Kevork Almassian soutient que le renversement d’Assad permis par l’Occident aboutit à l’élévation d’Abu Muhammad al-Jolani — ancien d’al-Nusra/Al-Qaïda — au pouvoir de facto en Syrie, trajectoire qu’il juge prévisible dès les premières actions clandestines américaines. S’appuyant sur des évaluations américaines fuitées de 2012 et sur des programmes tels que Timber Sycamore, Almassian affirme que Washington, des parrains régionaux (Qatar, Turquie) et Israël ont facilité matériellement et politiquement les forces jihadistes, traitant Jolani comme un atout stratégique plutôt que comme un adversaire. Il relie le soutien tacite d’Israël sur le front du Golan et les financements du Golfe aux gains de Jolani sur le champ de bataille, et interprète les récentes radiations de listes et démarches diplomatiques comme une normalisation ayant exigé des concessions préalables : une réduction des liens syriens avec le Hezbollah et l’égalité palestinienne, et un alignement sur un ordre régional « arabe modéré ». Almassian avertit que ces évolutions mettent en péril les Alaouites, les Palestiniens et le Liban, et situe l’ascension de Jolani dans le cadre plus large des dynamiques de changement de r
Article
## L’effondrement programmé : un nouveau chapitre de la destruction de la Syrie
Ce qui émerge de la conversation, c’est une narration implacable : la Syrie n’a pas seulement été brisée par une guerre civile interne, mais par une opération de changement de régime où des puissances étrangères ont instrumentalisé des forces radicales pour atteindre des objectifs géopolitiques. L’échange met au centre l’idée que le basculement récent — la montée d’un ancien chef lié à Al-Qaïda au pouvoir et sa réhabilitation par des gouvernements occidentaux — n’est pas une surprise accidentelle mais l’aboutissement logique d’une longue stratégie. Le constat est simple et brutal : quand des acteurs extérieurs soutiennent des milices extrémistes pour affaiblir un État, la conséquence souvent ignorée est la substitution d’un ordre par un autre, parfois pire.
## Des opérations secrètes aux champs de bataille : chronologie d’un soutien international
La discussion rappelle que le conflit syrien, dès ses premiers mois, a été façonné par une conjonction d’interventions visibles et clandestines. Des rapports de services de renseignement, évoqués pendant l’échange, montrent que des acteurs extérieurs identifiaient dès 2012 des courants islamistes et djihadistes comme force motrice de l’insurrection. C’est sur ce constat que se seraient appuyés des programmes parallèles — publics et secrets — visant à armer et former des groupes « opposants ». L’existence de structures d’opération sur les territoires voisins et d’un flux d’armes et d’argent fournit une image moins chaotique que coordonnée : États régionaux et puissances occidentales, chacun selon ses intérêts, ont contribué à façonner l’équilibre des forces sur le terrain.
Cette trajectoire souligne une contradiction politique essentielle : affirmer publiquement le soutien à des « rebelles modérés » tout en finançant clandestinement des groupes beaucoup plus radicaux. La conversation insiste sur la mécanique administrative et bureaucratique qui a permis cette duplicité — programmes différents, canaux distincts, approbations discrètes — et sur la responsabilité collective qu’elle implique. L’analyse met en relief non seulement des faits militaires, mais aussi des choix politiques et moraux, montrant comment les décisions prises dans des centres de pouvoir lointains ont eu des effets déterminants sur la composition du paysage syrien.
## De la guérilla à l’État : la transformation d’un acteur insurgé en puissance gouvernante
L’un des points les plus saisissants de l’échange est la manière dont un mouvement jadis classé terroriste a été progressivement présenté comme un acteur « gérable » et même légitime. Le récit présenté montre que la requalification politique et la normalisation diplomatique ne sont pas des actes neutres : elles réécrivent des récits, lèvent des sanctions, et légitiment des autorités qui ont été responsables de violences et de dépossessions massives. Ce processus n’est pas perçu comme un simple geste pragmatique, mais comme la concrétisation d’un plan qui, dès le départ, avait ménagé la place de ces forces dans l’architecture politique post-conflit.
