Radhika Desai soutient que les récentes actions des États-Unis à l’égard de l’Iran mettent au jour une puissance américaine fragile et déclinante, embourbée dans un bourbier au Moyen-Orient. Elle interprète le discours de Trump sur l’Iran comme un théâtre politique incohérent né d’un échec intérieur : incapables d’apporter des améliorations économiques, les responsables se tournent vers le militarisme pour fabriquer une victoire. Selon elle, la résistance soutenue de l’Iran a dégradé le contrôle régional des États-Unis, porté atteinte aux bases et à la portée du renseignement, et provoqué un choc pétrolier rappelant les années 1970, accélérant une réévaluation mondiale des garanties de sécurité occidentales. Desai inscrit cela dans une trajectoire plus longue : le néolibéralisme américain, la financiarisation et la surextension impériale ont creusé l’industrie et la légitimité intérieures, limitant les « carottes » pour construire des alliances et contraignant à recourir à des « bâtons » chaotiques. Le résultat est un reflux mondial croissant et une érosion de la cohésion de l’OTAN, les alliés doutant de la fiabilité américaine. Pour Desai, le déclin impérial est structurel — enrac
Article
## Introduction
La conversation avec la professeure Radhika Desai dessine un fil rouge inquiétant : la combinaison d’un engagement militaire imprévu au Moyen‑Orient, d’une crise énergétique et d’un effritement de la crédibilité américaine qui pourraient accélérer un déclin géopolitique déjà entamé. L’analyse qui en émerge ne se contente pas de commenter des événements tactiques — discours présidentiel, frappes, ripostes — elle replace ces événements dans une longue dynamique historique du capitalisme, de l’impérialisme et des révolutions nationales. Ce diagnostic n’est pas seulement théorique : il met en lumière des ruptures concrètes dans les relations entre Washington et ses alliés, et des vulnérabilités économiques qui rendent l’ordre international plus instable.
## Discours de Trump et piège de la guerre
Le discours analysé par la conversation apparaît comme l’expression d’un dirigeant coincé entre des promesses électorales et une réalité stratégique qui ne lui obéit pas. Radhika Desai qualifie ce discours d’« incohérent » : tour à tour triomphaliste et menaçant, il témoigne surtout d’un besoin urgent de créer l’illusion d’une victoire. Or, gagner une guerre, dans le cadre actuel, exigerait des options politiques que l’administration n’a ni la volonté ni la capacité d’adopter — notamment des politiques économiques qui iraient à l’encontre des intérêts des grandes entreprises qu’elle sert. La guerre devient donc moins un instrument choisi librement qu’un piège : une réponse désespérée pour produire une légitimité intérieure que les politiques domestiques n’ont pas su assurer.
## Enlisement au Moyen-Orient et perte de contrôle
La conversation met en avant l’idée que les États‑Unis se trouvent en train de s’enfoncer dans un bourbier : les capacités d’initiative et de retrait sont désormais limitées, et la dynamique échappe au contrôle politique central. L’Iran, par son engagement et sa détermination, refuse de laisser Washington dicter le calendrier de la fin des hostilités. Les frappes visant les infrastructures et les bases américaines, la panne des capacités de surveillance et le retrait partiel des porte‑avions illustrent une perte de champ d’action. Cette forme d’enlisement n’est pas seulement militaire : elle est aussi politique et symbolique, car elle révèle que la force américaine n’est plus synonyme d’omnipotence dans la région.
## Bases du Golfe, choc pétrolier et alliés
Les frappes et la menace sur les installations pétrolières ouvrent une faille majeure entre Washington et ses partenaires. Les gouvernements du Golfe, les États européens et le Japon mesurent désormais le coût tangible d’un parapluie sécuritaire américain qui attire autant qu’il ne protège. L’économie politique du pétrole — flux bon marché d’énergies, intrants et profits — a longtemps été une colonne vertébrale de l’ordre occidental. Avec la rupture de ces chaînes, les avantages de la « sécurité » américaine deviennent des inconvénients : hôtels et centres d’affaires deviennent des cibles, l’investissement extérieur se fragmente, et la dépendance au pétrole à bas prix est soudain mise en question. La comparaison avec les chocs pétroliers des années 1970 n’est pas anodine : il y a un héritage historique d’affrontements commerciaux et politiques qui réapparaît aujourd’hui sous une forme renouvelée.
