La MORT civilisationnelle de l’empire américain est RÉELLE | Drs A. Moeini et C. Mott

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Arta Moeini soutient que la rhétorique américaine récente invoquant la « civilisation » — incarnée par le discours d’Acropole de Marco Rubio — constitue un rebranding tactique d’une primauté américaine de longue date plutôt qu’un véritable tournant civilisationnel. Elle affirme que la Nouvelle Droite transforme une conception plurielle et ancrée régionalement de la civilisation en une arme idéologique identitaire et exclusionniste pour justifier la poursuite de la projection de puissance mondiale, au risque de raviver une logique de blocs et d’entraîner un conflit catastrophique. Christopher Mott propose une correction constructive en définissant ce que sont historiquement les États civilisationnels : des complexes politico-culturels de longue durée et ancrés géographiquement (par ex. Chine, Iran, Inde) qui perdurent à travers des régimes successifs et assurent une stabilité régionale. S’appuyant sur des exemples de la Chine des Qin et des Han, du mandala maurya et d’Ibn Khaldun, il met en avant la logique spatiale, la pluralité et la non-universalité des États civilisationnels. Ensemble, ils situent les débats contemporains dans un déplacement géopolitique plus large vers la multi

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## Arta Moeini : civilisation et puissance américaine La discussion fait valoir que l'usage récent de la notion de « civilisation » par l'élite politique américaine ne marque pas la fin de l'empire, mais plutôt sa réinvention rhétorique. Le tournant discursif — illustré par un grand discours prononcé dans un décor symbolique comme l'Acropole — substitue à l'ancien langage de l'universalisme libéral un vocabulaire identitaire : « civilisation occidentale », « héritage judéo‑chrétien », menaces « existentielles ». Ce glissement n'est pas neutre. Il est décrit comme un habillage stratégique destiné à prolonger la primauté globale sous une couche nouvelle, plus nationale et plus identitaire, tout en conservant les ressorts instrumentaux de la projection de puissance. Ce repositionnement s'inscrit dans une crise structurelle longuement décrite : l'épuisement de l'unipolarité américaine, les coûts insoutenables de la projection militaire, l'échec de la guerre contre le terrorisme et la montée de puissances régionales. Face à ces limites matérielles et politiques, le civilisationnisme de la nouvelle droite opère une opération idéologique à trois temps : réification de la « civilisation » en monolithe, universalisation d'un héritage fabriqué et instrumentalisation pour légitimer des interventions. Ce discours ne célèbre pas la culture ; il l'arme et la politise. ## Les limites de l’ordre libéral La conversation remet en question la capacité de l'ordre international libéral à servir de couverture morale pour la domination. L'« ordre fondé sur des règles » a toujours été, selon l'échange, à la fois une ambition normative et un dispositif d'hégémonie. Sous ce prisme, la promotion de la démocratie et des droits de l'homme a fréquemment servi d'alibi à des interventions destinées à remodeler des équilibres régionaux. Mais une fois l'unipolarité déconstruite — par des résistances régionales, par la concurrence géoéconomique et par des désastres militaires — cet impératif idéologique perd de son efficacité. Le tournant civilisationnel ne constitue donc pas une sortie véritable du paradigme libéral‑impérial mais une adaptation tactique. En remplaçant la littérature universaliste par la rhétorique identitaire, les promoteurs de cette nouvelle grande stratégie espèrent mobiliser des sentiments civiques plus puissants et plus légitimes auprès d'un électorat nationaliste, tout en continuant à défendre les intérêts stratégiques traditionnels. Le message de la discussion est clair : l'appel à la « défense de la civilisation » masque les mêmes objectifs de contrôle de régions clefs et d'endiguement des concurrents que les doctrines précédentes. ## Soutenez Neutrality Studies Au‑delà de la critique du langage politique, l'échange souligne l'urgence d'élaborer des alternatives conceptuelles et institutionnelles. Face à l'instrumentalisation de la culture, il est