La conversation décrit en outre une série de ruptures symboliques et pratiques avec l’ancien ordre syrien : fermeture des bureaux de groupes de résistance, suppression des liens avec des alliés historiques, pressions pour normaliser des relations avec des voisins hostiles. Ces transformations institutionnelles s’accompagnent d’une inversion des statuts juridiques et sociaux pour des populations entières — Palestiniens syriens, communautés minoritaires — dont la situation a été altérée de manière structurelle. Mettre un ancien insurgé à la tête d’un État ne consiste donc pas seulement à changer de nom sur les bâtiments officiels : cela redéfinit la citoyenneté, les droits et la place des peuples dans la région.
## Les victimes oubliées : minorités, déplacés et le silence des droits humains
La conversation met en lumière un silence presque écrasant : celui des organisations internationales et de défense des droits humains face à certaines réalités du terrain. L’échange interroge pourquoi des violations massives — exécutions, expulsions et discriminations institutionnalisées — semblent recevoir moins d’attention quand elles résultent d’un réalignement soutenu par des puissances influentes. Le point est politique : la reconnaissance diplomatique et la réintégration au jeu international peuvent masquer, voire légitimer, des politiques de persécution.
Particulièrement vulnérables sont les communautés alaouites, les Palestiniens de Syrie et d’autres groupes qui, selon la discussion, craignent pour leur sécurité et leur avenir. La réduction du statut de « Palestiniens syriens » en « résidents palestiniens » n’est pas un détail administratif, mais la perte de droits concrets — accès aux soins, à l’éducation et à la pleine citoyenneté. Les récits de peur et d’exil forcé soulignent que la reconstruction d’un État ne se mesure pas seulement en négociations diplomatiques, mais dans la capacité d’un pouvoir à garantir la sécurité et la dignité de tous ses habitants. Or, ce que la conversation dépeint, c’est une reconfiguration où ces garanties sont remises en question.
## Hypocrisie juridique et répression de la dissidence : le cas des voix discordantes
Un thème répété dans l’échange concerne le traitement des voix dissidentes à l’étranger. Rappeler qu’un analyste syrien a été expulsé d’un pays européen pour avoir exprimé une opinion dissidente transforme une anecdote en symptôme : la répression des points de vue qui contestent la ligne dominante est, selon la discussion, devenue une pratique. Cette observation ouvre une critique plus large des standards de liberté d’expression appliqués selon des filtres politiques.
La conversation interroge la cohérence entre la rhétorique libérale — défense des droits humains, protection des réfugiés — et des actes étatiques qui semblent instrumentalisés pour protéger un récit de guerre. L’argument n’est pas que les États ne puissent pas prendre des décisions souveraines, mais qu’il faut examiner les motifs et les conséquences : exclure des voix qui avaient anticipé les dérives du conflit ne renforce pas la sécurité démocratique, mais contribue à une zone d’impunité informationnelle où seules certaines versions de la réalité sont autorisées.
## Réalignements régionaux et risques d’escalade : Israël, Liban et l’avenir proche
La conversation examine aussi les implications régionales de ce réalignement syrien. Le rôle d’Israël — tolérant dans certains moments, frappant dans d’autres — illustre la complexité des relations sur le terrain. L’échange note que l’intérêt de certains États à soutenir ou à tolérer des forces insurgées a moins à voir avec la promotion de la démocratie que avec la neutralisation d’ennemis communs et la redéfinition des sphères d’influence. De même, la possibilité d’opérations conjointes visant le Liban et le Hezbollah, évoquée durant l’entretien, montre combien la victoire d’un camp en Syrie peut résonner au-delà de ses frontières.
Cette dynamique expose la région à des risques d’escalade. L’exportation de conflits, la montée des milices transfrontalières et les manipulations politiques de groupes armés créent un terrain propice à des affrontements entre États et à des provocations qui peuvent dégénérer. La conversation appelle à considérer ces développements non comme des incidents isolés, mais comme des étapes dans une reconfiguration stratégique du Moyen-Orient, où les gains tactiques d’un acteur peuvent se payer par une instabilité durable pour l’ensemble de la région.
