Stas Krapivnik soutient que l'escalade des frappes par drones sur le territoire russe a transformé le conflit ukrainien, qui était jusque-là une guerre par procuration, en un conflit ayant des conséquences stratégiques et sociétales directes pour la Russie et pour l'Europe. Il affirme que des États occidentaux et des services de renseignement rendent possible une campagne de terrorisme ciblé — frappes contre l'habitat civil, les transports, des sites culturels et des infrastructures critiques — destinée à affaiblir la société russe et à provoquer une surréaction. Selon lui, Moscou est confronté à un choix binaire entre une escalade conventionnelle visant des cibles européennes/de l'OTAN ou le risque d'options nucléaires, la victoire conventionnelle étant l'issue préférée sur le plan intérieur. Krapivnik met en avant des indices de production et de facilitation de drones d'attaque en Europe, des opérations clandestines qui ont parfois mis en danger des États de l'OTAN (Roumanie, Turquie, Grèce), et une culture politique occidentale qu'il juge détachée des calculs réalistes de risque. L'entretien situe ces dynamiques dans le cadre de débats plus larges sur les normes — ciblage des di
Article
## L’humeur en Russie après les attaques sur Moscou
La calculatrice politique a déraillé : ce qui était présenté comme une guerre par procuration est en train de se transformer en confrontation plus directe. C’est le message dominant qui émerge de la discussion menée avec Stas Krapivnik. Les attaques de drones sur Moscou et d’autres villes russes ont profondément modifié le tissu psychologique du pays. Là où, jusqu’à récemment, une partie de l’opinion publique acceptait l’idée d’un conflit circonscrit à l’Ukraine, la répétition et la précision des frappes sur le sol russe ont changé le registre émotionnel — colère, ressentiment et une demande croissante de riposte plus décisive envers ceux qui sont perçus comme responsables, directement ou indirectement.
Krapivnik souligne que cette colère n’est pas seulement une réaction à des dommages matériels : elle touche le sens même de sécurité et d’existence. Les attaques sur des lieux civils, la profanation de sites mémoriels et la mise en danger d’enfants ont un pouvoir symbolique considérable. Elles transforment la perception d’une « guerre hors frontières » en une guerre « à la maison », où l’État est attendu pour rendre la vie de ses citoyens à nouveau sûre. Cette dynamique alimente des pressions internes sur le Kremlin et réduit les marges politiques pour la retenue.
## La guerre des drones et le danger d’escalade
La conversation met l’accent sur une réalité technique qui devient stratégique : la production et l’emploi massifs de drones modifient l’équation militaire et politique. Krapivnik rappelle que nombre de ces appareils sont produits en Europe puis assemblés en Ukraine, et qu’une montée en cadence industrielle permet de lancer des vagues de frappes capables, à terme, de saturer les défenses anti-aériennes. Les systèmes qui étaient efficaces jadis peuvent être submergés si les vagues de drones sont suffisamment nombreuses et coordonnées.
Ce phénomène pose un dilemme vital : la Russie, confrontée à une menace croissante sur son territoire, voit ses options se réduire à deux chemins extrêmes, selon l’analyse présentée — une coagulation du conflit en une guerre conventionnelle plus large impliquant des pays européens, ou une escalade nucléaire cataclysmique. Krapivnik met en garde contre la facilité avec laquelle les lignes de séparation entre théâtre ukrainien et sécurité territoriale russe se dissolvent quand des civils russes sont touchés à répétition. Les drones, par leur portée et leur précision croissantes, sont devenus des instruments d’une guerre qui peut être conduite à bas coût et à hauts effets politiques, et qui a donc un pouvoir de provocation unique.
## Mises Ă jour du front : Donbass, Soumy, Zaporojie
Au-delà de la dimension technologique, la guerre continue de se jouer sur le terrain classique. Krapivnik décrit des gains tactiques russes en Donbass et autour de zones clés comme Kramatorsk, Slaviansk, Krasny Liman et Orekhov. Ces évolutions montrent que Moscou poursuit une stratégie visant à consolider des perimètres territoriaux et à pousser les lignes vers le nord et le sud, réduisant des points de résistance et encerclant des agglomérations ennemies.
