L’autodestruction sioniste d’Israël
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Au cœur du panel se trouve une critique soutenue du sionisme en tant que projet politique dont la logique coloniale, exclusionnaire et souvent messianique menace aujourd’hui à la fois les Palestiniens et l’avenir même d’Israël. Yakov Rabkin met en évidence les origines séculaires et nationalistes du sionisme dans l’ethnonationalisme européen de la fin du XIXe siècle et retrace son évolution vers un nationalisme religieux contemporain qui légitime l’expansion territoriale et l’exclusion ethnique. Manuel Ramos situe le sionisme dans des dynamiques messianiques et de sacralisation plus larges — reliant l’apocalyptisme croisé, des variantes africaines et sud‑américaines, et la sacralisation politique qui permet l’autoritarisme d’État. Jeffrey Sachs souligne l’architecture impériale ayant permis le sionisme — le soutien britannique et surtout américain — et retrace le passage d’un sionisme socialiste séculier précoce à un puissant mouvement colonial religieux dont la théologie peut légitimer la violence. Ensemble, ils soutiennent que le patronage international, les précédents coloniaux et la fusion de la religion avec un nationalisme expansionniste produisent une entité politique auto‑r
Article
## Introduction
La conversation soulève une accusation sans détours : le sionisme, tel qu’il s’est incarné politiquement au XXe siècle et qu’il continue de se déployer aujourd’hui, porte en germe une dynamique destructrice qui a non seulement ravagé la région et causé des millions de morts, mais menace aussi l’État qu’il prétend construire. Ce n’est pas seulement une critique morale ou historique, c’est une lecture politique qui relie origines religieuses, logiques impériales, nationalisme ethnique et soutiens extérieurs pour expliquer comment une idéologie peut, en s’installant dans les institutions de l’État, devenir autant moteur de conquête que facteur d’autodestruction. La discussion confronte idées fondatrices et pratiques contemporaines pour évaluer les contradictions internes du projet sioniste et ses conséquences pour la démocratie, la coexistence et la sécurité régionale.
## Définir le sionisme : politique, religieux ou impérial ?
La conversation insiste sur la nécessité de ne pas réduire le sionisme à une seule catégorie. Ce mouvement se présente à la fois comme un projet politique — la création d’un État-nation pour un peuple — et comme une projection religieuse, alimentée par des lectures messianiques de textes sacrés. Il apparaît aussi comme un produit d’intérêts impériaux, notamment britanniques à l’époque de la Déclaration Balfour et, plus tard, américains. De cette triple généalogie découle une nature hybride : le sionisme moderne est d’abord une idéologie d’État, promue et mise en œuvre par des moyens politiques et militaires, mais il peut se renforcer et se légitimer par des récits religieux, et s’appuyer sur des logiques impériales externes qui en garantissent l’expansion.
Cette complexité explique pourquoi le sionisme n’a jamais été unanimement accepté au sein même des communautés juives : de nombreux courants religieux et intellectuels juifs ont toujours distingué judaïsme et nationalisme politique. Pourtant, lorsque l’idéologie devient la colonne vertébrale d’un État, ses racines religieuses ou impériales nourrissent des pratiques concrètes – politiques de peuplement, annexions, exclusions — qui transforment une aspiration nationale en programme d’État.
## Nationalisme d’exclusion et contradictions messianiques
Ce qui émerge de l’échange, c’est la tension profonde entre messianisme et nationalisme ethnique. Le messianisme, dans ses multiples versions — juive, chrétienne, musulmane — propose une attente eschatologique, souvent orientée vers la purification et la restauration. Le nationalisme ethnique, lui, instrumentalise la terre comme garant d’une identité exclusive. Lorsqu’ils se rencontrent dans une politique d’État, ces deux registres ne se contentent pas de se superposer : ils se renforcent mutuellement et entraînent des contradictions dangereuses.
Le sionisme d’État, influencé par les conceptions nationales européennes fin-de-siècle, élève la terre à un critère exclusif d’appartenance. Cette logique aboutit à des politiques visant à établir une démographie « pure » et une souveraineté territoriale incontestée, ce qui, dans la pratique, se traduit par des expulsions, des discriminations et, selon la conversation, par des logiques qui peuvent mener jusqu’à des violences de masse. Le rejet de la pluralité — que ce soit au nom d’une promesse biblique ou d’une sécurité nationale — emporte avec lui la capacité d’imaginer des formes de cohabitation civile et démocratique.