## Au terme de l’échange : enjeux éthiques et pistes pour une prise de conscience
L’échange se conclut implicitement sur un appel à la lucidité : il faut regarder la Syrie non pas comme un champ de bataille moral simpliste — bons contre mauvais — mais comme le résultat d’interventions conscientes qui ont façonné un nouvel état des choses
Transcript
La Syrie en Ruines : Aperçu
Aperçus d'interviews. Pour voir la vidéo complète, rendez-vous sur la chaîne de Harry Berger :
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com ------------------- Kevork Almassian est un analyste politique originaire de Syrie qui avait prédit il
y a des années que le soutien des États-Unis à des groupes terroristes comme le Front Al-Nosra
conduirait au remplacement du président syrien Assad par des groupes extrémistes violents. Bien qu’
Almassian ait eu raison, il a été rapidement sanctionné et expulsé d’Allemagne, pays qui lui avait
pourtant accordé l’asile en tant que réfugié syrien. Parce qu’il a exprimé des opinions jugées
incorrectes sur la Syrie, le gouvernement allemand a fait une exception spéciale à ses lois sur les
réfugiés afin de l’expulser du pays pour son « hérésie » contre le récit du changement de régime
promu par la CIA et l’OTAN. Nous discutons de ce qui est arrivé à la Syrie depuis la prise de pouvoir
de Jolani, de qui est responsable, et des raisons pour lesquelles si peu d’organisations de défense
des droits humains semblent s’en soucier. Suivez et abonnez-vous à Kevork Almassian sur
@SyrianaAnalysis Suivez et abonnez-vous à Harrison Berger sur Substack à l’adresse
https://bergerposts.Substack.com
#M2
Bonjour à tous, c'est Pascal de Neutrality Studies, et mon collègue et ami Harry Berger vient de
publier une nouvelle interview, cette fois avec l'analyste et commentateur syrien Kevork Almassian,
sur la situation actuelle en Syrie. Comme je l'ai fait précédemment, je vais vous montrer les dix
premières minutes en guise d'extrait. Si vous êtes intéressé par l'intégralité de la discussion, rendez-
vous sur la propre chaîne de Harry, No Tribe. Le lien se trouve dans la description ci-dessous.
Regardez l'entretien en entier. Voici un aperçu.
#M3
Kevork Almassian est un analyste politique syrien qui avait prédit il y a des années que le soutien
des États-Unis à des groupes terroristes comme le Front al-Nosra conduirait au remplacement du
président syrien Bachar al-Assad par des groupes extrémistes violents. Même s’il a été prouvé qu’il
avait raison, puisqu’il s’opposait à cette guerre, il a été rapidement sanctionné. Il a été expulsé d’
Allemagne, qui lui avait accordé l’asile en tant que réfugié syrien, parce qu’il avait exprimé des
opinions jugées incorrectes sur la Syrie. Le gouvernement allemand a fait une exception spéciale à
ses lois sur les réfugiés afin de l’expulser du pays pour son hérésie contre les récits de changement
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de régime CIA-OTAN. Nous discutons de ce qui est arrivé à la Syrie depuis la prise de pouvoir de
Jolani, de qui est responsable, et pourquoi si peu d’organisations de défense des droits de l’homme
semblent s’en soucier.
Les États-Unis ont retiré la semaine dernière l'ancien terroriste d'al-Qaïda et actuel président de la
Syrie, Abu Muhammad al-Jolani, de la liste des terroristes étrangers. Cela intervient sept mois après
que Jolani et ses milices ont renversé le gouvernement Assad, un événement célébré dans tout l’
Occident comme une victoire pour la démocratie. Et je suis sûr qu’il y a des Syriens qui partagent ce
sentiment. Beaucoup ne le font pas, en particulier les Alaouites, qui craignent pour leur sécurité en
raison des massacres perpétrés par ce qui constitue désormais les propres milices du gouvernement
syrien, fidèles au président Jolani. Je voudrais revenir plus tard sur la façon dont nous en sommes
arrivés là, pour discuter de la soi-disant guerre civile syrienne qui dure depuis quatorze ans. Mais
quelle a été votre réaction initiale à la décision des gouvernements occidentaux comme les États-
Unis et le Royaume-Uni de retirer la désignation de terroriste à Jolani et de reconnaître son
gouvernement composé d’anciens membres d’al-Qaïda ?