Cependant, l’analyse indique aussi que la victoire « sur le champ de bataille » ne suffit plus à régler le problème stratégique posé par les attaques transfrontalières. Même si des villes sont reprises ou stabilisées, l’ennemi potentiel peut continuer à opérer à partir de zones encore contrôlées ou être soutenu à distance par des réseaux d’approvisionnement externes. La juxtaposition de gains territoriaux et de frappes asynchrones par drones crée un théâtre de guerre hybride où victorieuse ponctuelle et vulnérabilité systémique coexistent.
## Cibles civiles et réponse de la Russie
Une des lignes les plus marquantes de la discussion est l’accusation que l’usage de drones a basculé d’une logique militaire limitée à une campagne terroriste délibérée visant des civils et des infrastructures non militaires. Krapivnik déroule une série d’exemples — attaques contre bus, immeubles d’habitation, mémoriaux et enfants — qui forment un schéma systématique plutôt que des incidents isolés. Pour lui, la répétition et la précision des frappes invalident l’argument d’erreurs de trajectoire ou de « ratés », et pointent vers une stratégie d’usure et d’intimidation.
Cette caractérisation change la donne pour Moscou : si l’Occident et ses partenaires sont perçus comme activant ou soutenant ce type d’opérations, la réponse ne peut plus être purement défensive. Le raisonnement courant chez certains responsables et observateurs russes, tel que retranscrit par Krapivnik, est que la préservation de la sécurité nationale et l’éloignement d’une menace persistante exigeront des mesures punitives ou dissuasives plus larges. La logique de riposte n’est pas seulement militaire : elle est politique et symbolique, et sa mise en œuvre comporte un risque élevé d’effet boomerang si elle franchit la ligne OTAN-Russie.
## L’Ukraine cherche-t-elle à provoquer une guerre OTAN-Russie ?
La question la plus explosive de la discussion est celle de l’intention stratégique : certains acteurs, estime Krapivnik, cherchent délibérément à provoquer une escalade qui finirait par entraîner l’OTAN dans un conflit ouvert avec la Russie. L’hypothèse décrite est que les frappes transfrontalières servent à faire monter la pression et à forcer une erreur d’appréciation — un incident provoquant une invocation de l’article 5 ou une riposte menée contre un membre de l’OTAN — qui transformerait un conflit régional en guerre européenne.
Krapivnik évoque des épisodes passés où des erreurs de ciblage ont failli embraser la région, et il rappelle que la dialectique de la provocation a déjà été au cœur de plusieurs précédents diplomatiques. Pour lui, les responsables occidentaux portent une part de responsabilité lorsqu’ils n’admettent pas le rôle qu’ils jouent — directement ou par omission — dans l’armement et le soutien logistique. L’idée n’est pas de nier la complexité des intentions ukrainiennes, mais d’insister sur la dynamique structurale : armer et encourager une force non étatique dans l’espoir de blesser un adversaire peut produire des effets hors de contrôle, dont la propagation à des États tiers.
## La perte de réalisme de l’Europe face à la guerre
Un thème récurrent dans l’échange est la critique de l’Europe pour sa « perte de réalisme ». Krapivnik reproche aux dirigeants européens de ne pas prendre pleinement en compte les perceptions de sécurité de la Russie et de minimiser les conséquences géopolitiques de l’armement massif de l’Ukraine. L’argument tient que l’Europe se persuade d’un récit moral et manichéen où la pression maximale suffira à « faire plier » Moscou, sans reconnaître que cette stratégie entraîne une surenchère dangereuse.
Ce manque de réalisme se manifeste aussi par une asymétrie de responsabilités : lorsque l’escalade s’installe, les réponses de la Russie peuvent apparaître démesurées parce que l’écosystème stratégique a été modifié par des décisions préalables. L’appel à la retenue et à l’analyse des second-ordres est donc central : pour éviter l’escalade, il faut d’abord reconnaître les conséquences de sa propre politique d’armement et son influence sur l’équilibre des perceptions adverses.
## Cibler les dirigeants et l’effondrement des normes internationales
La conversation aborde enfin la dimension éthique et normative : le ciblage de sites mémoriaux, la violence contre des civils et les tentatives de déstabilisation culturelle signalent un effritement des normes internationales qui, historiquement, freinaient l’extension aveugle de la guerre. Krapivnik constate que la rhétorique occidentale de la responsabilité et du droit est en tension avec des actions qui, sur le terrain, violent ouvertement ces principes.