## Guerre avec l’Iran et déclin impérial
L’échange esquisse un scénario plus large : une guerre directe ou prolongée avec l’Iran pourrait accélérer la trajectoire du déclin américain. Radhika Desai souligne que le pouvoir américain n’a jamais été hégémonique de façon incontestée, mais que, jusqu’à récemment, il disposait d’une capacité de projection et d’un crédit politique suffisant pour structurer des alliances. Aujourd’hui, l’image de puissance s’est fissurée. Des voix influentes — y compris dans les cénacles économiques et journalistiques — évoquent la perte de fiabilité des États‑Unis en tant que partenaire. Si l’expulsion éventuelle des forces américaines du Golfe se produit, ce serait un jalon historique marquant : la fin d’un siècle d’interventionnisme stabilisateur dans la région et la démonstration que la contrainte américaine peut être contestée avec succès.
## Révolution américaine, capitalisme et empire
La réflexion historique présentée dans la conversation replace la crise actuelle dans les contradictions mêmes du capitalisme américain. La Révolution américaine, loin d’être une pure référence au progrès démocratique, est située comme une révolution bourgeoise qui a fondé un État capitaliste inscrit dans la conquête territoriale, l’esclavage et la dépossession des peuples autochtones. Cette genèse explique, selon l’analyse, pourquoi un État capitaliste puissant se mue inévitablement en puissance impériale — non nécessairement par des possessions coloniales formelles, mais par l’imposition d’un accès aux marchés, aux matières premières et aux conditions favorables au capital national. Ce prisme historique permet de lire les conflits actuels non pas comme des accidents, mais comme la conséquence d’un modèle qui a besoin d’un approvisionnement global bon marché pour fonctionner.
## Contre-coup mondial contre la puissance américaine 00: 37:17 Effondrement de l’image anti-guerre de Trump
La discussion met également en lumière un retournement politique interne et externe : l’effondrement de l’image anti‑guerre associée à certains acteurs politiques américains, dont Trump. Là où la posture « moins d’interventions » aurait pu apparaître comme une opportunité pour diminuer l’emprise militaire américaine, la réalité des actions — frappes, menaces, maintiens de bases — a rendu cette image inopérante et contradictoire. Sur la scène internationale, des pays qui dépendaient de la crédibilité américaine commencent à douter : si Washington ne peut protéger ses alliés immédiats, pourquoi lui confierait‑on la défense face à des adversaires plus puissants ? Ce recul de confiance — confirmé par analyses et commentaires influents — contribue à un contre‑coup mondial où les états recherchent plus d’autonomie stratégique ou se rapprochent d’autres pôles émergents.
## Bulle de l’IA et risque de krach 00:52:
Au‑delà du théâtre militaire, la conversation attire l’attention sur des vulnérabilités économiques intérieures : une bulle spéculative autour de l’intelligence artificielle et une dette publique et privée élevée créent un cocktail explosif. L’IA est présentée non seulement comme une révolution technologique, mais aussi comme un marché propice à la formation d’exubérances financières — financement massif, attentes démesurées et valorisations déconnectées des rendements réels. Si cette bulle venait à éclater, elle trouverait un terrain déjà fragilisé par le coût de la guerre, la volatilité énergétique et la défiance des marchés internationaux. Le risque est double : un choc financier interne capable d’éroder la capacité de l’État à projeter la puissance, et une contagion mondiale qui fragiliserait davantage les alliances et les structures de crédit mondiales.
## Synthèse des forces structurelles et conjoncturelles
Ce qui ressort de l’échange, au‑delà des épisodes spécifiques, c’est l’articulation entre facteurs structurels — la logique du capitalisme et de l’impérialisme, l’héritage révolutionnaire des États — et facteurs conjoncturels — décisions politiques récentes, chocs pétroliers, crises de confiance. La puissance américaine n’est pas simplement attaquée ; elle est rattrapée par des contradictions internes qu’aucune rhétorique présidentielle ne saurait résoudre seule. Les alliés redéfinissent leurs calculs; les adversaires qui puisent dans des récits anti‑impérialistes trouvent une résilience qu’on avait parfois sous‑estimée; et les marchés, incertains, peuvent réagir de façon imprévisible à la combinaison guerre‑inflation‑tension financière.
