son expérience personnelle de souffrance mentale l’ont conduit à la psychologie clinique, puis à l’étude approfondie de la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) et de la théorie des cadres relationnels. Là où beaucoup séparent rigoureusement l’analyse géopolitique et l’analyse psychologique, Schoendorff propose de les unifier : comprendre l’empire et ses manifestations psychiques exige de relier la matérialité des rapports de force aux formes de sens et de subjectivation qui se construisent dès l’enfance. La théorie centrale qu’il mobilise n’est pas une métaphore abstraite mais un modèle empirique du développement humain : les êtres humains apprennent à relier des stimuli, puis à créer des relations dérivées — un processus qui produit le langage, le sens et une forme particulière de conscience. L’émergence du « moi, ici et maintenant », résultat d’un long apprentissage relationnel, devient le lieu où s’inscrivent à la fois la souffrance et la possibilité de transformation. Cette perspective offre une clé pour penser comment des structures sociales larges, comme le capitalisme impérial, façonnent des configurations affectives et identitaires durables. ## Narcissisme et pouvoir impérial L’un des apports les plus marquants de l’échange est la lecture du narcissisme non pas comme un trait psychologique individuel isolé, mais comme une modalité structurelle du pouvoir impérial. L’empire blanc, tel que décrit dans la conversation, fonctionne par une logique de transformation universelle : tout être, toute culture, toute relation vivante devient matière première pour extraire du profit et affirmer une supériorité ontologique. Le narcissisme impérial se manifeste alors par une dévalorisation systématique des autres formes de vie et d’existence — un mécanisme qui n’est pas seulement moralement condamnable, mais psychiquement structurant. Schoendorff souligne que cette dynamique atteint aujourd’hui une forme extrême avec des projets transhumanistes incarnant le rejet de l’humanité elle-même : désirer "quitter la planète" reflète une forme de haine de l’humain doublée d’un fantasme de maîtrise technique absolue. L’impérialisme, explique-t-il, ne se contente pas d’exploiter les ressources ; il fabrique des hiérarchies de valeur qui s’incarneront ensuite dans la psyché des individus et des collectifs. Ainsi, comprendre pourquoi certaines élites adoptent des visions apocalyptiques ou déshumanisées oblige à penser la continuité entre les rapports économiques, les représentations culturelles et les dispositifs émotionnels. Le narcissisme, sur ce plan, produit deux effets complémentaires : la création d’un "nous" survalorisé et la destruction projetée de l’"autre" — ce qui nourrit à la fois la domination et l’anxiété d’effondrement. L’explosion de figures politiques et économiques qui incarnent cette logique n’est pas un accident biographique, mais la manifestation d’un système qui favorise et récompense ces caractères. ## Capital des civilisations et identité La conversation propose une notion provocatrice : le capital des civilisations. Plutôt que de concevoir les civilisations comme des ensembles culturels intangibles, cette grille interprétative les voit comme des réservoirs de valeur symbolique, émotionnelle et matérielle qui peuvent être exploités. Le capital des civilisations inclut les récits fondateurs, les mémoires collectives, les pratiques spirituelles et le lien à la terre — autant de ressources que l’impérialisme a pillées ou redimensionnées pour en faire du profit. Schoendorff met en relation ce pillage culturel et la formation des identités individuelles. Les premières expériences formatrices — la construction du « je » et des relations au « toi » — se jouent dans des contextes sociaux spécifiques. Quand une civilisation est dévalorisée, colonisée ou détruite, les sujets issus de ces mondes subissent une double blessure : la perte matérielle et la dépossession symbolique qui altèrent la construction identitaire. Inversement, dans les centres impériaux, la négation de l’altérité produit un vide moral et psychique qui se compense souvent par des formes de supériorité narcissique. Cette lecture éclaire pourquoi les luttes pour la reconnaissance culturelle et la décolonisation ne sont pas marginales : elles touchent au cœur de la formation du sens et à la résistance contre des identités imposées. La psychologie de la libération, telle que présentée, ne consiste pas simplement à « aider les individus » mais à restaurer et protéger des formes de capital civilisationnel — langues, rituels, mémoires — pour permettre des subjectivités résilientes et plurales. ## Suivre Benji et conclusion L’échange se conclut sur une proposition