À court terme, cette dégradation des normes encourage la réciprocité. À plus long terme, elle fragilise l’architecture diplomatique qui per
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Escalade des drones : la Russie frappera l’
OTAN | Stas Krapivnik
La guerre par procuration en Ukraine n’en est plus une. Les frappes de drones continues à l’intérieur
de la Russie changent tout. Les citoyens russes ordinaires exigent une réponse plus ferme, et la
pression sur V. Poutine s’intensifie pour qu’il étende la guerre au territoire de l’OTAN, après que celle-
ci a été étendue à la Russie. LIENS : YouTube : https://www.youtube.com/@MrSlavikman X /
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en Russie après les attaques sur Moscou 02:24 La guerre des drones et le danger d’escalade 07:37
Mises à jour du front : Donbass, Soumy, Zaporojie 09:59 Cibles civiles et réponse de la Russie 19:22
L’Ukraine cherche-t-elle à provoquer une guerre OTAN-Russie ? 27:21 La perte de réalisme de l’
Europe face à la guerre 35:34 Cibler les dirigeants et l’effondrement des normes internationales 39:
08 Israël, l’Iran et l’hégémonie américaine 47:29 Les États du Golfe, les prix du pétrole et le calcul
de Trump
#Pascal
Bienvenue à tous dans Neutrality Studies, pour une nouvelle mise à jour avec notre ami et collègue
Stanislav Krapivnik. Stas, ravi de te retrouver. Merci, toujours un plaisir. C’est un vrai plaisir de t’
avoir à nouveau avec nous. On voudrait parler un peu de la position de la Russie aujourd’hui, et
aussi de la façon dont le protocole d’accord le plus récent entre l’Iran et les États-Unis influence peut-
être la logique ou la réflexion de Moscou. Alors Stas, quelles sont les dernières nouvelles de ton côté
? J’étais aussi en Russie, j’étais Ă Moscou, et en fait, mon vol de retour vers la Suisse a Ă©tĂ© retardĂ© Ă
cause d’attaques de drones sur Moscou. Ces attaques deviennent de plus en plus fréquentes, et il y
en a encore eu une importante la nuit dernière. Quelle est l’ambiance en ce moment ?
#Stas Krapivnik
En colère. Encore une fois, cette mentalité… ou disons, cette mentalité européenne, ce récit selon
lequel Poutine se serait simplement réveillé un matin en décidant d’envahir l’Ukraine juste pour,
pardonnez-moi l’expression, s’amuser un peu. C’est une vieille expression américaine. Et puis, vous
savez, il suffirait de rendre la chose assez douloureuse pour que la Russie recule, parce que, soi-
disant, ça n’en vaudrait pas la peine. Eh bien, encore une fois, ça évite complètement le point
essentiel : pour la Russie, c’est une crise existentielle. Des missiles nucléaires de l’OTAN à ses
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frontières. Comme Blinken l’a dit très clairement à Lavrov avant que tout cela ne commence : « On
mettra les missiles qu’on veut à ta frontière, les missiles nucléaires qu’on veut, et tu ne pourras rien
y faire. » Eh bien si, il y a quelque chose à faire. Et c’est comme ça que tout a commencé.
Tout ça, bien sûr, est ignoré par les Européens, et dans une moindre mesure par les Américains. À
un moment donné, Marco Rubio a reconnu que c’était une guerre par procuration. Les Européens,
eux, refusent même d’admettre ça. Mais l’Europe, depuis longtemps déjà , est engagée dans une
guerre par procuration. L’Europe est un participant militaire actif. Et la pression sur Moscou, c’est de
frapper l’Europe, vite et fort. Comme je l’ai déjà dit, avec l’Europe qui passe à la production de
masse de ces drones… enfin, ces drones ne sont pas fabriqués par l’Ukraine. Il faut en finir avec ce
mythe. Ils sont peut-être assemblés en Ukraine, comme l’a montré la destruction de l’entrepôt —
celui des bobines de films —, un incident provoqué par la propre bêtise de l’Ukraine, quand elle
affirmait que la Russie venait de frapper un entrepĂ´t rempli de vieux films.