## Scénarios plausibles et implications pour la neutralité
La trajectoire décrite par la conversation ouvre plusieurs scéna
Transcript
La puissance américaine vacille face au
choc iranien | Pr. Radhika Desai
La puissance américaine semble piégée, fragile et en déclin. Dans cet épisode, je m’entretiens avec l’
économiste politique Radhika Desai au sujet du discours de Trump sur la guerre en Iran, de l’
enlisement croissant au Moyen-Orient, du choc pétrolier, des tensions au sein de l’OTAN, de la perte
de crédibilité des États-Unis, du déclin impérial, de la dégradation intérieure et du risque d’un krach
lié à l’IA et à la dette. Liens : Chaîne YouTube de Radhika Desai : https://www.youtube.com
/@RadDesai Site web de Radhika Desai : https://radhikadesai.com Substack de Radhika Desai :
https://radicaldesai.substack.com Substack Neutrality Studies : https://pascallottaz.substack.com
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et piège de la guerre 00:06:05 Enlisement au Moyen-Orient et perte de contrôle 00:09:43 Bases du
Golfe, choc pétrolier et alliés 00:14:49 Guerre avec l’Iran et déclin impérial 00:19:35 Révolution
américaine, capitalisme et empire 00:29:22 Contre-coup mondial contre la puissance américaine 00:
37:17 Effondrement de l’image anti-guerre de Trump 00:46:18 Bulle de l’IA et risque de krach 00:52:
12 Où suivre Radhika
#Pascal
Bienvenue à tous dans *Neutrality Studies*. Aujourd’hui, nous retrouvons à nouveau la professeure
Radhika Desai, qui a récemment lancé sa propre chaîne YouTube, où elle interviewe de nombreuses
personnes très intéressantes et fait un excellent travail sous le nom *Radhika Desai, économiste
géopolitique.* N’hésitez pas à aller y jeter un œil — mais seulement après notre discussion d’aujourd’
hui. Radhika, bienvenue à nouveau.
#Radhika Desai
Ravi d’être de retour, Pascal. Merci beaucoup — et merci d’aider à promouvoir ma nouvelle chaîne
YouTube.
#Pascal
À tout moment. J’adore vos discussions, et j’aime l’approche que vous adoptez, parce que vous
abordez le sujet, bien sûr, d’un point de vue d’économiste — en quelque sorte d’économiste
marxiste. Vous avez beaucoup de très bonnes discussions là-dessus, donc c’est fortement
recommandé. Aujourd’hui, nous voulions simplement parler un peu de ce qui s’est passé cette
semaine. Nous sommes le vendredi 3 avril — le Vendredi saint. Joyeux Vendredi saint. La semaine a
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été étrange, surtout parce que Donald Trump a prononcé un discours très particulier, dans lequel je
m’attendais presque à ce qu’il annonce sa victoire et s’en aille. Mais je pense que ce n’est pas
vraiment ce qui est prévu. Pouvez-vous nous donner votre interprétation de ce discours de Trump
plus tôt cette semaine ?
#Radhika Desai
Eh bien, je pense que Trump a essentiellement prononcé ce que j’appellerais un discours en salade
de mots — son habituel, vous savez, parsemé de fanfaronnades tonitruantes, de superlatifs, d’
autocongratulation, de contradictions, d’illusions et de tout ce qu’il y a entre les deux. Mais
fondamentalement, je trouve cela très intéressant. Je suis d’accord avec vous — je m’attendais aussi
à ce que le président annonce une sorte de pause. Mais bien sûr, il ne peut pas annoncer une pause
ou une fin de la guerre, car pour cela il doit en sortir avec quelque chose qui ressemble à une
victoire — quelque chose qu’il puisse au moins présenter comme une victoire, même s’il doit
enjoliver considérablement la réalité. Il faut que cela ait, en fin de compte, l’apparence d’une
victoire, et il ne l’a pas.