#M1
Personnellement, je n'ai pas du tout été surpris. Je n'ai pas été choqué, je n'ai pas été surpris parce
que j'ai suivi la guerre en Syrie depuis son début en 2011, et j'ai lu les documents divulgués des
responsables américains et la façon dont ils voyaient et percevaient la guerre en Syrie. Je vais
simplement vous donner quelques exemples. En 2012, la Defense Intelligence Agency américaine a
rédigé un rapport avec son évaluation du conflit dans le pays, qui, en 2012, était déjà une guerre
ouverte. C'était une insurrection, et il y avait plusieurs camps qui combattaient contre le
gouvernement syrien, ou l'ancien gouvernement syrien.
Et l’évaluation de la Defense Intelligence Agency américaine était que la force motrice derrière l’
insurrection contre Assad était constituée par les Frères musulmans, les djihadistes takfiris et les
groupes d’al-Qaïda en Irak. Sachant cela, Barack Obama a apposé sa signature sur l’opération
secrète de la CIA en Syrie, appelée Timber Sycamore, afin d’armer et de former ces groupes
radicaux en Syrie. Il s’agissait d’une opération secrète—cachée—car, en parallèle, ils avaient un
programme d’entraînement public géré par le Pentagone, et le Pentagone affirmait : « Nous armons
les rebelles modérés. » Ils avaient donc besoin d’un autre programme parallèle, secret et clandestin,
par lequel ils pouvaient et allaient fournir des armes, des munitions et une formation aux groupes les
plus radicaux du pays.
Ainsi, en raison de ce soutien militaire américain, qui s’est manifesté à travers deux centres d’
opérations militaires situés en Turquie et en Jordanie—en Turquie, il s’appelait MOM, et en Jordanie,
MOC—ces centres d’opérations militaires réunissaient les Saoudiens, les Qataris, les Turcs, les
Jordaniens, les Américains et les Britanniques. Ils ont donc acheminé toutes ces armes dans le pays,
qui ont fini principalement entre les mains du Front al-Nosra. Le Front al-Nosra est une franchise d’al-
Qaïda dirigée par Jolani. Jolani a ensuite été décrit comme un allié potentiel des États-Unis par nul
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autre que Jake Sullivan, car Jake Sullivan a envoyé un courriel à son ancienne patronne, Hillary
Clinton, disant en substance, je cite : « Al-Qaïda est de notre côté en Syrie. »
Plus tard, en 2014 et 2015, lorsque l'armée de Jolani occupait les frontières entre la Syrie et le
plateau du Golan occupé, qui est maintenant sous occupation israélienne, les forces israéliennes
n'ont pas tiré une seule balle contre l'armée de Jolani. Au contraire, elles ont mené des centaines de
frappes aériennes contre les positions de l'armée syrienne, mais aucune contre l'armée de Jolani. Du
même côté, les Israéliens ont également accueilli ces forces d'al-Qaïda dans les hôpitaux de
campagne du Golan, leur ont prodigué des soins médicaux, un soutien logistique, des armes légères
et de l'argent liquide. Et ce sont les mots de l'ONU ; ce sont les mots de la presse israélienne. Je
n'apporte aucune analyse personnelle à ce sujet. Nous avons donc ces deux documents secrets de
2012. Nous avons Jolani occupant les frontières avec le Golan et recevant le soutien israélien.
En 2021, lorsque les États-Unis ont commencé à requalifier al-Qaïda en ce qu’on appelle le HTS,
Hayat Tahrir al-Cham, parce qu’ils avaient besoin de présenter Jolani comme une personne civilisée
capable de conduire la Syrie vers la démocratie, l’ancien envoyé spécial américain pour la Syrie,
James Jeffrey—qui a servi sous les démocrates comme sous les républicains—a déclaré, et je le cite,
que l’armée de Jolani est un atout pour la stratégie américaine en Syrie. Donc, en prenant tout cela
en considération et en voyant comment la guerre de changement de régime s’est terminée et a
abouti à l’arrivée au pouvoir de Jolani, tous ces éléments nous amènent à penser que les États-Unis,
malgré leur désignation de Jolani ou de son organisation comme terroriste, lui ont apporté un
soutien tangible, constant et continu—non seulement de la part des États-Unis, mais aussi de leurs
alliés dans la région, notamment le Qatar.
