Mikael Darbinian soutient que l’élection parlementaire du 7 juin en Arménie a manifesté une manipulation évidente — arrestations massives de responsables de l’opposition, manipulation des urnes, vote contraint des appelés et annulation sélective des résultats dans certains bureaux — afin d’assurer au Premier ministre Nikol Pashinyan une majorité dominante au Parlement. Darbinian relie ces pratiques au déclin de la légitimité intérieure de Pashinyan après la perte du Haut‑Karabakh et à un autoritarisme croissant, entretenu en partie par le contrôle des médias et des récits promus par des ONG qui ont fragmenté la cohésion nationale. Il inscrit le scrutin dans un contexte de fortes pressions étrangères : l’Union européenne et les États‑Unis présentent Pashinyan comme un partenaire stratégique contre la Russie, tandis que la Turquie et l’Azerbaïdjan exercent des pressions pour obtenir des concessions territoriales et des corridors. Au cœur des enjeux géopolitiques se trouve le projet de corridor TRIP reliant l’Azerbaïdjan à la Nakhitchevan à travers l’Arménie, présenté comme un transit économique mais susceptible de générer des recettes minimes tout en impliquant l’Arménie dans des cha
Article
## Présentation de l’invité et parcours
La discussion rassemble des observations vécues et analytiques sur l’état de la démocratie arménienne, portées par une voix qui combine expérience diplomatique et enracinement national. Mikael Darbinian, ancien vice-consul du département d’État américain et d’origine arménienne, a occupé des postes en Argentine et à Moscou avant de revenir vivre en Arménie avec sa famille. Son parcours professionnel — entre diplomatie occidentale et vie quotidienne en Arménie — lui donne un angle particulier pour observer à la fois les mécanismes institutionnels et les dynamiques sociales qui façonnent la politique du pays.
Ce parcours double — international et local — éclaire son aperçu sur les fragilités des institutions arméniennes et sur les manœuvres d’un pouvoir qui a consolidé sa mainmise après des années de crise. Vivre dans un pays de petite taille après des séjours à Los Angeles, Moscou ou Buenos Aires, confère aussi une proximité avec les ressentis populaires, une conscience de la souffrance économique et des attentes sociales. C’est cette combinaison d’expérience qui structure les analyses présentées dans l’échange.
Au-delà de la biographie, l’échange met en relief un constat plus large : l’Arménie n’est pas seulement la scène d’un bras de fer politique interne, mais aussi d’une compétition d’influences étrangères. La trajectoire de l’invité sert à relier les observations de terrain aux enjeux géopolitiques régionaux, sans perdre de vue la dimension humaine — pauvreté, déplacements, tensions identitaires — qui sous-tend la crise politique.
## Ce qui s’est passé lors de l’ élection
Le scrutin législatif du 7 juin a été décrit comme une rupture nette avec les standards démocratiques attendus. Selon les témoins et observateurs rassemblés dans la discussion, l’élection a été marquée par des arrestations massives de figures d’opposition avant et pendant le vote, et par des comportements coercitifs dans les bureaux de vote. La pratique rapportée d’accompagner les électeurs jusque dans l’isoloir et de leur indiquer explicitement pour qui voter signale une violation flagrante du secret et de la liberté du vote.
La mécanique du scrutin elle-même — bulletin à dix-huit options, nécessité de bien identifier et insérer l’enveloppe du parti choisi — s’est retrouvée exploitée. Des électeurs sont arrivés avec des enveloppes déjà scellées du parti au pouvoir; des groupes vulnérables, comme des personnes âgées ou des jeunes conscrits, ont été massivement ciblés pour orientation ou pression. Des pratiques plus directes ont également été dénoncées : faire voter des recrues militaires hors des horaires, permettre des doubles votes, ou retirer des noms des listes pour empêcher certains citoyens de s’exprimer.
Ces éléments donnent à voir non seulement des irrégularités ponctuelles mais un dispositif organisé visant à maximiser des gains électoraux. L’impression dominante dans l’échange était que les institutions chargées de garantir l’intégrité du scrutin — police, système judiciaire, commission électorale — sont largement sous influence du pouvoir exécutif, rendant toute remise en cause des résultats hautement improbable si elle ne rencontre pas une mobilisation interne ou internationale effective.
