Ils n’ont jamais voulu la paix : comment les États-Unis mènent la guerre par procuration

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Evarist Bartolo soutient que la promesse d’après‑Guerre froide d’une « Maison européenne commune » s’est effondrée parce que la stratégie américaine a privilégié l’OTAN et limité l’autonomie stratégique européenne, reléguant l’OSCE en tant que véritable cadre de sécurité paneuropéen. S’appuyant sur des documents déclassifiés et sur son expérience ministérielle, il relate la disposition des ministres des affaires étrangères de l’UE à subordonner la politique européenne à des positions alignées sur l’OTAN, la coordination informelle qui a estompé les frontières entre OTAN et UE, et des décisions prises sans prévoyance stratégique suffisante — en particulier concernant l’élargissement de l’OTAN et les sanctions contre la Russie. Bartolo rattache ce biais structurel à une perte générationnelle de mémoire diplomatique qui normalise la coercition au détriment de la négociation, ainsi qu’à la bellicosité américaine dans un ordre multipolaire émergent qui risque de pousser d’autres États vers de nouveaux alignements. Il situe le problème principalement dans la conception institutionnelle — renforcée par la psychologie des dirigeants — et plaide pour un retour à la sécurité coopérative et à

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## Introduction La conversation avec Evarist Bartolo met en relief une rupture majeure entre l’ambition d’un ordre européen coopératif et la réalité géopolitique qui s’est imposée depuis la fin de la Guerre froide. L’idée d’une « Maison européenne commune », portée par des acteurs aussi contrastés que Mikhaïl Gorbatchev et certains responsables européens, a été tôt sapée par des choix stratégiques qui ont favorisé l’OTAN et la primauté transatlantique. Ce diagnostic n’est pas uniquement historique : il éclaire les logiques actuelles qui transforment des conflits régionaux en confrontations plus larges et empêchent la mise en place d’une diplomatie réellement autonome en Europe. ## Pourquoi la « Maison européenne commune » a échoué L’échec du projet d’une architecture de sécurité paneuropéenne tient d’abord à une posture de puissance qui a confondu victoire tactique et sécurité durable. Selon Bartolo, l’idée de construire une sécurité commune reposait sur une logique d’interdépendance — « ma sécurité ne doit pas menacer la vôtre » — et aurait dû s’appuyer sur des institutions comme l’OSCE. Or, dès les sommets des années 1990, des choix politiques ont relégué l’OSCE au rang d’option secondaire. Des documents déclassifiés montrent, d’après Bartolo, une préférence américaine nette pour l’OTAN comme cadre principal de sécurité, puis pour une UE subordonnée à cette logique atlantique. Le résultat fut une architecture fragmentée : au lieu d’un espace de confiance, l’Europe a vu ses institutions se hiérarchiser selon l’intérêt stratégique d’un partenaire extérieur dominant. ## « Réglons ça par la force » : comment l’OTAN domine la politique étrangère de l’UE La domination de l’OTAN sur la politique étrangère européenne ne relève pas seulement d’une proximité géographique à Bruxelles, mais d’une imbrication institutionnelle et humaine. Bartolo rappelle comment les mêmes responsables se retrouvent d’un conseil à l’autre, comment discussions informelles et alignements préalables se répercutent dans les sessions officielles du Conseil des Affaires étrangères de l’UE. Cette « incestuosité » des élites crée un canal par lequel les priorités et le vocabulaire de l’OTAN finissent par structurer l’agenda européen. De plus, des épisodes récents — accords pressés, engagements pris au nom de l’UE sans débat approfondi — illustrent une asymétrie où la capacité décisionnelle européenne est fragilisée. Le discours sur « l’autonomie stratégique » devient souvent une rhétorique vidée de substance face à des mécanismes de coordination qui privilégient la logique militaire et transatlantique. ## Le glissement générationnel loin de la diplomatie Un élément moins souvent souligné par les analyses mainstream est la perte de mémoire diplomatique et le glissement générationnel qui l’accompagne. Bartolo évoque des réunions où la tentation était « de se battre » plutôt que de dialoguer, et où l’idée même d’engager la parole avec des adversaires potentiels était condamnée. Cette attitude traduit une culture politique où l’option militaire ou coercitive devient le réflexe, et où la diplomatie — articulation de patience, d’écoute, de compromis — se perd. Les nouvelles