pratique et militante : traiter l’Occident ne relève pas d’un traitement individuel d’élite mais d’une transformation collective. Schoendorff appelle à une psychologie engagée, qui articule interventions thérapeutiques et remises en cause politiques. Cela implique, dit-il, d’élaborer des pratiques cliniques sensibles aux contextes matériels et historiques, de reconnaître comment l’économie et l’empire sculptent les psychés, et d’orienter l’aide psychique vers des fins de solidarité et d’émancipation plutôt que de simple adaptation au statu quo. Suivre Benjamin Schoendorff, dans ce sens, c’est adopter plusieurs axes concrets : d’abord, intégrer des outils cliniques — issus notamment des thérapies basées sur la théorie des cadres relationnels — qui aident à décrisper des identités figées et permettre la reconnection à des valeurs collectives ; ensuite, penser des solidarités intercommunautaires qui visent à restaurer le capital des civilisations pillées ; enfin, promouvoir une critique politique radicale du capitalisme impérial comme fondement nécessaire de toute guérison psychologique durable. L’enjeu est aussi éthique : refuser que la souffrance humaine soit réduite à un problème individuel au service d’un ordre économique. La libération psychologique, observée ainsi, devient inséparable d’un combat pour la justice matérielle et la reconnaissance culturelle. Ce que la conversation met en lumière, c’est l’impossibilité d’une psychothérapie véritablement émancipatrice hors de ces combats : soigner sans remettre en cause les structures qui produisent la souffrance revient souvent à normaliser la domination. Enfin, la perspective de Schoendorff invite à une lecture dynamique de l’histoire et de la subjectivité. L’Occident, selon cette optique, n’est pas condamné à disparaître par une logique téléologique inévitable ; il est engagé dans une crise où ses formes psychopathologiques peuvent soit s’aggraver, soit être remisées par des processus de résistance et de transformation. Les mouvements de contestation mondiale — de la réaffirmation des mémoires colonisées aux luttes écologiques — so

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L’Occident en pleine crise psychologique | Avec le thérapeute Benjamin Schoendorff Le psychologue clinicien Benjamin Schoendorff explique pourquoi l’empire (blanc) vieux de 500 ans est aujourd’hui en train de se désagréger rapidement face à une résistance mondiale insurmontable à sa nature coloniale narcissique. Liens : Resistance is Fertile Substack : https://resistanceisfertilepodcast.substack.com Neutrality Studies Substack : https://pascallottaz. substack.com Notre boutique : https://neutralitystudies-shop.fourthwall.com Don : https://neutralitystudies.com/donate Chapitres : 00:00:00 Introduction 00:01:14 Psychologie et violence mondiale 00:06:22 Parcours de Benji et théorie centrale 00:15:15 Identité et souffrance mentale 00:22:31 Narcissisme et pouvoir impérial 00:46:13 Psychologie de la libération et résistance 00:53:49 Capital des civilisations et identité 00:58:01 Traiter l’Occident 01:04:04 Suivre Benji et conclusion #Pascal Bienvenue à tous dans *Neutrality Studies*. Je m’appelle Pascal Lottaz, et aujourd’hui je suis avec Benjamin Schöndorf, du podcast *Resistance is Fertile*. Bienvenue, Benji. #Benjamin Schoendorff Merci beaucoup de m’avoir invité dans ton émission, Pascal. Je crois que j’ai commencé à t’écouter il y a trois ou quatre ans, et j’adore la diversité de tes invités, la pertinence de tes questions, et aussi ton intérêt pour la psychologie. Quand j’ai vu que tu recevais quelques invités pour parler de ce sujet, je me suis dit : tiens, il faut que j’écrive à Pascal, peut-être qu’on pourrait avoir une conversation. Et nous voilà. #Pascal Tu as écrit un très bon e-mail, d’ailleurs un e-mail assez long. Et je me suis dit : bon, c’est tellement détaillé qu’il faut vraiment qu’on en parle. Pour donner un peu de contexte, je vais essayer de montrer sur quoi tu travailles. Voilà, c’est celui-ci… ton podcast *Resistance is Fertile*. Et j’espère qu’ on pourra faire évoluer la discussion vers ce que tu appelles la psychologie de la libération. Tu avais réagi au podcast que j’ai fait avec le docteur Neil McLaren, et, dans le meilleur sens du terme, tu avais des objections à ce qu’il disait. Et quand je dis “dans le meilleur sens du terme”, c’est parce que, bien sûr, dans le monde universitaire, quand on critique le travail des autres, ce n’est pas pour se mettre en avant. -- 1 of 21 -- Ce qu’on essaie de faire, c’est de se rapprocher d’une meilleure compréhension de la façon dont les choses fonctionnent. Et dans cet esprit, dans ce type de conversation un peu dialectique, j’aimerais entendre