## Accusations de fraude électorale
Les accusations sont sévères et diverses : vote forcé de militaires, présence de militants du parti au pouvoir dans les cabines, enveloppes pré-scellées, modifications des listes d’électeurs et signatures falsifiées. L’ampleur décrite dans la discussion est telle que le terme “truqué au grand jour” a été employé, témoignant d’un phénomène visible et largement documenté localement. Plusieurs arrestations d’opposants laissent entendre une volonté non seulement de contrôler le vote mais d’intimider toute voix critique.
Le modus operandi semble articuler pression physique et manipulation administrative. L’annulation ciblée de résultats dans certains bureaux — précisément ceux favorables à un parti d’opposition de petite taille — a été soulignée comme un levier pour empêcher ce parti d’atteindre le seuil d’entrée au Parlement. Ce type de manoeuvre révèle la stratégie : préserver l’apparence d’un processus électoral tout en garantissant un résultat politiquement utile pour une majorité plus confortable.
Il est important de noter que la fraude n’est pas seulement technique ; elle est politique et symbolique. Elle cherche à neutraliser la contestation, mais aussi à faire croire à une légitimité électorale suffisante pour poursuivre un agenda autoritaire. Dans ce cadre, les tentatives de recomptage ou de recours judiciaires sont présentées comme étant orchestrées par des institutions redevenues fidèles au pouvoir, limitant fortement les possibilités de correction.
## Recompte et seuil parlementaire 00:11:26 Frustration du public en Arménie
Le recomptage demandé porte sur un enjeu décisif : le franchissement du seuil de 4 % pour l’entrée au Parlement d’un petit parti d’opposition. Les résultats provisoires indiquaient un 3,94 %, juste en dessous du seuil, et plusieurs bureaux où ce parti avait obtenu des votes favorables ont vu leurs résultats annulés. Le recomptage partiel — environ 600 bureaux sur 2 500 — n’a pas permis de lever le doute ; au moment de l’échange, les résultats définitifs restaient en suspens.
Cette incertitude nourrit une colère diffuse et une désillusion chez de nombreux électeurs. Si les sondages de sortie donnaient une part de voix plus modérée au parti au pouvoir (autour de 30 %), le maintien artificiel d’une majorité plus large par redistribution des voix et annulations administratives donne l’impression d’une confiscation du choix populaire. Pour une société déjà confrontée à un taux de pauvreté élevé et à des affres post-conflit, ce sentiment de dépossession amplifie la frustration.
La frustration ne s’exprime pas uniquement par des lamentations. Elle se traduit par une perte de foi dans la capacité des institutions à représenter les citoyens et par une crispation sur les questions d’identité et de souveraineté. La perception d’un processus truqué jette une ombre sur la légitimité du Parlement à venir et augmente le risque de polarisation sociale et politique à moyen terme.
## Pourquoi Pachinian bénéficie encore de soutien 00:20:00 Influence étrangère et politique des corridors
Comment expliquer qu’un dirigeant perçu par beaucoup comme responsable de la perte du Haut-Karabakh conserve une base de soutien substantielle ? L’échange avance plusieurs pistes. D’abord, la manipulation médiatique et la construction d’un récit de responsabilité déplacée jouent un rôle : rejeter la faute sur la Russie, sur les généraux ou sur des acteurs extérieurs crée un bouc émissaire et détourne l’attention des manquements internes.
Ensuite, l’action de nombreuses ONG, venues depuis les années 1990, a contribué à façonner un champ politique dans lequel certaines élites et segments de la société ont été socialisés à des discours pro-occidentaux et réformateurs. Ces réseaux, bien que porteurs souvent d’un agenda civique, ont parfois creusé une fracture avec des couches plus conservatrices ou préoccupées par la sécurité. Le résultat est un électorat fragmenté, où une partie se reconnaît encore dans les promesses de renouvellement portées par le Premier ministre.