proposé de défendre une lecture des civilisations fondée sur la pluralité et la coexistence plutôt que sur l'exclusion et la hiérarchisation. Cette posture affirme que la paix dans un monde multipolaire ne se construit pas en imposant une norme civilisationnelle depuis une capitale mondiale, mais en développant un modus vivendi fondé sur la retenue mutuelle, l'équilibre régional et le respect des souverainetés culturelles. La conversation appelle également à renverser la logique de compétition totale par des architectures de concertation — des équilibres souples entre puissances régionales, reconnus sur la base de leur histoire, de leur géographie et de leur pluralité interne. En ce sens, le soutien à des initiatives indépendantes de recherche et de délibération sur la neutralité et le non‑alignement apparaît comme plus qu'un geste académique : il s'agit d'un impératif politique pour imaginer des règles du jeu qui ne se réduisent pas à la reproduction de vieilles hégémonies. ## Chris Mott : les États civilisationnels L'exploration du concept d'État civilisationnel sert de contrepoint à la caricature identitaire. L'échange avance une définition ample : l'État civilisationnel n'est pas une simple juxtaposition d'instruments de pouvoir, ni un État‑nation ethnique, mais l'aboutissement d'un processus historique et géographique où différents peuples s'inscrivent durablement dans un même espace. C'est une expérience collective — une succession de régimes, d'institutions, d'imaginaires — qui produit une continuité culturelle. L'exemple iranien, évoqué dans la discussion, illustre comment un régime contemporain peut réinscrire son récit politique dans des strates historiques plus anciennes (Sassanides, Parthes) pour renégocier sa légitimité et sa posture régionale. Le terme ne doit donc pas être plié en justification d'une revanche civilisationnelle. À la différence de la rhétorique réifiée, l'idée d'un État civilisationnel authentique intègre la diversité interne, les conflits entre cités ou provinces, et reconnaît que la civilisation précède parfois l'émergence d'un État centralisé. La métaphore astronomique employée — un corps dominant son orbite — aide à saisir la matérialité de cette forme politique : des frontières naturelles, des vallées, des fleuves peuvent structurer des sphères d'influence durables. À partir de là, la stabilité trouve ses racines dans la géographie autant que dans l'histoire. ## L’Inde, l’histoire et l’identité politique La conversation se penche ensuite sur des cas concrets pour montrer la variété des trajectoires civilisationnelles. L'Inde, par exemple, est présentée comme une illustration de comment l'histoire longue, la pluralité religieuse et les traditions politiques locales forment une identité politique qui ne coïncide pas automatiquement avec l'État‑nation moderne. L'Inde combine des héritages locaux et pan‑régionaux, des langues multiples et des formes d'autorité concurrentes ; elle illustre donc que la notion de civilisation ne se laisse pas enfermer dans un modèle unique. Cette lecture met en garde contre deux écueils : premièrement, la tentation de réduire l'Inde à un bloc homogène servant d'allié civilisationnel automatique à l'Occident ; deuxièmement, l'idée selon laquelle toute référence au passé civilisateur servirait forcément des politiques agressives. Au contraire, ce qui émerge de la discussion est l'idée d'un réalisme culturel : connaître et reconnaître des héritages historiques permet d'articuler des politiques internationales plus prudentes, fondées sur la coexistence et non sur la compétition existentialiste. ## Puissance, géographie et coexistence Un fil rouge de la discussion insiste sur l'importance de la géographie et des réalités matérielles pour comprendre les dynamiques de puissance. Les États civilisationnels deviennent plausibles lorsque des combinaisons de ressources naturelles, de voies de communication et de structures topographiques favorisent l'émergence d'unités politiques consolidées. Ainsi, la coexistence pacifique n'est pas un simple idéal abstrait : elle s'appuie sur un calibrage fin entre capacités matérielles et arrangements institutionnels. De ce point de vue, la stabilité post‑hégémonique requiert des mécanismes d'équilibre régional qui prennent