ta critique, peut-être, de l’approche du docteur Neil McLaren. Ensuite, j’aimerais savoir comment toi, en tant que psychologue clinicien, tu chercherais à comprendre ce qu’on a essayé de faire dans ce podcast. En gros, comment donner un sens psychologique à l’absurdité de la violence internationale qu’on observe aujourd’hui ? Est-ce qu’il existe une explication psychologique à toutes ces fichues guerres qui se déroulent en ce moment ? J’aimerais vraiment connaître ton point de vue là-dessus. #Benjamin Schoendorff Oui, enfin, je ne veux pas vraiment faire une critique de la conversation avec Neil McLaren. Mes remarques étaient plutôt d’ordre général. Il y a presque toujours une séparation entre, d’un côté, l’ analyse matérielle, géopolitique, politico-économique, et de l’autre, l’analyse psychologique. Je pense que, pour comprendre le monde, il faut vraiment tenir ces deux dimensions ensemble. Et la psychologie, qui reste une science encore très jeune, a manqué d’un ancrage solide dans la réalité matérielle. Je veux dire, sur les processus dont on parle, d’où ils viennent, comment ils apparaissent, et comment ils mènent à ce qu’on appelle les phénomènes psychologiques — qui vont du sens, du langage, de la conscience humaine, d’une certaine façon, jusqu’aux identités, à la fois individuelles et collectives. Et cette discussion, pour moi, eh bien, elle faisait beaucoup écho à ce que j’ai déjà vu par le passé. Des gens qui essaient, vous savez, on a ces vieux livres sur la pathologie des dirigeants du monde, et puis on parle d’Hitler, de Staline, de Mao, de Pol Pot, de Richard Nixon, et de tous ces personnages. Mais tout ça reste un peu détaché de ce qui se passe vraiment. Qu’est-ce qui fait que, à ce moment précis de l’histoire, ce genre d’individus arrive au sommet ? Le docteur McLaren parlait de la « crème » qui remonte à la surface, mais dans le sens le plus négatif du terme. Qu’est-ce qui fait que, aujourd’hui, cette « crasse », comme il l’appelle, remonte au sommet de ce que moi j’appelle l’empire blanc ? Cet empire, c’est une sorte de peste qui dure depuis cinq siècles, qui change sans cesse de forme, et qui n’a cessé de piller, de violer, d’extraire, et de détruire la vie sur cette planète. Il a détruit la vie humaine, nos expériences humaines, même les plus précieuses : nos spiritualités, notre lien à la terre, à nos ancêtres. Et il a aussi détruit, bien sûr, la nature elle-même. Au point que leur rêve, aujourd’hui, tel qu’il est incarné par des figures comme Elon Musk ou Peter Thiel, c’est littéralement de s’échapper de l’humanité, parce qu’au fond, ils détestent profondément l’humanité. Donc, c’est ça, le transhumanisme : une tentative de quitter cette planète pour aller en coloniser une autre. Et le mot lui-même est très chargé, tu vois. Et je pense que, quand ils l’emploient, c’est pour exprimer l’essence même de ce qu’est, au fond, ce système qu’on appelle le capitalisme — mais aussi l’impérialisme —, c’est-à-dire transformer chaque être vivant, chaque expérience humaine, en cette matière morte qu’on appelle le profit. Alors moi, je pars d’une analyse très matérialiste, -- 2 of 21 -- marxiste à bien des égards. Mais ensuite, je me demande : d’accord, et la dimension psychologique, qu’est-ce qu’on en fait ? Et en réalité, les deux vont ensemble. On ne peut pas complètement séparer l’un de l’autre. C’était donc ma critique principale, pas spécialement à l’égard du docteur McLaren lui-même, mais plutôt de cette tendance à importer des concepts psychologiques tels quels dans l’analyse politique, et du coup, ils se retrouvent un peu à flotter dans le vide. #Benjamin Schoendorff Oui, c’est assez intéressant. #Pascal Vous savez, on a toujours ce problème, non ? Soit on plonge très profondément dans le particulier, y compris dans la psychologie, dans la psychologie individuelle de, vous voyez, Mao, Hitler, Trump, et ainsi de suite, et on essaie d’expliquer à partir de là. Soit on reste au niveau du système, et on dit : non, non, non, regardez, c’est le système qui produit ces personnes. Et en fait, on retrouve la même chose dans les relations internationales, n’est-ce pas ? Il y a des gens comme Brian Berletic qui disent : regardez, ce n’est pas Israël qui dirige la politique étrangère des États-Unis ; c’est l’empire américain qui crée l’illusion qu’Israël dirige la politique étrangère américaine, parce que tout ça s’ inscrit dans le système qui a été construit. Et on se retrouve toujours quelque part entre les deux. Est-ce que vous pourriez nous parler un peu de votre approche à ce sujet, et peut-être la relier un peu à votre parcours ? Je veux dire, comment en êtes-vous venu à la psychologie clinique, et comment regardez-vous tout