Le Dr Aaron Good soutient que la politique américaine ne peut être comprise uniquement au moyen de modèles structurels ; il faut au contraire ouvrir la « boîte noire » du régime pour révéler l’action des agents, les réseaux clandestins et les pratiques illicites qui façonnent les politiques. Contestant l’hyperstructuralisme, il soutient que des acteurs d’élite — réseaux de lobbying, services de renseignement, crime organisé et systèmes de chantage — ont à plusieurs reprises réorienté la trajectoire de l’État, des initiatives de paix de JFK et RFK à Watergate, Iran‑Contras, aux compromissions liées à Epstein, et aux guerres néoconservatrices post‑11 septembre. Good met en évidence la manière dont les formes démocratiques sont sapées par la corruption légalisée, le kompromat et les opérations secrètes qui alignent l’État sur des intérêts capitalistes impérialistes. Il traite des épisodes historiques (les assassinats des Kennedy, les affirmations de Nixon d’une impunité présidentielle, les collaborations CIA‑mafias, et les liens entre travail, crime et sionisme) comme des preuves d’un appareil de sécurité nationale hors la loi qui à la fois dissimule et produit des résultats géopoliti
Article
## L’agence, Kennedy et le régime
La conversation met d’emblée en cause une vision simpliste de la politique américaine : loin de se limiter aux couloirs visibles de la Maison‑Blanche et du Capitole, le pouvoir s’exerce aussi par des mécanismes informels, des réseaux et des acteurs qui ouvrent et ferment des possibilités politiques. Cette idée n’est pas seulement une remarque normative ; elle sert de clef analytique pour comprendre pourquoi certains présidents, malgré la légitimité constitutionnelle et l’électorat, ont été capables de modifier radicalement la trajectoire du pays — ou, inversement, pourquoi certains projets présidentiels ont été arrêtés net. L’un des nœuds de la discussion est la tension entre structure et agence : les structures — classes, institutions, impératifs géopolitiques — définissent un cadre, mais les acteurs individuels et collectifs à l’intérieur de ce cadre peuvent encore produire des ruptures signifiantes.
Le cas de John F. Kennedy revient comme un étalon : un président qui cherchait à réorienter la politique extérieure vers la détente, qui ouvrait des canaux discrets avec Cuba et l’URSS, et qui a promu des initiatives symboliquement opposées aux logiques les plus militaristes du régime. Le Dr. Aaron Good avance l’idée provocatrice que cette trajectoire, perçue comme une menace par des fractions puissantes de l’establishment, explique en partie la violence politique qui a marqué la période. La thèse n’est pas que l’État formel ait spontanément décidé d’un coup d’État, mais que des acteurs informels et des segments du régime, dotés de moyens coercitifs et clandestins, peuvent neutraliser des dirigeants jugés incompatibles avec les intérêts réels du système. Comprendre ce mouvement implique d’« ouvrir la boîte noire » du régime : regarder au‑delà des organes publics vers les arcanes du pouvoir.
## Chantage, lobbying et pouvoir caché
Une autre piste d’analyse essentielle est celle du chantage et des mécanismes informels de coercition — les leviers que peuvent utiliser des acteurs privés ou semi‑publics pour façonner la politique. Le lobbying, souvent étudié comme une activité légale et institutionnalisée, n’explique pas tout. Il existe des pratiques extra‑légales : réseaux de corruption, liens avec la criminalité organisée, dispositifs de renseignement parallèles, et — surtout — l’usage du secret et du scandale pour neutraliser des adversaires. La capacité à exposer ou à dissimuler des informations compromettantes devient une forme de pouvoir.
Dans l’argument développé, ces mécanismes ont été opératoires sur de longues périodes : ils servent non seulement à influencer la législation ou la politique étrangère, mais aussi à gérer qui peut aspirer au pouvoir. Le chantage n’est pas toujours pornographique ou financier ; il peut être politique, social ou même idéologique. Le point critique est moins la moralité de ces méthodes que leur efficience : lorsque des réseaux disposent d’informations sensibles, de canaux de diffusion et d’alliés dans les médias et les institutions judiciaires, ils peuvent détourner la course politique de ses trajectoires démocratiques officielles.