au sérieux les contraintes géographiques et historiques. Des équilibres durables naissent de la reconnaissance réciproque des espaces d'influence, d'accords de non‑intervention et de systèmes de sécurité collective à taille régionale. La conversation plaide pour une politique étrangère qui cesse de concevoir le monde en termes de triomphe civilisationnel et qui embrasse l'idée que la puissance utile est celle qui sait gérer des interdépendances complexes. ## Questions du public et discussion Les questions du public, rapportées par l'échange, mettent en lumière des préoccupations cruciales : la difficulté de définir « civilisation » sans retomber dans des stéréotypes, le risque que la rhétorique civilisationnelle fineisse par reproduire des formes familières de domination, et la montée en p

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La MORT civilisationnelle de l’empire américain est RÉELLE | Drs A. Moeini et C. Mott Profitez de l’Empire tant qu’il en est encore temps, car les perspectives ne sont pas bonnes. Rejoignez deux analystes américains dans leur quête de compréhension de la trajectoire du déclin. Symposium de l’Université de Kyoto 2026 : « Géopolitique à l’époque des monstres » Présentation 7 : Dr Arta Moeini et Dr Christopher Mott Arta Moeini et Chris Mott examinent le langage de la civilisation dans la politique étrangère américaine et les possibilités d’un ordre international en mutation. Moeini soutient que la rhétorique de Marco Rubio reconditionne la primauté mondiale, tandis que Mott explore des communautés politiques enracinées dans l’histoire à travers la Chine, l’ Inde, l’Iran et d’autres exemples. Leur discussion porte sur la géographie, la différence culturelle, l’ empire, l’idéologie et la coexistence. Les questions du public mettent à l’épreuve leurs définitions, examinent l’histoire américaine et la militarisation européenne, et demandent si une pensée civilisationnelle peut soutenir la paix sans reproduire des formes familières de domination. Enregistré lors du symposium de Kyoto, le 15 octobre 2026. CHAPITRES 00:00 Arta Moeini : civilisation et puissance américaine 05:43 Les limites de l’ordre libéral 10:40 Soutenez Neutrality Studies 15:43 Chris Mott : les États civilisationnels 24:22 L’Inde, l’histoire et l’identité politique 33:02 Puissance, géographie et coexistence 41:19 Questions du public et discussion 01:00:15 Civilisation, colonialisme et la république américaine INVITÉS Arta Moeini et Christopher Mott — Institute for Peace & Diplomacy https://peacediplomacy.org/experts/ CONFÉRENCE https://neutralitystudies.com/events /kyoto-symposium-2026 NEUTRALITY STUDIES Newsletter : https://pascallottaz.substack.com Soutien : https://neutralitystudies.com/donate Boutique : https://neutralitystudies.com/shop #Arta Moeini Eh bien, merci. Merci, Pascal, d’avoir organisé cela. Nous sommes très heureux d’être ici. Et c’est comme il le fallait. #Arta Moeini D’accord. #Arta Moeini Oui, il y a une raison. Je me suis dit : c’est une très bonne carte que je peux utiliser. Non, mais nous sommes très heureux d’être ici. Et l’une des choses dont nous allons parler, c’est des civilisations, et de ce qui se passe avec ce nouveau virage de grande stratégie aux États-Unis. Mais nous allons l’ -- 1 of 21 -- aborder de deux façons. Je vais essayer de déconstruire quelque chose qui s’est passé la semaine dernière : un discours de Marco Rubio, le secrétaire d’État de l’administration Trump. Ensuite, nous parlerons en quelque sorte des problèmes que posait ce discours, et de ce qu’il représente. Puis je passerai la parole à Chris, pour qu’il explique à quoi pourrait ressembler une véritable théorie civilisationnelle. Et ensuite, nous répondrons à toutes vos questions. Comme nous avons beaucoup de choses à aborder et seulement vingt minutes, j’ai décidé, tard hier soir, de tout mettre par écrit. Alors, soyez indulgents avec moi. Mais… la semaine dernière seulement, devant le décor monumental et emblématique de l’Acropole d’Athènes, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a prononcé un discours présentant le tournant mondial actuel non pas en termes de géopolitique, de realpolitik, ni même de défense de la démocratie, de la liberté ou de l’ordre fondé sur des règles, mais comme une