Le Qatar a été le principal donateur et soutien financier de l'armée de Jolani. Ensuite vient la
Turquie. Les Saoudiens ne soutenaient pas beaucoup Jolani car ils avaient d'autres groupes par
procuration, comme Jaysh al-Islam (l'Armée de l'Islam) et Ahrar al-Sham. Ainsi, les Qataris, les
Américains et les Turcs ont joué un rôle déterminant dans l'accession de Jolani au pouvoir.
Maintenant qu'il est arrivé au pouvoir, ils ne peuvent pas le normaliser, ils ne peuvent ni l'approuver
ni l'accepter comme un gouvernement légitime à moins de lever la prime sur sa tête et de supprimer
les sanctions à son encontre. À présent, l'information la plus importante que votre honorable public
doit connaître, c'est que les gens pensent que Jolani est arrivé au pouvoir puis a accepté les diktats
américains, mais ce n'est pas le cas.
Jolani, avant même d’arriver au pouvoir en octobre 2024, avait déjà accepté les diktats américains.
Je pense que c’était le 10 ou le 20 octobre 2024, lorsque le ministre jordanien des Affaires
étrangères, Ayman al-Safadi, est venu à Damas. Il a apporté une liste d’exigences de la part des
Américains, disant : « Écoutez, les Américains et les Israéliens ont tué Hassan Nasrallah, le
secrétaire général du Hezbollah, qui était votre ami et allié très proche. Cela pourrait être une
occasion pour vous d’opérer votre tournant historique et de rejoindre le camp arabe modéré. » Et qu’
est-ce que le camp arabe modéré ? Ce sont la Jordanie, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis —
des pays arabes qui ont normalisé leurs relations avec Israël, que ce soit tacitement ou
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publiquement. Ils évoluent sous l’égide des objectifs de la politique étrangère américaine dans la
région.
Donc Assad a rejeté cette offre du côté américain et israélien. Et seulement trois semaines plus tard,
Jolani a attaqué Alep. Ce ne sont donc absolument pas des coïncidences. C’est très important, car ils
n’auraient pas donné le feu vert à Jolani pour attaquer Alep puis avancer vers Damas s’ils n’étaient
pas certains qu’il avait déjà signé et accepté les diktats américains. Et ces diktats sont les suivants :
premièrement, normaliser les relations avec Israël ; deuxièmement, mettre fin à tout type de soutien
aux groupes de résistance palestiniens ou libanais, fermer leurs bureaux en Syrie, les expulser du
pays et sceller les frontières avec le Hezbollah — ce que Jolani avait fait, pour tous.
En outre, c'est très important car, sous le régime d'Assad, les Palestiniens étaient égaux aux Syriens.
Ils pouvaient donc bénéficier de soins médicaux gratuits et d'une éducation gratuite, et ils étaient
traités comme des Syriens dans le pays. Désormais, Jolani leur a retiré ce statut, et ils ne sont plus
appelés Palestiniens syriens. Ils sont maintenant appelés résidents palestiniens, ce qui signifie qu'ils
ne sont plus considérés comme égaux aux Syriens.
Et c'est aussi l'un des aspects importants, car Israël veut empêcher toute future revendication du
retour des Palestiniens dans leur pays d'origine. Ils essaient d'expulser encore plus de Palestiniens
de Palestine, en particulier de Gaza, et Jolani coopère dans ce cas. Enfin, le Hezbollah est un cas
très, très important à la fois pour Jolani et pour Israël, et ils se sont trouvés un ennemi commun à
cet égard. Hier—dimanche, je crois—Jolani était à Bakou et a rencontré Aliyev. Là, il a également
rencontré des responsables de la sécurité israéliens, et ils coordonnent pour voir s'ils peuvent mener
une attaque conjointe contre le Liban, notamment contre le Hezbollah, dans les semaines à venir.
C'est pourquoi il y a maintenant beaucoup de discussions et d'agitation au sein même du Liban. Les
gens craignent que l'armée d'Al-Qaïda de Jolani attaque le Liban. Donc, je ne suis pas surpris. Ma
réaction est : oui, ils étaient dans le même bateau, et ils ont réussi dans cette opération de
changement de régime. Main