## JFK, RFK et le réseau criminel
La discussion revisite les liens bien documentés entre les Kennedy et des figures de la criminalité organisée, non pour jouer la carte complotiste sans nuance, mais pour montrer comment ces connexions s’inscrivent dans une structure plus vaste de pouvoir. Les Kennedy eux‑mêmes ont navigué entre des alliances hétérogènes, certaines utiles à des fins électorales, d’autres susceptibles de créer des vulnérabilités. Ce tressage entre sphère légale et clandestine a produit des effets ambivalents : soutien ponctuel mais aussi exposition à des risques.
Au‑delà des détails individuels, la thèse centrale est que l’élimination politique — qu’elle prenne la forme d’assassinats, d’intimidation ou d’exclusion systémique — est un instrument réel dans l’arsenal d’un régime qui combine institutions publiques et réseaux officieux. Quand un dirigeant devient « impossible » pour les centres effectifs du pouvoir, le régime réagit pour préserver sa continuité. Cela explique, selon l’analyse, pourquoi certaines réformes profondes n’ont jamais pu être mises en œuvre malgré leur soutien populaire ou moral : l’architecture du pouvoir offre des contre‑poids non démocratiques.
## Epstein, Trump et le Watergate
La conversation fait des liens audacieux entre différentes affaires médiatiques et judiciaires contemporaines et historiques, en montrant qu’elles révèlent plus qu’un scandale isolé : elles exposent des technologies du pouvoir. L’affaire Epstein, par exemple, n’est pas seulement un scandale sexuel ; elle illustre comment le trafic d’informations compromettantes et l’exploitation de vulnérabilités personnelles peuvent servir d’instrument d’influence. Dans ce registre, les connexions entre élites politiques, financières et criminelles deviennent des instruments de gouvernance obscure.
De la même façon, l’ère Trump et les débats autour des affaires judiciaires qui l’entourent montrent comment la personnalisation du pouvoir ouvre de nouvelles opportunités pour ces instruments : l’utilisation de la justice, des fuites et des campagnes médiatiques pour neutraliser des adversaires, ou pour obtenir des concessions. L’écho historique du Watergate sert ici de rappel que les appareils clandestins peuvent opérer tant en faveur qu’en défaveur des dirigeants et qu’ils ont une longue mémoire institutionnelle. Ces épisodes forment un continuum de pratiques où le secret, la manipulation de l’information et le chantage politique constituent des modes récurrents de fabrication du consentement et du conflit.
## Nixon, la CIA et le crime clandestin
Les années Nixon sont présentées comme un moment clef pour comprendre la collusion entre services secrets, pouvoir exécutif et pratiques illégales. Le Watergate, plus qu’un simple cambriolage politique, révèle des techniques d’intervention clandestine devenues routinières : filatures, opérations d’intimidation, et mécanismes de sabotage politique. La CIA, longtemps perçue comme une machine extérieure à l’espace politique domestique, apparaît dans ce récit comme un acteur capable de franchir les frontières constitutionnelles pour défendre ce qu’il perçoit comme l’intérêt national ou celui de l’establishment.
La discussion souligne aussi la dialectique perverse entre transparence et clandestinité : les révélations publiques d’un scandale peuvent conduire à une réforme cosmetique des institutions, tout en laissant intactes les structures profondes qui permettent aux pratiques clandestines de perdurer. En clair, faire la lumière sur un cas particulier ne suffit pas à déraciner des réseaux qui s’alimentent d’impunité, de complicités et d’intérêts partagés.
## Sionisme, LBJ et Iran‑Contra
Un autre fil conducteur de l’échange relie l’influence du lobby pro‑israélien, les décisions présidentielles et des opérations clandestines comme Iran‑Contra. Le passage soulève la question de l’influence idéologique et stratégique : comment des visions géopolitiques — qu’elles viennent d’un lobby organisé, d’un courant idéologique ou d’intérêts stratégiques spécifiques — peuvent redessiner la politique américaine sur des périodes longues. L’évolution de la politique pro‑israélienne, et son insertion dans le cénacle du pouvoir, est présentée comme l’une des forces expliquant la continuité de certaines lignes stratégiques malgré des ruptures formelles de leadership.
Iran‑Contra, quant à lui, est montré comme un exemple paradigmatique d’action parallèle de l’État : des opérations qui contournent le contrôle démocratique pour poursuivre des objectifs perçus comme impératifs par des acteurs non élus. Le résultat est une politique étrangère à deux vitesses : officielle et démocratiquement légitimée d’un côté, informelle et parfois illégale de l’autre.