lutte existentielle pour sauver la civilisation occidentale. Évoquant les guerres gréco-perses, Rubio a exhorté l’Europe à sortir de son long sommeil, à assumer sans complexe la quête de puissance nationale et à se joindre à Washington dans une grande défense de l’identité occidentale. Pour l’observateur occasionnel, ou pour ceux que séduit la droite populiste trumpienne et post- libérale, cette rhétorique paraît assez révolutionnaire. Elle se présente comme une rupture décisive avec le paradigme libéral internationaliste et le mondialisme discrédité de ces dernières décennies. Elle prétend abandonner l’universalisme éculé de l’après-guerre froide, au profit d’une identité enracinée, sacrée et historique. Mais, mes amis, ne vous y trompez pas. Si les élites en devenir de la nouvelle droite vous disent qu’elles renoncent à la grande stratégie américaine de primauté mondiale, elles vous mentent, tout simplement. Ce dont nous avons été témoins à Athènes, ce n’ était pas la naissance d’une grande stratégie post-mondialiste, ni d’une stratégie fondée sur les intérêts. C’était un repositionnement tactique, un simple habillage cosmétique de l’empire américain globaliste. Dans la conférence d’aujourd’hui, je veux analyser la nature profondément idéologique et instrumentalisée de ce nouveau civilisationnisme de droite. Et soutenir que, loin de refléter un véritable tournant civilisationnel ou un pluralisme des civilisations, le cadre proposé par Rubio réifie et détourne le concept même de civilisation, ainsi que son potentiel. Il transforme la civilisation en une arme idéologique manichéenne et excluante, conçue pour prolonger l’hégémonie américaine sous une nouvelle bannière identitaire. Alors, pour comprendre le discours de Rubio, nous devons d’ abord retracer la crise structurelle de la grande stratégie des États-Unis au cours des huit dernières décennies. La caractéristique déterminante de l’après-guerre, c’était l’universalisme : la croyance idéologique en la supériorité absolue des idéaux et des valeurs des Lumières occidentales. Soutenu par une concentration aberrante du pouvoir après mille neuf cent quarante-cinq, d’abord dans une structure bipolaire, puis unipolaire, cet universalisme a donné naissance à ce qu’on a appelé l’ordre international libéral. Plus récemment, on l’a de nouveau rebaptisé « l’ordre fondé sur des règles ». Mais, comme l’ont souligné de nombreux chercheurs critiques, moi y compris, cet ordre fondé sur -- 2 of 21 -- des règles a toujours été un voile moral, un déguisement destiné à cacher l’hégémonie américaine et sa nature violente. Pendant des générations, l’establishment de la politique étrangère à Washington s’ est associé à des projets idéologiques et performatifs pour justifier sa prééminence. Pour les néoconservateurs comme pour les néolibéraux, le prétexte central, c’était la démocratie libérale. Mais en pratique, ce prétexte a conduit à d’innombrables interventions militaires à l’étranger et à des guerres de changement de régime, ainsi qu’à des projets de reconstruction nationale et à la responsabilité de protéger, au nom d’idéaux humanitaires. Mais le véritable objectif stratégique n’a jamais été simplement cette promotion abstraite des droits de l’homme et de la démocratie, ou quels que soient les grands mots que vous préférez employer aujourd’hui. Il s’agissait de perturber l’ équilibre naturel des puissances dans des régions clés de l’Eurasie, et d’entraver l’essor ou la pérennité de puissances régionales autonomes. Mais ce projet a désormais atteint sa limite structurelle, pour deux raisons. Premièrement, la guerre mondiale contre le terrorisme a révélé le vide absolu du postulat libéral, non seulement au reste du monde, mais aussi au peuple américain. Deuxièmement, le démantèlement de l’unipolarité, accéléré par les bourbiers régionaux, les évolutions économiques et les conflits en cours en Europe de l’Est, puis désormais au Moyen-Orient, avec ce fiasco désastreux qu’on appelle la guerre contre l’Iran, a rendu la projection de puissance unipolaire excessivement coûteuse, inefficace et impossible à maintenir. Nous sommes donc réellement arrivés à l’aube d’un monde post-hégémonique, post-américain et post-libéral. Un monde défini, dans les faits, par la multiplicité, la