cela aujourd’hui ? #Benjamin Schoendorff J’étais un militant marxiste quand j’étais étudiant à l’université d’Oxford, où j’ai fait ma thèse de licence sur Marx. J’ai été recruté dans un tout petit groupe trotskyste anti-impérialiste que je dirigeais là-bas. J’ai même réussi à convaincre Keir Starmer, qui est aujourd’hui Premier ministre — ce qui prouve, évidemment, à quel point mes talents en éducation politique à long terme étaient désastreux. Puis le néolibéralisme a tout envahi, et j’ai fini par perdre espoir dans la possibilité du changement, si on veut. En fait, je suis anti-impérialiste depuis que j’ai dix ans, depuis le onze septembre mille neuf cent soixante-treize. J’avais un oncle vietnamien communiste, et il m’a dit : « C’ est la CIA ». Je l’ai cru. Et, effectivement, c’était bien la CIA. À partir de ce jour-là, j’ai détesté l’ empire. Et donc, vous savez, c’était très difficile pour moi de ne voir aucune façon de faire tomber tout ça. J’ ai moi-même traversé une période de souffrance mentale, et finalement, je suis devenu psychologue clinicien, il y a environ vingt ans. Je me suis intéressé à une approche qu’on appelle la thérapie d’ acceptation et d’engagement, fondée sur une théorie connue sous le nom de théorie des cadres relationnels. C’est une théorie que j’étudie depuis dix-sept ans, et que je commence à voir comme une sorte de chaînon manquant pour proposer une analyse concrète de cette qualité si particulière -- 3 of 21 -- de l’expérience mentale humaine. Vous voyez, il y a quelque chose de très intéressant là-dedans. Je crois que le monde est fait d’une seule et même chose. C’est moins confus que ces idées dualistes où il y aurait deux choses, parce que dans ce cas, il faut encore expliquer comment elles se relient entre elles. Et donc, tout vient de cette seule chose. On peut l’appeler l’esprit, ou la matière, peu importe pour moi. Mais il se passe quelque chose chez les humains. On apprend à relier les choses entre elles, n’ est-ce pas ? C’est un processus de base, qu’on observe aussi chez d’autres animaux. Comme avec les chiens de Pavlov : quand on fait sonner la cloche, le chien associe le son de la cloche à la nourriture. Et une partie de ce que la nourriture provoque chez le chien — saliver, se diriger vers la gamelle — la cloche va désormais le déclencher aussi. C’est donc un processus très large, qu’on peut observer facilement. Mais chez les humains, on apprend à faire ces associations très tôt, quand on est tout petits, quand on est encore des bébés. Et puis, un jour, on fait quelque chose que seuls certains humains peuvent faire — la grande majorité, mais seulement ceux qui finissent par parler — on commence à établir ce qu’on appelle des relations dérivées, qui ne sont pas apprises directement. On ne peut pas faire ça avec les animaux, n’ est-ce pas ? Et là, tout à coup, si on apprend que ceci est identique à cela, on en déduit que cela est identique à ceci. Et en faisant ça, les fonctions — ce que ça te fait ressentir, la façon dont ton corps réagit — changent aussi, tu vois ? Quelque chose de neutre, comme une cloche, un son, ou plus tard un symbole, un concept, commence à acquérir certaines fonctions, qu’on appelle des émotions, et ça te pousse soit à t’en approcher, soit à t’en éloigner. C’est très basique. Mais une fois que tu as ça, tu commences à faire cette activité, ce comportement de dériver des relations — un comportement de plus en plus complexe. Cela donne naissance au sens. Cela donne naissance au langage. Et à un certain moment, cela donne aussi naissance à la conscience humaine, parce qu’on apprend trois types de distinctions. D’ abord, une distinction spatiale, entre ici et là-bas. Ensuite, une distinction temporelle, entre maintenant et plus tard. Et enfin, une troisième distinction, qui est à la fois spatiale et interpersonnelle : la distinction entre toi, moi et les autres, d’accord ? Et cette troisième distinction est très importante. On y reviendra plus tard, parce que, d’une certaine manière, quand on fait cette distinction, on fait une expérience très particulière : celle de se reconnaître à la fois semblable aux autres humains, et différent, dans le sens où moi je suis ici, et toi, tu es là. #Pascal Et celui-là, en fait, ça prend pas mal de temps, non ? Les enfants mettent environ deux ou trois ans avant de comprendre la différence entre « tu » et « je ». Parce qu’au début, on leur parle toujours en disant « tu ». Du coup, ils se mettent à parler d’eux-mêmes en disant « tu », jusqu’à ce qu’ils comprennent : ah non, attends, le « je » c’est celui de l’autre, donc je dois dire « je » pour moi. Mais ça, ça prend un certain temps. -- 4 of 21 -- #Benjamin Schoendorff Waouh. Et c’est