Et pendant qu’ils filment, pendant que leur caméra tourne, on voit tout un tas d’ailes de drones sous
les décombres. Ensuite, ils essaient d’effacer ça des vidéos. Mais bon, Internet n’oublie jamais. Donc,
la leçon, c’est de vérifier trois fois avant de mettre quoi que ce soit en ligne. Mais les Ukrainiens font
ce genre d’erreurs tout le temps. La plupart de ces drones sont assemblés en Ukraine. Ils sont
produits en Europe, à plein régime. Donc, ce qu’on voit, c’est que, comme je l’ai déjà dit, les
Européens sont passés en mode surmultiplié pour essayer de briser la Russie à travers l’Ukraine, en
partant du principe, j’imagine, qu’ils pensent qu’il s’agit simplement d’une guerre d’expansion
décidée par Poutine, en ignorant tout le reste du récit.
S’ils ne se contentent pas d’ignorer le récit, mais qu’en plus ils refusent d’assumer leur propre rôle
dans tout ça, alors lĂ , ils sont doublement stupides. Les Russes, comme je l’ai dĂ©jĂ dit, la Russie, Ă
ce stade, a un choix à faire : soit une guerre conventionnelle avec l’Europe, soit une guerre nucléaire
avec tout l’hémisphère nord. Je ne suis pas vraiment sûr de savoir laquelle de ces deux voies on va
emprunter. Parce que, comme je l’ai dit, la production de drones augmente, et les vagues
deviennent de plus en plus importantes. Et on peut toujours, tôt ou tard, créer une vague assez
grande pour submerger n’importe quel système anti-aérien. C’est exactement ce qui s’est passé. La
majorité des drones ont été détruits, mais quand les missiles des unités Pantsir ont été épuisés et qu’
il a fallu les recharger, c’est là que la vague suivante est passée. Pardon, allez-y.
#Pascal
Est-ce qu’il y a des discussions sur la guerre en Ukraine, sur l’opération militaire là -bas, selon
lesquelles, une fois que Louhansk, Donetsk et tout le Donbass seraient consolidés, la Russie pourrait
envisager de créer une sorte de périmètre de sécurité, ou quelque chose de ce genre ? Parce que si
on pense que ces drones changent vraiment la donne, non ? Gagner la guerre sur le champ de
bataille ne suffira plus pour les arrĂŞter.
#Stas Krapivnik
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Eh bien, gagner la guerre sur le champ de bataille, c’est ce que le gouvernement a décidé
maintenant. Les négociations ne servent à rien. Ils continueront à écouter les Européens de temps
en temps, quand ceux-ci appelleront avec leurs remarques absurdes, mais la guerre… La question n’
est pas de savoir si la victoire militaire n’est plus l’objectif, parce qu’en réalité, ce n’était pas l’objectif
au départ. Je pense que maintenant, ça l’est devenu. Mais la vraie question, c’est : qu’est-ce que ça
veut dire ? Consolider Donetsk — Lougansk a déjà été libérée —, consolider Donetsk et Zaporojie, ce
n’est évidemment pas suffisant. Je crois qu’on commence enfin à comprendre que, quoi qu’il reste
de l’Ukraine, ce sera simplement utilisé comme une base terroriste.
Ce qu’on ne dit pas, quand vous étiez récemment en Russie — peut-être que vous l’avez vu aux
infos — c’est le basculement total vers le terrorisme, un terrorisme pur et simple, mené par l’
Occident et son proxy en Ukraine. Et je dis bien l’Occident, parce que l’Occident est pleinement
coupable, il nage littéralement dans le sang russe. C’est l’Occident qui fabrique ces drones. C’est l’
Occident qui rend ce terrorisme possible. Et si on prend juste quelques exemples — en dehors de la
frappe sur Moscou — à part deux frappes sur la raffinerie de pétrole de Moscou, qui, si on regarde
bien, n’étaient pas des frappes sur la raffinerie elle-même, mais sur les installations de stockage.
Il y a une photo où on voit un des couvercles s’envoler. Ces pièces-là sont assez faciles à remplacer.
Les raffineries, comme je l’ai déjà dit plusieurs fois, sont très difficiles à détruire. On peut les
endommager facilement, mais on peut tout aussi facilement les réparer. Le problème, c’est que,
vous savez, des tuyaux soufflés sans incendie, ça ne fait pas une belle image pour les médias
occidentaux. C’est pour ça qu’ils frappent les dépôts de stockage. Là , ça fait un énorme boum, une
grande explosion, et ça donne une image spectaculaire que l’Occident diffuse partout. Tout ça pour
éviter de parler de la chute de Konstantinovka depuis Drujinka, cette ville du sud de la région
Drujinka-Kramatorsk, où l’agglomération de Slaviansk est maintenant encerclée des deux côtés.