## Le soutien impérial : appui des États-Unis et du Royaume-Uni
La discussion met en lumière le rôle capital des puissances impériales dans la création et la consolidation de l’État israélien. La Déclaration Balfour et l’implication britannique ont préparé le terrain politique et diplomatique, tandis que le soutien américain, plus tard, a assuré la pérennité stratégique, militaire et diplomatique de l’État. Ces soutiens extérieurs ne se contentent pas d’un appui moral : ils se traduisent par armes, financements, protection diplomatique et alignement géopolitique.
Ce partenariat impérial a deux effets majeurs. Premièrement, il protège l’État contre les pressions internationales et les conséquences locales de ses choix, parfois jusqu’à rendre impunies des pratiques contestées. Deuxièmement, il inscrit le sionisme dans une logique globale de puissance : soutenir Israël devient un élément de la politique étrangère des empires, un volet d’intérêts stratégiques et religieux (notamment l’influence des évangéliques) qui dépasse les frontières de la région. L’existence d’un tel parapluie externe réduit les coûts politiques internes du recours à la force et, paradoxalement, encourage des trajectoires d’escalade difficiles à inverser.
## Le passage du zèle laïque au zèle religieux
Un point central de la conversation est la mutation idéologique interne : d’un projet laïque et politique — tel qu’imaginé par certains fondateurs — vers une forme de zèle religieux et nationaliste. Le sionisme d’origine comportait des courants laïcs, pragmatiques, parfois même antipatriarcaux sur le plan religieux. Mais au fil du temps, et face aux enjeux territoriaux et démographiques, des éléments religieux ont pris de l’importance, réinterprétant la souveraineté comme mandat divin.
Ce tournant a des implications juridiques et symboliques : sanctification de certains espaces, rhétorique biblique pour justifier l’annexion, et fusion de l’identité nationale avec une interprétation exclusive de la foi. Là où le projet politique pouvait encore théoriquement accueillir la pluralité citoyenne, l’infusion d’un zèle religieux radical limite l’imagination politique à des frontières sacrées, rendant la sortie de la logique d’appropriation et d’expulsion plus improbable.
## Le sionisme africain et la sacralisation du pouvoir étatique
La conversation attire l’attention sur des déclinaisons du sionisme au-delà du monde euro-atlantique, notamment en Afrique et en Amérique latine. Ces formes locales de sionisme ne se confondent pas entièrement avec le sionisme israélien : elles le réapproprient, le reconfigurent et parfois l’utilisent comme modèle de renouveau national. Dans certains contextes africains, le sionisme se présente comme un discours de modernisation et d’émancipation, mais il peut aussi promouvoir la sacralisation de l’État comme lieu de salut collectif.
Ce phénomène révèle deux choses. D’une part, l’idéologie sioniste s’avère malléable et exportable ; d’autre part, sa diffusion dans des sociétés marquées par des histoires de colonialisme et de lutte anticoloniale produit des contradictions aiguës. Comment concilier un discours anti-impérialiste avec l’adhésion à un projet qui, dans ses pratiques, reproduit des logiques coloniales ? La réponse n’est pas uniforme : certains mouvements sionistes locaux dépassent les dimensions religieuses pour devenir des récits de pouvoir, tandis que d’autres se heurtent à des résistances morales et politiques.
## Antisémitisme, persécution et instrumentalisation
La conversation insiste sur une distinction cruciale : le sionisme ne se confond pas avec le judaïsme, et la critique du premier ne saurait être réduite à de l’antisémitisme. Le sionisme politique a été largement influencé par des préoccupations européennes — la peur de la persécution et le désir d’un refuge national — mais il n’est pas l’héritage nécessaire ou exclusif du judaïsme religieux. De nombreux courants juifs ont d’ailleurs vigoureusement contesté l’idée d’un État-nation comme solution au problème de l’antisémitisme.