## Sionisme chrétien et réseaux d’élite
La convergence entre sionisme politique
Transcript
Un chercheur RÉVÈLE les secrets de la
politique de l’État profond américain | Dr
Aaron Good
Si vous pensez que la politique américaine ne se joue qu’à la Maison-Blanche et au Capitole,
détrompez-vous. Les États-Unis, en tant que système politique — dans sa totalité —, sont une
énigme, enveloppée de mystère, au cœur d’un secret. Heureusement, certains chercheurs courageux
osent plonger dans les profondeurs. Le Dr Aaron Good, auteur de *American Exception: Empire and
the Deep State*, me rejoint aujourd’hui pour remettre en question la vision simpliste du système
américain. Il soutient que l’action, le chantage, le crime clandestin et les réseaux d’élite façonnent la
politique, reliant JFK, RFK, Nixon, le Watergate, Epstein, le sionisme et l’affaire Iran-Contra comme
autant de rouages cachés de la machine impériale américaine. Liens : American Exception Patreon :
https://www.patreon.com/americanexception/about Livre *American Exception* : https://www.
skyhorsepublishing.com/9781510769144/american-exception/ Neutrality Studies Substack :
https://pascallottaz.substack.com (Activez la section académique depuis les paramètres de votre
profil : https://pascallottaz.substack.com/s/academic) Produits dérivés : https://neutralitystudies.com
/shop Don : https://neutralitystudies.com/donate Horodatage : 00:00:00 Hyperstructuralisme et l’
État boîte noire 00:12:03 L’agence, Kennedy et le régime 00:20:51 Chantage, lobbying et pouvoir
caché 00:26:14 JFK, RFK et le réseau criminel 00:32:15 Epstein, Trump et le Watergate 00:39:48
Nixon, la CIA et le crime clandestin 00:46:04 Sionisme, LBJ et Iran-Contra 00:58:26 Sionisme
chrétien et réseaux d’élite 01:05:58 Vanderpeel, Epstein et Massie
#Pascal
Bienvenue à tous dans *Neutrality Studies*. Aujourd’hui, pour la deuxième fois, nous recevons le
docteur Aaron Good, auteur de *American Exception: Empire and the Deep State*. Aaron, ravi de te
retrouver. Merci, Pascal, je suis très heureux d’être là. C’est un plaisir de t’avoir à nouveau avec
nous. On peut parler un peu de quelque chose à quoi tu as réagi l’autre jour, par e‑mail ? J’avais
invité plusieurs personnes dans l’émission, notamment la professeure Radhika Desai et le professeur
Kees van der Pijl, qui font ce genre d’analyse structurelle, ou qui utilisent la structure du système
pour expliquer où nous en sommes aujourd’hui dans la politique mondiale. Et tu as fait remarquer
que ce type d’hyper‑structuralisme, comme tu l’as appelé, pose aussi quelques problèmes. On peut
en parler ?
#Aaron Good
-- 1 of 22 --
Bien sûr. Et d’ailleurs, je tiens à dire que j’apprécie vraiment les deux commentateurs que vous avez
invités, ces deux chercheurs, Radhika Desai et Kees van der Pijl — si je prononce bien son nom.
Mais j’aurais des désaccords avec chacun d’eux. Je pense que la conception qu’a Radhika de l’idée
marxiste de l’État, comme une sorte de boîte noire monolithique et collective qui représente le
pouvoir de l’État bourgeois et de la société civile bourgeoise dans son ensemble, et qui serait en
quelque sorte animée de manière autonome par les intérêts de classe de la classe capitaliste… eh
bien, cette conception a son utilité, de façon abstraite, quand on veut comprendre le comportement
des empires. Un peu, en fait, comme l’abstraction réaliste de l’État monolithique et rationnel, qui a
aussi son intérêt quand on réfléchit aux rivalités et aux dynamiques politiques entre États.
Mais cela a aussi ses limites. Et comme vous l’avez souligné dans l’interview, des gens comme
Mearsheimer — Mearsheimer est un réaliste, mais il s’écarte de cette convention réaliste qui consiste
à voir l’État comme un acteur unitaire, une sorte de boîte noire monolithique, pour essayer de
comprendre pourquoi les États-Unis n’agissent pas de manière réaliste, c’est-à-dire en poursuivant
leurs intérêts de façon rationnelle. Pourquoi ont-ils adopté des politiques qui ont nui à leur objectif d’
hégémonie ? Et donc, Mearsheimer comprend que ces conventions du réalisme ne l’aident pas à
expliquer cela.
