Alexander Mercouris soutient que le protocole d’accord naissant entre les États-Unis et l’Iran fonctionne comme une trêve tactique plutôt que comme une voie vers une paix durable, permettant la circulation du pétrole et donnant aux deux parties le temps de se regrouper. Il affirme que les États-Unis se sont retirés d’une stratégie initiale visant un changement de régime rapide, révélant un excès d’ambition, une faible résilience du complexe militaro-industriel et des défaillances dans l’analyse du renseignement. Mercouris met en garde contre le risque que l’Iran surestime son succès en restant excessivement autosuffisant au lieu d’approfondir ses liens avec la Chine et la Russie et de s’intégrer aux dispositifs de sécurité régionale dirigés par les BRICS. Les États du Golfe sont confrontés à un choix difficile entre le maintien de l’alliance américaine et une architecture de sécurité régionale neutre ; leurs liens économiques et institutionnels au dollar compliquent une réorientation. L’orientation pro-occidentale de l’Arménie est décrite comme très risquée, pouvant compromettre sa sécurité si le soutien américain venait à diminuer. Enfin, Mercouris souligne une évolution préoccupa
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## Cessez-le-feu en Iran et pourquoi c’est du théâtre
La conversation audio dont il est question esquisse une hypothèse centrale et déroutante : l’accord apparent entre les États-Unis et l’Iran n’est pas tant une paix qu’un répit stratégique, un cessez‑le‑feu instrumentalisé qui masque des objectifs inavoués. Plutôt que la conclusion d’un règlement définitif, les participants projettent une transaction tactique visant à débloquer le trafic pétrolier et à réduire la pression économique immédiate sur les marchés mondiaux, tout en laissant intactes les lignes de fracture politiques et militaires. Ce diagnostic rompt avec la lecture classique qui voit dans un protocole d’accord l’amorce d’un règlement durable ; ici, l’accent est mis sur la nature contingente et – selon l’analyse – volontairement imparfaite de l’arrangement.
L’accord annoncé inclurait, dit‑on, des concessions symboliques côté iranien et peut‑être la remise conditionnelle d’avoirs gelés, mais ces éléments seraient surtout des signaux destinés aux opinions publiques et aux marchés. L’enjeu stratégique des États‑Unis, dit la discussion, est de rouvrir le détroit d’Ormuz et de normaliser l’approvisionnement en pétrole afin d’éviter une récession importée. Côté iranien, la pause permettrait un réarmement discret et la consolidation d’un positionnement régional plus robuste. La conséquence attendue : un conflit figé, une trêve cyclique qui repousse, mais ne résout pas, la confrontation fondamentale sur la question nucléaire et la liberté d’action régionale.
## États du Golfe, BRICS et neutralité
La crise expose aussi la fragilité des clients régionaux des États‑Unis et met en lumière une opportunité pour la Chine et la Russie. Les grands États du Golfe — longtemps arrimés stratégiquement à Washington — se trouvent aujourd’hui face à un dilemme existentiel : rester dépendants d’un protecteur dont la priorité peut changer, ou chercher une autonomie stratégique en se rapprochant des BRICS. La conversation présente l’idée que Pékin et Moscou proposent une « architecture de sécurité » dans la région : un cadre plurilatéral où les États du Golfe, l’Iran et les puissances eurasiatiques construiraient des mécanismes de coopération pour garantir la navigation, le commerce et la non‑agression, sans passer par l’exclusivité des États‑Unis.
Ce déplacement stratégique suppose des ruptures douloureuses, notamment la renégociation des accords militaro‑logistiques et la mise à l’épreuve de liens économiques profonds — comme la dollarisation implicite de certaines monnaies pétrolières du Golfe. Mais l’argument avancé est puissant : si les pays arabes se comportaient réellement en « amis de tous, ennemis de personne », ils gagneraient en marge de manœuvre et en sécurité. La neutralité régionale évoquée n’est pas une posture morale abstraite mais une stratégie pragmatique pour limiter le risque d’être sacrifiés sur l’autel des intérêts extérieurs. Les BRICS, en facilitant ce basculement, offriraient des alternatives en financement, technologie et diplomatie.