générations de décideurs, formées dans un monde post–1991 mais aussi dans un climat médiatique et politique accéléré, semblent parfois mieux armées pour des certitudes binaires que pour l’art nuancé de la négociation. Le rétrécissement de l’horizon stratégique nuit à la capacité d’envisager des architectures régionales inclusives. ## La belliqueuse attitude des États-Unis dans un monde multipolaire La conversation met en lumière l’attitude persistante d’une Amérique qui, depuis les années 1990, a vu son hégémonie comme un état durable plutôt que comme une fenêtre historique. Bartolo insiste : aux yeux de certains cercles américains, la Russie devait être traitée comme une puissance vaincue, et donc encadrée sans tenir compte de ses préoccupations légitimes. Ce biais a nourri des décisions — notamment l’extension de l’OTAN — perçues par Moscou comme des menaces existentielles. Lorsque le monde bascule vers plus de multipolarité, cette posture devient dangereuse : le recours systématique à l’isolement et aux sanctions, assorti d’une méfiance à l’égard de tout dialogue, pousse les États visés vers de nouveaux alignements. Plutôt que d’affaiblir la Russie, la stratégie adoptée a eu pour effet d’encourager son rapprochement stratégique avec d’autres puissances non occidentales. ## Le problème vient-il des dirigeants ou du système ? La question de savoir si la faute incombe à des dirigeants particuliers ou au système est centrale. Bartolo suggère une réponse nuancée : il existe des hommes et des femmes d’État prêts à envisager des alternatives — on pense aux voix qui, au début des années 1990, plaidaient pour l’OSCE — mais ils opèrent dans un cadre où la priorité institutionnelle et culturelle est donnée à l’OTAN et à l’alignement transatlantique. Les exemples d’accords imposés ou de décisions prises sans large débat démontrent que le système favorise des résultats rapides mais souvent mal évalués sur le long terme. La faute n’est donc pas seulement personnelle ; elle est structurelle. Les mécanismes de décision, les réseaux d’influence et la culture stratégique dominante produisent des choix qui confirment la dépendance de l’Union européenne à des logiques extérieures. ## Leçons de l’histoire et espoirs de coexistence L’un des enseignements majeurs que la conversation propose est la nécessité d’apprendre de l’histoire pour réhabiliter la coexistence pacifique. Une « Maison commune » n’est pas une nostalgie naïve : c’est une proposition réaliste pour réduire les risques d’escalade et garantir la sécurité par la coopération. Reconstruire un espace de sécurité paneuropéen nécessite de réhabiliter des institutions multilatérales capables d’intégrer des intérêts divergents et de créer des incitations à la non‑hostilité. Cela implique aussi de repenser l’usage des sanctions et de privilégier l’évaluation de leurs conséquences à long terme, y compris les effets d’enfermement géopolitique. En parallèle, l’UE gagnerait à investir réellement dans l’autonomie stratégique — non pas comme simple rhétorique commerciale, mais comme capacité diplomatique, économique et militaire cohérente, conçue pour réduire la dépendance et favoriser des politiques indépendantes de dialogue. ## Où trouver Evarist Bartolo Evarist Bartolo, ancien ministre des Affaires étrangères jusqu’en juin 2022, poursuit son engagement intellectuel et politique à travers des articles et analyses publiés dans la presse et des tribunes publiques. Son travail récent interroge directement le « mirage » d’une Maison commune et les conséquences de la subordination stratégique de l’Europe. Pour qui souhaite approfondir sa réflexion, ses textes sont disponibles dans la presse maltaise et dans plusieurs revues et chroniques consacrées aux relations internationales. Ses observations, fondées sur une longue expérience au sein des instances européennes, restent une voix précieuse pour ceux qui cherchent à repenser la sécurité collective dans un monde devenu multipolaire. --- L’échange avec Bartolo laisse une impression nette : les choix d’hier pèsent lourd sur la capacité d’aujourd’hui à agir autrement. Réhabiliter la diplomatie, revaloriser des institutions conçues pour gérer la pluralité des intérêts et reconstruire une autonomie stratégique européenne sont des chantiers interdépendants. Sans eux, le risque persistera que les conflits régionaux deviennent les points durs d’une rivalité globale, et que l’option de la « paix » soit continuellement sacrifiée au nom d’un pouvoir perçu comme absolu plutôt que comme un moyen au service d’un ordre plus stable et inclusif.