Et donc, lui et Stephen Walt ont écrit *The Israel Lobby*, qui explique très bien comment ces
acteurs puissants peuvent influencer le comportement de l’État et la grande stratégie américaine, d’
une manière qui a été vraiment néfaste pour le projet d’hégémonie. Et au vingt et unième siècle, on
a vu, sans interruption ou presque, une succession de guerres désastreuses, planifiées dès le milieu
des années quatre-vingt-dix, selon la logique du rapport *Clean Break*, commandé par Bibi
Netanyahu et rédigé par des gens comme Richard Perle, Paul Wolfowitz et David Wurmser — des
super néoconservateurs, ceux qui allaient devenir les néocons. Et tout ça, c’est plutôt que l’État
américain agisse, vous voyez, de la même manière à travers les administrations, au fil des décennies.
C’était un virage à cent quatre-vingts degrés par rapport à l’administration précédente. Et je sais
bien que Bill Clinton n’a pas lancé toutes ces initiatives, mais il a quand même signé l’Iraq Liberation
Act. Il a aussi gracié Mark Rich, dont l’avocat était Scooter Libby, vous savez, l’un des proches
collaborateurs de Cheney. Donc, ces néoconservateurs ont vraiment joué un rôle important. Et la
politique sous H. W. Bush a été annoncée très tôt dans sa présidence. Il a envoyé James Baker à l’
AIPAC en mai mille neuf cent quatre-vingt-neuf. Donc, seulement quelques mois après son arrivée à
la Maison-Blanche, James Baker déclare : « Il est temps d’abandonner une bonne fois pour toutes le
rêve irréaliste du Grand Israël. » Et ensuite, suivant les conseils de conservateurs comme Barry
Goldwater et d’autres, ils ont coupé…
Ils ont dit qu’il n’y aurait pas de garanties de prêts accordées à Israël, à moins qu’ils acceptent d’
entrer en négociation sur un État palestinien. Et Reagan, quand il s’apprêtait à quitter la Maison-
Blanche — tu sais, l’autre président avait déjà été élu — H. W. Bush, l’un de ses derniers actes en
fonction, si ce n’est le tout dernier, a été de reconnaître l’OLP. Et ça, ça a provoqué une forte
-- 2 of 22 --
opposition du lobby sioniste, qui disait : « Non, non, non, on ne peut pas négocier avec eux, ce sont
des terroristes. » Mais bien sûr, on sait maintenant qu’ils ne veulent négocier avec personne ; ils vont
jusqu’à tuer ceux qui essaient de le faire. Donc c’est très discutable. Mais on comprend pourquoi ils
ne voulaient pas que Reagan reconnaisse l’OLP, parce qu’ils ne veulent pas… voilà.
#Aaron Good
Et donc, on assiste à un virage à cent quatre-vingts degrés dans la façon dont l’État se comporte,
dans la politique des États-Unis, qui se consolide vraiment après le onze septembre, et qui lance
ensuite deux, voire deux décennies et demie de guerres suivant le scénario de *Clean Break*. Mais il
faut pouvoir explorer — enfin, on n’est pas obligé, mais moi, j’aimerais expliquer comment on passe
de George H. W. Bush disant « pas de Grand Israël » à ce que le rapport *Clean Break* devienne
une sorte d’orthodoxie en seulement quelques années. Et si on veut essayer d’expliquer cette
évolution, si on pense que c’est une question qui mérite d’être posée, alors l’idée réaliste, ou même l’
idée marxiste occidentale radicale de l’État comme acteur monolithique et unitaire, ne suffit pas. Il
faut donc se tourner vers d’autres traditions qui cherchent à comprendre le comportement de l’État.