## Le tournant risqué de l’Arménie vers l’Occident
Le débat s’étend ensuite au Caucase, où l’Arménie illustre les dangers d’un virage pro‑occidental en zone d’influence russe. La discussion met en garde contre la « vassalisation » figurée d’un petit État qui, en s’éloignant de Moscou, perd ses garanties immédiates alors même qu’il se retrouve au contact d’adversités régionales — Azerbaïdjan revanchard, Turquie peu conciliante, proximité iranienne incertaine. Le pari de l’Arménie sur le soutien occidental est décrit comme stratégique mais risqué : l’éloignement de la Russie n’achète pas automatiquement la protection européenne ou américaine, moins disposées et moins capables d’intervenir militairement à courte distance.
L’exemple illustre une leçon plus large : la géopolitique régionale ne se résume pas au choix binaire « Occident contre Russie ». Les petits États qui misent sur le soutien de puissances éloignées doivent résoudre des problèmes logistiques, militaires et politiques immédiats auxquels les alliances superficielles ne répondent pas toujours. Le cas arménien questionne la durabilité des promesses extérieures et rappelle que, pour beaucoup d’États en périphérie, la continuité des liens régionaux — économiques, énergétiques, sécuritaires — pèse souvent plus lourd que des assurances politiques lointaines.
## Ce que la guerre d’Iran a révélé
La seconde guerre contre l’Iran, selon l’échange, a été une épreuve révélatrice pour les capacités occidentales — et particulièrement américaines. Au‑delà du théâtre naval et des frappes, la campagne a mis en lumière des déficits significatifs en renseignement, en planification opérationnelle et en anticipation stratégique. Les coupures entre objectifs politiques ambitieux (renverser un régime, imposer un changement) et moyens effectivement mobilisés ont été flagrantes. L’idée que l’effondrement du gouvernement iranien serait rapide s’est heurtée à une réalité de résilience nationale, d’organisation politique et de capacités défensives que l’Occident avait sous‑estimées.
Cette faiblesse renseignementielle est double : sinon quantitative, du moins qualitative — une difficulté à prédire les réactions, à évaluer les ramifications régionales et à calibrer des opérations qui ne provoquent pas une escalade incontrôlée. La leçon avancée est politique autant que militaire : les puissances extérieures ont engagé des stratégies fondées sur des hypothèses optimistes qui se sont avérées fausses, et payeront un coût politique quand ces projets échouent ou stagnent. La guerre a aussi exposé le coût pour les alliés régionaux, dont beaucoup se sont retrouvés exposés, humiliés ou abandonnés dans la recomposition en cours.
## Tulsi Gabbard, laboratoires biologiques et la CIA
Un autre thème abordé dans la discussion est l’affaire des laboratoires biologiques et l’implication supposée d’agents américains dans des activités sensibles. Ici, les participants évoquent les accusations portées par des voix dissidentes, qui ont attiré l’attention sur la nature des engagements américains hors du strict cadre militaire. Plus particulièrement, l’on signale une attention accrue de la CIA vers des opérations d’intervention et d’influence au détriment d’un renseignement purement factuel et analytique.
La mise en lumière de ces dossiers fragilise le récit traditionnel selon lequel les services servent d’abord à prévenir les menaces. Si des agences sont tentées par des missions d’ingérence, d’accélération politique ou d’expérimentation, cela brouille le mandat démocratique de contrôle et multiplie les risques de revers diplomatiques et juridiques. La référence à des personnalités comme Tulsi Gabbard sert à rappeler qu’une partie du débat public met en cause non seulement des opérations spécifiques, mais la culture stratégique des agences américaines. La conséquence, disent les interlocuteurs, est un affaiblissement de la légitimité internationale des États‑Unis, rendant leurs partenaires plus hésitants et leurs adversaires plus déterminés.
## Déclin américain et échecs du renseignement
Le fil rouge de la conversation revient au thème du déclin relatif des États‑Unis : non pas une disparition immédiate, mais une érosion de capacité à conditionner l’ordre international sans coûts croissants. Les erreurs d’appréciation sur l’Iran, la gestion des alliances du Golfe, et l’aveu de vulnérabilités structurelles dans le renseignement dessinent un tableau où la puissance américaine est contestée non seulement par adversaires, mais aussi par d’anciens alliés qui revoient leur calcul stratégique. Les BRICS apparaissent comme l’instrument d’une multipolarité naissante ; la neutralité, proposée comme solution régionale, devient une stratégie pragmatique pour limiter l’exposition.