Enfin, la stratégie du pouvoir de “shopping” de soutien international — alterner approches proroisses, prorégionales, proeuropéennes ou pro-iraniennes selon les besoins — a permis de maintenir une base transverse d’appuis externes. Le soutien affiché par certaines capitales occidentales, parfois perçu comme incohérent, contribue paradoxalement à légitimer intérieurement le leader pour une partie de l’électorat qui voit dans ces appuis une garantie contre l’isolement.
## Corridor TRIP et intérêts américains 00:39:
La discussion aborde également la question des corridors stratégiques et des intérêts extérieurs, notamment l’implication
Transcript
L’élection en Arménie truquée au grand jour
| Mikael Darbinian
Mikael Darbinian, ancien diplomate américain d’origine arménienne vivant désormais en Arménie, se
joint à nous pour parler de l’élection du 7 juin, des accusations de fraude, des arrestations de figures
de l’opposition et du pouvoir croissant du Premier ministre Pachinian. La discussion aborde
également les pressions étrangères de l’UE, des États-Unis, de la Turquie, de l’Azerbaïdjan et de l’
Iran, ainsi que les craintes que l’Arménie perde sa souveraineté. Liens : Security Observer Análisis
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Horodatages : 00:00:00 Présentation de l’invité et parcours 00:01:31 Ce qui s’est passé lors de l’
élection 00:03:59 Accusations de fraude électorale 00:07:19 Recompte et seuil parlementaire 00:11:
26 Frustration du public en Arménie 00:14:55 Pourquoi Pachinian bénéficie encore de soutien 00:20:
00 Influence étrangère et politique des corridors 00:25:04 Corridor TRIP et intérêts américains 00:39:
32 L’Iran, la souveraineté et l’avenir de l’Arménie
#Pascal
Bienvenue à tous dans *Neutrality Studies*. Aujourd’hui, on revient avec un nouvel épisode consacré
à l’Arménie. Je suis accompagné de Mikhaïl Darbinian. Mikhaïl, bienvenue. Merci de m’avoir invité,
Pascal. Merci à toi d’être avec nous en ligne. Et Mikhaïl, ton parcours est un peu particulier, puisque
tu as été diplomate américain. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur ton parcours ?
#Mikael Darbinian
Oui, j’étais vice-consul pour le département d’État américain en Argentine, puis à Moscou, entre
deux mille vingt et deux mille vingt-quatre. À la fin de deux mille vingt-quatre, je faisais partie du
service consulaire, donc du service diplomatique. J’ai pu faire beaucoup de choses et en tirer
énormément d’expérience.
#Pascal
Et maintenant, vous êtes en Arménie, et vos origines sont arméniennes aussi.
#Mikael Darbinian
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Oui, exactement. D’un point de vue ethnique, je suis aussi Arménien. J’ai vécu aux États-Unis, j’ai
vécu en Arménie, et aussi dans plusieurs autres pays. Et on s’est installés ici, en famille, pour vivre
dans un endroit plus petit, moins cosmopolite, moins métropolitain que Los Angeles, Moscou ou
Buenos Aires. Donc oui, c’est beaucoup plus petit ici.
#Pascal
Alors, que s’est-il vraiment passé le week-end dernier pendant ces élections ? On avait déjà entendu
dire qu’il y avait eu de gros problèmes avant le scrutin, avec des arrestations massives de figures de
l’opposition, des personnalités importantes. Et puis, pendant les élections elles-mêmes, il y aurait eu
aussi des irrégularités. Vous pouvez nous dire ce que vous avez constaté, vous, depuis Erevan ?
#Mikael Darbinian
Oui, tout à fait. Alors, les élections ont eu lieu le sept juin. C’étaient des élections législatives, avec le
parti au pouvoir depuis deux mille dix-huit. Ce parti cherchait à prolonger le mandat du Premier
ministre, Nikol Pachinian, et donc à étendre ses huit années de pouvoir. Au fil des ans, à mesure que
sa cote de popularité a baissé, ses pratiques autoritaires se sont renforcées, surtout après la perte
du Haut-Karabakh, et après de nombreuses autres défaites et, disons, différents échecs. Par
exemple, le taux de pauvreté en Arménie reste à vingt pour cent.
Dans certaines régions, c’est plus de quarante pour cent. Si on compare, par exemple, avec la
Géorgie, elle a réussi à réduire de moitié son taux de pauvreté au cours de ces dernières années.