Pourtant, la persécution réelle des Juifs a servi d’argument mobilisateur pour l’essor du sionisme politique. La conversation met en garde contre l’instrumentalisation de la mémoire de l’oppression pour justifier des politiques contemporaines qui reproduisent des injustices. Utiliser la crainte historique comme prétexte pour des actions d’exclusion transforme la dignité des victimes en légitimation d’une logique d’État fondée sur la peur et la supériorité prét
Transcript
L’autodestruction sioniste d’Israël
Le sionisme euro-américain (juif et chrétien) a causé la mort de millions de personnes en Asie
occidentale, dévasté la région, et constitue le moteur derrière le génocide de Gaza. Mais Israël lui-
même est menacé de tomber dans le piège de la logique mortelle qui a donné naissance à l’État dès
le départ. Aujourd’hui, nous organisons une table ronde pour examiner ce qui rend le sionisme si
dangereux et, en fin de compte, même auto-destructeur. Je suis accompagné de trois universitaires
de renommée mondiale : le professeur Yakov Rabkin de l’Université de Montréal, le professeur
Manuel Ramos de l’Institut universitaire de Lisbonne, et le professeur Jeffrey Sachs de l’Université
Columbia. Liens : Livres de Yakov : *Israel in Palestine: Jewish opposition to Zionism* : https://www.
barnesandnoble.com/w/israel-in-palestine-yakov-m-rabkin/1148269128 *What is Modern Israel?* :
https://www.barnesandnoble.com/w/what-is-modern-israel-yakov-m-rabkin/1122667941?
ean=9780745335810 Substack Neutrality Studies : https://pascallottaz.substack.com Boutique :
https://neutralitystudies-shop.fourthwall.com Chapitres : 00:00:00 Introduction 00:00:48 Définir le
sionisme : politique, religieux ou impérial ? 00:16:38 Nationalisme d’exclusion et contradictions
messianiques 00:23:30 Le soutien impérial : appui des États-Unis et du Royaume-Uni 00:27:40 Le
passage du zèle laïque au zèle religieux 00:37:41 Le sionisme africain et la sacralisation du pouvoir
étatique 00:45:51 Antisémitisme, persécution et instrumentalisation 00:56:34 Conclusion :
radicalisation et déficit démocratique
#Pascal
Bienvenue à tous. Aujourd’hui, nous organisons une table ronde sur le sionisme avec trois
universitaires de renommée mondiale. J’ai avec moi le professeur Yakov Rabkin de l’Université de
Montréal, le professeur Manuel Ramos de l’Institut universitaire de Lisbonne et le professeur Jeffrey
Sachs de l’Université Columbia. Messieurs, bienvenue.
#Manuel Ramos
Merci beaucoup pour l’invitation.
#Pascal
Nous avons dit que nous allions organiser une table ronde sur le sionisme afin d’explorer un peu plus
ce concept, car, Yakov, tu y travailles depuis de nombreuses années et tu as écrit de remarquables
ouvrages, notamment sur le rejet juif du sionisme. Manuel, dans un précédent podcast, tu as établi
un lien entre le sionisme et les croisades, et Jeff, tu travailles également sur ce sujet depuis un
certain temps. Alors, commençons peut-être par la question de savoir comment nous devrions
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comprendre le sionisme. Faut-il le considérer comme un projet juif, un projet chrétien, un projet
européen ou un projet transatlantique ? Quelle est la meilleure façon de saisir ce qu’est le sionisme ?
Commençons avec Yakov.
#Yakov Rabkin
Eh bien, le sionisme est, avant tout, un mouvement politique. L’idée est de ramener les Juifs en
Terre sainte par des moyens politiques ou militaires. Cette idée est très différente des espérances
messianiques que l’on trouve dans le judaïsme et, bien sûr, aussi dans le christianisme. L’origine de
cette idée vient en réalité de théologiens protestants à partir du XVIIᵉ siècle, qui la considéraient
comme faisant partie de la rédemption, du second avènement du Christ et de la fin du monde. Pour
eux, il était extrêmement important de rassembler les Juifs du monde entier en Terre sainte afin qu’
ils puissent être témoins du second avènement du Christ et qu’ils reconnaissent le Christ comme le
Messie, ou périssent s’ils ne le faisaient pas. C’est donc un scénario très problématique, pour le dire
avec modération.
Et ce scénario s’est déroulé au XVIIe siècle, comme je l’ai dit, puis au XVIIIe siècle. Au XIXe siècle, il
a été renforcé par les intérêts géopolitiques de la Grande-Bretagne, qui souhaitait avoir un point d’
appui en Terre sainte, non loin du canal de Suez, ce qui était très pratique. Lorsque les Juifs se sont
lancés dans ce projet, c’était très tard au XIXe siècle, et il était assez impopulaire parmi les Juifs.