L’argument final, qui traverse l’ensemble de l’échange, est que le monde se situe à un point d’inflexion : les structures de sécurité et d’alignement d’après‑guerre fr
Transcript
Fin d’un empire : les États-Unis humiliés par
l’accord avec l’Iran | Alexander Mercouris
(Audio)
Alexander Mercouris rejoint l’émission pour discuter d’un probable cessez-le-feu en Iran, des raisons
pour lesquelles il y voit une pause plutôt qu’une paix, de la pression exercée sur les États du Golfe
pour repenser leurs relations, du tournant risqué de l’Arménie vers l’Occident, et de la manière dont
la deuxième guerre d’Iran a révélé la faiblesse du renseignement et de la planification militaire
américains. Il aborde également les affirmations de Tulsi Gabbard concernant les laboratoires
biologiques américains et l’attention croissante de la CIA portée à l’intervention plutôt qu’au
renseignement. Liens : Alexander Mercouris YouTube : https://www.youtube.com
/@AlexanderMercouris The Duran : https://www.youtube.com/@TheDuran Neutrality Studies
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00 Cessez-le-feu en Iran et pourquoi c’est du théâtre 00:10:23 États du Golfe, BRICS et neutralité 00:
19:03 Le tournant risqué de l’Arménie vers l’Ouest 00:24:50 Ce que la guerre d’Iran a révélé 00:38:
05 Tulsi Gabbard, laboratoires biologiques et la CIA 00:42:51 Déclin américain et échecs du
renseignement
#Pascal
Eh bien, bonjour ! Nous sommes dans un bus, quelque part entre Pskov et Moscou, et je suis assis
ici avec Alexander Mercouris. Bienvenue, Alexander.
#Alexander Mercouris
Ravi d’être à nouveau avec vous, ici, dans le train entre Pskov et Moscou.
#Pascal
On a dit qu’on allait profiter de ce moment pour parler un peu de politique internationale. Ce sera
uniquement en audio, mais j’espère que notre public appréciera. Nous sommes aujourd’hui le quinze
juin, et nous venons d’apprendre qu’un accord a été trouvé entre les Iraniens et les Américains. Il n’
est pas encore signé, mais il devrait l’être à Genève, en Suisse, probablement la semaine prochaine.
Alors, qu’est-ce que vous pensez de ce théâtre qu’on observe en ce moment ?
#Alexander Mercouris
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Je pense que c’est du théâtre. La première chose à comprendre, c’est que l’accord qu’on va
probablement voir — et je dis bien « probablement », parce que rien n’est encore sûr —, c’est
essentiellement un accord pour prolonger le cessez-le-feu. Apparemment, il y aurait dans cet accord
des dispositions prévoyant que les Américains restituent une partie des avoirs gelés à l’Iran. Je ne
crois pas une seconde qu’on verra ça se produire. La question de fond, celle de l’enrichissement
iranien, reste totalement non résolue.
À mon avis, c’est une manœuvre des États-Unis pour rouvrir le détroit d’Ormuz et relancer la
circulation régulière du pétrole sur les marchés mondiaux. Les États-Unis ont compris que l’
effondrement économique de l’Iran, qu’ils espéraient provoquer avec le blocus maritime, ne se
produira probablement pas, ou en tout cas pas assez vite pour compenser la hausse des prix du
pétrole et le risque de récession chez eux. Donc, pour moi, il s’agit d’un cessez-le-feu temporaire.
Mais je pense que les Américains et les Israéliens vont se retirer un moment pour repenser leur
stratégie. Leur objectif en Iran, lui, n’a pas changé. Et je crois qu’ils vont chercher un moyen de
profiter de cette trêve pour relancer toute l’opération, peut-être sous une autre forme.