Alors, on parle d’élections législatives avec de nombreuses arrestations de dirigeants de l’opposition
avant le scrutin du sept juin, et même le jour du vote. Des dizaines de personnes ont été arrêtées ce
jour-là, ainsi que dans les jours précédents. En gros, il s’agissait presque toujours de critiques du
pouvoir, de députés ou de candidats au Parlement. Donc oui, il y a eu beaucoup de persécutions
contre l’opposition.
#Pascal
La conversation que je viens d’avoir avec deux cinéastes et journalistes arméniens, ils m’ont aussi
raconté que pendant la nuit des élections, il y avait eu des irrégularités. En fait, monsieur Pachinian,
vers deux heures du matin, bien avant que tous les bureaux de vote soient dépouillés, a simplement
annoncé qu’il avait gagné. Et apparemment, il y avait beaucoup de fraudes électorales, assez
flagrantes, vraiment visibles, au grand jour. Qu’est-ce que vous, vous avez vu ?
#Mikael Darbinian
Alors, c’étaient probablement les élections les plus truquées que j’aie jamais vues, suivies ou
couvertes — et pourtant, j’en ai observé dans plusieurs pays, y compris en Arménie. Mais celles-ci,
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en Arménie, étaient vraiment les plus truquées jusqu’à présent. Le jour même du vote, en plus des
arrestations, des membres du parti au pouvoir accompagnaient les électeurs à l’intérieur des
bureaux de vote. Ils attendaient aussi à l’extérieur. Ils allaient littéralement jusqu’aux isoloirs,
montraient du doigt aux gens quoi faire, pour qui voter. Il y avait beaucoup de personnes qui...
enfin, ici, il y avait dix-huit partis en lice, avec un bulletin pour chacun. Donc dix-huit papiers
différents, et il fallait en choisir un seul. On devait prendre celui du parti pour lequel on voulait voter,
le mettre dans une enveloppe, puis le glisser dans l’urne.
Eh bien, les gens arrivaient déjà avec une enveloppe pré-scellée du parti au pouvoir, le numéro
seize. Ils entraient avec ça en main, allaient derrière les isoloirs, la sortaient de leur poche, et la
déposaient directement dans l’urne. C’était surtout des personnes âgées, par exemple, ou des gens
qui ne sont pas vraiment habitués à voter. La participation était d’environ cinquante-huit pour cent,
ce qui est correct. Ce n’est ni le plus haut, ni le plus bas taux de l’histoire de l’Arménie. Mais il y avait
aussi des conscrits, des jeunes recrues, en gros des militaires de dix-huit ans, qui se trouvaient dans
plusieurs bureaux de vote et qu’on a laissés entrer pour voter. Dans un secteur, on les a laissés
voter, probablement un groupe d’une quarantaine, peut-être trente, quarante, cinquante d’entre
eux. On les a laissés entrer pour voter deux minutes avant la fermeture des bureaux.
Et dans un autre endroit, on les a fait entrer vers dix heures du soir, alors que les bureaux de vote
étaient déjà fermés. À cette heure-là, ils devraient normalement dormir, ces recrues. C’est justement
le moment où elles sont censées dormir. Eh bien non, on les a sorties, emmenées aux bureaux de
vote, alors que tout était fermé, et on les a forcées à voter. Et franchement, pour qui d’autre
auraient-elles pu voter ? Pour le parti au pouvoir, évidemment, puisque tout est organisé par lui.
Pour être clair, le Premier ministre contrôle actuellement les trois pouvoirs : le judiciaire, le législatif
et l’exécutif. Donc, en gros, toute la police, tous les juges, tout — il contrôle absolument tout. Même
la commission électorale est nommée par lui. Alors forcément, toute enquête, tout recomptage, sera
biaisé, mené par des gens qui lui sont fidèles. Ah, juste une petite précision.
#Pascal
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retrouve là-bas. Et au moment où on parle, le treize juin, on attend toujours — d’après les
informations que j’ai — le résultat qui devrait tomber demain. Ce résultat dira si l’un des petits partis
d’opposition parvient à franchir le seuil minimum de quatre pour cent, ou s’il sera exclu. Et dans ce
cas, ses voix seraient redistribuées, ce qui donnerait à Monsieur Pachinian une super-majorité au
Parlement. C’est bien ça ?