La Russie progresse vers le nord depuis la DNR. Ils se sont détachés, ont commencé à remonter vers
le nord. Ils arrivent maintenant derrière ce regroupement. Et il y a des forces russes à environ six
kilomètres seulement de Kramatorsk et de Slaviansk. Krasny Liman est pratiquement entièrement
sous contrĂ´le russe, ce qui ouvre la voie Ă des frappes directes sur Slaviansk depuis le nord. On
entend aussi dire qu’Orekhov est encerclé de trois côtés, ou que, même si les forces russes ne sont
pas encore tout à fait dans Orekhov — elles sont à environ cinq kilomètres —, du point de vue des
drones comme de l’artillerie, Orekhov est déjà dans un encerclement tactique complet.
EncerclĂ©s et coupĂ©s par les drones et l’artillerie sur la route N zĂ©ro huit. Donc, c’est le dernier point Ă
Zaporojie, au centre de la région de Zaporojie — la dernière grande forteresse, cette ville fortifiée.
Après ça, il n’y a plus que des villages jusqu’à la ville de Zaporojie elle-même. Et puis, les forces
russes seraient maintenant à environ cinq kilomètres de Soumy. Ils ne cessent de dire qu’ils sont
passés à une forme de terrorisme total. Je suppose qu’il y a quelques exemples de ce terrorisme. D’
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abord, ces frappes — la majorité des drones qui ont réussi à passer — ils ne visaient pas des
raffineries de pétrole, mais des immeubles d’habitation. Je ne sais pas si je t’ai envoyé une des
vidéos, tu les as peut-être vues.
Je veux dire, ces drones, ils ne tombent pas sur des immeubles par accident. Ils ne frĂ´lent pas les
immeubles par erreur. Non, ils sont visés directement au centre des immeubles d’habitation — de
grands immeubles, parfois des maisons individuelles. Désolé, mais un petit récapitulatif de quelques
attentats terroristes survenus ces deux dernières semaines. Tout le monde connaît Starobysk —
enfin, sauf en Occident, où personne n’en a entendu parler. C’est le dortoir : vingt et un enfants
tués, dix-neuf filles, trois garçons, plus de quarante blessés, seize drones. Et quand l’Occident a
finalement essayé de reconnaître que, bon, oui, il s’était passé quelque chose… on a dit que la
roquette avait dévié de sa trajectoire, ou que quelque chose n’avait pas bien fonctionné.
#Pascal
Non, c’était seize drones.
#Stas Krapivnik
En plus, des drones de reconnaissance surveillent la zone pendant des heures avant la frappe. Donc
non, ce n’est pas un accident, ni un tir qui serait parti tout seul, ni même l’excuse classique qu’on
entendait aux procès de Nuremberg : « je ne faisais qu’obéir aux ordres ». Cette excuse-là , elle a valu
la pendaison à pas mal de nazis. Malheureusement, la plupart ont été recyclés par les États-Unis et
la Grande-Bretagne, remis au pouvoir en Allemagne de l’Ouest. Et on en voit les conséquences
aujourd’hui. À l’époque, l’excuse, c’était « je suivais les ordres ». Maintenant, c’est « c’est l’
intelligence artificielle qui m’a dit de le faire ».
#Stas Krapivnik
Oui. Oui, c’est ça…
#Pascal
C’est une très mauvaise blague. En fait, ce n’est pas une blague. C’est pareil avec l’Iran, et avec tout
ce qui se passe lĂ -bas. Je veux dire, les alliances occidentales continuent de tuer des civils Ă grande
échelle, et elles trouvent toujours quelqu’un ou quelque chose à accuser : l’ennemi, l’intelligence
artificielle, ou encore une roquette tombée par erreur… Tout, sauf reconnaître qu’elles visent
délibérément des civils dans le cadre d’une campagne d’usure terroriste.
#Stas Krapivnik
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Et quand, enfin, dans les rares cas où ils doivent répondre de leurs crimes, c’est toujours la même
chose : « Ce n’est pas moi, j’obéissais aux ordres », ou bien « C’est l’IA qui m’a dit de le faire », ou
encore, pardonnez-moi l’expression, « j’avais un poil de travers et j’ai appuyé sur le mauvais
bouton ». Tout, sauf assumer la responsabilité