#Pascal
Du côté iranien, ce qu’on voit, c’est sans doute simplement l’autre face de la même situation. Eux
aussi peuvent profiter d’une pause. Eux aussi peuvent prendre le temps de se réarmer. Et pendant
ce temps, ils acceptent quelque chose qui, au moins sur le papier, valide leur position, même si, en
réalité, ça ne se traduira probablement jamais par quoi que ce soit de concret. Et n’oublions pas, c’
est un protocole d’accord, non ? Ce qui me paraît étrange, c’est qu’il y a environ deux mois, les
Américains avaient accepté les conditions iraniennes pour parvenir à un accord de paix. Et
maintenant, on en est à un protocole d’accord qui n’avait jamais été envisagé. Ce protocole est
censé nous mener à un accord de paix final. Franchement, le processus est tellement alambiqué qu’il
est difficile de voir comment tout ça pourrait vraiment aboutir. Mais pour l’instant, tout le monde
semble pouvoir vivre avec ce conflit à moitié gelé, à moitié maintenu.
#Alexander Mercouris
Oui. Il faut bien se rappeler que, même si les Américains ont fait les plus grandes concessions, ils
ont clairement commencé la guerre en pensant que le gouvernement iranien s’effondrerait très vite.
Et ils l’ont dit très clairement. Les gens sont dans le déni à ce sujet, mais ils l’ont vraiment dit,
ouvertement. Les Israéliens aussi l’ont dit, ils l’ont même crié sur tous les toits : leur intention, c’était
de renverser le gouvernement iranien. Donc, les Américains ont dû reculer, beaucoup reculer même.
Mais les Iraniens aussi ont fait des concessions, parce que tout au long du mois de mars, ils disaient
qu’ils n’étaient pas prêts à accepter le moindre cessez-le-feu. Et c’est pourtant bien ce vers quoi on
se dirige aujourd’hui.
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Ils voulaient un cessez-le-feu total, complet, un règlement final de tout le conflit entre eux et les
États-Unis. C’était, paraît-il, le souhait du Guide suprême assassiné, l’ayatollah Ali Khamenei. Mais les
Iraniens ont maintenant fait marche arrière, et tout le monde s’accorde sur ce qui est, en réalité, un
cessez-le-feu. Et je pense que s’ils ont accepté cela, c’est parce qu’ils ont subi de fortes pressions de
la part de leurs amis des BRICS, la Chine et la Russie, pour qu’ils donnent leur accord. Donc, à mon
avis, ce que les Iraniens doivent faire maintenant, c’est évidemment se préparer à la prochaine
attaque, car elle viendra. Et l’une des choses qu’ils doivent faire, c’est tirer parti de cet accord, faire
ce que leurs amis chinois et russes attendent d’eux, et amener la Chine et la Russie à soutenir l’Iran
de manière plus active à l’avenir.
#Pascal
L’Iran, jusqu’à présent, et je suis tout à fait d’accord avec vous, eh bien, ce qu’on a vu, c’est la
première manche l’an dernier — on vient d’ailleurs de passer l’anniversaire de cette première
manche, la guerre de douze jours — et cette année, on a eu la guerre de quarante jours. En gros, si
ça continue comme ça, l’an prochain on aura peut-être une guerre de soixante jours, ou quelque
chose du genre. On a vraiment l’impression que ça avance par cycles. Mais les Iraniens, depuis très
longtemps — et vous l’avez aussi souligné dans votre émission — ont une stratégie d’autonomie, n’
est-ce pas ? Ils se sont toujours montrés très méfiants vis-à-vis de toute forme d’intégration, qu’elle
soit militaire ou autre, avec la Russie ou la Chine. Pour des raisons historiques, c’est compréhensible.
Mais je pense que vous avez fait remarquer que ça rend les choses beaucoup plus compliquées.
#Alexander Mercouris
Oui, je pense que c’est exactement ça, et c’est là que réside le danger auquel l’Iran est confronté
aujourd’hui. L’Iran a de bonnes raisons de vouloir être autonome. Il a été traité, à une époque, par
les Britanniques, les Russes, puis les Américains, comme une semi-colonie, ou si vous préférez,
comme un protectorat. Une partie du sens de la Révolution islamique de mille neuf cent soixante-dix-
neuf, c’était aussi une révolution nationaliste. C’était l’Iran qui reprenait en main son propre avenir,
sa politique, ses choix, sa vie. Mais il y a une limite à ce qu’un pays comme l’Iran, à son niveau
actuel de développement économique et technologique, peut accomplir. Il faut accepter qu’il n’est
pas une grande puissance comme la Chine, ou, dans une certaine mesure, comme la Russie. Donc, l’
erreur que les Iraniens pourraient commettre — et c’est une erreur bien réelle — ce serait de sortir
de tout cela en se disant : eh bien, on peut s’en sortir presque entièrement par nous-mêmes.