#Mikael Darbinian
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Exactement, exactement. Vous suivez tout très bien. Alors, il y a trois partis d’opposition : Arménie
Forte, Alliance d’Arménie et Arménie Prospère. Arménie Prospère, c’est le plus petit des partis d’
opposition. Il existe depuis environ quinze, peut-être vingt ans. Il a toujours un peu fait son chemin
à part — six pour cent, sept pour cent, quatre pour cent. Il a toujours réussi à entrer au Parlement,
mais avec une toute petite majorité. Cette fois, le problème, c’est que, d’après le recomptage — le
premier dépouillement du sept juin, enfin plutôt du huit juin, pardon, parce que ça s’est prolongé
dans la nuit du huit — ce petit parti d’opposition a obtenu trois virgule neuf cent quatre-vingt-
quatorze pour cent des voix. Il faut quatre pour cent pour entrer au Parlement.
Leur entrée au Parlement changerait la répartition des sièges et limiterait un peu le parti au pouvoir
sur certains votes. Actuellement, le parti au pouvoir a la majorité, une toute petite majorité, mais
une majorité quand même. Ça leur permet de faire passer des lois ordinaires, de former un
gouvernement, de déclarer l’état d’urgence. En revanche, ils ne peuvent pas modifier la Constitution,
ni nommer la Cour constitutionnelle, ni faire ce genre de choses. Pour ça, il leur faut une majorité
constitutionnelle. Donc, comme vous le disiez, le petit parti d’opposition continue de réclamer un
recomptage des voix. Il y a déjà eu un recomptage dans environ cinq à six cents bureaux de vote
sur un total de deux mille cinq. Donc, ils en ont refait à peu près six cents.
#Mikael Darbinian
On dirait que le petit parti d’opposition a gagné jusqu’à quatre pour cent, mais pour l’instant, rien de
concret. Les résultats auraient dû être prêts. Le recomptage aurait dû être terminé hier, à quatorze
heures, heure locale. Mais il n’y a toujours aucun résultat réel de ce recomptage. En plus, la
commission électorale a annulé les résultats dans plusieurs bureaux de vote — trois, si je ne me
trompe pas — et ces trois bureaux contenaient des votes pour ce petit parti d’opposition. Donc, en
annulant ces résultats, ça empêche ce parti d’avoir assez de voix pour entrer au Parlement. Et c’est
là un des gros problèmes : en gros, le gouvernement contrôle les résultats, le recomptage, et essaie
de les limiter pour obtenir une majorité plus large.
#Pascal
Alors, où est-ce que ça nous laisse, en Arménie ? Ce que j’ai compris de ma discussion précédente, c’
est que les sondages de sortie des urnes indiqueraient que le parti au pouvoir aurait obtenu, de
façon réaliste, autour de trente pour cent des sièges. Disons un tiers, à peu près. Ce qui en ferait
encore le plus grand parti, mais loin des quarante-neuf pour cent qu’ils revendiquent actuellement.
Et bien sûr, loin de la supermajorité qu’ils espéraient. En plus, ça donnerait la possibilité à d’autres
partis de former une coalition et, potentiellement, de changer de gouvernement. Alors, qu’est-ce que
ça veut dire pour la population arménienne en général ? Est-ce que la situation se dégrade ? L’
Arménie compte environ deux millions et demi d’habitants, non ? Ou trois ? À peu près, un peu
moins de trois millions. Un peu moins de trois. Donc, qu’est-ce que ça implique pour la population ?
Est-ce qu’il n’y a pas, en ce moment, une grande frustration dans le pays ?
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#Mikael Darbinian
Oui, oui. Je veux dire, avant les élections, si on regarde les différents sondages, il y en a eu
beaucoup, menés par divers pays, des ONG… La plupart montraient que beaucoup d’électeurs,
beaucoup d’Arméniens en général, n’étaient pas vraiment intéressés par le vote. Ils ne voulaient pas
participer. Mais ça a un peu changé, parce qu’on a vu une hausse du nombre de parti