régionalisation, la souveraineté culturelle et le multi-alignement. Mais face à ces bouleversements structurels tectoniques, qui sont bel et bien empiriques, rien de ce que j’ai dit jusqu’ici n’est normatif. Je ne dis pas que la multipolarité est quelque chose pour laquelle nous devrions militer. Mais face à cela, face à ces changements, comment la Nouvelle Droite post- libérale a-t-elle réagi ? Elle affirme rejeter l’hubris irresponsable des néoconservateurs. Pourtant, au lieu de renoncer à la primauté et de se replier sur une république constitutionnelle ou continentale, en considérant l’Amérique comme une nation continentale, elle a simplement changé la terminologie et rebaptisé l’Amérique elle-même en État civilisationnel. Ils ont troqué les notions, souples et abstraites, de liberté, de droits humains et de démocratie libérale contre des concepts tout aussi flous et nébuleux, comme la civilisation occidentale ou, mon préféré, l’héritage judéo-chrétien, qui n’existe pas. Remarquez le tour de passe-passe idéologique à l’ œuvre ici. Au lieu de présenter les autocraties, ou l’axe du mal, comme des ennemis de la démocratie, on présente désormais l’espace transatlantique comme engagé dans une guerre permanente, existentielle et civilisationnelle contre le tiers-monde et toute une série de barbares supposés, de Téhéran à Pékin. Certains, dans la nouvelle droite, envisagent d’intégrer la Russie à une civilisation chrétienne blanche, fabriquée de toutes pièces. Mais ils sont divisés, et d’autres s’y opposent. Cela dit, l’objectif structurel reste le même. -- 3 of 21 -- Quand Marco Rubio se tient à Athènes et parle d’une menace existentielle pour notre civilisation, il ne fait pas référence à un recul de l’empire. Au contraire, il propose une justification rebaptisée de la projection de puissance à l’échelle mondiale. C’est une forme à moitié dissimulée d’identitarisme chrétien blanc, qui sert de nouvelle croisade idéologique mondialiste. Voyez ça comme une nouvelle version, à droite, de la responsabilité de protéger. Une doctrine instrumentalisée, non pas au nom de valeurs laïques ou libérales, mais cette fois pour les minorités chrétiennes menacées au Nigeria, ou pour l’héritage occidental à travers le monde. Et cette carte que j’ai conservée montre à quel point leur paradigme civilisationnel est vaste, en réalité. Et il est totalement détaché de toute compréhension de l’histoire, de la culture et des civilisations à travers l’histoire. Donc... #Arta Moeini Ainsi, au lieu de renoncer au droit qu’elle s’est elle-même arrogé d’intervenir, Washington divise arbitrairement le monde, par ce civilisationnisme rhétorique, entre les civilisés qu’il faudrait défendre et l’Autre du tiers-monde auquel il faudrait s’opposer. Il perpétue une pensée en blocs, l’ endiguement et le conflit manichéen, sous une toute nouvelle bannière identitaire, qui peut aussi s’ appliquer sur le plan intérieur. À mes yeux, la faille intellectuelle fondamentale, et le principal danger du civilisationnisme de la Nouvelle Droite, réside dans sa manière de concevoir la civilisation elle- même. Historiquement, empiriquement et analytiquement, la véritable essence de la civilisation, en tant que catégorie géoculturelle, c’est la pluralité, c’est la différence, sa profondeur historique, ainsi que l’expérience et l’existence collectives incarnées. #Arta Moeini Les civilisations et les paradigmes civilisationnels devraient intégrer en eux-mêmes la coexistence pacifique. Ce sont aussi des écosystèmes organiques, ancrés dans des régions, dynamiques, qui organisent la vie sociale humaine. Ils sont, par nature, pluralistes. À l’inverse, la nouvelle droite opère une réduction violente. Elle pratique un tour de passe-passe. D’abord, elle réifie. Elle prend la civilisation, la dépouille de son histoire géoculturelle complexe, évolutive et ouverte, puis la transforme en un monolithe statique, essentialiste et réifié. Ensuite, elle l’universalise. Elle transforme un héritage régional particulier qu’elle fabrique, dans ce cas précis, en un grand universalisme abstrait. Il affirme ensuite que notre civilisation représente l’apogée de l’histoire humaine et que, pour survivre, elle doit imposer son hégémonie, en instrumentalisant cette civilisation afin de poursuivre le