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Ils n’ont jamais voulu la paix : comment les États-Unis mènent la guerre par procuration Pourquoi le rêve des années 1990 d’une « Maison européenne commune » a-t-il échoué de manière aussi spectaculaire ? Comment la promesse d’une sécurité coopérative a-t-elle cédé la place aux confrontations croissantes d’aujourd’hui ? Pour trouver des réponses, je m’entretiens à nouveau aujourd’hui avec Evarist Bartolo, ancien ministre des Affaires étrangères de Malte. Evarist a récemment écrit un article sur ce « Mirage de la Maison commune » et sur la manière dont les États- Unis se sont toujours opposés à une structure de sécurité paneuropéenne. C’est ce sujet, ainsi que la relation euro-américaine, que nous souhaitons aborder aujourd’hui. S’appuyant sur son expérience directe, Evarist partage des récits saisissants issus des réunions du Conseil de l’UE, où l’on préférait se battre plutôt que dialoguer. Nous explorons la domination structurelle de l’OTAN, la dangereuse perte de mémoire diplomatique et la réponse belliqueuse de l’Occident face à un monde multipolaire émergent. Liens : Page d’accueil du ministre Bartolo : https://evaristbartolo.mt Article mentionné dans la vidéo : https://timesofmalta.com/article/mirage-common-home.1113920 Un autre article de Bartolo : https://timesofmalta.com/article/losing-sovereignty.1118300 Substack Neutrality Studies : https://pascallottaz.substack.com Boutique : https://neutralitystudies-shop.fourthwall.com Chapitres : 00:00:00 Introduction 00:00:41 Pourquoi la « Maison européenne commune » a échoué 00:09:34 « Réglons ça par la force » : comment l’OTAN domine la politique étrangère de l’UE 00:20:45 Le glissement générationnel loin de la diplomatie 00:26:46 La belliqueuse attitude des États-Unis dans un monde multipolaire 00:35:52 Le problème vient-il des dirigeants ou du système ? 00:38:43 Leçons de l’histoire et espoirs de coexistence 00:41:51 Où trouver Evarist Bartolo #Pascal Bonjour à toutes et à tous. Ici Pascal Lottaz, du département d’études littéraires, et aujourd’hui je m’ entretiens à nouveau avec Evarist Bartolo, ancien ministre des Affaires étrangères de Malte. Evarist a récemment écrit un article sur le mirage de la maison commune et sur la manière dont les États-Unis se sont toujours opposés à la structure de sécurité paneuropéenne. C’est ce sujet, ainsi que le comportement actuel des États-Unis sur la scène mondiale, que nous souhaitons aborder aujourd’ hui. Alors, Evarist, bienvenue à nouveau. #Evarist Bartolo Merci, et merci pour l’invitation. #Pascal -- 1 of 14 -- Merci beaucoup d’avoir à nouveau partagé vos réflexions, car je pense que vous avez effectivement observé et travaillé dans ce domaine de la politique étrangère européenne et euro-atlantique depuis un certain temps. Pourriez-vous nous dire ce que vous en pensez, et pourquoi, alors que nous avons connu les années 1990 avec cette idée de dividende de la paix, d’une grande Europe s’étendant jusqu’à Vladivostok, d’une maison commune pour tous, nous ne l’avons jamais réalisée ? #Evarist Bartolo Eh bien, pour un petit pays comme Malte — vous savez, c’est le plus petit État de l’Union européenne et l’un des plus petits au monde — vous pouvez imaginer que, pour nous, la sécurité coopérative n’est pas une abstraction idéologique ou une simple discussion. C’est quelque chose dont les petits et moyens États ont besoin. Mais nous découvrons ensuite que tous les pays en ont besoin, quelle que soit leur taille, quelle que soit leur puissance. Le rêve que nous avions remonte à l’ époque de Gorbatchev, lorsqu’il parlait de construire une maison de sécurité commune, car c’est la seule manière pour différentes régions de coexister pacifiquement. Je pense que cette idée s’ applique non seulement à l’Europe, mais aussi à d’autres régions. Et je me souviens que lorsque Gorbatchev est venu à Malte en décembre 1989 pour rencontrer Bush, il y avait déjà l’espoir que, enfin, les divisions en Europe commenceraient