Certains d’entre eux relèvent de ce qu’on appelle le libéralisme dans les relations internationales, ce
que vous connaissez sûrement très bien, non ? Mais il y a aussi un petit groupe de chercheurs dont
les positions politiques sont plutôt à gauche, sans être tous pareils. Des gens comme C. Wright Mills,
par exemple. C. Wright Mills expliquait qu’il existe deux traditions imparfaites, deux types idéaux de
philosophie de l’histoire. La première, c’est l’histoire comme dérive ou comme destin : une histoire
tellement déterminée par les structures que, quoi que fassent les individus, ça ne change pas grand-
chose. Et puis, à l’opposé, il y a l’histoire comme conspiration, où tout s’explique par des groupes
conspirateurs, bons ou mauvais, mais toujours très puissants.
C’est un peu comme si la théorie du grand homme dans l’histoire allait dans le même sens, en
quelque sorte. Mais ici, on parle surtout de la question de l’action humaine, de la capacité des
groupes ou même des conspirateurs à influencer le cours de l’histoire par leur propre volonté. Donc,
d’une certaine manière, c’est une opposition entre deux types idéaux de “mauvaise histoire”, liés au
grand débat des sciences sociales entre la structure et l’action individuelle. Et je pense que, chez les
réalistes ou chez certains marxistes occidentaux, on trouve ce que j’appellerais un
hyperstructuralisme. C’est-à-dire une vision où tout est, en quelque sorte, entièrement déterminé
par la structure du système, par la structure de classe. Pour les marxistes, c’est cette structure de
classe qui détermine, en dernière instance, le comportement de l’État.
Et pour les réalistes, c’est la structure du système international, l’anarchie du système international,
qui oblige les États à agir de manière prévisible, rationnelle, en cherchant à maximiser leur propre
intérêt… comme on l’explique souvent quand on enseigne les relations internationales. Donc, à mon
avis, c’est un peu le cœur du problème, ou en tout cas de la question ici. Et pour moi, il faut aller
-- 3 of 22 --
voir, il faut ouvrir la boîte noire. Il faut regarder à l’intérieur de la boîte noire du régime, de l’État, si
on veut vraiment comprendre certaines questions. Parce qu’il y a des choses auxquelles on ne peut
pas répondre si on ignore complètement tout ce qui relève de la politique au sommet du régime.
#Pascal
Petite pause rapide, parce que j’ai été récemment banni de YouTube. Même si je suis de retour, ça
peut très bien se reproduire à tout moment. Alors, pensez à vous abonner, non seulement ici, mais
aussi à ma newsletter sur Substack. C’est pascallottaz.substack.com. Le lien est dans la description
juste en dessous. Et maintenant, on reprend la vidéo. Ce sont vraiment d’excellentes remarques. Et,
vous savez, elles s’appliquent aussi à d’autres domaines de la recherche académique, bien sûr. J’
aime beaucoup cette métaphore, ancienne d’ailleurs, je crois qu’elle vient de Chine, celle de l’
éléphant. Si on veut voir l’éléphant en entier, on a tous ces experts aveugles : l’un touche la trompe,
l’autre la queue, un troisième le pied. Chacun va décrire l’éléphant, mais d’une manière
complètement différente. Et même si on essaie de tout voir, même en prenant beaucoup de recul,
on ne verra jamais plus que la moitié de l’ensemble.
Et si on va encore plus loin, j’ai littéralement des collègues qui étudient les éléphants. Ils m’
expliquent que, dans leur domaine, certains se concentrent sur tout l’écosystème, alors que d’autres
étudient les empreintes elles-mêmes. Parce que les empreintes d’éléphants créent à leur tour de
nombreux écosystèmes, pour des amibes et d’autres organismes. Et on peut étudier tout ça, bien
sûr. On reste toujours dans des phénomènes liés entre eux. Mais la question qu’on se pose ensuite,
en relations internationales, c’est évidemment : laquelle de ces approches est la plus productive pour
nous aider à comprendre ce qui se passe ? Alors, quand on adopte cette approche structurelle — et j’
inclurais clairement Brian Berletic dans cette tradition — il ne cesse de répéter : regardez, c’est la
manière dont la machine de guerre américaine est conçue qui produit, à l’autre bout, cette
destruction et ces guerres.
Au fond, peu importe qui est président. Peu importe non plus le type de discours que tiennent les
démocrates ou les républicains. Le fait qu’ils soient tous intégrés dans une structure plus large fait qu’
aucune autre possibilité ne peut vraiment émerger. Et ça, évidemment, réduit toujours la part d’
action individuelle. Dans vos recherches, vous vous êtes beaucoup intéressé à cette question de l’
agence, du pouvoir d’agir de ces acteurs indi