Nous pourrons parler plus tard des raisons de cette impopularité. Aujourd’hui, le sionisme est l’
idéologie officielle de l’État d’Israël, et de nombreux Israéliens estiment que le sionisme, quelles qu’
aient été ses tendances auparavant, a désormais conduit au racisme. Avram Burg, ancien président
de la Knesset, Gideon Levy, journaliste à *Haaretz*, et bien d’autres affirment qu’aujourd’hui, pour
être sioniste, il faut être raciste ou fasciste. Voilà donc l’évolution de ce mouvement.
#Pascal
Manuel, comment le décrirais-tu ? C’est toi qui, dans une émission précédente, as établi le lien avec
les Croisades et avec cette forte croyance fondamentaliste chrétienne concernant la Terre sainte.
Que penses-tu qu’il soit essentiel de comprendre à propos du sionisme ?
#Manuel Ramos
Eh bien, je pense que le sionisme est une ramification d’un mouvement idéologique plus vaste, qui
est le messianisme. Et le messianisme est chrétien, mais il est aussi musulman et juif. Je pense que l’
histoire du messianisme est probablement aussi ancienne que l’humanité. L’idée que nous
atteindrons la perfection, qu’il y aura un jour dernier de jugement et qu’ensuite tout ira bien — cette
attente d’un avenir parfait — est quelque chose d’assez général. Dans l’histoire du messianisme, qui,
comme je l’ai dit, donne naissance à cette ramification qu’est le sionisme spécifique, je pense qu’il
faut remonter, comme je l’ai déjà proposé, aux croisades et aux divers mouvements du christianisme
qui cherchaient une voie vers la fin des temps.
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Et ce projet s’est heurté très tôt à l’apocalyptisme musulman, car l’idée du retour du Christ n’est pas
seulement chrétienne, mais aussi islamique. L’idée du retour d’Isa est profondément ancrée dans la
pensée musulmane. Nous avons donc trois religions abrahamiques qui réfléchissent à la fin des
temps et à une culmination finale, ce qui a engendré toutes sortes de variations. Je me suis
intéressé — parce que je travaille dans la Corne de l’Afrique — au sionisme africain, ainsi qu’au
sionisme sud-américain.
Ils ont bien sûr un certain lien avec le sionisme occidental et le sionisme israélien, mais ils sont assez
différents. Je pense que nous devrions également inclure ces formes de sionisme dans la discussion,
car elles ne se rattachent pas nécessairement à l’idée que Sion sera établi à Jérusalem. C’est
beaucoup plus symbolique, et cela concerne bien davantage le présent. Cela ne se projette pas dans
l’avenir, mais dans le maintenant — c’est davantage une affaire d’aujourd’hui qu’une affaire d’avenir.
Il y a un autre élément que j’aimerais introduire ici. Parfois, nous opposons l’idée occidentale du
temps linéaire à l’idée dite orientale — qu’elle soit bouddhiste, hindoue ou taoïste — du temps
cyclique.
Et je pense que parfois cela est mal orienté, car il existe de nombreuses formes de messianisme et d’
apocalyptisme dans les religions orientales. Et peut-être — cela peut sembler un peu fou — mais j’ai
tendance à penser que l’instauration du Royaume de Dieu après la bataille d’Armageddon, après le
Jugement dernier, constitue un retour au mouvement initial, à la condition initiale — la condition d’
avant le péché originel. Ainsi, on peut aussi voir l’apocalyptisme comme une forme cyclique. Il y a
certes cette idée de linéarité, mais cette linéarité dissimule une forme cyclique, moins marquée que
dans les religions orientales. Mais je pense que nous devrions aussi essayer de concevoir ces idées
des temps ultimes comme faisant partie d’une réflexion sur le renouveau.
#Pascal
Merci, Jeff. Ce qui est étonnant, cependant, c’est qu’en tant que mouvement politique, le sionisme
est en grande partie athée. Je veux dire, il n’est pas nécessaire d’être croyant pour être sioniste, n’
est-ce pas ?