à se résorber. Et nous aurions adhéré au concept qu’il a décrit — construisons une maison commune de sécurité, comme vous l’avez dit, du Portugal à l’Union soviétique — afin que ma sécurité ne menace pas la vôtre. Essayons de la bâtir sur les piliers de l’économie, de la diplomatie, de la culture et de la politique. Malheureusement, cela ne s’est pas produit. Cela ne s’est pas produit. J’ai passé un certain temps à analyser des documents classifiés, à la fois de Moscou et de Washington, et l’on peut constater qu’il n’y avait aucune conviction, du côté américain, que l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe devait constituer l’architecture de sécurité dominante pour l’Europe. Pour les États-Unis, c’était très clair, même s’ils ne le disaient pas toujours ouvertement. Ils l’avaient bien dit lors de réunions bilatérales, qui étaient encore confidentielles à l’époque mais qui ont été révélées depuis grâce aux documents déclassifiés. Pour eux, la priorité numéro un était l’ OTAN ; la deuxième, l’Union européenne — à condition qu’elle reste dans le cadre de l’OTAN, et non une Union européenne dotée d’une autonomie stratégique. Kissinger, déjà dans les années 1970, disait : « Nous ne voulons pas que l’Europe devienne un géant. Elle doit rester composée de nains divisés, afin que ces nains se battent entre eux. » Mais en même temps, elle devait être contenue dans un cadre. Ainsi, comme je l’ai dit, la deuxième politique pour l’Europe était l’Union européenne. En troisième position, en parent pauvre, venait l’OSCE. Et je peux mentionner certains moments précis qui m’ont vraiment marqué en parcourant ces documents. Lorsque Bush invita Helmut Kohl à une discussion à Camp David, il lui dit : « Ne viens pas avec Hans‑Dietrich Genscher », car Hans‑Dietrich Genscher était l’une des rares voix à affirmer encore : « Nous devons avoir une architecture de sécurité commune pour l’Europe. Nous devons nous appuyer -- 2 of 14 -- sur la CSCE », que nous aurions dû célébrer cette année — le 50ᵉ anniversaire d’un moment historique aussi important. Mais au lieu de cela, elle a été affaiblie. Dès le tout début, une fois qu’ils eurent analysé le fait que la Russie — alors ils commencèrent à parler de la Russie — était vaincue, ils dirent : « Ne prenons pas au sérieux leurs préoccupations ni ce qu’ils disent. Après tout, ils sont trop faibles pour imposer leur volonté. » À ce moment-là, lorsque le monde passa d’un monde bipolaire à un monde unipolaire, il n’y eut aucune prise de conscience — aucune pause pour se demander : « Écoutez, sommes-nous sûrs qu’à ce moment de domination absolue, cela va durer éternellement ? » Maintenant que nous sommes très puissants, nous sommes en position de dicter à tout le monde ce qu’ils doivent faire. Et ils ont essayé de dicter aussi à l’Union soviétique — en commençant par Gorbatchev, en lui disant : « Vous êtes si aimable, ces idées sont si bonnes », mais en faisant ensuite le contraire. Même chose avec Eltsine. Vous avez lu les lettres qu’il envoyait à Clinton, par exemple, le suppliant : « Vous me forcez à humilier la Russie. C’est impossible. Si vous continuez à étendre l’OTAN vers nos territoires, cela va être un gros problème pour moi. Comment vais-je le faire accepter à mon pays ? » Parce qu’ils sentaient que, vous savez — et du côté américain, lorsqu’ ils parlaient entre eux, comme on le voit dans ces documents — ils disaient : « Écoutez, au fond, nous parlons avec une puissance vaincue, donc elle doit accepter ce que nous faisons. » Et puis sommet après sommet après sommet — bien que, même depuis les États-Unis, des diplomates, y compris au sein du Département d’État, disaient : « Écoutez, si cela continue de croître, la Fédération de Russie le perçoit comme une menace. » Et surtout lorsqu’il s’agit de l’ Ukraine — l’Ukraine était la ligne rouge ultime qu’il ne serait pas permis de franchir. Ils en étaient conscients à l’avance, mais croyaient tout de même être en position d’imposer leur volonté. Lorsque 2013–2014 