Et ce qui est vraiment intéressant — et pour comprendre pourquoi c’est le cas — c’est qu’il faut voir
que, vous savez, les gens disent que c’est une guerre de choix. Et en un sens, bien sûr, c’est une
guerre de choix dans la mesure où c’est une guerre. Mais sous un autre angle, je pense que les
options de Trump se réduisaient. Des options pour quoi ? Des options sur ce qu’il peut faire pour
redresser ses taux d’approbation lamentablement en chute. Au cours de l’année écoulée, ayant été
élu sur des promesses qu’il n’a ni l’intention ni la capacité de tenir, il n’a pas rendu le monde
meilleur. Il n’a pas rendu l’Amérique à nouveau grande. Il n’a pas amélioré la vie des travailleurs
ordinaires. Il n’a pas augmenté le nombre d’emplois. Il n’a pas augmenté les salaires.
Il n’a pas augmenté la production manufacturière, car tout cela exigerait de lui qu’il restreigne les
options et les choix de la classe même — à savoir la classe capitaliste d’entreprise la plus élevée —
qu’il a de toute façon l’intention de servir. C’est pour cela qu’il a été élu. Ces deux dynamiques s’
éloignent donc l’une de l’autre. Et maintenant, avec les mésaventures au Venezuela, les déclarations
insensées sur le Groenland, et tout le reste, ce qu’il a essayé d’obtenir, c’est une sorte de victoire
militaire. Étant donné qu’il était déjà désespéré de trouver quelque chose qu’il puisse appeler une
victoire, il a été très réceptif aux affirmations de Netanyahou selon lesquelles, d’une manière ou d’
une autre, si l’on déclenchait une guerre contre l’Iran, elle serait terminée en un week-end.
Les habitants de Téhéran se soulèveront. Ils prendront le contrôle du gouvernement. À la fin de la
journée, on pourra déclarer une victoire — « Voyez, j’ai résolu le problème que la moitié des
présidents précédents n’ont pas su résoudre », et ainsi de suite. Mais cela ne s’est pas produit. Et
Netanyahou, bien sûr, a ses propres raisons pour se bercer d’illusions. Sa position politique est
également extrêmement précaire. Lui aussi a besoin d’une guerre. Quoi qu’il en soit, Trump n’a pas
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compris. En substance, tout cela était plein de contradictions. D’un côté, « Nous avons gagné ». De l’
autre, « Nous devons encore nous battre, nous assurer que l’Iran n’a pas d’armes nucléaires et, vous
savez, changer le gouvernement », et ainsi de suite.
Donc, d’un côté, il va négocier avec le nouveau gouvernement, qui est, vous savez, plus raisonnable
et tout ça. De l’autre, il menace de déchaîner la destruction sur les infrastructures énergétiques, et
ainsi de suite. C’est donc un discours complètement incohérent. Et la seule chose qu’il révèle
vraiment, c’est que les États-Unis se sont enfoncés dans la mère de tous les bourbiers du Moyen-
Orient. Voilà où l’administration Trump — élue sur la promesse de ne pas déclencher de nouvelles
guerres — a conduit les États-Unis. C’est ce que nous avons entendu, oui, jeudi soir. Ou mercredi
soir.
#Pascal
Bien sûr, quitter fondamentalement le Moyen-Orient à ce stade — tu sais pourquoi il est
probablement aussi un peu naïf, de notre point de vue, de penser que Trump pourrait réellement se
retirer — c’est que cela signifierait qu’il devrait retirer tous les Américains de la région. Il devrait
abandonner toutes les bases militaires au Koweït, à Bahreïn, à Abou Dabi, et ainsi de suite — les
abandonner complètement, n’est-ce pas ? Et les abandonner pour de bon. Nous en sommes encore
loin, même si une bonne partie des troupes a été retirée. Dire réellement : « D’accord, très bien,
nous ne reviendrons probablement pas », ce serait un tout autre niveau.
Et même à ce moment-là, l’Iran a déclaré : regardez, nous n’allons pas arrêter de tirer. Même si
votre peuple est parti, tant que nous n’aurons pas décidé que cela suffit, nos missiles continueront
de voler vers Israël. Donc, en un sens, ce n’est plus à Trump de décider si la guerre se termine ou
non. Et les Iraniens sont très fermes à ce sujet : cette guerre se terminera quand nous le
déciderons. Et jusqu’à présent, je pense que ce n’est pas seulement de la rhétorique. Ils y croient
vraiment, et ils affirment qu’ils s’assureront que les Américains ne reviennent pas et qu’ils paient des
réparations. Mais qu’en penses-tu — penses-tu que c’est déjà hors du contrôle de Donald Trump à
ce stade ?