Nous avons tenu tête aux États-Unis et à Israël. Nous n’avons pas besoin de remettre en question
cette approche. Nous pouvons continuer à affronter les Américains et les Israéliens par nous-mêmes.
Nous n’avons pas besoin de plus d’aide de la part des Chinois ou des Russes. En fait, nous pourrions
même être plus fermes avec eux. Et je pense que ce serait une erreur fatale. La réalité, c’est qu’ils
ont bel et bien besoin des Chinois et des Russes. Ils ont besoin des Chinois, avec leurs moyens
financiers et leur technologie. Ils ont besoin des Russes, avec leur savoir-faire technologique et leurs
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échanges commerciaux. Ils doivent désormais s’intégrer beaucoup plus profondément au sein des
BRICS. C’est la voie vers la sécurité, vers une reprise économique durable, et, au bout du compte,
vers l’indépendance. À ton avis, quel rôle vont jouer les États du Golfe dans tout ça, à l’avenir ?
#Pascal
Parce que, vous savez, l’Arabie saoudite fait aussi partie des BRICS, non ? Oui. Mais je ne vois pas
vraiment une solution de type BRICS émerger de tout ça. Ce qu’on peut plutôt imaginer, c’est une
intégration plus poussée de l’Iran, surtout avec la Russie et la Chine, à différents niveaux — peut-
être dans le partage de renseignements, peut-être dans certains développements technologiques.
Probablement pas tellement dans les achats militaires. Même s’ils décidaient aujourd’hui d’acheter
des avions de chasse russes ou chinois, il faudrait sans doute une dizaine d’années avant que le
programme aboutisse. En revanche, pour des développements plus modestes, comme les
technologies de drones ou d’autres systèmes du même genre… là, il faut dire que l’Iran est déjà
assez avancé, en fait.
Mais les États du Golfe, eux, ont été très durement touchés. Ils ont aussi tiré une leçon très amère :
les États-Unis non seulement ne peuvent pas les défendre, mais en plus, ils sont prêts à les sacrifier
— à les jeter sous le bus iranien, pour ainsi dire. Cet accord, dont on n’a pas encore vu la version
finale, pourrait en réalité contenir certaines concessions à l’Iran. Les États-Unis pourraient, sinon se
retirer complètement, du moins ne pas chercher à « recoloniser » les États du Golfe. On ne sait pas
encore exactement ce qu’il en est. Mais selon vous, quelle va être la position des États du Golfe à
partir de maintenant ?
#Alexander Mercouris
Les États du Golfe persique doivent eux aussi prendre des décisions très importantes sur leur propre
avenir. Parce que, comme vous l’avez tout à fait justement dit, ils ont misé entièrement sur les
Américains et sur les Israéliens. Et, en conséquence, ils se sont retrouvés projetés contre un mur. Je
suis convaincu qu’ils pensaient que tout cela se terminerait très vite. Mais, à leur grande surprise, ils
se sont retrouvés dans une confrontation sans fin, qui s’est révélée désastreuse pour eux. Aujourd’
hui, ce que les Chinois et les Russes essaient de faire — et cela fait des années qu’ils le répètent —,
c’est d’amener les différents États de la région du Golfe persique, l’Iran et les États arabes du Golfe,
à se rassembler pour élaborer ce que les Chinois et les Russes appellent une nouvelle architecture de
sécurité.
Par là, ce qu’ils veulent dire, c’est que cette région devrait, en fait, prendre le contrôle d’elle-même.
Qu’elle ne devrait plus dépendre d’acteurs extérieurs. Je pense que c’est l’une des choses que les
Chinois et les Russes veulent voir se réaliser. Je crois aussi que l’une des raisons pour lesquelles la
Chine et la Russie ont autant insisté pour obtenir un cessez-le-feu, c’est qu’elles entretiennent de
bonnes relations avec les États du Golfe arabo-persique. Elles veulent sortir les pays arabes de la
situation compliquée dans laquelle ils se sont retrouvés. Et ce qu’elles vont probablement essayer de
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faire maintenant, c’est de dire à tout le monde — aux Iraniens, aux États arabes — « regardez, nous
vous avons proposé une architecture de sécurité. C’est le moment d’a