est arrivé, la Russie avait déjà commencé à se redresser sur les plans économique et militaire et ne voulait plus être dominée ni recevoir d’ordres, comme durant la période de 1989 à 2014. Lors de la célèbre Conférence de Munich sur la sécurité, Poutine a déclaré qu’il devait aussi y avoir — il n’a pas utilisé le langage poétique d’une « maison commune », mais il parlait — d’une architecture de sécurité coopérative. Je veux dire, n’oublions pas que même avant Poutine — Poutine lui-même avait dit : « Si vous proposez l’OTAN à la place de l’OSCE, alors nous rejoindrons l’OTAN. » Vous savez, cela a réellement été dit. Mais non, non, non — bien sûr que non. « Nous n’allons pas vous laisser rejoindre l’OTAN », ce qui, encore une fois, présente l’OTAN comme une organisation constituant une menace pour l’ OSCE, pour la Fédération de Russie. C’est très triste, car les choses auraient pu être différentes. On aurait pu agir autrement pour éviter la tragédie actuelle. Et je me souviens d’une des dernières réunions auxquelles j’ai participé au Conseil des affaires étrangères à Bruxelles. Et, vous savez, en entendant ministre après ministre, les responsables de l’UE ne prenaient toujours pas la Russie au sérieux — ils croyaient encore que la Russie allait s’effondrer à cause des sanctions économiques, que son armée commettait de nombreuses erreurs stratégiques, qu’elle était très faible et qu’elle s’était retirée de Kyiv — tout cela était interprété comme un signe de faiblesse. « -- 3 of 14 -- Décidons maintenant des choses sur le champ de bataille. » Je me souviens, et ce n’était pas au Conseil des ministres de la Sécurité ; c’était au Conseil des Affaires étrangères, où, en tant que diplomates, nous devrions recourir à la diplomatie et au dialogue. Et une chose, Pascal, qui m’a vraiment frappé : « Ne parlons pas aux Russes. Ne parlons même pas aux Russes. Ne pas parler, ne pas s’accorder, ne même pas parler. » #Pascal Je dois juste redemander — vous étiez ministre des Affaires étrangères jusqu’en juin 2022, n’est-ce pas ? #Evarist Bartolo Oui, jusqu’en juin 2022. L’opération militaire avait en réalité commencé en mars, Pascal. #Pascal Nous étions dans une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE où certains ont littéralement dit : « Battons-nous. Nous devons pousser les Russes à se battre. Battons-nous. » #Evarist Bartolo Oui, oui. Et je me souviendrai, je me souviendrai toujours, Pascal, que vers la fin — nous parlons maintenant de janvier 2022 et février 2022 — il devenait impossible de distinguer entre un Conseil des ministres de l’OTAN et le Conseil des ministres de l’UE. Non seulement parce que Blinken venait régulièrement, mais aussi à cause de la confiance. #Pascal Pouvez-vous expliquer rapidement les deux structures ? Parce que tout le monde ne sait pas ce que sont ces conseils. Pourriez-vous simplement les expliquer ? #Evarist Bartolo Oui. Évidemment, lorsqu’on parle de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, elle dispose de son propre Conseil des ministres, qui est réservé uniquement aux membres de l’alliance de l’OTAN. Il y a quelques observateurs qu’ils aiment inviter, mais cela relève du commandement américain. C’est distinct, même si c’est également à Bruxelles — ce qui est intéressant, car ils sont voisins, vous savez. Ensuite, il y a le Conseil des ministres de l’Union européenne, auquel participent uniquement les 27 États membres. À cette époque, il y avait encore un certain nombre de pays neutres — la Finlande, la Suède était encore neutre, l’Autriche, Malte et l’Irlande. Mais malgré tout, ça ne fonctionnait pas. Désolé, Pascal, -- 4 of 14 -- ce n’était pas comme un conseil de l’OTAN. Il n’y avait aucune distinction. Aucune distinction. Ou, écoute, cela mis à part, les ministres sont imbriqués dans la structure, car on peut passer du poste de Premier ministre des Pays-Bas à celui de secrétaire général de l’OTAN. Donc c’est incestueux — totalement. C’est devenu totalement incestueux. #Pascal Oui, mais tu s