#Radhika Desai
Oh, complètement. Je pense que c’est en partie ce que signifie un bourbier — on n’a plus le contrôle
de la situation. C’est comme si l’on s’enfonçait dans des sables mouvants sans pouvoir en sortir.
Donc, absolument. Et je dirais que, vous savez, pour moi, c’est vraiment intéressant que les États-
Unis, dans le cas de l’Ukraine, aient combattu la Russie par procuration. Ils n’ont pas encore
commencé une guerre avec la Chine — à part la guerre économique, la guerre des sanctions, et
ainsi de suite. Mais l’Iran, vous savez, il est très intéressant de constater que la Russie d’aujourd’hui,
la Chine d’aujourd’hui et l’Iran d’aujourd’hui sont tous, d’une certaine manière importante, des
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produits de leurs sociétés révolutionnaires. La Russie n’est plus la Russie soviétique, mais, malgré
tout, à bien des égards, ses traditions et sa compréhension du monde proviennent de ce passé, qui
lui a transmis de nombreuses forces.
Je pense donc que, parmi ces trois-là, les États-Unis se sont engagés dans une guerre directe avec
le premier d’entre eux, à savoir l’Iran. Et je trouve très intéressant qu’ils en sortent avec une image
extrêmement mauvaise, essentiellement parce que les États-Unis ne contrôlent pas le moment où ils
peuvent se retirer. Les bases américaines dans la région ont été gravement touchées. Leur capacité
à surveiller et à observer ce qui se passe a été radicalement réduite par les frappes de missiles
iraniennes et d’autres actions dans la région. C’est donc presque comme s’ils combattaient à l’
aveugle. D’après ce que j’ai compris, les deux grands porte-avions qu’ils avaient déployés dans la
région ont été endommagés et ont dû se retirer.
#Radhika Desai
De plus, cela porte également atteinte à l’Alliance atlantique, à l’OTAN, car les pays européens, qui
dépendent du pétrole provenant de cette région, connaissent en général une crise pétrolière
énorme. Et je sais qu’ils essaient encore désespérément de maintenir l’alliance de l’OTAN, mais toute
la bonne volonté du monde ne leur permettra pas d’ignorer l’immense crise pétrolière dans laquelle
les États-Unis plongent tous leurs alliés. De plus, on peut regarder du côté du Golfe — les pays du
CCG, les pays du Golfe persique. Ils commencent tous à se rendre compte qu’il est plus difficile —
ou, pour le dire autrement — que les soi‑disant avantages du parapluie sécuritaire américain se sont
transformés en inconvénients, car leur raison d’être même en a été affectée.
Vous savez, ils ont offert au monde — ou plutôt, aux riches de ce monde — la sécurité de venir là-
bas, de faire des affaires, de s’amuser et de profiter de leurs activités de loisirs. Et maintenant, avec
les attaques visant les hôtels mêmes où sont logées les troupes américaines, et ainsi de suite, je
pense que ce modèle économique est en train d’être sapé. Donc, à bien des égards, les États-Unis
sont en train de perdre. Et donc, à un certain niveau, j’ai le sentiment que nous assistons à — enfin,
je parle du déclin de la puissance américaine depuis longtemps. J’ai aussi dit que la puissance
américaine n’était pas — enfin, que les États-Unis n’ont jamais été hégémoniques au sens fort ou
stable du terme. Mais néanmoins, ils ont autrefois eu plus de pouvoir, et ce pouvoir est maintenant
en déclin.
Et nous assistons maintenant à une accélération de ce déclin de puissance, car si les États-Unis sont
expulsés de la région, ce sera un événement considérable. Les États-Unis sont, vous savez,
impliqués jusqu’au cou dans la région depuis un siècle maintenant. Et si cette expulsion a lieu — et
je pense que c’est ce dont l’Iran aura besoin — l’Iran ne peut pas tolérer que les États-Unis y
restent. Il y a un dernier point que je voudrais aborder pour l’instant : qu’il s’agisse de l’Iran, de l’
Europe, des pays du Golfe ou du Japon, peu importe — tous ces alliés — pourquoi devraient-ils faire
confiance aux États-Unis ? Je veux dire, ce n’est pas seulement que les États-Unis ont attaqué l’Iran
à deux reprises alors qu’ils étaient en pleine négociation sous Trump.
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