#Jeffrey Sachs
Eh bien, je pense que ce qui est si intéressant, ce sont toutes les origines différentes, et parfois
totalement contradictoires, de cette idée. Mais aujourd’hui, le sionisme est l’idéologie qui guide l’État
d’Israël, c’est donc une idéologie politique — un mouvement, comme l’a dit Yakov. Si l’on regarde en
arrière, et tout comme ces deux grands experts dont j’ai appris — je ne suis qu’un étudiant de la
question, cherchant à comprendre les implications politiques et géopolitiques — il y a la dimension
messianique, dont parle Manuel. Il y a aussi la dimension chrétienne, en particulier celle du
protestantisme évangélique, qui voit le retour des Juifs en Terre sainte comme un prélude à la
parousie, la seconde venue du Christ.
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Il existe assurément, encore aujourd’hui, un aspect de cette situation qui relève d’un affrontement
entre le christianisme — ou le judéo-christianisme, comme on le dit aux États-Unis et au Canada —
et l’islam, une lutte pour le contrôle de la Terre sainte. C’est sans aucun doute une force motrice
pour de nombreux sionistes américains : l’idée de maintenir la Terre sainte entre les mains des
chrétiens ou des juifs, mais pas des musulmans. Il s’agit clairement d’une entreprise impériale, au
sens littéral du terme, puisque le sionisme moderne a été fondamentalement rendu possible par l’
Empire britannique, à travers la Déclaration Balfour de 1917, qui a placé à l’époque la plus puissante
des empires du monde du côté d’une patrie juive.
C’était donc une entreprise impériale. Et comme l’a dit Yakov, comme c’était typique des
Britanniques, il s’agissait d’un projet impérial très cynique, dirigé par un certain nombre d’antisémites
intéressés par le contrôle de la mer Rouge, du canal de Suez et, bientôt, des oléoducs reliant l’Irak à
Haïfa — essentiellement pour protéger les joyaux de la couronne de l’Empire britannique. On croyait
également que l’annonce de la Déclaration Balfour inciterait les États-Unis à rejoindre la Première
Guerre mondiale aux côtés des Britanniques. C’était donc une manœuvre impériale britannique
typique qui la soutenait. Et aujourd’hui, nous avons l’empire américain, qui a été le grand promoteur
et soutien du sionisme moderne et de l’État d’Israël.
C’est un mouvement nationaliste enraciné dans la croyance très européenne de la fin du XIXᵉ siècle
selon laquelle chaque peuple a besoin d’un État. Il s’agit d’une idéologie politique européenne
grossière qui a engendré d’innombrables souffrances, mais qui repose sur l’idée qu’il n’existe pas de
sociétés multiethniques ni d’empires transnationaux — chaque peuple devrait avoir son propre État.
Les Balkans doivent être « balkanisés », chaque lieu devenant un État physique et géographique
pour une certaine ethnie, c’est-à-dire un groupe linguistique ou un ethnos. Et c’est dans ce sens qu’il
faut comprendre Herzl, le principal fondateur du sionisme juif, qui représente en réalité une forme
tardive de sionisme.
Et comme nous le savons, Herzl était complètement irréligieux — ignorant de la religion, indifférent
ou sceptique à son égard. Il se préoccupait de l’antisémitisme et du nationalisme dans le sens où un
ethnos devait posséder un État physique. Pour lui, que ce soit l’Ouganda, la Terre sainte ou un autre
lieu relevait en grande partie de la tactique. Aujourd’hui, le sionisme est l’idéologie d’un véritable
État politique. Le but du sionisme du XXe siècle était de créer cet État, de le sécuriser et de l’étendre.
C’est donc désormais une idéologie qui affirme beaucoup de choses, mais dont l’une est qu’Israël est
un État du peuple juif, et que le judaïsme est une nation, pas nécessairement une religion. C’est un
peuple qui a une terre, qui a eu une terre. C’est leur terre, c’est à nouveau leur terre, et ce sera leur
terre. Les courants du sionisme en Israël sont assez variés. Ils se rassemblent tous autour d’une idée
politique : celle d’une idéologie d’État, ce qui est significatif. Mais pour certains, c’est l’expression, je
dirais, d’un nationalisme de la fin du XIXᵉ siècle — l’idée que nous avons un État, et que c’est la
seule manière d’être en sécurité dans un monde de nations en guerre les unes avec les autres.
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